Le secret de la direction divine
Dans le secret de sa présence

Chapitre 8 · 16 min de lecture

Dans le secret de sa présence

En un sens, Dieu est toujours près de nous. Il n’est pas un absent qu’il faudrait faire descendre des cieux ou remonter de l’abîme. Il est tout proche. Son Être pénètre tout être. Chaque monde qui flotte comme un îlot dans l’océan de l’espace est rempli des signes de sa présence, tout comme la demeure de votre ami est jonchée des mille preuves de sa résidence, par lesquelles vous savez qu’il habite là, quoique vous n’ayez pas vu son visage. Chaque crocus qui perce la terre sombre ; chaque luciole dans la forêt ; chaque oiseau qui s’élance de son nid devant vos pas ; tout ce qui existe — tout est aussi plein de la présence de Dieu que le buisson qui brûlait de son feu, devant lequel Moïse se déchaussa, reconnaissant que Dieu était là.

Mais nous ne nous en rendons pas toujours compte. Souvent, nous passons des heures, des jours, des semaines. Parfois, nous nous adonnons à des temps de prière, nous allons et venons de sa maison, où repose l’échelle de la communication ; et il demeure pourtant une ombre, un nom, une tradition, un rêve des jours passés.

« Oh! Si je savais où le trouver, Si je pouvais arriver jusqu’à son trône, Mais, si je vais à l’orient, il n’y est pas; Si je vais à l’occident, je ne le trouve pas; Est-il occupé au nord, je ne puis le voir; Se cache-t-il au midi, je ne puis le découvrir. »

Combien ce défaut de percevoir la présence de Dieu diffère de l’expérience bénie de sa proximité que certains éprouvent.

Frère Laurent, ce cuisinier au cœur simple, nous rapporte que, pendant plus de soixante ans, il ne perdit jamais le sentiment de la présence de Dieu, mais qu’il en était aussi conscient en accomplissant les devoirs de son humble office qu’en participant à la sainte Cène.

John Howe, sur la page blanche de sa Bible, consigna ceci en latin : « Ce matin même, je me suis éveillé d’un rêve des plus ravissants et des plus délicieux, tandis qu’un merveilleux et abondant flot de rayons célestes, jaillis du trône sublime de la Majesté divine, semblait s’élancer dans ma poitrine ouverte et dilatée. J’ai souvent repensé depuis à ce gage si insigne d’une faveur divine particulière, et j’en ai goûté maintes fois, avec un plaisir toujours nouveau, les délices. »

Ces expériences, si bénies et si inspirantes, ne ressemblent-elles pas à celle de l’auteur du plus long, et, à certains égards, du plus sublime des Psaumes du Psautier ? Il avait battu le minerai d’or de la pensée à travers les strophes successives d’une puissance et d’une beauté merveilleuses, lorsque soudain il semble avoir pris conscience que Celui dont il parlait s’était approché et se penchait sur lui. Le sentiment de la présence de Dieu s’imposa à sa conscience intime. Et, levant un visage où se rencontraient et se mêlaient la révérence et l’extase, il s’écria : « Tu es proche, ô Éternel! » (Psaume 119:151.)

Si seulement une telle expérience de la proximité de Dieu était toujours nôtre, nous enveloppant comme l’air ou la lumière ; si seulement nous pouvions sentir, comme le grand Apôtre le déclara sur l’Aréopage, que Dieu n’est pas loin, mais qu’il est l’élément même dans lequel nous avons notre être, comme les fleurs marines au fond des lagunes profondes et calmes — alors nous comprendrions ce que David voulait dire lorsqu’il parlait d’habiter dans la maison de l’Éternel tous les jours de sa vie, de contempler sa magnificence, de méditer dans son temple, et d’être caché dans le secret de sa tente (Ps. 27). Alors aussi, nous acquérrions le secret béni de la paix, de la pureté et de la puissance.

Dans le secret de sa présence, il y a la paix. « Vous aurez des tribulations dans le monde », disait notre Maître, « mais en moi vous aurez la paix. » On raconte qu’un certain insecte a le pouvoir de s’entourer d’une pellicule d’air, enfermé dans laquelle il se laisse tomber au milieu de mares boueuses et stagnantes, et en ressort indemne. Et le croyant a lui aussi conscience d’être enveloppé dans la pellicule invisible de la Présence divine, comme une lettre venue de loin dans l’enveloppe qui la protège de tout dommage et de toute souillure.

