Chapitre 11 · 5 min de lecture
Avec le cœur
Neuvième jour. S’ATTENDRE À DIEU : Avec le cœur.
« Fortifiez-vous et que votre cœur s’affermisse,
vous tous qui espérez en l’Éternel ! » — Psaume 31:24
LES paroles sont presque les mêmes que dans notre méditation précédente. Mais je m’en sers volontiers de nouveau pour faire pénétrer une leçon fort nécessaire à tous ceux qui désirent apprendre vraiment et pleinement ce qu’est l’attente de Dieu. La leçon est celle-ci : c’est avec le cœur que nous devons nous attendre à Dieu. « Que votre cœur s’affermisse. » Toute notre attente dépend de l’état du cœur. Tel est le cœur de l’homme, tel est l’homme devant Dieu. Nous ne pouvons avancer ni plus loin ni plus profondément dans le lieu saint de la présence de Dieu, pour l’y attendre, que notre cœur n’y a été préparé par le Saint-Esprit. Le message est : « Que votre cœur s’affermisse, vous tous qui espérez en l’Éternel. »
La vérité paraît si simple que d’aucuns pourraient demander : Tous ne l’admettent-ils pas ? où est le besoin d’y insister si particulièrement ? C’est que bien des chrétiens n’ont aucun sens de la grande différence entre la religion de l’intelligence et la religion du cœur, et la première est cultivée avec bien plus de diligence que la seconde. Ils ne savent pas combien le cœur est infiniment plus grand que l’intelligence. C’est là qu’il faut chercher l’une des principales causes de la faiblesse de notre vie chrétienne, et ce n’est que lorsque cela est compris que l’attente de Dieu apportera sa pleine bénédiction.
Proverbes 3:5 peut aider à rendre ma pensée claire. Parlant d’une vie dans la crainte et la faveur de Dieu, ce passage dit : « Confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, et ne t’appuie pas sur ta sagesse. » Dans toute religion nous avons à user de ces deux facultés. L’intelligence a à recueillir la connaissance dans la parole de Dieu, et à préparer la nourriture dont le cœur, avec la vie intérieure, doit être nourri. Mais ici surgit un terrible danger : celui de nous appuyer sur notre propre intelligence, et de nous confier en notre compréhension des choses divines. Les gens s’imaginent que, s’ils s’occupent de la vérité, la vie spirituelle en sera par le fait même fortifiée. Et il n’en est nullement ainsi. L’intelligence traite de conceptions et d’images des choses divines, mais elle ne peut atteindre la vie réelle de l’âme. De là ce commandement : « Confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, et ne t’appuie pas sur ta sagesse. » C’est avec le cœur que l’homme croit et entre en contact avec Dieu. C’est dans le cœur que Dieu a mis son Esprit, pour y être en nous la présence et la puissance de Dieu opérant en nous. Dans toute notre religion, c’est le cœur qui doit se confier, aimer, adorer et obéir. Mon intelligence est tout à fait impuissante à créer ou à entretenir en moi la vie spirituelle : c’est le cœur qui doit s’attendre à Dieu pour qu’il l’opère en moi.
Il en est ici comme dans la vie physique. Ma raison peut me dire ce que je dois manger et boire, et comment la nourriture me sustente. Mais dans le manger et le nourrir, ma raison ne peut rien : le corps a ses organes pour cet office particulier. De même, la raison peut me dire ce que dit la parole de Dieu, mais elle ne peut rien pour nourrir l’âme du pain de vie — cela, le cœur seul peut le faire, par sa foi et sa confiance en Dieu. Un homme peut étudier la nature et les effets de la nourriture ou du sommeil ; quand il veut manger ou dormir, il met de côté ses pensées et son étude, et use de la faculté de manger ou de dormir. Ainsi le chrétien a-t-il toujours besoin, après avoir étudié ou entendu la parole de Dieu, de cesser de ses pensées, de ne mettre en elles aucune confiance, et de réveiller son cœur pour qu’il s’ouvre devant Dieu et cherche avec lui la communion vivante.
Voilà maintenant la félicité de l’attente de Dieu : que je confesse l’impuissance de toutes mes pensées et de tous mes efforts, et que je me tienne en repos pour incliner mon cœur devant lui dans un saint silence, et me confier à lui pour qu’il renouvelle et fortifie sa propre œuvre en moi. Et c’est justement là la leçon de notre texte : « Que votre cœur s’affermisse, vous tous qui espérez en l’Éternel. » Souviens-toi de la différence entre connaître avec l’intelligence et croire avec le cœur. Garde-toi de la tentation de t’appuyer sur ta compréhension, avec ses pensées claires et fortes. Elles ne t’aident qu’à savoir ce que le cœur doit recevoir de Dieu : en elles-mêmes elles ne sont qu’images et ombres. « Que votre cœur s’affermisse, vous tous qui espérez en l’Éternel. » Présente-le devant lui comme cette partie merveilleuse de ta nature spirituelle en laquelle Dieu se révèle, et par laquelle tu peux le connaître. Cultive la plus grande confiance que, bien que tu ne puisses voir dans ton cœur, Dieu y opère par son Saint-Esprit. Que le cœur attende parfois dans un silence et un calme parfaits ; dans ses profondeurs cachées, Dieu opérera. Sois-en assuré, et attends-le seulement. Remets continuellement tout ton cœur, avec ses secrets mouvements, entre les mains de Dieu. Il veut le cœur, et le prend, et Dieu y habite. « Fortifiez-vous et que votre cœur s’affermisse, vous tous qui espérez en l’Éternel. »
« Mon âme, confie-toi en Dieu ! »