Union et communion
Section V

Chapitre 8 · 12 min de lecture

Section V

Fruits de l’union reconnue

Cantique 6:11-8:4.

Dans les deuxième et quatrième sections de ce livre, nous avons trouvé la communion de l’épouse rompue ; dans la première par un retour en arrière vers la mondanité, et dans la seconde par une aisance paresseuse et le contentement de soi. La présente section, comme la troisième, est celle d’une communion ininterrompue. Elle s’ouvre par les paroles de l’épouse :—

Je suis descendue au jardin des noyers,

Pour voir la verdure de la vallée,

Pour voir si la vigne pousse,

Si les grenadiers fleurissent.

Je ne sais, mais mon désir m’a rendue semblable

Aux chars de mon noble peuple.

Comme au commencement de la Section III, l’épouse, en communion ininterrompue avec son SEIGNEUR, était présente quoique sans être nommée, jusqu’à ce qu’elle rendît sa présence manifeste par les paroles qu’elle adressa aux filles de Sion ; de même, dans cette section, la présence du ROI n’est pas signalée jusqu’à ce que Lui-même s’adresse à son épouse. Mais elle est une avec son SEIGNEUR tandis qu’elle s’emploie à son service ! Sa promesse, « Et voici, je suis avec vous tous les jours », s’accomplit sans cesse pour elle ; et il n’a plus à la courtiser pour qu’elle se lève et vienne ; ni à lui dire que sa « tête est couverte de rosée », ses « boucles sont pleines des gouttes de la nuit » ; ni à la presser, si elle l’aime, de paître ses brebis et de prendre soin de ses agneaux. Étant elle-même son jardin, elle n’oublie pas de le cultiver, et ne garde pas les vignes d’autrui pendant que la sienne est négligée. Avec lui aussi bien que pour lui, elle descend au jardin des noyers. L’union entre eux est si parfaite que bien des commentateurs ont eu peine à décider si c’était l’épouse ou l’Époux qui parlait ; et en vérité c’est là un point de peu d’importance, car, comme nous l’avons dit, tous deux étaient présents et d’un même cœur ; nous croyons pourtant avoir raison d’attribuer ces paroles à l’épouse, puisque c’est elle que les filles de Jérusalem interpellent, et elle qui leur répond.

L’épouse et l’Époux semblent avoir été découverts par leur peuple dévoué tandis qu’ils étaient ainsi occupés à l’heureuse communion d’un service fécond, et l’épouse, sans s’en être aperçue, se trouva assise parmi les chars de son peuple—son peuple à elle aussi bien que le sien à lui.

Les filles de Jérusalem voudraient bien la rappeler :—

Reviens, reviens, Sulamithe!

Reviens, reviens, afin que nous te regardions.

Il n’y a plus de question maintenant sur qui elle est, ni pourquoi son bien-aimé est plus qu’un autre bien-aimé ; il est reconnu comme le roi Salomon, et il lui est donné le même nom, seulement sous sa forme féminine (Sulamithe).

Certains ont vu dans ces paroles, « Reviens, reviens », une indication de l’enlèvement de l’Église ; et ils expliquent certaines parties du contexte qui suit, lesquelles paraissent en désaccord avec cette interprétation, comme anticipées plutôt que progressives. Aussi intéressante que soit cette pensée, et si bien qu’elle expliquerait l’absence de toute mention du ROI dans les versets précédents, nous ne sommes pas enclins à l’accepter ; mais nous considérons tout le cantique comme progressif, et ses dernières paroles comme équivalentes aux paroles finales du livre de l’Apocalypse : « Oui, je viens bientôt. Amen! Viens, Seigneur Jésus! » Nous ne regardons donc pas le départ de l’épouse de son jardin comme autre chose que temporaire.

L’épouse répond aux filles de Jérusalem :—

Qu’avez-vous à regarder la Sulamithe ?

ou, selon la Version autorisée,

Que verrez-vous dans la Sulamithe ?

En présence du ROI, elle ne peut concevoir pourquoi on lui prêterait la moindre attention. Comme Moïse, descendant de la montagne, ignorait que son visage resplendissait d’une gloire divine, ainsi en était-il ici de l’épouse. Mais nous pouvons apprendre cette leçon très importante, que beaucoup de ceux qui ne voient pas la beauté du SEIGNEUR ne manqueront pas d’admirer sa beauté reflétée en son épouse. Le regard avide des filles de Jérusalem surprit l’épouse, et elle dit : Vous pourriez porter les yeux « sur une danse de deux chœurs »—la danse de deux troupes des plus belles filles d’Israël—au lieu de les porter sur celle qui n’a aucun droit à l’attention, sinon qu’elle est l’épouse choisie, quoique indigne, du glorieux ROI.

