Jusqu’à ce qu’il vienne
Visites mystérieuses

Chapitre 2 · 15 min de lecture

Visites mystérieuses

ALLOCUTION À UN PETIT GROUPE RÉUNI À LA TABLE DE COMMUNION, À MENTON.« Tu m’as visité la nuit. »—Psaumes 17:3.

VISITES MYSTÉRIEUSES.

C’EST un sujet d’émerveillement que le Dieu glorieux visite l’homme pécheur. « Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui? Et le fils de l’homme, pour que tu le visites? » Une visite divine est une joie à chérir chaque fois qu’elle nous est accordée. David en parle avec une grande solennité. Le psalmiste ne s’est pas contenté d’en dire un mot en passant; il l’a mise par écrit en termes clairs, afin qu’elle fût connue de toutes les générations: « Tu m’as visité la nuit. » Bien-aimés, si Dieu vous a jamais visités, vous aussi vous vous en émerveillerez, vous en garderez le souvenir, vous en parlerez à vos amis, et vous l’inscrirez dans votre journal comme l’un des événements marquants de votre vie. Par-dessus tout, vous en parlerez à Dieu lui-même, et vous lui direz avec une gratitude adorante: « Tu m’as visité la nuit. » Ce devrait être une part solennelle du culte que de rappeler et de faire connaître la condescendance du Seigneur, et de dire, dans l’humble prière comme dans le psaume joyeux: « Tu m’as visité. »

À vous, chers amis bien-aimés, qui êtes rassemblés avec moi autour de cette table de communion, je parlerai de ma propre expérience, ne doutant nullement qu’elle soit aussi la vôtre. Si notre Dieu a jamais visité l’un de nous, personnellement, par son Esprit, deux effets ont accompagné cette visite: elle a été vivement sondeuse, et elle a été doucement consolante.

Quand le Seigneur s’approche du cœur pour la première fois, l’âme tremblante perçoit clairement le caractère sondeur de sa visite. Rappelez-vous ce que Job répondit au Seigneur: « Mon oreille avait entendu parler de toi; Mais maintenant mon œil t’a vu. C’est pourquoi je me condamne et je me repens Sur la poussière et sur la cendre. » Nous pouvons lire au sujet de Dieu, entendre parler de Dieu, et n’en être guère émus; mais quand nous sentons sa présence, c’est tout autre chose. Je croyais ma maison assez belle pour des rois; mais quand le Roi des rois y est venu, j’ai vu que ce n’était qu’une masure, tout à fait indigne de lui servir de demeure. Je n’aurais jamais su que le péché est « condamnable au plus haut point » si je n’avais pas connu Dieu comme parfaitement saint. Je n’aurais jamais compris la dépravation de ma propre nature si je n’avais pas connu la sainteté de la nature de Dieu. Quand nous voyons Jésus, nous tombons à ses pieds comme morts; jusque-là, nous sommes vivants d’une vie pleine de vaine gloire. Si des lettres de lumière, tracées sur la muraille par une main mystérieuse, saisirent Belschatsar au point que « les jointures de ses reins se relâchèrent », quelle crainte sacrée s’empare de nos esprits quand nous voyons le Seigneur lui-même! En présence d’une telle lumière, nos taches et nos rides sont mises à nu, et nous sommes couverts de honte. Nous sommes comme Daniel, qui disait: « Je restai seul, et je vis cette grande vision; les forces me manquèrent, mon visage changea de couleur et fut décomposé, et je perdis toute vigueur. » C’est quand le Seigneur nous visite que nous voyons notre néant, et que nous demandons: « Éternel, qu’est-ce que l’homme? »

Je me souviens bien du jour où Dieu m’a visité pour la première fois; et assurément, c’était la nuit de la nature, de l’ignorance et du péché. Sa visite produisit sur moi le même effet que sur Saul de Tarse, lorsque le Seigneur lui parla du ciel. Il me fit descendre de mes grands chevaux et tomber à terre; par l’éclat de la lumière de son Esprit, il me fit tâtonner dans un aveuglement dont j’avais conscience; et, le cœur brisé, je m’écriai: « Seigneur, que veux-tu que je fasse? » Je sentais que je m’étais révolté contre le Seigneur, que j’avais regimbé contre les aiguillons et fait le mal autant que je l’avais pu; et cette découverte remplit mon âme d’angoisse. Le regard de Jésus fut profondément sondeur, car il mit à nu mon péché, et me fit sortir pour pleurer amèrement. Comme lorsque le Seigneur visita Adam et l’appela à se tenir nu devant lui, ainsi je fus dépouillé de toute ma justice devant la face du Très-Haut. Pourtant la visite ne s’arrêta pas là; car, de même que l’Éternel Dieu revêtit nos premiers parents d’habits de peau, de même il me couvrit de la justice du grand sacrifice, et il m’inspira des chants d’allégresse pendant la nuit. Il faisait nuit, mais la visite n’était pas un rêve: à vrai dire, c’est là même, à l’instant, que je cessai de rêver et que je commençai à avoir affaire à la réalité des choses.