« Ils s’approchent, ceux qui poursuivent le crime », mais toi, tu es plus proche que le plus proche, et j’habite dans le cercle intime de ta présence. Les montagnes qui m’entourent sont remplies des chevaux et des chars de ta protection. Aucune arme forgée contre moi ne saurait prospérer, car elle ne peut m’atteindre qu’à travers toi et, te touchant, elle dévie sans faire de mal. Être en Dieu, c’est être dans une maison bien close quand la tempête s’est échappée de sa laisse ; ou dans un sanctuaire dont les portes ferment l’accès au poursuivant.

Dans le secret de sa présence, il y a la pureté. La seule vision des Alpes couronnées de neige, aperçues de loin par-delà le lac de Genève, élève et transfigure tellement l’âme ravie et pensive qu’elle fait honte à toutes les choses mauvaises qui voudraient s’imposer à la vie intérieure. La présence d’un petit enfant, avec sa pureté sans détour, a su désarmer la passion, comme un rayon de lumière, tombant dans une caverne infestée de reptiles, disperse les serpents visqueux. Mais que ne fera pas ta présence pour moi, si j’en acquiers le sentiment perpétuel et que je vive en son lieu secret ? Assurément, au cœur de ce feu, tout charbon noir que je sois, je serai gardé pur, ardent et incandescent !

Dans le secret de sa présence, il y a la puissance. Mon cri, jour et nuit, réclame la puissance — la puissance spirituelle. Non la puissance de l’intelligence, de l’éloquence ou de la force humaine. Celles-ci ne sauraient vaincre les rangs serrés du mal. Tu le dis avec vérité : ce n’est ni par la puissance ni par la force. Pourtant, les âmes humaines qui te touchent deviennent aimantées, chargées d’une force spirituelle que le monde ne peut ni contredire ni résister. Oh ! laisse-moi te toucher ! Laisse-moi demeurer en contact ininterrompu avec toi, afin que de toi des flots successifs d’énergie divine passent en mon esprit vidé et avide et le traversent, coulant sans jamais refluer, et m’élevant dans une vie de ministère béni, qui rendra les déserts d’ici-bas semblables au jardin de l’Éternel.

Mais comment obtenir et garder ce sentiment de la proximité de Dieu ?

Nous faut-il retourner à Béthel, avec sa colonne de pierre, où Jacob lui-même dit : « Certainement, l’Éternel est en ce lieu » ? Ah ! nous aurions pu nous tenir à ses côtés, l’œil non oint, sans voir aucune échelle ni entendre aucune voix ; tandis que le patriarche découvrirait Dieu dans les landes nues de nos vies, que nous foulons sans révérence ni joie.

Nous faut-il voyager jusqu’à l’entrée de la caverne dans l’ombre de laquelle se tint Élie, saisi par la musique de ce murmure doux et léger, plus suave encore par contraste avec le tonnerre et la tempête ? Hélas ! nous aurions pu nous tenir à ses côtés sans avoir conscience de cette glorieuse Présence ; tandis qu’Élie, s’il vivait aujourd’hui, la discernerait dans le souffle du vent, le babil des petits enfants, le rythme des battements du cœur.

Si, dans notre état présent, nous nous étions placés auprès de l’apôtre Paul lorsqu’il fut ravi jusqu’au troisième ciel, nous n’aurions probablement rien vu qu’une échoppe de faiseur de tentes, ou une chambre sordide dans un logis loué — nous dans les ténèbres, tandis que lui était en transports ; alors que lui, s’il revivait, discernerait des anges sur nos paquebots, des visions dans nos temples, des portes s’ouvrant sur le ciel au milieu des gloires tempérées de nos ciels plus sombres.

En fait, nous portons partout notre cercle de lumière ou de ténèbres. Dieu est tout autant dans le monde qu’il l’était lorsque Hénoc marchait avec lui et que Moïse s’entretenait avec lui face à face. Il est tout aussi disposé à être pour nous une Réalité vivante, éclatante et glorieuse qu’il l’était pour eux. Mais la faute est nôtre. Nos yeux ne sont pas oints parce que nos cœurs ne sont pas droits. Ceux qui ont le cœur pur voient encore Dieu, et à ceux qui l’aiment et gardent ses commandements il se manifeste encore comme il ne le fait pas au monde. Cessons d’accuser notre époque ; accusons-nous nous-mêmes. C’est nous qui sommes dégénérés, non pas eux.

Quelle est donc cette disposition de l’âme qui perçoit le plus aisément la présence et la proximité de Dieu ? Efforçons-nous d’apprendre le secret béni de demeurer toujours dans le secret de sa Présence et d’être cachés dans sa tente (Ps. 31:21).

