Texte
Matthieu 16:17
En bref
« Ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela. » L’exposé le plus limpide d’Edwards sur ce qui se produit dans la conversion : non pas une information nouvelle, non pas une imagination échauffée, mais une lumière communiquée immédiatement par l’Esprit — un sentiment réel de l’excellence des choses divines que l’esprit naturel ne peut produire. Il la montre à la fois scripturaire et rationnelle, puis demande si l’auditeur la possède.
Jésus, reprenant la parole, lui dit: Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux.
LE CHRIST adresse ces paroles à Pierre à l’occasion de la confession de sa foi en lui comme Fils de Dieu. Notre Seigneur demandait à ses disciples qui les hommes disaient qu’il était ; non qu’il eût besoin d’être renseigné, mais seulement pour amener et donner occasion à ce qui suit. Ils répondent que les uns disaient qu’il était Jean-Baptiste, d’autres Élie, et d’autres Jérémie, ou l’un des prophètes. Lorsqu’ils eurent ainsi rapporté qui les autres disaient qu’il était, le Christ leur demande qui eux-mêmes disaient qu’il était. Simon Pierre, que nous trouvons toujours zélé et empressé, fut le premier à répondre : il repartit aussitôt à la question, Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.
C’est à cette occasion que le Christ dit ce qu’il dit à lui, et de lui dans le texte : où nous pouvons remarquer,
1. Que Pierre est déclaré heureux à ce sujet. Tu es heureux — « Tu es un homme bienheureux de n’être pas ignorant de ceci, que je suis le Christ, le Fils du Dieu vivant. Tu es heureux d’une manière singulière. D’autres sont aveuglés, et ont des vues obscures et trompées, comme tu viens de le rapporter, les uns pensant que je suis Élie, d’autres que je suis Jérémie, l’un ceci et l’autre cela ; mais aucun d’eux ne pense juste, tous sont égarés. Heureux es-tu, toi qui es assez distingué pour connaître la vérité en cette matière. » 2. La preuve de ce bonheur qui est le sien est déclarée ; à savoir, que Dieu, et lui seul, lui avait révélé cela. C’est là une preuve qu’il est heureux.
Premièrement, en ce qu’elle montre combien il était particulièrement favorisé de Dieu au-dessus des autres ; c.-à-d., « Combien tu es hautement favorisé, que les autres, qui sont des hommes sages et grands, les scribes, les pharisiens et les chefs, et la nation en général, soient laissés dans les ténèbres, à suivre leurs propres vues égarées ; et que toi, tu sois désigné, pour ainsi dire, par ton nom, que mon Père céleste place ainsi son amour sur toi, Simon Bar-Jona. Cela prouve que tu es heureux, que tu sois ainsi l’objet de l’amour distinctif de Dieu. »
Deuxièmement, elle atteste aussi son bonheur, en ce qu’elle laisse entendre que cette connaissance est au-dessus de tout ce que la chair et le sang peuvent révéler. « C’est là une connaissance que seul mon Père qui est dans les cieux peut donner : elle est trop haute et trop excellente pour être communiquée par les moyens qui communiquent les autres connaissances. Tu es heureux, de connaître ce que Dieu seul peut t’enseigner. »
L’origine de cette connaissance est ici déclarée, à la fois négativement et positivement. Positivement, en ce que Dieu est ici déclaré en être l’auteur. Négativement, en ce qu’il est déclaré que la chair et le sang ne l’avaient pas révélé. Dieu est l’auteur de toute connaissance et de toute intelligence, quelles qu’elles soient. Il est l’auteur de la connaissance qui s’acquiert par l’étude humaine : il est l’auteur de toute prudence morale, et de la connaissance et de l’habileté que les hommes ont dans leurs affaires temporelles. Ainsi il est dit de tous ceux qui, en Israël, étaient habiles et savaient broder, que Dieu leur avait donné un esprit plein d’intelligence, Exode 28:3.
Dieu est l’auteur d’une telle connaissance ; mais non toutefois sans que la chair et le sang la révèlent. Les hommes mortels sont capables de transmettre la connaissance des arts et des sciences humaines, et l’habileté dans les affaires temporelles. Dieu est l’auteur d’une telle connaissance par ces moyens : la chair et le sang sont employés comme cause médiate ou seconde de celle-ci ; il la communique par la puissance et l’influence des moyens naturels. Mais cette connaissance spirituelle, dont parle le texte, est celle dont Dieu est l’auteur, et nul autre : il la révèle, et la chair et le sang ne la révèlent pas. Il communique cette connaissance immédiatement, sans faire usage d’aucune cause naturelle intermédiaire, comme il le fait pour les autres connaissances.
Ce qui s’était passé dans l’entretien précédent amenait naturellement le Christ à faire cette remarque ; car les disciples venaient de raconter comment les autres ne le connaissaient pas, mais se trompaient généralement à son sujet, divisés et confondus dans leurs opinions sur lui : mais Pierre avait déclaré sa foi assurée qu’il était le Fils de Dieu. Or il était naturel de remarquer comment ce n’était pas la chair et le sang qui le lui avaient révélé, mais Dieu : car si cette connaissance dépendait de causes ou de moyens naturels, comment se faisait-il qu’eux, une troupe de pauvres pêcheurs, hommes illettrés et de basse éducation, fussent parvenus à la connaissance de la vérité, tandis que les scribes et les pharisiens, hommes d’avantages infiniment plus grands, et d’une plus grande connaissance et sagacité en d’autres matières, demeuraient dans l’ignorance ? Cela ne pouvait tenir qu’à l’influence gracieuse et distinctive et à la révélation de l’Esprit de Dieu. C’est pourquoi, ce que je voudrais faire le sujet de mon présent discours à partir de ces paroles, est ceci
DOCTRINE
Qu’il existe une lumière spirituelle et divine communiquée immédiatement à l’âme par Dieu, d’une nature différente de toute lumière obtenue par des moyens naturels. — Et sur ce sujet, je voudrais,
