Chapitre 3 · 22 min de lecture
Les deux catégories
« Deux hommes montèrent au temple pour prier. » — Luc 18:10.
Je veux à présent parler de deux catégories : premièrement, ceux qui ne sentent pas leur besoin d’un Sauveur, qui n’ont pas été convaincus de péché par l’Esprit ; et deuxièmement, ceux qui sont convaincus de péché et s’écrient : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé? »
Tous ceux qui cherchent peuvent se ranger sous deux chefs : ils ont soit l’esprit du pharisien, soit l’esprit du publicain. Si un homme ayant l’esprit du pharisien entre dans une réunion d’entretien, je ne connais pas de meilleur passage de l’Écriture pour répondre à son cas que Romains 3:10 : « selon qu’il est écrit: Il n’y a point de juste, Pas même un seul; Nul n’est intelligent, Nul ne cherche Dieu. » Paul parle ici de l’homme naturel. « Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul. » Et au verset 17 et à ceux qui suivent, nous avons : « Ils ne connaissent pas le chemin de la paix; La crainte de Dieu n’est pas devant leurs yeux. Or, nous savons que tout ce que dit la loi, elle le dit à ceux qui sont sous la loi, afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu. »
Observez ensuite la dernière proposition du verset 22 : « Il n’y a point de distinction. Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. » Non pas une partie de la famille humaine — mais tous — « ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ». Un autre verset dont on s’est beaucoup servi pour convaincre les hommes de leur péché est 1 Jean 1:8 : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous. »
Je me souviens qu’un jour nous tenions des réunions dans une ville de l’Est de quarante mille habitants ; et une dame vint nous demander de prier pour son mari, qu’elle se proposait d’amener à la réunion d’entretien. J’ai beaucoup voyagé et rencontré nombre d’hommes pharisaïques ; mais celui-ci était si cuirassé de sa propre justice qu’on ne pouvait enfoncer nulle part la pointe de l’aiguille de la conviction. Je dis à sa femme : « Je suis heureux de voir votre foi ; mais nous ne pouvons l’approcher ; c’est l’homme le plus imbu de sa propre justice que j’aie jamais vu. » Elle répondit : « Il le faut ! Mon cœur se brisera si ces réunions se terminent sans sa conversion. » Elle persista à l’amener ; et j’en vins presque à me lasser de sa vue.
Mais vers la fin de nos réunions, qui durèrent trente jours, il vint à moi et posa sa main tremblante sur mon épaule. Le lieu où se tenaient les réunions était plutôt froid, et il y avait une pièce attenante où seul le gaz avait été allumé ; et il me dit : « Ne pouvez-vous venir ici quelques minutes ? » Je crus qu’il tremblait de froid, et je ne tenais guère à aller là où il faisait plus froid encore. Mais il dit : « Je suis le pire homme de l’État du Vermont. Je veux que vous priiez pour moi. » Je pensai qu’il avait commis un meurtre, ou quelque autre crime affreux ; et je demandai : « Y a-t-il un péché particulier qui vous trouble ? » Et il répondit : « Ma vie tout entière n’a été qu’un péché. J’ai été un pharisien vaniteux, imbu de sa propre justice. Je veux que vous priiez pour moi. » Il était sous une profonde conviction. L’homme n’aurait pu produire un tel résultat ; mais l’Esprit l’avait fait. Vers deux heures du matin, la lumière se fit dans son âme ; et il parcourut la rue commerçante de la ville en racontant ce que Dieu avait fait pour lui ; et il est depuis lors un chrétien des plus actifs.
Il y a quatre autres passages, dans le traitement de ceux qui cherchent, dont Christ lui-même s’est servi. « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » (Jean 3:3.)
Dans Luc 13:3, nous lisons : « Si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. »
Dans Matthieu 18, lorsque les disciples vinrent à Jésus pour savoir qui serait le plus grand dans le royaume des cieux, il nous est dit qu’il prit un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et dit : « Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (18:1-3).
Il y a un autre « à moins que » important dans Matthieu 5:20 : « Si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. »
Un homme doit être rendu propre au royaume de Dieu avant de désirer y entrer. J’aimerais mieux entrer dans le royaume avec le frère cadet que rester dehors avec l’aîné. Le ciel serait un enfer pour un tel homme. Un frère aîné incapable de se réjouir du retour de son cadet ne serait pas « digne » du royaume de Dieu. C’est une chose solennelle à contempler ; mais le rideau tombe et le laisse au-dehors, tandis que le frère cadet est au-dedans. À son sujet, le langage que le Sauveur tint en d’autres circonstances paraît approprié : « Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu » (Matth. 21:31).
