Chapitre 9 · 14 min de lecture
Section VI
Communion sans entrave
Cantique 8:5-14.
Nous voici parvenus à la dernière section de ce livre qui, nous l’avons vu, est un poème décrivant la vie d’un croyant sur la terre. Commençant à la Section I (Cantique 1:2-2:7) par les aspirations insatisfaites d’une fiancée — aspirations auxquelles seul pouvait répondre son abandon sans réserve à l’Époux de son âme —, nous constatons que, l’abandon une fois consommé, au lieu de la croix qu’elle avait tant redoutée, elle trouva un Roi, le ROI d’AMOUR, qui tout à la fois combla ses aspirations les plus profondes et trouva en elle sa propre satisfaction.
La deuxième section (Cantique 2:8-3:5) montrait une défaillance de sa part ; elle fut de nouveau attirée dans le monde et découvrit bientôt que son Bien-aimé ne pouvait l’y suivre ; puis, s’en allant le chercher d’un cœur pleinement résolu et confessant son nom, sa recherche aboutit, et sa communion fut rétablie.
La troisième section (Cantique 3:6-5:1) parlait d’une communion ininterrompue. Demeurant en Christ, elle avait part à sa sécurité et à sa gloire. Elle détourne toutefois l’attention des filles de Jérusalem de ces choses extérieures pour la porter vers son ROI lui-même. Et, tandis qu’elle est ainsi occupée de lui, souhaitant que d’autres le soient de même, elle découvre que son royal Époux se complaît en elle et l’invite à la communion du service, sans redouter les repaires des lions ni les montagnes des léopards.
La quatrième section (Cantique 5:2-6:10) montre cependant une nouvelle défaillance ; non plus, comme auparavant, par mondanité, mais plutôt par orgueil spirituel et par paresse. Le rétablissement fut alors bien plus difficile ; mais de nouveau, lorsqu’elle s’en alla avec diligence chercher son SEIGNEUR et le confessa de manière à faire naître chez d’autres le désir de le trouver avec elle, il se révéla, et la communion fut rétablie pour n’être plus jamais interrompue.
La cinquième section (Cantique 6:11-8:4), nous l’avons vu, décrit non seulement la satisfaction et les délices mutuels que l’épouse et l’Époux trouvent l’un dans l’autre, mais aussi la reconnaissance de sa position et de sa beauté par les filles de Jérusalem.
Et maintenant, dans la sixième section (Cantique 8:5-14), nous parvenons à la scène finale du livre. On y voit l’épouse appuyée sur son Bien-aimé, lui demandant de l’attacher plus fermement encore à lui-même, et s’employant dans sa vigne, jusqu’à ce qu’il l’appelle loin du service terrestre. C’est à cette dernière section que nous prêterons maintenant une attention plus particulière.
Elle s’ouvre, comme la troisième, par une question ou une exclamation des filles de Jérusalem. Là, elles demandaient : « Qui est celle qui monte du désert, Comme des colonnes de fumée, etc. ? » ; mais alors leur attention était retenue par la pompe et l’apparat du ROI, non par sa personne ni par celle de son épouse. Ici, elles sont attirées par l’heureuse position de l’épouse à l’égard de son Bien-aimé, et non par ce qui les entoure.
Qui est celle qui monte du désert,
Appuyée sur son bien-aimé?
C’est par l’épouse que l’attention est attirée vers l’Époux ; leur union et leur communion sont désormais ouvertes et manifestes. Pour la dernière fois le désert est mentionné ; mais, doucement consolé par la présence de l’Époux, ce n’est pas un désert pour cette épouse. Dans toute la confiance d’un amour qui s’abandonne, on la voit appuyée sur son Bien-aimé. Il est sa force, sa joie, sa fierté et sa récompense ; tandis qu’elle est son trésor particulier, l’objet de ses soins les plus tendres. Toutes ses ressources de sagesse et de puissance sont à elle ; bien qu’en voyage, elle est dans le repos ; bien qu’au désert, elle est rassasiée, tandis qu’elle s’appuie sur son Bien-aimé.