I. Montrer ce qu’est cette lumière divine.
II. Comment elle est donnée immédiatement par Dieu, et non obtenue par des moyens naturels.
III. Montrer la vérité de la doctrine. Puis conclure par une brève application.
I. Je voudrais montrer ce qu’est cette lumière spirituelle et divine. Et pour cela, je montrerais,
Premièrement, en quelques points ce qu’elle n’est pas. Et ici,
1. Les convictions que les hommes naturels peuvent avoir de leur péché et de leur misère ne sont pas cette lumière spirituelle et divine. Les hommes, dans un état naturel, peuvent avoir des convictions de la culpabilité qui pèse sur eux, de la colère de Dieu, et du danger de la vengeance divine. De telles convictions proviennent de la lumière ou du sentiment de la vérité. Que certains pécheurs aient une conviction plus grande de leur culpabilité et de leur misère que d’autres, cela vient de ce que les uns ont plus de lumière, ou une plus grande perception de la vérité, que les autres. Et cette lumière et cette conviction peuvent venir de l’Esprit de Dieu ; l’Esprit convainc les hommes de péché : mais pourtant la nature y a bien plus de part que dans la communication de cette lumière spirituelle et divine dont parle la doctrine ; elle ne vient de l’Esprit de Dieu qu’en tant qu’il assiste les principes naturels, et non en tant qu’il infuse quelque principe nouveau. La grâce commune diffère de la grâce spéciale en ce qu’elle n’influence qu’en assistant la nature, et non en communiquant la grâce, ou en accordant quelque chose au-dessus de la nature. La lumière ainsi obtenue est entièrement naturelle, ou d’aucun ordre supérieur à ce que la simple nature atteint, bien qu’il en soit obtenu davantage de ce genre qu’il n’en serait obtenu si les hommes étaient entièrement livrés à eux-mêmes ; ou, en d’autres termes, la grâce commune ne fait qu’aider les facultés de l’âme à faire plus pleinement ce qu’elles font par nature, comme la conscience naturelle ou la raison rendra, par la seule nature, un homme sensible à sa culpabilité, et l’accusera et le condamnera lorsqu’il aura mal agi. La conscience est un principe naturel à l’homme ; et l’œuvre qu’elle accomplit naturellement, ou d’elle-même, est de donner une appréhension du bien et du mal, et de suggérer à l’esprit le rapport qu’il y a entre le bien et le mal, et une rétribution. L’Esprit de Dieu, dans ces convictions que les hommes non régénérés ont parfois, assiste la conscience à accomplir cette œuvre à un degré plus élevé qu’elle ne le ferait s’ils étaient livrés à eux-mêmes : il l’aide contre les choses qui tendent à l’engourdir et à en entraver l’exercice. Mais dans l’œuvre de renouvellement et de sanctification du Saint-Esprit, sont opérées dans l’âme des choses qui sont au-dessus de la nature, et dont il n’y a rien de semblable dans l’âme par nature ; et elles sont amenées à exister dans l’âme de manière habituelle, et selon une constitution ou une loi établie qui pose un tel fondement pour des exercices dans un cours continu, ce qu’on appelle un principe de nature. Non seulement les principes qui subsistent sont assistés pour accomplir leur œuvre plus librement et plus pleinement, mais sont restaurés ces principes qui avaient été entièrement détruits par la chute ; et l’esprit, dès lors, exerce habituellement ces actes dont la domination du péché l’avait rendu aussi totalement dépourvu qu’un corps mort l’est des actes de la vie.
L’Esprit de Dieu agit d’une manière très différente dans l’un des cas de ce qu’il fait dans l’autre. Il peut, il est vrai, agir sur l’esprit d’un homme naturel, mais il agit dans l’esprit d’un saint comme un principe vital qui l’habite. Il agit sur l’esprit d’une personne non régénérée comme un agent extrinsèque et occasionnel ; car en agissant sur eux, il ne s’unit pas à eux ; car malgré toutes ses influences dont ils peuvent être l’objet, ils sont encore charnels, n’ayant pas l’Esprit, Jude 19. Mais il s’unit à l’esprit d’un saint, le prend pour son temple, l’anime et l’influence comme un principe nouveau et surnaturel de vie et d’action. Il y a cette différence, que l’Esprit de Dieu, en agissant dans l’âme d’un homme pieux, s’y exerce et se communique dans sa propre nature. La sainteté est la nature propre de l’Esprit de Dieu. Le Saint-Esprit opère dans l’esprit des hommes pieux en s’unissant à eux, en vivant en eux, et en exerçant sa propre nature dans l’exercice de leurs facultés. L’Esprit de Dieu peut agir sur une créature sans pour autant, en agissant, se communiquer. L’Esprit de Dieu peut agir sur des créatures inanimées ; ainsi, l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux, au commencement de la création ; de même l’Esprit de Dieu peut agir sur l’esprit des hommes de bien des manières, et ne pas se communiquer plus que lorsqu’il agit sur une créature inanimée. Par exemple, il peut susciter en eux des pensées, assister leur raison et leur intelligence naturelles, ou assister d’autres principes naturels, et cela sans aucune union avec l’âme, mais il peut agir, pour ainsi dire, comme sur un objet extérieur. Mais lorsqu’il agit dans ses saintes influences et ses opérations spirituelles, il agit d’une manière qui lui est propre de communication de lui-même ; en sorte que le sujet en est dès lors dénommé spirituel.
2. Cette lumière spirituelle et divine ne consiste en aucune impression faite sur l’imagination. Ce n’est pas une impression sur l’esprit, comme si l’on voyait quelque chose avec les yeux du corps : ce n’est pas une imagination ou une idée d’une lumière ou d’une gloire extérieure, ni d’aucune beauté de forme ou de visage, ni d’un éclat ou d’une brillance visible d’un objet quelconque. L’imagination peut être fortement impressionnée par de telles choses ; mais ce n’est pas là la lumière spirituelle. À vrai dire, lorsque l’esprit a une vive découverte des choses spirituelles, et qu’il est grandement affecté par la puissance de la lumière divine, il se peut, et cela arrive probablement très communément, qu’il affecte beaucoup l’imagination ; en sorte que des impressions d’une beauté ou d’un éclat extérieurs peuvent accompagner ces découvertes spirituelles. Mais la lumière spirituelle n’est pas cette impression sur l’imagination ; elle en est une chose extrêmement différente. Les hommes naturels peuvent avoir de vives impressions sur leur imagination ; et nous ne saurions déterminer que le diable, qui se transforme en ange de lumière, ne puisse causer des imaginations d’une beauté extérieure, ou d’une gloire visible, et de sons et de discours, et d’autres choses semblables ; mais ce sont là des choses d’une nature infiniment inférieure à la lumière spirituelle.
