Chapitre 9 · 4 min de lecture
Demeurez
Demeurez en moi, et je demeurerai en vous—Jean 15:4
Lorsqu’un nouveau greffon est placé sur un cep et qu’il y demeure, un double processus s’accomplit. Le premier a lieu dans le bois. Le greffon pousse ses petites racines et ses fibres jusque dans le tronc, et le tronc s’élève dans le greffon ; ainsi s’opère ce que l’on a appelé l’union structurelle. Le greffon demeure et devient un avec le cep, et quand même le cep viendrait à mourir, il ne ferait encore qu’un seul bois avec lui. Vient ensuite le second processus, dans lequel la sève du cep pénètre la nouvelle structure et s’en sert comme d’un passage par où la sève peut monter pour se manifester en jeunes pousses, en feuilles et en fruit. Voici l’union vitale. Dans le greffon qui demeure sur le tronc, le tronc entre avec sa sève pour demeurer en lui.
Lorsque notre Seigneur dit : « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous », il montre quelque chose d’analogue. « Demeurez en moi » : cela se rapporte davantage à ce que nous avons à faire. Nous avons à croire et à obéir, à nous détacher de tout le reste, à nous porter vers lui et à nous attacher à lui, à nous plonger en lui. Tandis que nous faisons cela, par la grâce qu’il donne, un caractère se forme et un cœur se prépare pour l’expérience plus pleine : « je demeurerai en vous » ; Dieu nous fortifie avec puissance par son Esprit dans l’homme intérieur, et Christ habite dans le cœur par la foi.
Bien des croyants prient et soupirent très ardemment après la plénitude de l’Esprit et l’habitation de Christ, et s’étonnent de ne pas faire plus de progrès. La raison en est souvent celle-ci : le « je demeurerai en vous » ne peut venir parce que le « demeurez en moi » n’est pas maintenu. « Il y a un seul corps et un seul Esprit » ; avant que l’Esprit puisse remplir, il faut qu’un corps soit préparé. Il faut que le greffon ait grandi dans le tronc et qu’il y demeure, avant que la sève puisse y circuler pour porter du fruit. C’est en suivant Christ dans une humble obéissance, jusque dans les choses extérieures, en nous reniant nous-mêmes, en renonçant au monde, et en cherchant, jusque dans le corps, à lui être conformes ; c’est en cherchant ainsi à demeurer en lui, que nous pourrons recevoir et goûter le « je demeurerai en vous ». L’œuvre qui nous est prescrite : « Demeurez en moi », nous préparera à l’œuvre qu’il entreprend, lui : « je demeurerai en vous ».
En—Les deux parties de ce commandement trouvent leur unité dans ce petit mot central, si profond de sens : « en ». Il n’y a pas de mot plus profond dans l’Écriture. Dieu est en tout. Dieu habite en Christ. Christ vit en Dieu. Nous sommes en Christ. Christ est en nous : notre vie recueillie dans la sienne, sa vie reçue dans la nôtre ; dans une réalité divine que les mots ne peuvent exprimer, nous sommes en lui et lui en nous. Et ces paroles, « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous », nous disent simplement de le croire, ce mystère divin, et de compter sur notre Dieu le vigneron, et sur Christ le cep, pour le rendre divinement vrai. Nulle pensée, nul enseignement, nulle prière ne peut le saisir ; c’est un mystère divin d’amour. Aussi peu que nous pouvons opérer l’union, aussi peu pouvons-nous la comprendre. Contentons-nous de contempler ce cep infini, divin, tout-puissant, qui nous aime, nous soutient, agit en nous. Dans la foi en son œuvre, demeurons et reposons-nous en lui, tournant toujours notre cœur et notre espérance vers lui seul. Et comptons sur lui pour accomplir en nous le mystère : « vous êtes en moi, et je suis en vous ».
Seigneur béni, tu m’ordonnes de demeurer en toi. Comment le pourrais-je, Seigneur, si tu ne te montres pas à moi, prêt à me recevoir, à m’accueillir et à me garder ? Je te prie, montre-moi comment toi, le cep, tu te charges de tout faire. Être occupé de toi, c’est demeurer en toi. Me voici, Seigneur, un sarment, purifié et demeurant—reposant en toi, et attendant l’afflux de ta vie et de ta grâce.