Vous vous souviendrez, je pense, que lorsque le Seigneur vous a visités pour la première fois dans la nuit, il en a été de vous comme de Pierre quand Jésus vint à lui. Il avait peiné toute la nuit avec son filet, sans rien prendre; mais quand le Seigneur Jésus monta dans sa barque, et lui dit d’avancer en pleine eau et de jeter son filet pour pêcher, il prit une si grande multitude de poissons que la barque commença à enfoncer. Voyez! la barque s’enfonce, s’enfonce, jusqu’à ce que l’eau menace de l’engloutir, et Pierre avec elle, et les poissons, et tout le reste. Alors Pierre tomba aux genoux de Jésus, et s’écria: « Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. » La présence de Jésus était trop forte pour lui: le sentiment de son indignité le faisait sombrer comme sa barque, et reculer devant le Seigneur divin. Je me souviens bien de ce sentiment; car j’étais à demi disposé à crier avec le démoniaque de Gadara: « Qu’y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut? » Cette première découverte de son amour outragé fut accablante; ce qu’elle avait d’espérance même accroissait mon angoisse; car je voyais alors que j’avais mis à mort le Seigneur qui était venu me sauver. Je voyais que c’était ma main qui avait fait tomber le marteau et enfoncé les clous qui fixèrent au bois cruel les mains et les pieds du Rédempteur.

« Ma conscience a senti, avoué sa faute,

Et m’a plongé dans le désespoir;

J’ai vu mes péchés verser son sang,

Et l’avoir cloué sur le bois. »

Voilà le spectacle qui fait naître la repentance: « Ils tourneront les regards vers celui qu’ils ont percé, et ils pleureront sur lui. » Quand le Seigneur nous visite, il nous humilie, il ôte de nos cœurs toute dureté, et il nous conduit aux pieds du Sauveur.

Quand le Seigneur nous a visités pour la première fois dans la nuit, il en a été de nous à peu près comme de Jean, quand le Seigneur le visita dans l’île appelée Patmos. Il nous dit: « Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. » Oui, même quand nous commençons à voir qu’il a ôté notre péché et effacé notre culpabilité par sa mort, il nous semble que nous ne pourrons plus jamais lever les yeux, parce que nous avons été si cruels envers notre meilleur Ami. Il n’est pas étonnant que nous disions alors: « Il est vrai qu’il m’a pardonné; mais je ne pourrai jamais me pardonner à moi-même. Il me fait vivre, et je vis en lui; mais à la pensée de sa bonté, je tombe à ses pieds comme mort. La vantardise est morte, le moi est mort, et tout désir de quoi que ce soit en dehors de mon Seigneur est mort aussi. » Cowper a bien raison de chanter—

« Cette heure bénie qui me mena à ses pieds,

Et trancha toutes mes folies à la racine. »

C’est aux pieds de Jésus, plus que partout ailleurs, que l’œuvre de destruction de nos folies s’accomplit avec le plus d’espérance. Oh! que le Seigneur revienne à nous comme au commencement, et que, tel un feu dévorant, il découvre et consume les scories qui altèrent maintenant notre or! Pour nous qui voyageons, le mot visite rappelle le fonctionnaire de la douane qui fouille nos bagages; ainsi le Seigneur recherche-t-il nos choses cachées. Mais il nous rappelle aussi les visites du médecin, qui non seulement découvre nos maladies, mais encore les guérit. C’est ainsi que le Seigneur Jésus nous a visités au commencement.

Depuis ces premiers jours, j’espère que vous et moi avons reçu de nombreuses visites de notre Seigneur. Ces premières visites furent, comme je l’ai dit, vivement sondeuses; mais les suivantes ont été doucement consolantes. Certains d’entre nous les ont reçues surtout la nuit, quand nous étions contraints de compter les heures sans sommeil. « La porte du ciel s’ouvre quand celle de ce monde se ferme. » La nuit est silencieuse; chacun s’est retiré; le travail est achevé; les soucis sont oubliés, et alors le Seigneur lui-même s’approche. Peut-être y a-t-il une douleur à endurer, la tête peut être douloureuse et le cœur battre à tout rompre; mais si Jésus vient nous visiter, notre lit de langueur devient un trône de gloire. Bien qu’il soit vrai qu’« il donne le sommeil à ses bien-aimés », en de tels moments il leur donne pourtant quelque chose de meilleur que le sommeil, à savoir sa propre présence, et la plénitude de joie qui l’accompagne. La nuit, sur notre couche, nous avons vu l’invisible. J’ai parfois essayé de ne pas dormir, sous l’excès de la joie, quand la compagnie de Christ m’était doucement accordée.