Une dame vint un jour me trouver et sollicita une faveur pour sa fille. Elle dit : « Vous devez vous rappeler que je ne partage pas votre doctrine. » Je demandai : « Quel est votre grief ? » Elle répondit : « Je trouve horrible la manière dont vous malmenez le frère aîné. Je le tiens pour un noble caractère. » Je dis que j’étais prêt à l’entendre le défendre ; mais que c’était une chose solennelle que de prendre une telle position ; et que le frère aîné avait autant besoin d’être converti que le cadet. Quand les gens parlent d’être moraux, il est bon de les amener à bien considérer le vieux père suppliant son fils qui ne voulait pas entrer.
Mais passons maintenant à l’autre catégorie dont nous avons à nous occuper. Elle est composée de ceux qui sont convaincus de péché et dont monte le cri, comme du geôlier de Philippes : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé? » À ceux qui poussent ce cri de repentir, point n’est besoin d’administrer la loi. Il est bon de les conduire tout droit à l’Écriture : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé. » (Actes 16:31.) Beaucoup vous accueilleront d’un air renfrogné et diront : « Je ne sais pas ce que c’est que croire » ; et bien que ce soit la loi du ciel qu’ils doivent croire pour être sauvés, ils réclament pourtant quelque chose de plus. Nous devons leur dire quoi croire, où, et comment.
Dans Jean 3:35 et 36, nous lisons : « Le Père aime le Fils, et il a remis toutes choses entre ses mains. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. »
Or cela paraît raisonnable. L’homme a perdu la vie par l’incrédulité — en ne croyant pas la parole de Dieu ; et nous recouvrons la vie en croyant — en prenant Dieu au mot. En d’autres termes, nous nous relevons là où Adam est tombé. Il trébucha et tomba sur la pierre de l’incrédulité ; et nous, nous sommes relevés et nous tenons debout par la foi. Quand les gens disent qu’ils ne peuvent croire, montrez-leur le chapitre et le verset, et tenez-les fermement à cette seule chose : « Dieu a-t-il jamais manqué à sa promesse durant ces six mille ans ? » Le diable et les hommes n’ont cessé d’essayer, sans jamais parvenir à montrer qu’il ait rompu une seule promesse ; et il y aurait aujourd’hui liesse en enfer si une seule parole qu’il a prononcée pouvait être rompue. Si un homme dit qu’il ne peut croire, il est bon de le presser sur ce point.
Je puis croire Dieu aujourd’hui mieux que je ne puis croire mon propre cœur. « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant: Qui peut le connaître? » (Jér. 17:9.) Je puis croire Dieu mieux que je ne puis me croire moi-même. Si vous voulez connaître le chemin de la Vie, croyez que Jésus-Christ est un Sauveur personnel ; détachez-vous de toutes les doctrines et de tous les credos, et venez tout droit au cœur du Fils de Dieu. Si vous vous êtes nourri de doctrine aride, il n’y a guère de croissance sur ce genre d’aliment. Les doctrines sont à l’âme ce que sont au corps les rues qui mènent à la maison d’un ami qui m’a invité à dîner. Elles m’y conduiront si je prends la bonne ; mais si je reste dans les rues, ma faim ne sera jamais rassasiée. Se nourrir de doctrines, c’est comme essayer de vivre de cosses sèches ; et bien maigre doit demeurer l’âme qui ne prend point part au Pain descendu du ciel.
Certains demandent : « Comment faire pour réchauffer mon cœur ? » C’est en croyant. Vous ne recevez pas la force d’aimer et de servir Dieu avant d’avoir cru.
L’apôtre Jean dit : « Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand; car le témoignage de Dieu consiste en ce qu’il a rendu témoignage à son Fils. Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage en lui-même; celui qui ne croit pas Dieu le fait menteur, puisqu’il ne croit pas au témoignage que Dieu a rendu à son Fils. Et voici ce témoignage, c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. » (1 Jean 5:9.)
Les affaires humaines s’arrêteraient net si nous n’acceptions pas le témoignage des hommes. Comment nous en tirerions-nous dans les relations ordinaires de la vie, et comment le commerce fonctionnerait-il, si nous faisions fi du témoignage des hommes ? Tout ce qui touche à la vie sociale et commerciale serait paralysé en quarante-huit heures ! Tel est le sens de l’argument de l’apôtre ici. « Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. » Dieu a rendu témoignage à Jésus-Christ. Et si l’homme peut croire ses semblables, qui souvent disent des faussetés et que nous trouvons sans cesse infidèles, pourquoi ne prendrions-nous pas Dieu au mot et ne croirions-nous pas son témoignage ?