Quelque merveilleuses que soient les révélations de grâce et d’amour faites au cœur enseigné par le SAINT-ESPRIT à travers la relation de l’épouse et de l’Époux, le CHRIST de DIEU est plus qu’un Époux pour son peuple. Lui qui, lorsqu’il était sur la terre, put dire : « avant qu’Abraham fût, je suis », revendique ici son épouse dès sa naissance même, et non pas seulement depuis ses fiançailles. Avant qu’elle le connût, lui la connaissait ; et il le lui rappelle par ces paroles :—
Je t’ai réveillée sous le pommier;
Là ta mère t’a enfantée.
Il prend plaisir à sa beauté, mais celle-ci est moins la cause que l’effet de son amour ; car il l’a relevée lorsqu’elle n’avait aucun attrait. L’amour qui l’a faite ce qu’elle est, et qui maintenant se plaît en elle, n’est pas un amour inconstant, et elle n’a pas à en redouter le changement.
Avec joie l’épouse reconnaît cette vérité, qu’elle est vraiment à lui, et elle s’écrie :
Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, Comme un sceau sur ton bras;
Car l’amour est fort comme la mort,
La jalousie (amour ardent) est inflexible (tenace) comme le séjour des morts;
Ses ardeurs sont des ardeurs de feu,
Une flamme de l’Éternel.
Le souverain sacrificateur portait sur son cœur les noms des douze tribus, chaque nom étant gravé comme un sceau dans la pierre précieuse et impérissable choisie par Dieu, chaque sceau ou pierre étant enchâssé dans l’or le plus pur ; il portait de même ces noms sur ses épaules, marquant que l’amour aussi bien que la force du souverain sacrificateur étaient engagés en faveur des tribus d’Israël. L’épouse serait ainsi soutenue par Celui qui est tout ensemble son Prophète, son Sacrificateur et son Roi ; car l’amour est fort comme la mort, et la jalousie, ou amour ardent, tenace comme le séjour des morts. Non qu’elle doute de la constance de son Bien-aimé, mais parce qu’elle a appris, hélas ! l’inconstance de son propre cœur ; et elle voudrait être liée au cœur et au bras de son Bien-aimé par des chaînes et des sertissures d’or, toujours l’emblème de la divinité. Ainsi le Psalmiste priait : « Attachez la victime avec des liens, Amenez-la jusqu’aux cornes de l’autel! »
Il est relativement facile de déposer le sacrifice sur l’autel qui sanctifie l’offrande, mais il faut une contrainte divine — les liens de l’amour — pour l’y retenir. Ainsi, ici, l’épouse voudrait être placée et fixée sur le cœur et sur le bras de Celui qui doit désormais être son tout en tous, afin qu’elle ne se confie plus jamais qu’en cet amour et ne soit soutenue que par cette puissance.
N’avons-nous pas tous besoin d’apprendre une leçon de ceci ? et de prier pour être gardés de nous tourner vers l’Égypte pour du secours, de nous confier dans les chevaux et les chars, de mettre notre confiance dans les princes ou dans le fils de l’homme plutôt que dans le DIEU vivant ? Combien de rois d’Israël, qui avaient remporté de grands triomphes par la foi, se détournèrent parfois vers les nations païennes dans leurs dernières années ! Que le SEIGNEUR garde son peuple de ce piège.
L’épouse poursuit : « Ses ardeurs sont des ardeurs de feu, une flamme de l’Éternel. » Il est digne de remarque que c’est là la seule occurrence de ce mot « l’Éternel » dans tout ce livre. Mais comment aurait-il pu être omis ici ? Car c’est l’amour de DIEU, et DIEU est amour.
À sa demande, l’Époux répond par des paroles rassurantes :
Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour,
Et les fleuves ne le submergeraient pas;
Quand un homme offrirait tous les biens de sa maison contre l’amour,
Il ne s’attirerait que le mépris.