« Tu m’as visité la nuit. » Croyez-moi, il existe bien des visites personnelles de Jésus à son peuple. Il ne nous a pas entièrement laissés. Bien qu’on ne le voie pas des yeux du corps près du buisson ou du torrent, ni sur la montagne, ni au bord de la mer, il vient cependant et s’en va, perçu seulement par l’esprit, senti seulement par le cœur. Il est toujours derrière notre mur, il se montre à travers le treillis.

« Jésus, ces yeux n’ont jamais vu

Ta forme radieuse!

Le voile des sens reste tendu

Entre ta face bénie et moi!

« Je ne te vois pas, je ne t’entends pas,

Et pourtant tu es souvent avec moi,

Et la terre n’a point de lieu si cher

Que celui où je te rencontre.

« Comme un rêve lumineux venu sans qu’on l’appelle,

Quand le sommeil m’enveloppe,

Ton image remplit toujours ma pensée,

Et charme mon âme ravie.

« Pourtant, bien que je n’aie pas vu, et que je doive encore

Me reposer sur la seule foi,

Je t’aime, très cher Seigneur! et je t’aimerai,

Invisible, mais non inconnu. »

Me demandez-vous de décrire ces manifestations du Seigneur? Il serait difficile de vous les dire avec des mots: il faut que vous les connaissiez par vous-mêmes. Si vous n’aviez jamais goûté la douceur, nul homme au monde ne pourrait vous donner une idée du miel. Pourtant, si le miel est là, vous pouvez « goûter et voir ». Pour un aveugle-né, la vue doit être une chose qui dépasse l’imagination; et pour celui qui n’a jamais connu le Seigneur, ses visites sont tout autant au-delà de toute conception.

Que notre Seigneur nous visite, c’est quelque chose de plus que d’avoir l’assurance de notre salut, bien que cela soit fort délicieux, et qu’aucun de nous ne doive être satisfait tant qu’il ne la possède pas. Savoir que Jésus m’aime, c’est une chose; mais être visité par lui dans son amour, c’est davantage.

Ce n’est pas non plus simplement une contemplation attentive de Christ; car nous pouvons nous le représenter comme extrêmement beau et majestueux, sans pourtant l’avoir consciemment près de nous. Si délicieux et instructif qu’il soit de contempler l’image de Christ par la méditation, jouir de sa présence effective est quelque chose de plus. Je puis porter sur moi le portrait de mon ami, sans pouvoir pour autant lui dire: « Tu m’as visité. »

C’est la venue effective, bien que spirituelle, de Christ que nous désirons tant. L’Église romaine parle beaucoup de la présence réelle, entendant par là la présence corporelle du Seigneur Jésus. Le prêtre qui célèbre la messe nous dit qu’il croit à la présence réelle, mais nous répondons: « Non, vous croyez qu’il faut connaître Christ selon la chair, et en ce sens la seule présence réelle est dans le ciel; mais nous croyons fermement à la présence réelle de Christ, qui est spirituelle, et pourtant certaine. » Par spirituel, nous ne voulons pas dire irréel; en fait, pour les hommes spirituels, le spirituel tient le premier rang en fait de réalité. Je crois à la présence vraie et réelle de Jésus au milieu de son peuple: cette présence a été réelle pour mon esprit. Seigneur Jésus, toi-même tu m’as visité. Aussi sûrement que le Seigneur Jésus est venu réellement, quant à sa chair, à Bethléhem et au Calvaire, aussi sûrement il vient réellement, par son Esprit, vers son peuple, aux heures où celui-ci est en communion avec lui. Nous avons conscience de cette présence autant que de notre propre existence.

Quand le Seigneur nous visite la nuit, quel effet cela produit-il sur nous? Quand des cœurs rencontrent des cœurs dans la communion de l’amour, la communion apporte d’abord la paix, puis le repos, et ensuite la joie de l’âme. Je ne parle pas d’une excitation émotionnelle qui s’élève jusqu’au ravissement fanatique; je parle d’un fait sobre quand je dis que le grand cœur du Seigneur touche le nôtre, et que notre cœur s’élève jusqu’à vibrer à l’unisson du sien.