3. Cette lumière spirituelle n’est pas la suggestion de vérités ou de propositions nouvelles qui ne seraient pas contenues dans la parole de Dieu. Cette suggestion de vérités ou de doctrines nouvelles à l’esprit, indépendamment de toute révélation antérieure de ces propositions, soit par la parole, soit par l’écrit, est l’inspiration ; telle que les prophètes et les apôtres l’ont eue, et telle que certains exaltés prétendent l’avoir. Mais cette lumière spirituelle dont je parle est une chose tout à fait différente de l’inspiration : elle ne révèle aucune doctrine nouvelle, elle ne suggère à l’esprit aucune proposition nouvelle, elle n’enseigne rien de nouveau touchant Dieu, ou le Christ, ou un autre monde, qui ne soit enseigné dans la Bible ; elle ne fait que donner une juste appréhension des choses qui sont enseignées dans la parole de Dieu.
4. Ce n’est pas toute vue touchante que les hommes ont des choses de la religion qui soit cette lumière spirituelle et divine. Les hommes, par les seuls principes de la nature, sont capables d’être affectés par des choses qui ont un rapport particulier à la religion aussi bien que par d’autres. Un homme, par la seule nature, par exemple, peut être disposé à être ému par l’histoire de Jésus-Christ et des souffrances qu’il a endurées, aussi bien que par toute autre histoire tragique : il peut en être d’autant plus ému par l’intérêt qu’il conçoit que le genre humain y a ; oui, il peut en être ému sans y croire, de même qu’un homme peut être ému par ce qu’il lit dans un roman, ou voit représenter sur une scène de théâtre. Il peut être ému par une description vive et éloquente de bien des choses agréables qui accompagnent l’état des bienheureux dans le ciel, tout comme son imagination peut être divertie par la description romanesque des agréments d’un pays de féerie, ou d’autres choses semblables. Et cette croyance commune à la vérité des choses de la religion, que les personnes peuvent tenir de l’éducation ou d’ailleurs, peut favoriser leur émotion. Nous lisons dans l’Écriture que beaucoup furent grandement émus par des choses de nature religieuse, qui pourtant y sont représentés comme entièrement dépourvus de grâce, et beaucoup d’entre eux comme des hommes fort mauvais. Une personne peut donc avoir des vues touchantes des choses de la religion, et pourtant être fort dépourvue de lumière spirituelle. La chair et le sang peuvent en être l’auteur : un homme peut donner à un autre une vue touchante des choses divines avec le seul secours commun ; mais Dieu seul peut en donner une découverte spirituelle. — Mais je passe à montrer,
Deuxièmement, positivement ce qu’est cette lumière spirituelle et divine.
Et on peut la décrire ainsi : un vrai sentiment de l’excellence divine des choses révélées dans la parole de Dieu, et une conviction de leur vérité et de leur réalité qui en découle. Cette lumière spirituelle consiste d’abord dans la première de ces choses, à savoir, un sentiment et une appréhension réels de l’excellence divine des choses révélées dans la parole de Dieu. Une conviction spirituelle et salutaire de la vérité et de la réalité de ces choses naît d’une telle vue de leur excellence et de leur gloire divines ; en sorte que cette conviction de leur vérité est un effet et une conséquence naturelle de cette vue de leur gloire divine. Il y a donc dans cette lumière spirituelle,
1. Un vrai sentiment de l’excellence divine et suréminente des choses de la religion ; un sentiment réel de l’excellence de Dieu et de Jésus-Christ, de l’œuvre de la rédemption, et des voies et des œuvres de Dieu révélées dans l’Évangile. Il y a une gloire divine et suréminente dans ces choses ; une excellence d’un ordre infiniment plus élevé, et d’une nature plus sublime que dans les autres choses ; une gloire qui les distingue grandement de tout ce qui est terrestre et temporel. Celui qui est spirituellement éclairé l’appréhende et la voit véritablement, ou en a le sentiment. Il ne croit pas seulement rationnellement que Dieu est glorieux, mais il a dans son cœur le sentiment de la gloire de Dieu. Il n’y a pas seulement une croyance rationnelle que Dieu est saint, et que la sainteté est une bonne chose, mais il y a un sentiment de l’amabilité de la sainteté de Dieu. Il n’y a pas seulement un jugement spéculatif que Dieu est plein de grâce, mais un sentiment de combien Dieu est aimable à ce titre, ou un sentiment de la beauté de cet attribut divin.
Il y a une double compréhension ou connaissance du bien dont Dieu a rendu l’esprit de l’homme capable. La première, celle qui est purement spéculative et notionnelle ; comme lorsqu’une personne juge seulement spéculativement qu’une chose est ce qui, du consentement du genre humain, est appelé bon ou excellent, à savoir, ce qui est le plus avantageux pour tous, et entre quoi et une récompense il y a convenance, et ainsi de suite. Et l’autre est celle qui consiste dans le sentiment du cœur : comme lorsqu’il y a un sentiment de la beauté, de l’amabilité ou de la douceur d’une chose ; en sorte que le cœur ressent du plaisir et du ravissement en présence de l’idée de celle-ci. Dans la première ne s’exerce que la faculté spéculative, ou l’entendement, proprement dit, ou tel qu’on en parle par distinction d’avec la volonté ou la disposition de l’âme. Dans la seconde, c’est la volonté, ou l’inclination, ou le cœur, qui sont principalement en jeu.
Ainsi il y a une différence entre avoir une opinion que Dieu est saint et plein de grâce, et avoir un sentiment de l’amabilité et de la beauté de cette sainteté et de cette grâce. Il y a une différence entre avoir un jugement rationnel que le miel est doux, et avoir un sentiment de sa douceur. Un homme peut avoir le premier sans savoir quel goût a le miel ; mais un homme ne peut avoir le second à moins d’avoir dans son esprit l’idée du goût du miel. De même il y a une différence entre croire qu’une personne est belle, et avoir un sentiment de sa beauté. Le premier peut s’obtenir par ouï-dire, mais le second seulement en voyant le visage. Il y a une grande différence entre juger, par pure spéculation rationnelle, qu’une chose est excellente, et avoir un sentiment de sa douceur et de sa beauté. Le premier ne réside que dans la tête, la spéculation seule y a part ; mais le cœur a part au second. Lorsque le cœur est sensible à la beauté et à l’amabilité d’une chose, il éprouve nécessairement du plaisir dans cette appréhension. Il est impliqué, dans le fait qu’une personne soit sensible de tout cœur à l’amabilité d’une chose, que l’idée de celle-ci est douce et agréable à son âme ; ce qui est chose bien différente que d’avoir une opinion rationnelle qu’elle est excellente.