La foi est une adhésion à un témoignage. Ce n’est pas un saut dans les ténèbres, comme certains nous le disent. Ce ne serait pas de la foi du tout. Dieu ne demande à personne de croire sans lui donner quelque chose à croire. Vous pourriez tout aussi bien demander à un homme de voir sans yeux, d’entendre sans oreilles et de marcher sans pieds, que de lui enjoindre de croire sans lui donner quelque chose à croire.
Lorsque je partis pour la Californie, je me procurai un guide de voyage. Il m’indiquait qu’après avoir quitté l’État de l’Illinois, je traverserais le Mississippi, puis le Missouri ; que j’entrerais dans le Nebraska ; qu’ensuite, par-delà les montagnes Rocheuses, j’atteindrais l’établissement mormon de Salt Lake City, et que, par la Sierra Nevada, je gagnerais San Francisco. Je trouvai ce guide exact à mesure que j’avançais ; et j’aurais été un misérable sceptique si, l’ayant vérifié exact sur les trois quarts du chemin, j’avais déclaré que je ne le croirais pas pour le reste du voyage.
Supposez qu’un homme, en m’indiquant le chemin du bureau de poste, me donne dix points de repère ; et qu’en chemin j’en trouve neuf conformes à ce qu’il m’avait dit : j’aurais tout lieu de croire que j’approchais du bureau de poste.
Et si, en croyant, j’obtiens une vie nouvelle, une espérance, une paix, une joie et un repos pour mon âme, que je n’avais jamais eus auparavant ; si j’acquiers la maîtrise de moi-même et découvre que j’ai le pouvoir de résister au mal et de faire le bien, j’ai une assez bonne preuve que je suis sur le bon chemin vers « la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur ». Et si des choses se sont accomplies, et s’accomplissent encore maintenant, telles qu’elles sont consignées dans la Parole de Dieu, j’ai tout lieu de conclure que ce qui reste encore s’accomplira. Et pourtant les gens parlent de douter. Il ne peut y avoir de vraie foi là où il y a de la crainte. La foi, c’est prendre Dieu au mot, sans condition. Il ne peut y avoir de vraie paix là où il y a de la crainte. « L’amour parfait bannit la crainte. » Combien une épouse serait malheureuse si elle doutait de son mari ! et combien une mère se sentirait misérable si, après le départ de son fils, elle avait sujet, par sa négligence, de mettre en doute l’attachement de ce fils ! Le véritable amour n’a jamais de doute.
Il y a trois choses indispensables à la foi — la connaissance, l’assentiment et l’appropriation.
Nous devons connaître Dieu. « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jean 17:3.) Ensuite, nous ne devons pas seulement donner notre assentiment à ce que nous connaissons ; il nous faut saisir la vérité. Si un homme se contente de donner son assentiment au plan du salut, cela ne le sauvera pas : il doit accepter Christ comme son Sauveur. Il doit le recevoir et se l’approprier.
Certains disent qu’ils ne sauraient dire comment la vie d’un homme peut être affectée par sa croyance. Mais que quelqu’un s’écrie que le bâtiment où nous nous trouvons assis est en feu ; et voyez avec quelle promptitude nous agirions selon notre croyance pour en sortir. Nous sommes à tout moment influencés par ce que nous croyons. Nous ne pouvons faire autrement. Et qu’un homme croie le témoignage que Dieu a donné de Christ, et cela affectera très vite sa vie tout entière.
Prenez Jean 5:24. Il y a dans ce seul verset assez de vérité pour que toute âme y trouve un appui pour son salut. Il n’admet pas l’ombre d’un doute. « En vérité, en vérité » — ce qui signifie vraiment, vraiment — « je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a — a — la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. »
Or, si une personne entend vraiment la parole de Jésus et croit de tout son cœur en Dieu qui a envoyé le Fils pour être le Sauveur du monde, et qu’elle saisit et s’approprie ce grand salut, elle n’a nulle crainte du jugement. Elle n’envisagera pas avec effroi le grand trône blanc ; car nous lisons dans 1 Jean 4:17 : « Tel il est, tels nous sommes aussi dans ce monde: c’est en cela que l’amour est parfait en nous, afin que nous ayons de l’assurance au jour du jugement. »
Si nous croyons, il n’y a pour nous ni condamnation ni jugement. Cela est derrière nous, et passé ; et nous aurons de l’assurance au jour du jugement.