Souviens-toi donc, dès l’abord, que ni toi, ni aucun de notre race, ne peut avoir cette joyeuse conscience de la Présence de Dieu si ce n’est par Jésus. Personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler ; et nul ne vient au Père que par lui. En dehors de Jésus, la Présence de Dieu est un objet de terreur, devant lequel les démons se cachent dans l’enfer, et les pécheurs se cousent des tabliers ou se cachent parmi les arbres. Mais en lui toutes les barrières sont abattues, tous les voiles déchirés, tous les nuages dissipés, et le plus faible des croyants peut vivre, là où Moïse séjourna, au milieu du feu, devant les flammes consumantes duquel aucune impureté ne peut subsister.

« Quelle partie de l’œuvre du Seigneur est le plus étroitement liée à ce bienheureux sentiment de la Présence de Dieu ? »

C’est par le sang de sa croix que les pécheurs sont rapprochés. Dans sa mort, il n’a pas seulement révélé le tendre amour de Dieu, mais il a ôté nos péchés et tissé pour nous ces vêtements d’une beauté sans tache, dans lesquels nous sommes joyeusement accueillis dans la chambre intérieure de la Présence du Roi. Souviens-toi qu’il est dit : « Je me rencontrerai avec toi du haut du propitiatoire. » Cette dalle d’or sur laquelle Aaron aspergeait le sang chaque fois qu’il entrait dans le lieu très saint était une figure de Jésus. Il est le vrai propitiatoire. Et c’est lorsque tu entres dans la communion la plus profonde avec lui dans sa mort, et que tu vis le plus constamment dans l’esprit de son repas commémoratif, que tu ressens le plus profondément sa proximité. Maintenant, comme à Emmaüs, il aime à se faire connaître dans la fraction du pain.

« Et est-ce là tout ? car j’ai entendu cela bien des fois, et je ne parviens toujours pas à vivre dans le lieu secret comme je le voudrais. »

Précisément ; et c’est pourquoi, pour faire en nous ce qu’aucun de nos efforts ne saurait faire, notre Seigneur a reçu de son Père la promesse du Saint-Esprit, afin qu’il apporte dans nos cœurs la Présence même de Dieu. Comprends que, puisque tu es à Christ, le bienheureux Consolateur est à toi. Il est en toi comme il était en ton Seigneur, et dans la mesure où tu vis par l’Esprit, où tu marches par l’Esprit et où tu ouvres à lui toute ta nature, tu te découvriras devenu sa chambre de Présence, irradiée de la lumière de sa gloire. Et à mesure que tu prends conscience qu’il est en toi, tu prendras conscience que tu es toujours en lui. Ainsi l’Apôtre bien-aimé a écrit : « Nous connaissons que nous demeurons en lui, et qu’il demeure en nous, en ce qu’il nous a donné de son Esprit. »

« Tout cela, je le sais, et pourtant je ne parviens pas à percevoir ce fait merveilleux de l’habitation de l’Esprit en moi ; comment donc pourrais-je jamais percevoir mon habitation en lui ? »

C’est parce que ta vie est si pressée. Tu ne prends pas assez de temps pour la méditation et la prière. L’Esprit de Dieu au-dedans de toi et la Présence de Dieu autour de toi ne peuvent être discernés tant que les sens sont occupés par le plaisir, que le pouls bat vite, ou que le cerveau est rempli du pas de mille pensées empressées. C’est lorsque l’eau est immobile qu’elle devient limpide et laisse voir la grève de galets au-dessous. Sois tranquille, et sache que Dieu est en toi et autour de toi ! Dans le silence de l’âme, l’invisible devient visible, et l’éternel réel. L’œil ébloui par le soleil ne peut discerner les beautés de son pavillon avant d’avoir eu le temps de se défaire de l’éclat. Qu’aucun jour ne passe sans son temps d’attente silencieuse devant Dieu.

« Y a-t-il d’autres conditions que je devrais remplir, afin de demeurer dans le secret de sa Présence ? »

Aie le cœur pur. Chaque péché toléré encroûte les fenêtres de l’âme de couches de crasse plus épaisses, obscurcissant la vision de Dieu. Mais chaque victoire sur l’impureté et l’égoïsme éclaircit la vision spirituelle, et il tombe des yeux comme des écailles. Dans la puissance du Saint-Esprit, renonce à toi-même, ne fais aucun quartier au péché, résiste au diable, et tu verras Dieu.

L’âme impie ne saurait voir Dieu, fût-elle placée au milieu du ciel. Mais les âmes saintes voient Dieu au milieu des banalités ordinaires de la terre, et trouvent partout une vision ouverte. Elles ne sauraient être plus près de Dieu quand même elles se tiendraient auprès de la mer de verre. Leur seul avantage y serait que, le voile de leur nature mortelle et pécheresse ayant été déchiré, la vision serait plus directe et plus parfaite.