L’amour que la grâce a fait naître dans le cœur de l’épouse est lui-même divin et persévérant ; les grandes eaux ne peuvent l’éteindre, ni les fleuves le submerger. La souffrance et la douleur, le deuil et la perte peuvent éprouver sa constance, mais ils ne l’éteindront pas. Sa source n’est ni humaine ni naturelle ; comme le feu, il est caché avec le CHRIST en DIEU. Qu’est-ce qui « nous séparera de l’amour de Christ? Sera-ce la tribulation, ou l’angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l’épée?… Mais dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Car j’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature (marge de la R.V.) ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. » Notre amour pour DIEU est garanti par l’amour de DIEU pour nous. Pour l’âme réellement délivrée par la grâce, aucune offre séduisante d’abandonner l’amour de DIEU ne réussira finalement. « Quand un homme offrirait tous les biens de sa maison contre l’amour, il ne s’attirerait que le mépris. »
Délivrée de toute inquiétude en ce qui la concerne, l’heureuse épouse demande ensuite d’être conduite, et d’avoir communion dans le service avec son SEIGNEUR, en faveur de ceux qui n’ont pas encore atteint sa position privilégiée.
Nous avons une petite sœur,
Qui n’a point encore de mamelles;
Que ferons-nous de notre sœur,
Le jour où on la recherchera?
Avec quelle beauté son union consciente avec l’Époux apparaît dans ses paroles. « Nous avons une petite sœur », et non moi, etc. ; « que ferons-nous de notre sœur », etc. ? Elle n’a plus désormais ni relations ni intérêts propres ; en toutes choses elle est une avec lui. Et nous voyons un progrès supplémentaire de la grâce dans la question même. Vers la fin de la section précédente, elle avait reconnu l’Époux comme son Instructeur. Elle ne fera plus maintenant ses propres plans au sujet de sa petite sœur pour lui demander d’y consentir ; elle apprendra plutôt quelles sont ses pensées à lui, et aura communion avec lui dans ses plans.
Que d’inquiétudes et de soucis seraient épargnés aux enfants de Dieu s’ils apprenaient à agir de la sorte ! N’est-il pas trop fréquent de dresser les meilleurs plans que nous puissions concevoir, de les exécuter de notre mieux, en ressentant tout ce temps un lourd fardeau de responsabilité, et en demandant instamment au SEIGNEUR de nous aider ? Tandis que si nous laissions toujours Lui être notre Instructeur dans le service, et que nous en laissions la responsabilité à Lui, notre force ne serait pas épuisée par le tracas et l’inquiétude, mais serait tout entière à sa disposition et accomplirait ses fins.
Dans la petite sœur, encore immature, ne pouvons-nous pas voir les élus de DIEU, donnés au CHRIST selon le dessein de Dieu, mais non encore amenés à une relation salvatrice avec lui ? Et peut-être aussi ces petits enfants dans le CHRIST qui ont encore besoin d’être nourris de lait et non d’une nourriture solide, mais qui, moyennant de tels soins, deviendront en temps voulu des croyants expérimentés, propres au service du SEIGNEUR ? Alors on parlera pour eux, et ils seront appelés dans ce domaine du service pour lequel il les a préparés.
L’Époux répond :—
Si elle est un mur,
Nous bâtirons sur elle des créneaux d’argent;
Si elle est une porte,
Nous la fermerons avec une planche de cèdre.
Dans cette réponse, l’Époux reconnaît avec douceur son unité avec son épouse, de la même manière qu’elle a montré son unité consciente avec lui. Comme elle dit : « Que ferons-nous de notre sœur ? », de même il répond : « Nous bâtirons… nous la fermerons », etc. Il n’accomplira pas ses desseins de grâce indépendamment de son épouse, mais il œuvrera avec elle et par elle. Ce que l’on pourra faire pour cette sœur dépendra toutefois de ce qu’elle deviendra. Si elle est un mur, bâti sur le vrai fondement, fort et stable, elle sera parée et embellie de créneaux d’argent ; mais si elle est instable et facilement ballottée çà et là comme une porte, un tel traitement sera aussi impossible qu’inconvenant ; il faudra la fermer avec des planches de cèdre, l’entourer de contraintes, pour sa propre protection.
L’épouse répond avec joie : « Je suis un mur » ; elle connaît le fondement sur lequel elle est bâtie, il n’y a pas de « si » dans son cas ; elle a conscience d’avoir trouvé grâce aux yeux de son Bien-aimé. La bénédiction de Nephthali est la sienne : elle est « rassasié de faveurs et comblé des bénédictions de l’Éternel ».