2. De ce sentiment de l’excellence divine des choses contenues dans la parole de Dieu naît une conviction de leur vérité et de leur réalité ; et cela soit directement, soit indirectement.
Premièrement, indirectement, et cela de deux manières.
1. En ce que les préjugés qui sont dans le cœur contre la vérité des choses divines en sont ôtés ; en sorte que l’esprit devient réceptif à la juste force des arguments rationnels en faveur de leur vérité. L’esprit de l’homme est naturellement plein de préjugés contre la vérité des choses divines : il est plein d’inimitié contre les doctrines de l’Évangile ; ce qui est un désavantage pour les arguments qui prouvent leur vérité, et les fait perdre de leur force sur l’esprit. Mais lorsqu’une personne s’est vu découvrir l’excellence divine des doctrines chrétiennes, cela détruit l’inimitié, ôte ces préjugés, sanctifie la raison, et la rend ouverte à la force des arguments en faveur de leur vérité.
De là venait l’effet différent que les miracles du Christ avaient pour convaincre les disciples, comparé à celui qu’ils avaient pour convaincre les scribes et les pharisiens. Non qu’ils eussent une raison plus forte, ou une raison mieux cultivée ; mais leur raison était sanctifiée, et ces préjugés aveuglants sous lesquels étaient les scribes et les pharisiens étaient ôtés par le sentiment qu’ils avaient de l’excellence du Christ et de sa doctrine.
2. Non seulement elle ôte les obstacles de la raison, mais elle aide positivement la raison. Elle rend même les notions spéculatives plus vives. Elle engage l’attention de l’esprit, avec fixité et intensité, sur ce genre d’objets ; ce qui lui en donne une vue plus claire, lui permet de voir plus clairement leurs relations mutuelles, et l’amène à y prêter davantage attention. Les idées elles-mêmes qui, autrement, sont ternes et obscures, sont par ce moyen imprimées avec plus de force, et une lumière est jetée sur elles ; en sorte que l’esprit peut mieux en juger. De même que celui qui contemple les objets à la surface de la terre, lorsque la lumière du soleil est jetée sur eux, est plus à même de les discerner dans leurs formes véritables et leurs relations mutuelles que celui qui les voit à la faible lueur des étoiles ou du crépuscule.
L’esprit, ayant le sentiment de l’excellence des objets divins, s’y attarde avec délices ; et les puissances de l’âme sont davantage éveillées et animées pour s’employer à leur contemplation, et s’exercent plus pleinement et bien plus utilement. La beauté et la douceur des objets attirent les facultés et en font sortir les exercices : en sorte que la raison elle-même jouit de bien plus grands avantages pour ses exercices propres et libres, et pour atteindre sa fin propre, exempte de ténèbres et d’illusion. — Mais,
Deuxièmement, un vrai sentiment de l’excellence divine des choses de la parole de Dieu convainc plus directement et immédiatement de leur vérité ; et cela parce que l’excellence de ces choses est si suréminente. Il y a en elles une beauté si divine et si digne de Dieu, qui les distingue grandement et manifestement des choses purement humaines, ou dont les hommes sont les inventeurs et les auteurs ; une gloire si haute et si grande que, lorsqu’elle est vue clairement, elle arrache l’assentiment à leur divinité et à leur réalité. Lorsqu’il y a une découverte actuelle et vive de cette beauté et de cette excellence, elle ne permet plus aucune pensée telle que celle-ci : que ce serait une œuvre humaine, ou le fruit de l’invention des hommes. Cette évidence que ceux qui sont spirituellement éclairés ont de la vérité des choses de la religion est une sorte d’évidence intuitive et immédiate. Ils croient que les doctrines de la parole de Dieu sont divines, parce qu’ils y voient la divinité ; c’est-à-dire, qu’ils y voient une gloire divine, transcendante, et qui les distingue de la manière la plus évidente ; une gloire telle que, si elle est vue clairement, elle ne laisse aucune place au doute qu’elles soient de Dieu, et non des hommes.
Une telle conviction de la vérité de la religion, née de ces manières d’un sentiment de leur excellence divine, est cette véritable conviction spirituelle qui se trouve dans la foi salutaire. Et cette origine qui est la sienne est ce par quoi elle se distingue le plus essentiellement de cet assentiment commun dont les hommes non régénérés sont capables.
II. Je passe maintenant à la seconde chose proposée, à savoir, montrer comment cette lumière est donnée immédiatement par Dieu, et non obtenue par des moyens naturels. Et ici,
1. On ne veut pas dire que les facultés naturelles n’y soient pas employées. Les facultés naturelles sont le sujet de cette lumière : et elles en sont le sujet de telle manière qu’elles n’y sont pas seulement passives, mais actives ; les actes et les exercices de l’entendement de l’homme y sont en jeu et y sont employés. Dieu, en introduisant cette lumière dans l’âme, traite l’homme selon sa nature, ou comme une créature raisonnable ; et il fait usage de ses facultés humaines. Mais pourtant cette lumière n’en vient pas moins immédiatement de Dieu pour autant ; bien que les facultés soient employées, c’est comme sujet et non comme cause ; et cette action des facultés dans cette lumière n’en est pas la cause, mais elle est ou bien impliquée dans la chose même (dans la lumière qui est communiquée), ou bien en est la conséquence. De même que l’usage que nous faisons de nos yeux pour contempler divers objets, lorsque le soleil se lève, n’est pas la cause de la lumière qui nous découvre ces objets.