Je me souviens d’avoir lu l’histoire d’un homme jugé pour un crime capital. Il avait des amis influents ; et ils lui obtinrent du roi une grâce, à condition qu’il subît le procès et fût condamné. Il entra au tribunal avec la grâce dans sa poche. Les sentiments étaient très montés contre lui, et le juge dit que la cour était choquée de le voir si indifférent. Mais, lorsque la sentence fut prononcée, il tira la grâce, la présenta, et sortit homme libre. Il avait été gracié ; et nous aussi. Alors, que la mort vienne, nous n’avons rien à craindre. Tous les fossoyeurs du monde ne pourraient creuser une tombe assez vaste et assez profonde pour contenir la vie éternelle ; tous les fabricants de cercueils du monde ne pourraient faire un cercueil assez grand et assez hermétique pour renfermer la vie éternelle. La mort a mis une fois la main sur Christ, mais jamais plus.
Jésus dit : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » (Jean 11:25, 26.) Et dans l’Apocalypse, nous lisons que le Sauveur ressuscité dit à Jean : « Je suis le vivant. J’étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. » (Apocalypse 1:18.) La mort ne peut plus le toucher.
Nous recevons la vie en croyant. En fait, nous recevons plus qu’Adam n’a perdu ; car l’enfant racheté de Dieu est héritier d’un héritage plus riche et plus glorieux qu’Adam au Paradis n’aurait jamais pu le concevoir ; oui, et cet héritage demeure à jamais — il est inaliénable.
J’aimerais bien mieux avoir ma vie cachée avec Christ en Dieu que d’avoir vécu au Paradis ; car Adam aurait pu pécher et tomber après y avoir été dix mille ans. Mais le croyant est plus en sûreté, si ces choses deviennent réelles pour lui. Faisons-en un fait, et non une fiction. Dieu l’a dit ; et cela suffit. Confions-nous en lui même là où nous ne pouvons le suivre à la trace. Que nous anime la même confiance qui était dans la petite Maggie, telle qu’elle est rapportée dans l’anecdote suivante, simple mais touchante, que j’ai lue dans le Bible Treasury :—
« J’avais été absent de la maison quelques jours, et je me demandais, en approchant de nouveau du logis, si ma petite Maggie, tout juste capable de se tenir assise seule, se souviendrait de moi. Pour éprouver sa mémoire, je me postai là où je pouvais la voir sans être vu d’elle, et j’appelai son nom du ton familier : “Maggie !” Elle laissa tomber ses jouets, parcourut la pièce du regard, puis abaissa les yeux sur ses joujoux. Je répétai son nom, “Maggie !”, et de nouveau elle examina la pièce ; mais, ne voyant pas le visage de son père, elle prit un air très triste et reprit lentement son occupation. J’appelai encore une fois, “Maggie !”, et alors, laissant tomber ses jouets et fondant en larmes, elle tendit les bras dans la direction d’où venait le son, sachant que, bien qu’elle ne pût le voir, son père devait être là, car elle connaissait sa voix. »
Or, nous avons le pouvoir de voir et d’entendre, et nous avons le pouvoir de croire. C’est pure folie, de la part de ceux qui cherchent, de prétendre qu’ils ne peuvent croire. Ils le peuvent, s’ils le veulent. Mais l’ennui, chez la plupart des gens, c’est qu’ils ont lié le sentiment à la foi. Or le sentiment n’a absolument rien à voir avec la foi. La Bible ne dit pas : Celui qui sent, ou celui qui sent et croit, a la vie éternelle. Rien de tel. Je ne puis maîtriser mes sentiments. Si je le pouvais, je ne me sentirais jamais malade, je n’aurais jamais mal à la tête ni aux dents. Je me porterais bien tout le temps. Mais je puis croire Dieu ; et si nous posons les pieds sur ce rocher, que les doutes et les craintes surviennent et que les vagues déferlent autour de nous, l’ancre tiendra.
Certains passent leur temps à regarder leur foi. La foi est la main qui reçoit la bénédiction. J’ai entendu cette illustration d’un mendiant. Supposez que vous rencontriez dans la rue un homme que vous auriez connu pendant des années comme un habitué de la mendicité ; et que, lui offrant quelque argent, il vous dise : « Je vous remercie ; je ne veux pas de votre argent : je ne suis pas un mendiant. » « Comment cela ? » « La nuit dernière, un homme m’a mis mille dollars dans les mains. » « Vraiment ! Comment saviez-vous que c’était de la bonne monnaie ? » « Je l’ai portée à la banque, je l’ai déposée, et j’ai un livret de banque. » « Comment avez-vous obtenu ce don ? » « J’ai demandé l’aumône ; et, après avoir causé avec moi, le monsieur a sorti mille dollars et me les a mis dans la main. » « Comment savez-vous qu’il les a mis dans la bonne main ? » « Que m’importe la main, du moment que j’ai l’argent ! » Bien des gens se demandent sans cesse si la foi par laquelle ils saisissent Christ est de la bonne sorte — mais ce qui est bien plus essentiel, c’est de veiller à avoir le bon Christ.