Les filles de Jérusalem n’ont aucune peine à répondre à sa question ; et, la reconnaissant de naissance royale—« fille de prince »—autant que de dignité de reine, elles décrivent, en un langage vrai et tout oriental, les beautés décuplées de sa personne ; de ses pieds à sa tête, elles ne voient que beauté et perfection. Quel contraste avec son état par nature ! Autrefois, « de la plante du pied jusqu’à la tête », il n’y avait que « blessures, contusions et plaies vives » ; maintenant ses pieds sont chaussés du « zèle que donne l’Évangile de paix », et la chevelure même de sa tête la proclame vraiment naziréenne ; « le ROI » lui-même « est enchaîné par des boucles ».

Mais Quelqu’un, qui lui était plus que les filles de Jérusalem, répondit à sa question toute simple : « Que verrez-vous dans la Sulamithe ? » L’Époux lui-même y répond :—

Que tu es belle, que tu es agréable,

O mon amour, au milieu des délices!

Il voit en elle les beautés et la fécondité du palmier haut et droit, de la vigne gracieuse et enlacée, du cédrat parfumé et toujours vert. La grâce l’a rendue semblable au palmier, emblème à la fois de droiture et de fécondité. Le fruit du dattier est plus prisé que le pain par le voyageur oriental, tant grande est sa force nourrissante ; et les facultés fructifères de l’arbre ne se perdent pas ; à mesure que l’âge augmente, le fruit devient plus parfait autant que plus abondant.

Les justes croissent comme le palmier,

Ils s’élèvent comme le cèdre du Liban.

Plantés dans la maison de l’Éternel,

Ils prospèrent dans les parvis de notre Dieu;

Ils portent encore des fruits dans la vieillesse,

Ils sont pleins de sève et verdoyants,

Mais pourquoi les justes sont-ils rendus si droits et si florissants ?

Pour faire connaître que l’Éternel est juste.

Il est mon rocher, et il n’y a point en lui d’iniquité.

Unis à notre SEIGNEUR, il nous appartient de manifester ses grâces et ses vertus, de refléter sa beauté, d’être ses fidèles témoins.

Le palmier est aussi l’emblème de la victoire ; il élève sa belle couronne vers les cieux, sans craindre la chaleur du soleil accablant, ni le vent brûlant du désert. À cause de sa beauté, il était l’un des ornements du temple de Salomon, comme il doit l’être de celui d’Ézéchiel. Lorsque notre SAUVEUR fut reçu à Jérusalem comme le ROI d’Israël, le peuple prit des rameaux de palmiers et sortit à sa rencontre ; et au jour glorieux de ses épousailles, « une grande foule, que personne » ne peut « compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue », se tiendra « devant le trône et devant l’agneau, revêtus de robes blanches » ; et, des palmes de victoire à la main, elle attribuera son « salut à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l’agneau ».

Mais si elle ressemble au palmier, elle ressemble aussi à la vigne. Elle a grand besoin de la culture du Vigneron, et elle l’en récompense bien. Demeurant en CHRIST, la vraie source de la fécondité, elle produit des grappes de raisins, savoureuses et rafraîchissantes autant que nourrissantes, comme le fruit du palmier—savoureuses et rafraîchissantes pour Lui-même, le propriétaire de la vigne, aussi bien que pour le monde las et assoiffé dans lequel il l’a placée.

La vigne a ses propres leçons suggestives : elle a besoin d’appui et le cherche ; le couteau tranchant de celui qui la taille retranche souvent sans ménagement ses tendres guirlandes, et gâte son apparence, tout en accroissant sa fécondité. On a écrit ces belles lignes :—

La Vigne vivante, le Christ l’a choisie pour Lui-même :—

Dieu donna à l’homme, pour son usage et sa subsistance,

le blé, le vin et l’huile, et chacun d’eux est bon ;

et le Christ est le Pain de vie et la Lumière de vie.

Mais pourtant il ne choisit pas le blé d’été,

qui monte droit et libre en une croissance rapide,

connaît son jour, s’achève, et ne renaît plus ;

ni non plus l’olivier, dont tous les rameaux s’étendent

dans l’air doux, et jamais ne perdent une feuille,

fleurissant et fructifiant dans une paix perpétuelle ;

mais celle-ci seule, car pour Lui et les siens tout est un,—

cette Vigne éternelle, éternellement vivifiante,

qui donne au monde sa chaleur et sa passion,

par son propre sang de vie, sans cesse renouvelé et répandu.

* * * * * * *

La Vigne, de chaque membre vivant, saigne du vin ;

en est-elle plus pauvre pour cet esprit répandu ?

L’ivrogne et le débauché en boivent ;

en sont-ils plus riches pour l’excès de ce don ?

Mesure ta vie par la perte plutôt que par le gain ;

non par le vin bu, mais par le vin versé ;

car la force de l’amour tient dans le sacrifice de l’amour ;

et qui souffre le plus a le plus à donner.