Mais qu’enseigne le lien entre cette heureuse assurance et les lignes qui suivent ?
Salomon avait une vigne à Baal-Hamon;
Il remit la vigne à des gardiens;
Chacun apportait pour son fruit mille sicles d’argent.
Ma vigne, qui est à moi, je la garde.
A toi, Salomon, les mille sicles,
Et deux cents à ceux qui gardent le fruit!
Ce lien, nous le croyons, est d’une grande importance, car il nous enseigne que ce qu’elle était (par grâce) importait plus que ce qu’elle faisait ; et qu’elle ne travaillait pas pour mériter la faveur, mais que, assurée de la faveur, elle donnait à son amour libre carrière pour se manifester dans le service. L’épouse connaissait sa relation avec son SEIGNEUR, et l’amour qu’il lui portait ; et dans sa résolution qu’il eût les mille sicles d’argent, son souci était que sa vigne ne rapportât pas moins à son Salomon que la vigne de celui-ci à Baal-Hamon ; sa vigne, c’était elle-même, et elle désirait pour son SEIGNEUR beaucoup de fruit. Elle veillerait aussi à ce que les gardiens de la vigne, ceux qui étaient ses compagnons dans sa culture et qui servaient par la parole et l’enseignement, fussent bien récompensés ; elle n’emmuselait pas le bœuf qui foule le grain ; une pleine dîme, voire une double dîme, devait être la part de ceux qui gardaient le fruit et travaillaient avec elle dans la vigne.
Combien de temps ce service heureux se poursuit, et combien tôt il doit prendre fin, nous ne saurions le dire ; Celui qui appelle ses serviteurs à demeurer dans les jardins et à les cultiver pour lui — comme Adam fut jadis placé dans le paradis de DIEU — connaît seul la limite de ce service. Tôt ou tard le repos viendra, le fardeau et la chaleur du dernier jour auront été portés, le dernier combat sera achevé, et la voix de l’Époux se fera entendre, s’adressant à sa bien-aimée :—
Habitante des jardins!
Des amis prêtent l’oreille à ta voix.
Daigne me la faire entendre!
Ton service parmi les compagnons est achevé ; tu as combattu le bon combat, tu as gardé la foi, tu as achevé ta course ; désormais la couronne de justice t’est réservée, et l’Époux lui-même sera ta très grande récompense !
L’épouse peut bien lui faire entendre sa voix et, s’élançant de cœur à sa rencontre, s’écrier :—
Fuis, mon bien-aimé!
Sois semblable à la gazelle ou au faon des biches,
Sur les montagnes des aromates!
Elle ne lui demande plus, comme dans la deuxième section :—
Reviens!… sois semblable, mon bien-aimé, A la gazelle ou au faon des biches,
Sur les montagnes qui nous séparent.
Jamais plus elle n’a souhaité qu’il se détourne d’elle, car il n’y a pas de montagnes de séparation pour ceux qui demeurent dans le CHRIST ; maintenant il y a des montagnes d’aromates. Celui qui habite au milieu des louanges d’Israël, lesquelles montent, comme l’encens des aromates, du cœur de son peuple, est invité par son épouse à se hâter, à venir promptement, et à être semblable à une gazelle ou au faon des biches sur les montagnes des aromates.
Très douce est la présence de notre SEIGNEUR, lorsque, par son ESPRIT, il demeure au milieu de son peuple, tandis que celui-ci le sert ici-bas ; mais il y a ici bien des épines sur chaque sentier, qui réclament une vigilance attentive ; et il convient que nous souffrions maintenant avec notre SEIGNEUR, afin que nous soyons ensuite glorifiés ensemble. Mais le jour vient bientôt où il nous fera monter hors des jardins et des associations terrestres jusqu’au palais du grand ROI. Là, de son peuple il est dit : « ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, et le soleil ne les frappera point, ni aucune chaleur. Car l’agneau qui est au milieu du trône les paîtra et les conduira aux sources des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »
Et l’Esprit et l’épouse disent: Viens…
Oui, je viens bientôt.
Amen! Viens, Seigneur Jésus!
Chapitre 9 terminé
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