La foi est l’œil de l’âme ; et qui donc songerait à s’arracher un œil pour voir s’il est du bon genre, tant que la vue est parfaite ? Ce n’est pas mon goût, mais ce que je goûte, qui rassasie mon appétit. Ainsi, chers amis, c’est le fait de prendre Dieu au mot qui est le moyen de notre salut. On ne saurait rendre la vérité trop simple.
Il y a un homme qui habite la ville de New York et qui possède une demeure sur les bords de l’Hudson. Sa fille et sa famille vinrent passer l’hiver chez lui ; et, au cours de la saison, la scarlatine se déclara. Une petite fille fut mise en quarantaine, tenue à l’écart des autres. Chaque matin, le vieux grand-père allait dire « au revoir » à sa petite-fille avant de vaquer à ses affaires. Une de ces fois, la petite créature prit le vieil homme par la main et, le menant dans un coin de la chambre, sans dire un mot, désigna le plancher où elle avait disposé quelques petits biscuits de façon à former ces mots : « Grand-papa, je voudrais une boîte de peinture. » Il ne dit rien. À son retour à la maison, il suspendit son pardessus et alla dans la chambre comme à l’ordinaire ; alors sa petite-fille, sans même regarder si son souhait avait été exaucé, l’emmena dans le même coin, où il vit épelés de la même manière ces mots : « Grand-papa, je te remercie pour la boîte de peinture. » Le vieil homme n’aurait pour rien au monde manqué de contenter l’enfant. C’était là de la foi.
La foi, c’est prendre Dieu au mot ; et ces gens qui réclament quelque signe se mettent toujours dans l’embarras. Nous voulons en venir à ceci : Dieu le dit — croyons-le.
Mais certains disent : la foi est un don de Dieu. L’air aussi ; mais il vous faut le respirer. Le pain aussi ; mais il vous faut le manger. L’eau aussi ; mais il vous faut la boire. Certains attendent une sorte de sentiment miraculeux. Ce n’est pas là la foi. « La foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ. » (Rom. 10:17.) Voilà d’où vient la foi. Il ne m’appartient pas de m’asseoir et d’attendre que la foi vienne m’envahir avec quelque étrange sensation ; mais il m’appartient de prendre Dieu au mot. Et vous ne pouvez croire à moins d’avoir quelque chose à croire. Prenez donc la Parole telle qu’elle est écrite, appropriez-vous-la, et saisissez-la.
Dans Jean 6:47, 48, nous lisons : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. » Voilà le pain, tout à portée de main. Prenez-en. Je pourrais avoir des milliers de pains dans ma maison, et autant d’hommes affamés qui attendent. Ils pourraient bien admettre le fait que le pain est là ; mais à moins que chacun ne prenne un pain et ne se mette à manger, leur faim ne serait pas apaisée. Ainsi Christ est le Pain du ciel ; et de même que le corps se nourrit d’aliments naturels, de même l’âme doit se nourrir de Christ.
Si un homme qui se noie voit qu’on lui lance une corde pour le sauver, il doit la saisir ; et pour cela, il lui faut lâcher tout le reste. Si un homme est malade, il doit prendre le remède — car se contenter de le regarder ne le guérira pas. Une connaissance de Christ n’aidera en rien celui qui cherche, à moins qu’il ne croie en lui et ne le saisisse comme sa seule espérance. Les Israélites mordus pouvaient bien croire que le serpent était élevé ; mais à moins de regarder, ils n’auraient pas vécu (Nombres 21:6-9).
Je crois qu’une certaine compagnie de paquebots me fera traverser l’océan, parce que j’en ai fait l’expérience ; mais cela n’aidera en rien un autre homme qui voudrait partir, à moins qu’il n’agisse d’après ce que je sais. De même, une connaissance de Christ ne nous sert de rien à moins que nous n’agissions en conséquence. Voilà ce que c’est que de croire au Seigneur Jésus-Christ. C’est d’agir selon ce que nous croyons. De même qu’un homme monte à bord d’un paquebot pour traverser l’Atlantique, de même nous devons prendre Christ et lui confier nos âmes ; et il a promis de garder tous ceux qui mettent leur confiance en lui. Croire au Seigneur Jésus-Christ, c’est simplement le prendre au mot.