L’Époux emploie encore une autre image : « Le parfum de ton souffle comme celui des pommes », ou plutôt des cédrats. Dans la première section, l’épouse s’écrie :—

Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt,

Tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes.

J’ai désiré m’asseoir à son ombre,

Et son fruit est doux à mon palais.

Nous trouvons ici le fruit de cette communion. Les cédrats dont elle s’était nourrie parfumaient son souffle, et lui communiquaient leur délicieuse odeur. L’Époux achève sa description :—

Et ta bouche comme un vin excellent,

Qui coule aisément—

Pour mon bien-aimé—

intervient l’épouse,

Et glisse sur les lèvres de ceux qui s’endorment!

Combien merveilleuse est la grâce qui a fait de l’épouse de CHRIST tout cela pour son bien-aimé ! Droite comme le palmier, victorieuse et toujours plus féconde à mesure qu’elle grandit vers le ciel ; douce et tendre comme la Vigne, oublieuse d’elle-même et prête au sacrifice, ne portant pas seulement du fruit malgré l’adversité, mais portant ses fruits les plus riches à travers elle ;—se nourrissant de son bien-aimé, tandis qu’elle repose sous son ombre, et participant par là à son parfum ;—que n’a pas fait la grâce pour elle ! Et quelle doit être sa joie de trouver, toujours plus pleinement, la satisfaction du glorieux Époux dans l’humble fleur sauvage dont il a fait son épouse, et qu’il a parée de ses propres grâces et vertus !

Je suis à mon bien-aimé,

Et ses désirs se portent vers moi,

s’écrie-t-elle avec joie. Désormais il n’est plus rien d’elle-même ni pour elle-même, mais tout est de Toi et pour Toi. Et si tels sont les doux fruits que l’on recueille en descendant au jardin des noyers et en prenant soin de son jardin avec Lui, elle n’aura besoin d’aucune contrainte pour demeurer dans ce bienheureux service.

Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs,

Demeurons dans les villages!

Elle n’a pas honte de son humble origine, car elle ne craint aucune honte : l’amour parfait bannit la crainte. L’état royal du Roi, avec sa pompe et sa grandeur, pourra être goûté plus tard : pour l’heure, il lui est plus doux, Lui à ses côtés, de rendre le jardin fécond ; de lui offrir toutes sortes de fruits précieux, nouveaux et anciens, qu’elle a mis en réserve pour Lui ; et, mieux que tout, de le satisfaire par son propre amour. Non seulement elle se contente de cette communion de service, mais elle souhaiterait volontiers qu’il n’y eût ni honneurs ni devoirs pour réclamer son attention et diminuer un moment la joie de sa présence.

Oh! Que n’es-tu mon frère,

Allaité des mamelles de ma mère!

Je te rencontrerais dehors, je t’embrasserais,

Et l’on ne me mépriserait pas.

Que ne peut-elle prendre soin de Lui et réclamer toute son attention, comme une sœur prendrait soin d’un frère ! Elle a profondément conscience qu’il l’a richement dotée, et qu’elle n’est rien en comparaison de Lui ; mais, au lieu de s’attarder avec orgueil sur ce qu’elle a fait par Lui, elle voudrait qu’il lui fût possible d’être celle qui donne et Lui celui qui reçoit. Que cela est loin de la pensée mesquine, qui doit tant blesser le cœur de notre SEIGNEUR : « Je ne pense pas que DIEU exige cela de moi » ; ou : « Dois-je renoncer à cela, s’il me faut être chrétien ? » La vraie dévotion demandera plutôt qu’on lui permette de donner, et comptera comme une perte tout ce qui ne peut être abandonné pour l’amour du SEIGNEUR—« je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur ».

Ce désir ardent d’être davantage pour Lui ne l’aveugle pourtant pas sur le fait qu’elle a besoin de sa direction, et qu’il est son véritable, son unique Instructeur.

Je veux te conduire, t’amener à la maison de ma mère;

Tu me donneras tes instructions,

Et je te ferai boire du vin parfumé,

Du moût de mes grenades.

Je te donnerais ce que j’ai de meilleur, et pourtant je chercherais moi-même tout mon repos et toute ma satisfaction en Toi.

Que sa main gauche soit sous ma tête,

Et que sa droite m’embrasse!

Et ainsi se termine la section. Il n’est rien de plus doux pour l’Époux ni pour l’épouse que cette communion sainte et sans entrave ; et de nouveau il adjure les filles de Jérusalem, sous une forme un peu différente :—

Ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour,

Avant qu’elle le veuille.

Communion sainte, en vérité ! Puissions-nous en jouir toujours ; et, demeurant en CHRIST, nous chanterons, dans les paroles familières du cantique bien connu—

Tes deux bras m’enserrent,

et ma tête est sur ton sein ;

et mon âme lasse a trouvé en Toi

un repos si parfait, si parfait !

Bienheureux Jésus,

je sais maintenant que je suis bénie.

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