Chapitre 8 · 3 min de lecture
La Serpe
« Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée »—Jean 15:3
Quelle est la serpe de ce vigneron céleste ? On dit souvent que c’est l’affliction. Nullement, en tout cas pas en premier lieu. Qu’en serait-il alors de tous ceux qui traversent de longues périodes exemptes d’adversité, ou de quelques-uns sur qui Dieu semble déverser ses bontés toute leur vie durant ? Non ; c’est la parole de Dieu qui est la serpe, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, et prompte à discerner les sentiments et les pensées du cœur. Ce n’est que lorsque l’affliction conduit à cette discipline de la Parole qu’elle devient une bénédiction ; le défaut de cette purification du cœur par la Parole est la raison pour laquelle l’affliction demeure si souvent sans fruit de sainteté. L’écharde même de Paul dans la chair n’a pu devenir une bénédiction que lorsque la parole de Christ — « ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » — lui eut fait voir le danger de l’exaltation de soi et l’eut rendu prêt à se glorifier dans ses faiblesses.
La serpe, c’est la parole de Dieu. Jésus dit : « Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée. » Avec quelle force pénétrante cette parole avait été prononcée par Celui de la bouche duquel sortait une épée aiguë à deux tranchants, lorsqu’il les enseignait ! « Si quelqu’un ne renonce pas à lui-même, ne perd pas sa vie, ne quitte pas tout, ne hait pas son père et sa mère, il ne peut être mon disciple, il n’est pas digne de moi » ; ou lorsqu’il abaissait leur orgueil, reprenait leur manque d’amour, ou annonçait qu’ils l’abandonneraient tous. Depuis l’ouverture de son ministère dans le Sermon sur la montagne jusqu’à ses paroles d’avertissement de la dernière nuit, sa Parole les avait éprouvés et purifiés. Il avait mis au jour et condamné tout ce qu’il y avait du moi ; ils étaient maintenant vidés et purifiés, prêts pour la venue du Saint-Esprit.
C’est à mesure que l’âme renonce à ses propres pensées, et aux pensées des hommes sur ce qu’est la religion, et qu’elle se livre de tout cœur, humblement, patiemment, à l’enseignement de la Parole par l’Esprit, que le Père accomplira son œuvre bénie : émonder et retrancher tout ce qui, de la nature et du moi, se mêle à notre travail et fait obstacle à son Esprit. Que ceux qui voudraient connaître tout ce que le vigneron peut faire pour eux, tout ce que le cep peut produire par eux, cherchent avec ardeur à s’abandonner de tout cœur à la bienheureuse purification par la Parole. Que, dans leur étude de la Parole, ils la reçoivent comme un marteau qui brise et qui ouvre, comme un feu qui fond et qui affine, comme une épée qui met à nu et met à mort tout ce qui est de la chair. La parole de conviction préparera la parole de consolation et d’espérance, et le Père les purifiera par la Parole.
Vous tous qui êtes des sarments du vrai cep, chaque fois que vous lisez ou entendez la Parole, attendez-vous d’abord à lui pour qu’il s’en serve à la purification du sarment. Attachez votre cœur à son désir de plus de fruit. Confiez-vous en lui comme vigneron pour qu’il l’opère. Livrez-vous, dans un abandon simple comme celui d’un enfant, à l’œuvre purificatrice de sa Parole et de son Esprit, et vous pouvez compter que son dessein s’accomplira en vous.
Père, je t’en prie, purifie-moi par ta Parole. Qu’elle sonde et mette en lumière tout ce qui, dans ma religion, est du moi et de la chair. Qu’elle tranche toute racine de confiance en moi-même, afin que le cep me trouve entièrement libre de recevoir sa vie et son Esprit. Ô mon saint vigneron, je me confie en toi pour prendre soin du sarment autant que du cep. Toi seul es mon espérance.