2. On ne veut pas dire que les moyens extérieurs n’aient aucune part en cette affaire. Comme je l’ai déjà observé, il n’en va pas en cette affaire comme dans l’inspiration, où de nouvelles vérités sont suggérées : car ici n’est donnée par cette lumière qu’une juste appréhension des mêmes vérités qui sont révélées dans la parole de Dieu ; et par conséquent elle n’est pas donnée sans la parole. L’Évangile est employé en cette affaire : cette lumière est « la splendeur de l’Évangile de la gloire de Christ », 2 Corinthiens 4:4. L’Évangile est comme un miroir par lequel cette lumière nous est communiquée, 1 Corinthiens 13:12. « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir. » — Mais,
3. Lorsqu’on dit que cette lumière est donnée immédiatement par Dieu, et non obtenue par des moyens naturels, on veut dire par là qu’elle est donnée par Dieu sans qu’il fasse usage d’aucun moyen qui opère par sa propre puissance, ou par une force naturelle. Dieu fait usage de moyens ; mais non comme de causes médiates pour produire cet effet. Il n’y en a véritablement aucune cause seconde ; mais elle est produite par Dieu immédiatement. La parole de Dieu n’est pas la cause propre de cet effet : elle n’y opère par aucune force naturelle. La parole de Dieu n’est employée que pour transmettre à l’esprit la matière de cette instruction salutaire : et cela, en effet, elle nous le transmet par une force ou une influence naturelle. Elle transmet à nos esprits telles et telles doctrines ; elle est la cause de la notion que nous en avons dans nos têtes, mais non du sentiment de leur excellence divine dans nos cœurs. À vrai dire, une personne ne peut avoir de lumière spirituelle sans la parole. Mais cela ne prouve pas que la parole soit proprement la cause de cette lumière. L’esprit ne peut voir l’excellence d’aucune doctrine, à moins que cette doctrine ne soit d’abord dans l’esprit ; mais la vue de l’excellence de la doctrine peut venir immédiatement de l’Esprit de Dieu, quoique la transmission de la doctrine ou de la proposition elle-même puisse se faire par la parole. En sorte que les notions qui sont la matière de cette lumière sont transmises à l’esprit par la parole de Dieu ; mais ce juste sentiment du cœur, en quoi cette lumière consiste formellement, vient immédiatement de l’Esprit de Dieu. Par exemple, la notion qu’il y a un Christ, et que le Christ est saint et plein de grâce, est transmise à l’esprit par la parole de Dieu : mais le sentiment de l’excellence du Christ en raison de cette sainteté et de cette grâce est néanmoins immédiatement l’œuvre du Saint-Esprit. — J’en viens maintenant,
III. À montrer la vérité de la doctrine ; c’est-à-dire, à montrer qu’il existe une telle chose que cette lumière spirituelle qui a été décrite, ainsi introduite immédiatement dans l’esprit par Dieu. Et ici je voudrais montrer brièvement que cette doctrine est à la fois scripturaire et rationnelle.
Premièrement, elle est scripturaire. Mon texte n’est pas seulement tout à fait à propos, mais c’est une doctrine dont l’Écriture abonde. Il nous y est abondamment enseigné que les saints diffèrent des impies en ceci, qu’ils ont la connaissance de Dieu, et une vue de Dieu, et de Jésus-Christ. Je ne mentionnerai que peu de textes parmi beaucoup. 1 Jean 3:6, « Quiconque pèche ne l’a pas vu, et ne l’a pas connu. » 3 Jean 11, « Celui qui fait le bien est de Dieu ; celui qui fait le mal n’a point vu Dieu. » Jean 14:19, « Le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez. » Jean 17:3, « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Cette connaissance, ou cette vue de Dieu et du Christ, ne peut être une simple connaissance spéculative ; car il en est parlé comme d’une vue et d’une connaissance en quoi ils diffèrent des impies. Et selon ces Écritures, ce ne doit pas seulement être une connaissance différente en degré et en circonstances, et différente dans ses effets ; mais elle doit être entièrement différente en nature et en genre.
Et il est toujours parlé de cette lumière et de cette connaissance comme donnée immédiatement de Dieu, Matthieu 11:25-27 : « En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit: Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père; personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Ici, cet effet est attribué à la seule opération arbitraire et au don de Dieu, qui accorde cette connaissance à qui il veut, et qui en distingue ceux qui ont le moins d’avantage ou de moyens naturels pour la connaissance, jusqu’aux enfants, alors qu’elle est refusée aux sages et aux intelligents. Et la communication de la connaissance de Dieu est ici attribuée en propre au Fils de Dieu, comme sa seule prérogative. Et encore, 2 Corinthiens 4:6, « Car Dieu, qui a dit: La lumière brillera du sein des ténèbres! a fait briller la lumière dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ. » Cela montre clairement qu’il existe une telle chose qu’une découverte de la gloire et de l’excellence divines et suréminentes de Dieu et du Christ, et cela en propre aux saints : et aussi, qu’elle vient aussi immédiatement de Dieu que la lumière vient du soleil : et qu’elle est l’effet immédiat de sa puissance et de sa volonté ; car elle est comparée à la création de la lumière par Dieu, par sa parole puissante, au commencement de la création ; et il est dit qu’elle est par l’Esprit du Seigneur, au 18e verset du chapitre précédent. Il est parlé de Dieu comme donnant la connaissance du Christ dans la conversion, comme de ce qui, auparavant, y était caché et invisible. Galates 1:15,16, « Mais, lorsqu’il plut à celui qui m’avait mis à part dès le sein de ma mère, et qui m’a appelé par sa grâce, de révéler en moi son Fils. » L’Écriture parle aussi clairement d’une telle connaissance de la parole de Dieu, telle qu’elle a été décrite, comme du don immédiat de Dieu, Psaume 119:18 : « Ouvre mes yeux, pour que je contemple Les merveilles de ta loi! » Que pouvait vouloir dire le Psalmiste lorsqu’il suppliait Dieu d’ouvrir ses yeux ? Était-il aveugle ? Ne pouvait-il pas recourir à la loi et y voir chaque mot et chaque phrase quand il lui plaisait ? Et que pouvait-il entendre par ces choses merveilleuses ? Étaient-ce les histoires merveilleuses de la création, du déluge, et du passage d’Israël à travers la mer Rouge, et autres semblables ? Ses yeux n’étaient-ils pas ouverts pour lire ces choses étranges quand il le voulait ? Sans doute, par les choses merveilleuses de la loi de Dieu, avait-il en vue ces excellences distinctives et merveilleuses, et ces manifestations admirables des perfections divines et de la gloire, qu’il y avait dans les commandements et les doctrines de la parole, et ces œuvres et ces conseils de Dieu qui y étaient révélés. Ainsi l’Écriture parle d’une connaissance de la dispensation de Dieu, de son alliance de miséricorde, et de sa voie de grâce envers son peuple, comme étant propre aux saints, et donnée par Dieu seul, Psaume 25:14 : « L’amitié de l’Éternel est pour ceux qui le craignent, Et son alliance leur donne instruction. »
Et que la vraie et salutaire croyance à la vérité de la religion est celle qui naît d’une telle découverte, c’est aussi ce qu’enseigne l’Écriture. Comme Jean 6:40, « La volonté de mon Père, c’est que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle; » où il est clair qu’une vraie foi est ce qui naît d’une vue spirituelle du Christ. Et Jean 17:6,7,8, « J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m’as donnés du milieu du monde. Maintenant ils ont connu que tout ce que tu m’as donné vient de toi. Car je leur ai donné les paroles que tu m’as données; et ils les ont reçues, et ils ont vraiment connu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. » où le fait que le Christ manifeste le nom de Dieu aux disciples, ou leur donne la connaissance de Dieu, était ce par quoi ils connurent que la doctrine du Christ était de Dieu, et que le Christ lui-même était de lui, procédait de lui, et était envoyé par lui. De nouveau, Jean 12:44,45,46, « Or, Jésus s’était écrié: Celui qui croit en moi croit, non pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé; et celui qui me voit voit celui qui m’a envoyé. Je suis venu comme une lumière dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. » Leur croyance au Christ, et le fait de le voir spirituellement, sont présentés comme allant de pair.