D’abord, nous faisons l’expérience de la paix. Toute guerre a cessé, et une paix bénie est proclamée; la paix de Dieu garde notre cœur et nos pensées en Jésus-Christ.

« La paix! la paix parfaite! en ce monde obscur de péché?

Le sang de Jésus murmure la paix au-dedans.

« La paix! la paix parfaite! quand les douleurs déferlent tout autour?

Sur le sein de Jésus, on ne trouve que le calme. »

En un tel moment, il y a un délicieux sentiment de repos; nous n’avons ni ambitions ni désirs. Une sérénité et une sécurité divines nous enveloppent. Nous ne pensons ni aux ennemis, ni aux craintes, ni aux afflictions, ni aux doutes. Il y a un joyeux renoncement à notre propre volonté. Nous ne sommes rien, et nous ne voulons rien: Christ est tout, et sa volonté est le pouls de notre âme. Nous sommes parfaitement contents d’être malades ou bien portants, riches ou pauvres, calomniés ou honorés, pourvu seulement que nous puissions demeurer dans l’amour de Christ. Jésus remplit tout l’horizon de notre être.

En un tel moment, un flot de grande joie remplira nos esprits. Nous souhaiterons presque que le matin ne se lève plus jamais, de peur que sa lumière ne chasse la lumière supérieure de la présence de Christ. Nous souhaiterons pouvoir nous en aller doucement avec notre Bien-Aimé là où il fait paître son troupeau parmi les lis. Nous aspirons à entendre les voix des armées vêtues de blanc, afin de suivre leur glorieux Chef partout où il va. Je suis persuadé qu’il n’y a pas une grande distance réelle entre la terre et le ciel: la distance est dans nos esprits engourdis. Quand le Bien-Aimé nous visite la nuit, il fait de nos chambres le vestibule des salles de son palais. La terre s’élève jusqu’au ciel quand le ciel descend sur la terre.

Maintenant, chers amis bien-aimés, peut-être vous dites-vous: « Nous n’avons pas joui de visites comme celles-là. » Vous le pouvez. Si le Père vous aime comme il aime son Fils, alors vous êtes de ceux qu’il visite. Si donc il n’est pas venu chez vous, vous ferez sagement d’aller chez lui. Adressez-lui un soupir, et dites—

« Quand viendras-tu vers moi, Seigneur?

Oh! viens, mon Seigneur bien-aimé!

Approche, approche, plus près encore,

Je suis béni quand tu es près.

« Quand viendras-tu vers moi, Seigneur?

Je languis de te voir;

Dix mille soleils, quand tu te caches,

Sont ombre au lieu d’être lumière.

« Quand viendras-tu vers moi, Seigneur?

Jusqu’à ce que tu paraisses,

Je compte chaque instant pour un jour,

Chaque minute pour un an. »

« Comme une biche soupire après des courants d’eau, Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu! » Si vous aspirez à lui, lui aspire bien plus encore à vous. Jamais pécheur n’a désiré Christ moitié autant que Christ désire le pécheur; jamais saint n’a eu le dixième de l’impatience de contempler son Seigneur que son Seigneur a de le contempler. Si vous courez vers Christ, il est déjà près de vous. Si vous soupirez après sa présence, ce soupir est la preuve qu’il est avec vous. Il est avec vous maintenant: soyez donc paisiblement heureux.

Allez, bien-aimés, et entretenez-vous avec Jésus sur la grève, car il se rendait souvent au bord de la mer. Conversez avec lui parmi les oliveraies qui lui furent si chères en tant de nuits de prière et de lutte. S’il est un pays où l’on devrait voir des traces de Jésus, après la Terre sainte, cette Riviera est le lieu privilégié. C’est un pays de vignes, de figuiers, d’oliviers et de palmiers; je l’ai appelé « ton pays, ô Emmanuel ». Ici, à Menton, je m’imagine souvent contempler le lac de Génésareth, ou marcher au pied du mont des Oliviers, ou scruter les ténèbres mystérieuses du jardin de Gethsémané. Les rues étroites de la vieille ville sont semblables à celles que Jésus parcourait, ces villages sont semblables à ceux qu’il habitait. Ayez le cœur droit avec lui, et il vous visitera souvent, jusqu’à ce que, chaque jour, vous marchiez avec Dieu comme Hénoc, et que vous changiez ainsi les jours de semaine en sabbats, les repas en sacrements, les maisons en temples, et la terre en ciel. Qu’il en soit ainsi pour nous! Amen.

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