Garde ses commandements. Qu’il n’y ait pas un seul iota ni un seul trait de lettre méconnu et inobservé. Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, je l’aimerai, et je me ferai connaître à lui. Moïse, le serviteur fidèle, était aussi le voyant, et il parlait avec Dieu face à face, comme un homme parle à son ami.

Persévère dans l’esprit de prière. Parfois la vision tardera, pour éprouver l’ardeur et la constance de ton désir. À d’autres moments, elle viendra comme l’aube se glisse dans le ciel, et, avant même que tu t’en aperçoives, tu te découvriras conscient qu’il est près de toi. Il avait coutume de se glisser, sans être annoncé, au milieu de ses disciples à travers les portes closes. « Tes traces ne furent plus reconnues. »

En de tels moments, nous pouvons dire en vérité avec saint Bernard : « Il n’entra point par les yeux, car sa présence n’était marquée d’aucune couleur ; ni par les oreilles, car il n’y eut aucun son ; ni par le souffle, car il ne se mêlait pas à l’air ; ni par le toucher, car il était impalpable. Tu demandes donc comment j’ai su qu’il était présent. Parce qu’il était une puissance vivifiante. Dès qu’il entra, il réveilla mon âme assoupie. Il émut et transperça mon cœur, qui auparavant était étrange, dur comme la pierre, endurci et malade, en sorte que mon âme put bénir le Seigneur, et que tout ce qui est en moi loua son saint nom. »

Cultive l’habitude de parler à Dieu à voix haute. Pas toujours, peut-être, car nos désirs sont souvent trop sacrés ou trop profonds pour être mis en paroles. Mais il est bon d’acquérir l’habitude de parler à Dieu comme à un ami présent, assis dans la maison ou marchant par le chemin. Cherche l’habitude de tout examiner avec Dieu — tes lettres, tes projets, tes espérances, tes erreurs, tes chagrins et tes péchés. Les choses paraissent bien différentes lorsqu’elles sont amenées dans la lumière paisible de sa présence. On ne peut parler longtemps avec Dieu à voix haute sans sentir qu’il est près de nous.

Médite beaucoup sur la parole. C’est le jardin où marche l’Éternel Dieu, le temple où il habite, la chambre de présence où il tient sa cour et où le trouvent ceux qui le cherchent. C’est par la parole que nous nous nourrissons de la Parole. Et il a dit : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui. »

Sois assidu à l’œuvre chrétienne. Le lieu de la prière est certes le lieu de sa présence manifestée, mais cette présence s’en effacerait si nous nous y attardions après que la cloche du devoir a sonné pour nous appeler en bas. Nous la rencontrerons toujours en vaquant à notre travail nécessaire : « Tu vas au-devant de celui qui pratique avec joie la justice. » Comme nous sortons vers nos tâches quotidiennes, l’ange de sa présence vient à notre rencontre et se retourne pour marcher à nos côtés. « Allez », disait le Maître ; « Et voici, je suis avec vous tous les jours. » Non seulement dans les parvis du temple, ou dans les vallons retirés, ou dans les chambres de malades, mais dans le cours du devoir quotidien, dans les banalités de la vie, sur les plats mornes de l’existence, nous pouvons être toujours dans le secret de sa présence, et nous pourrons dire, comme Élie devant Achab et Gabriel à Zacharie : « Je me tiens devant Dieu » (1 Rois 17:1 ; Luc 1:19).

Cultive l’habitude de reconnaître la Présence de Dieu. « Heureux celui que tu choisis et que tu admets en ta présence, Pour qu’il habite dans tes parvis! » Il n’est point de vie pareille à celle-ci. Sentir que Dieu est avec nous ; qu’il ne nous conduit jamais par un passage trop étroit pour qu’il y passe aussi ; que nous ne pouvons plus jamais être seuls, pas un seul instant ; que nous sommes enveloppés par lui derrière et devant, et couverts de sa main ; qu’il ne pourrait être plus près de nous, quand même nous serions dans le ciel même. L’avoir pour Ami, pour Arbitre, pour Conseiller et pour Guide. Comprendre qu’il n’y aura jamais de Jéricho dans nos vies sans la présence du Chef de l’armée de l’Éternel, avec ces légions invisibles mais puissantes, devant la charge desquelles toutes les murailles doivent tomber. Faut-il s’étonner que les saints d’autrefois devinssent vaillants dans le combat en l’entendant dire : « Je suis avec toi ; je ne te délaisserai point, et je ne t’abandonnerai point. »

Arrière, crainte, tristesse et frayeur de la sombre vallée ! « Tu les protèges sous l’abri de ta face contre ceux qui les persécutent, Tu les protèges dans ta tente contre les langues qui les attaquent. »

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