Le Christ reproche aux Juifs de n’avoir pas su qu’il était le Messie, et que sa doctrine était vraie, faute d’un goût et d’une saveur intérieurs et distinctifs de ce qui était divin, en Luc 12:56,57. Ayant là blâmé les Juifs de ce que, bien qu’ils pussent discerner l’aspect du ciel et de la terre, et les signes du temps, ils ne pouvaient pourtant pas discerner ces temps-ci ; ou, comme cela est exprimé dans Matthieu, les signes de ces temps ; il ajoute : oui, et pourquoi ne discernez-vous pas de vous-mêmes ce qui est juste ? c’est-à-dire, sans signes extérieurs. Pourquoi n’avez-vous pas ce sentiment de la véritable excellence, par lequel vous pourriez distinguer ce qui est saint et divin ? Pourquoi n’avez-vous pas cette saveur des choses de Dieu, par laquelle vous pourriez voir la gloire distinctive, et la divinité évidente, de moi et de ma doctrine ?
L’apôtre Pierre le mentionne comme ce qui leur donna (aux apôtres) une bonne et solide assurance de la vérité de l’Évangile, à savoir qu’ils avaient vu la gloire divine du Christ. 2 Pierre 1:16, « Ce n’est pas, en effet, en suivant des fables habilement conçues, que nous vous avons fait connaître la puissance et l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, mais c’est comme ayant vu sa majesté de nos propres yeux. » L’apôtre a en vue cette gloire visible du Christ qu’ils virent lors de sa transfiguration : cette gloire était si divine, ayant une apparence et un semblant si ineffables de sainteté, de majesté et de grâce divines, qu’elle le désignait manifestement comme une personne divine. Mais si une vue de la gloire extérieure du Christ pouvait donner une assurance rationnelle de sa divinité, pourquoi une appréhension de sa gloire spirituelle ne le pourrait-elle pas aussi ? Sans doute la gloire spirituelle du Christ est-elle en elle-même aussi distinctive, et montre-t-elle sa divinité aussi clairement que sa gloire extérieure, et beaucoup plus encore : car sa gloire spirituelle est ce en quoi consiste sa divinité ; et la gloire extérieure de sa transfiguration ne le montrait divin qu’en tant qu’elle était une image ou une représentation remarquable de cette gloire spirituelle. Sans doute, par conséquent, celui qui a eu une vue claire de la gloire spirituelle du Christ peut dire : je n’ai pas suivi des fables habilement conçues, mais j’ai vu sa majesté de mes propres yeux, sur des fondements aussi bons que l’apôtre, lorsqu’il avait en vue la gloire extérieure du Christ qu’il avait vue. — Mais cela m’amène à ce qui a été proposé ensuite, à savoir, à montrer que,
Deuxièmement, cette doctrine est rationnelle.
1. Il est rationnel de supposer qu’il y a réellement dans les choses divines une excellence si transcendante et si extraordinairement différente de ce qui est dans les autres choses que, si elle était vue, elle les distinguerait de la manière la plus évidente. Nous ne pouvons rationnellement douter que les choses qui sont divines, qui appartiennent à l’Être suprême, ne soient infiniment différentes des choses qui sont humaines ; qu’il n’y ait en elles cette excellence divine, haute et glorieuse, qui les différencie de la manière la plus remarquable des choses qui sont des hommes ; à tel point que, si seulement la différence était vue, elle aurait sur quiconque une influence convaincante et satisfaisante, à savoir qu’elles sont ce qu’elles sont, à savoir, divines. Quelle raison peut-on opposer à cela ? À moins que nous ne voulions soutenir que Dieu ne se distingue pas remarquablement des hommes en gloire.
