Chapitre 7 · 4 min de lecture
L’Émondage
« et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit » —Jean 15:2
Il y a deux choses remarquables au sujet de la vigne. Il n’est pas de plante dont le fruit renferme autant d’esprit, dont on puisse distiller l’esprit aussi abondamment que la vigne. Et il n’est pas de plante qui pousse aussi vite en bois sauvage, lequel nuit à son fruit et réclame donc l’émondage le plus impitoyable. De ma fenêtre, ici, j’aperçois de grands vignobles : le principal soin du vigneron, c’est l’émondage. Vous pouvez avoir une treille dont les racines plongent si profond dans une bonne terre qu’elle n’a besoin ni d’être bêchée, ni fumée, ni arrosée : de l’émondage, elle ne saurait se passer, si elle doit porter du bon fruit. Tel arbre n’a besoin que d’une taille occasionnelle ; d’autres portent un fruit parfait sans aucune : la vigne, elle, doit la subir. Et ainsi notre Seigneur nous dit, ici, dès le seuil de la parabole, que l’unique œuvre que le Père accomplit sur le sarment qui porte du fruit, c’est : « il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit ».
Considérez un instant en quoi consiste cet émondage, cette purification. Ce n’est pas l’arrachage des mauvaises herbes ou des épines, ni de rien d’extérieur qui pourrait gêner la croissance. Non ; c’est le retranchement des longs sarments de l’année précédente, l’ablation de quelque chose qui vient du dedans, que la vie de la vigne elle-même a produit. C’est l’ablation de quelque chose qui atteste la vigueur de sa vie ; plus la croissance a été vigoureuse, plus grand est le besoin d’émondage. C’est le bois franc et sain de la vigne qu’il faut couper. Et pourquoi ? Parce qu’il consommerait trop de sève à remplir tous les longs sarments de la pousse de l’an dernier : la sève doit être épargnée et réservée au seul fruit. Les sarments, longs parfois de huit ou dix pieds, sont taillés tout près du tronc, et il ne reste qu’un ou deux pouces de bois, juste assez pour porter les grappes. C’est lorsque tout ce qui n’est pas nécessaire au fruit a été impitoyablement coupé, et qu’on a laissé le moins possible des sarments, qu’on peut attendre un fruit plein et riche.
Quelle leçon solennelle et précieuse ! Ce n’est pas au seul péché que se rapporte ici l’émondage du vigneron. C’est à notre propre activité religieuse, telle qu’elle se déploie dans l’acte même de porter du fruit. C’est cela qui doit être coupé et retranché. Dans notre travail pour Dieu, nous devons user de nos dons naturels de sagesse, d’éloquence, d’influence ou de zèle. Et pourtant ils courent toujours le risque d’être développés à l’excès, puis de devenir l’objet de notre confiance. Aussi, après chaque saison de travail, Dieu doit-il nous amener au bout de nous-mêmes, à la conscience de l’impuissance et du danger de tout ce qui est de l’homme, à sentir que nous ne sommes rien. Tout ce qui doit subsister de nous, c’est juste assez pour recevoir la puissance de la sève vivifiante du Saint-Esprit. Ce qui est de l’homme doit être réduit à sa plus faible mesure. Tout ce qui est incompatible avec le dévouement le plus entier au service de Christ doit être ôté. Plus la purification et le retranchement de tout ce qui est du moi sont parfaits, moins il reste de surface sur laquelle le Saint-Esprit doive s’étendre, et plus intense peut être la concentration de tout notre être, pour être entièrement à la disposition de l’Esprit. C’est là la vraie circoncision du cœur, la circoncision de Christ. C’est là la vraie crucifixion avec Christ, portant partout la mort du Seigneur Jésus dans notre corps.
Bienheureuse purification, la purification même de Dieu ! Comme nous pouvons nous réjouir dans l’assurance que nous porterons plus de fruit !
Ô notre saint vigneron, purifie et retranche tout ce qui, en nous, ferait belle figure, ou pourrait devenir une source de confiance en nous-mêmes et de vaine gloire. Seigneur, garde-nous bien bas, afin que nulle chair ne se glorifie en ta présence. Oui, nous nous confions en toi pour accomplir ton œuvre.