Si le Christ apparaissait maintenant à quelqu’un comme il le fit sur la montagne lors de sa transfiguration ; ou s’il apparaissait au monde dans la gloire où il paraît maintenant, comme il le fera au jour du jugement ; sans doute la gloire et la majesté dans lesquelles il paraîtrait seraient telles qu’elles convaincraient chacun qu’il était une personne divine, et que la religion était vraie : et ce serait aussi une conviction des plus raisonnables et des mieux fondées. Et pourquoi ne pourrait-il pas y avoir ce sceau de divinité, ou cette gloire divine, sur la parole de Dieu, sur le plan et la doctrine de l’Évangile, qui pourrait être pareillement distinctif et aussi rationnellement convaincant, pourvu seulement qu’il soit vu ? Il est rationnel de supposer que, lorsque Dieu parle au monde, il doit y avoir dans sa parole ou son discours quelque chose d’infiniment différent de la parole de l’homme. Supposons que Dieu n’eût jamais parlé au monde, mais que nous eussions appris qu’il était sur le point de le faire ; qu’il était sur le point de se révéler du haut du ciel, et de nous parler immédiatement lui-même, en discours ou en propos divins, comme de sa propre bouche, ou qu’il dût nous donner un livre de sa propre composition ; de quelle manière nous attendrions-nous à ce qu’il parlât ? Ne serait-il pas rationnel de supposer que son discours serait extrêmement différent du discours de l’homme, qu’il parlerait comme un Dieu ; c’est-à-dire qu’il y aurait dans son discours ou sa parole une telle excellence et une telle sublimité, un tel sceau de sagesse, de sainteté, de majesté et d’autres perfections divines, que la parole de l’homme, oui, du plus sage des hommes, paraîtrait vile et basse en comparaison ? Sans doute jugerait-on rationnel de s’y attendre, et déraisonnable de penser autrement. Lorsqu’un homme sage parle dans l’exercice de sa sagesse, il y a dans tout ce qu’il dit quelque chose de très distinct du babil d’un petit enfant. De même, sans doute, et bien davantage, le discours de Dieu (s’il existe une telle chose que le discours de Dieu) doit-il se distinguer de celui du plus sage des hommes ; conformément à Jérémie 23:28,29. Dieu, y ayant repris les faux prophètes qui prophétisaient en son nom, et prétendaient que ce qu’ils disaient était sa parole, alors qu’en réalité c’était leur propre parole, dit : « Que le prophète qui a eu un songe raconte ce songe, Et que celui qui a entendu ma parole rapporte fidèlement ma parole. Pourquoi mêler la paille au froment? Dit l’Éternel. Ma parole n’est-elle pas comme un feu, dit l’Éternel, Et comme un marteau qui brise le roc? »
2. S’il y a une telle excellence distinctive dans les choses divines, il est rationnel de supposer qu’il peut exister une telle chose que de la voir. Qu’est-ce qui empêcherait qu’elle puisse être vue ? Ce n’est pas un argument qu’il n’existe pas une telle excellence distinctive, ou que, s’il en existe une, elle ne puisse être vue, parce que certains ne la voient pas, quoiqu’ils puissent être des hommes discernants dans les matières temporelles. Il n’est pas rationnel de supposer, s’il y a quelque excellence de cette sorte dans les choses divines, que les méchants la voient. Il n’est pas rationnel de supposer que ceux dont l’esprit est plein de souillure spirituelle, et sous le pouvoir de convoitises impures, aient quelque saveur ou sentiment de la beauté ou de l’excellence divine ; ou que leur esprit soit réceptif à cette lumière qui est, de sa propre nature, si pure et si céleste. Il n’y a pas lieu de s’étonner que le péché aveugle ainsi l’esprit, puisque les tempéraments et les dispositions naturels particuliers des hommes les aveuglent tant dans les matières séculières ; comme lorsque le tempérament naturel des hommes est mélancolique, jaloux, craintif, orgueilleux, ou autre semblable.
3. Il est rationnel de supposer que cette connaissance doit être donnée immédiatement par Dieu, et non obtenue par des moyens naturels. À quel titre paraîtrait-il déraisonnable qu’il y ait une communication immédiate entre Dieu et la créature ? Il est étrange que les hommes en fassent une difficulté. Pourquoi celui qui a fait toutes choses n’aurait-il pas encore quelque chose à faire immédiatement avec les choses qu’il a faites ? Où est la grande difficulté, si nous reconnaissons l’existence d’un Dieu, et qu’il a créé toutes choses de rien, d’admettre encore quelque influence immédiate de Dieu sur la création ? Et s’il est raisonnable de le supposer à l’égard de quelque partie de la création, il l’est surtout à l’égard des créatures raisonnables et intelligentes, qui sont, après Dieu, au sommet dans la gradation des différents ordres des êtres, et dont l’affaire est le plus immédiatement avec Dieu ; qui furent faites tout exprès pour ces exercices qui regardent Dieu, et dans lesquels elles ont directement affaire à Dieu : car la raison enseigne que l’homme fut fait pour servir et glorifier son Créateur. Et s’il est rationnel de supposer que Dieu se communique immédiatement à l’homme en quelque affaire, c’est bien en celle-ci. Il est rationnel de supposer que Dieu réserverait cette connaissance et cette sagesse, qui sont d’une nature si divine et si excellente, pour les accorder immédiatement par lui-même, et qu’elles ne devraient pas être laissées au pouvoir des causes secondes. La sagesse et la grâce spirituelles sont le don le plus élevé et le plus excellent que Dieu accorde jamais à aucune créature : en cela consiste la plus haute excellence et la perfection d’une créature raisonnable. C’est aussi, de loin, le plus important de tous les dons divins : c’est ce en quoi consiste le bonheur de l’homme, et ce dont dépend son bien-être éternel. Combien il est rationnel de supposer que Dieu, quoiqu’il ait laissé les biens moindres et les dons inférieurs aux causes secondes, et en quelque sorte en leur pouvoir, réserverait pourtant la plus excellente, la plus divine et la plus importante de toutes les communications divines entre ses propres mains, pour l’accorder immédiatement par lui-même, comme une chose trop grande pour que les causes secondes y aient part !
Il est rationnel de supposer que cette bénédiction vienne immédiatement de Dieu ; car il n’est aucun don ni bienfait qui soit en lui-même si étroitement apparenté à la nature divine, il n’est rien que la créature reçoive qui tienne autant de Dieu, de sa nature, qui soit autant une participation à la divinité : c’est une sorte d’émanation de la beauté de Dieu, et cela est à Dieu ce que la lumière est au soleil. Il est donc convenable et juste que, lorsqu’elle est donnée de Dieu, elle vienne directement de lui-même, et par lui-même, selon sa propre volonté souveraine.
Il est rationnel de supposer qu’il soit au-dessus du pouvoir de l’homme d’obtenir cette connaissance et cette lumière par la seule force de la raison naturelle ; car ce n’est pas une chose qui appartienne à la raison que de voir la beauté et l’amabilité des choses spirituelles ; ce n’est pas une chose spéculative, mais elle dépend du sentiment du cœur. La raison, il est vrai, y est nécessaire, car ce n’est que par la raison que nous devenons les sujets des moyens qui y conduisent ; moyens que j’ai déjà montrés être nécessaires à cet égard, quoiqu’ils n’aient aucune causalité propre en cette affaire. C’est par la raison que nous entrons en possession d’une notion de ces doctrines qui sont la matière de cette lumière divine ; et la raison peut, de bien des manières, y être indirectement et lointainement un avantage. Et la raison a aussi part aux actes qui suivent immédiatement cette découverte : voir de là la vérité de la religion, cela se fait par la raison ; quoique ce ne soit que d’un seul pas, et que l’inférence soit immédiate. Ainsi la raison a part à cette acceptation du Christ et à cette confiance en lui, qui en est la conséquence. Mais si nous prenons la raison au sens strict — non pour la faculté de perception mentale en général, mais pour le raisonnement, ou le pouvoir de déduire par arguments — la perception de la beauté et de l’excellence spirituelles n’appartient pas plus à la raison qu’il n’appartient au sens du toucher de percevoir les couleurs, ou au pouvoir de la vue de percevoir la douceur d’un aliment. Il est hors du domaine de la raison de percevoir la beauté ou l’amabilité d’aucune chose : une telle perception n’appartient pas à cette faculté. L’œuvre de la raison est de percevoir la vérité et non l’excellence. Ce n’est pas le raisonnement qui donne aux hommes la perception de la beauté et de l’amabilité d’un visage, quoiqu’il puisse, de bien des manières, y être indirectement un avantage ; pourtant ce n’est pas plus la raison qui la perçoit immédiatement, que ce n’est la raison qui perçoit la douceur du miel : cela dépend du sentiment du cœur. — La raison peut déterminer qu’un visage est beau pour d’autres, elle peut déterminer que le miel est doux pour d’autres ; mais elle ne me donnera jamais la perception de sa douceur.
Je conclurai par une très brève application de ce qui a été dit.
Premièrement, cette doctrine peut nous amener à réfléchir sur la bonté de Dieu, qui a ainsi disposé les choses qu’une évidence salutaire de la vérité de l’Évangile est telle qu’elle est accessible aux personnes de faibles capacités et de faibles avantages, aussi bien qu’à celles qui ont les plus grands talents et le plus grand savoir. Si l’évidence de l’Évangile ne dépendait que de l’histoire, et de raisonnements dont seuls les hommes savants sont capables, elle serait hors de portée de la plus grande partie du genre humain. Mais des personnes n’ayant qu’un degré ordinaire de connaissance sont capables, sans une longue et subtile suite de raisonnements, de voir l’excellence divine des choses de la religion : elles sont capables d’être enseignées par l’Esprit de Dieu, aussi bien que les hommes savants. L’évidence qui s’obtient de cette manière est infiniment meilleure et plus satisfaisante que tout ce qui peut s’obtenir par les raisonnements de ceux qui sont les plus savants et les plus grands maîtres de la raison. Et les enfants sont aussi capables de connaître ces choses que les sages et les intelligents ; et elles sont souvent cachées à ceux-ci lorsqu’elles sont révélées à ceux-là. 1 Corinthiens 1:26,27, « Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n’y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde — »
Deuxièmement, cette doctrine peut bien nous porter à nous examiner nous-mêmes, pour savoir si nous avons jamais eu cette lumière divine qui a été décrite, introduite dans nos âmes. Si une telle chose existe en effet, et qu’elle ne soit pas seulement une idée ou une lubie de personnes à l’esprit faible et dérangé, alors sans doute est-ce une chose de grande importance de savoir si nous avons été ainsi enseignés par l’Esprit de Dieu ; si la splendeur de l’Évangile de la gloire de Christ, qui est l’image de Dieu, a brillé pour nous, nous donnant la lumière de la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Jésus-Christ ; si nous avons vu le Fils et cru en lui, ou si nous avons cette foi aux doctrines de l’Évangile qui naît d’une vue spirituelle du Christ.
Troisièmement, tous peuvent de là être exhortés à rechercher ardemment cette lumière spirituelle. Pour y porter et y pousser, on peut considérer les choses suivantes.
1. C’est la sagesse la plus excellente et la plus divine dont aucune créature soit capable. Elle est plus excellente que tout savoir humain ; elle est bien plus excellente que toute la connaissance des plus grands philosophes ou hommes d’État. Oui, la moindre lueur de la gloire de Dieu sur la face du Christ exalte et ennoblit davantage l’âme que toute la connaissance de ceux qui ont la plus grande intelligence spéculative en théologie, sans la grâce. Cette connaissance a l’objet le plus noble qui soit ou puisse être, à savoir, la gloire ou l’excellence divine de Dieu et du Christ. La connaissance de ces objets est ce en quoi consiste la plus excellente connaissance des anges, oui, de Dieu lui-même.
2. Cette connaissance est celle qui, au-dessus de toutes les autres, est douce et joyeuse. Les hommes trouvent beaucoup de plaisir dans la connaissance humaine, dans l’étude des choses naturelles ; mais cela n’est rien auprès de cette joie qui naît de cette lumière divine brillant dans l’âme. Cette lumière donne une vue de ces choses qui sont immensément les plus exquisement belles, et capables de ravir l’œil de l’entendement. Cette lumière spirituelle est l’aube de la lumière de la gloire dans le cœur. Il n’y a rien de si puissant que ceci pour soutenir les personnes dans l’affliction, et pour donner à l’esprit la paix et la clarté dans ce monde orageux et ténébreux.
3. Cette lumière est telle qu’elle influence efficacement l’inclination, et change la nature de l’âme. Elle assimile la nature à la nature divine, et change l’âme en une image de la même gloire qui est contemplée. 2 Corinthiens 3:18, « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit. » Cette connaissance détachera du monde, et élèvera l’inclination vers les choses célestes. Elle tournera le cœur vers Dieu comme vers la source du bien, et le portera à le choisir pour unique partage. Cette lumière, et elle seule, amènera l’âme à une union salutaire avec le Christ. Elle conforme le cœur à l’Évangile, mortifie son inimitié et son opposition au plan de salut qui y est révélé : elle porte le cœur à embrasser la joyeuse nouvelle, et à adhérer entièrement à la révélation du Christ comme notre Sauveur, et à s’y reposer : elle fait que l’âme tout entière s’accorde et s’harmonise avec elle, l’accueillant avec un entier crédit et respect, s’y attachant de toute son inclination et de toute son affection ; et elle dispose efficacement l’âme à se donner entièrement au Christ.
4. Cette lumière, et elle seule, a son fruit dans une sainteté de vie universelle. Aucune compréhension purement notionnelle ou spéculative des doctrines de la religion n’y conduira jamais. Mais cette lumière, atteignant le fond du cœur et en changeant la nature, disposera efficacement à une obéissance universelle. Elle montre combien Dieu est digne d’être obéi et servi. Elle fait sortir le cœur en un amour sincère pour Dieu, qui est le seul principe d’une obéissance véritable, gracieuse et universelle ; et elle convainc de la réalité de ces glorieuses récompenses que Dieu a promises à ceux qui lui obéissent.
Domaine public. Texte source de l’édition originale.