Le secret de la direction divine
En quoi ai-je tort ?

Chapitre 2 · 15 min de lecture

En quoi ai-je tort ?

Telle est ton ardente question, âme chrétienne, et telle est ton amère plainte. Sur le visage et dans la vie d’autres que tu connais, tu as discerné une lumière, une joie, une puissance que tu envies d’un désir qui t’oppresse, mais dont tu devrais rendre grâce à Dieu avec ferveur. Il est bon que nous soyons mécontents des bas niveaux où nous avions coutume de vivre, et que nous commencions à demander le secret d’une vie plus douce, plus noble, plus victorieuse. Le dormeur qui s’agite avec inquiétude est près de son réveil, et découvrira que déjà la lumière du matin resplendit autour de la couche où le sommeil s’est prolongé trop longtemps. « Réveille-toi, toi qui dors, Relève-toi d’entre les morts, Et Christ t’éclairera. »

Nous devons cependant nous rappeler que les tempéraments diffèrent. Certains semblent nés dans l’obscurité et portent toute leur vie une prédisposition héréditaire à la mélancolie. Leur nature est accordée sur un mode mineur et répond le plus aisément et le plus naturellement à l’abattement. Ils regardent toujours le côté sombre des choses et, dans le plus bleu des ciels, découvrent le nuage pas plus grand que la main d’un homme. Leur sentier est un sentier assombri, où les rayons de soleil ne percent que faiblement et à grand-peine à travers le sombre feuillage suspendu au-dessus d’eux.

Un tel tempérament est peut-être le tien ; et s’il l’est, tu ne peux jamais t’attendre à obtenir exactement la même allégresse exubérante qui échoit à d’autres, et tu ne dois pas t’en plaindre. C’est là le fardeau que les mains de ton Sauveur ont façonné pour toi, et tu dois le porter pour lui, sans te plaindre, sans l’exhiber aux regards des autres, sans le laisser dominer ton esprit ferme et résolu, mais en le portant en silence et en glorifiant Dieu au milieu de tout. Mais s’il est peut-être impossible de conquérir la joie qui échoit à d’autres, il peut du moins y avoir le repos, la victoire et la sérénité — les meilleurs dons du Ciel à l’homme.

Nous devons nous rappeler aussi que l’émotion n’est pas une véritable mesure de notre état spirituel. La droiture du cœur se manifeste souvent par la joie du cœur, de même que la santé du corps se révèle généralement par des esprits exubérants. Mais il n’en va pas toujours ainsi. Autrement dit, l’absence de joie ne prouve pas toujours que le cœur est dans l’erreur. Cela peut être le cas, mais assurément pas invariablement. Peut-être le système nerveux a-t-il été surmené, comme celui d’Élie au désert lorsque, la longue tension du Carmel passée et sa fuite achevée, il se coucha sur le sable et demanda à mourir — requête à laquelle Dieu répondit non par un reproche, mais par de la nourriture et du sommeil. Peut-être le Seigneur a-t-il retiré la lumière du paysage afin de voir s’il était aimé pour lui-même ou seulement pour ses dons. Peut-être la discipline de la vie a-t-elle culminé en un Gethsémané, où la coupe amère est portée aux lèvres par la main d’un Père, bien qu’on ne puisse voir qu’un Judas ; et, dans l’angoisse momentanée que cause l’effort de renoncer à sa propre volonté, il n’est possible que de rester étendu à terre, avec de grands cris et des larmes que le vent de la nuit porte jusqu’à Dieu. En de telles circonstances, la joie exubérante est déplacée. Les couleurs sombres conviennent à l’âme éprouvée et souffrante. La gaieté serait ici aussi malséante que l’allégresse dans une maison qu’endeuille la mort. La patience, le courage, la foi sont les grâces qu’il convient de manifester en de tels moments.

Mais, une fois faite la part de tout cela, il est certain que beaucoup d’entre nous manquent, par leur faute, une félicité qui nous rendrait rayonnants de la lumière du Paradis ; et cette perte est imputable à quelque défaut de notre caractère que nous ferons bien de déceler et de corriger.

I. — PEUT-ÊTRE NE DISTINGUES-TU PAS TA POSITION DE TON EXPÉRIENCE.

Nos expériences sont changeantes comme le temps d’avril ; tantôt soleil, tantôt nuage ; lumières et ombres se poursuivant l’une l’autre sur des lieues de landes de bruyère ou de mer mouchetée d’écume. Mais notre position en Jésus ne change pas. Elle est comme lui-même — le même hier, aujourd’hui, et éternellement. Elle n’a pas pris naissance en nous, mais dans son amour éternel qui, prévoyant tout ce que nous serions, nous a aimés malgré tout. Elle n’a pas été acquise par nous, mais par son sang précieux, qui plaide pour nous aussi puissamment et efficacement lorsque nous osons à peine nous en réclamer que lorsque notre foi est la plus assurée. Elle n’est pas maintenue par nous, mais par le Saint-Esprit. Si nous nous sommes réfugiés en Jésus pour être sauvés, nous abritant sous lui, nous appuyant sur lui et nous confiant en lui — fût-ce avec bien des hésitations, autant qu’il nous est possible —, alors nous sommes un avec lui pour toujours. Nous étions un avec lui dans le tombeau ; un avec lui au matin de Pâques ; un avec lui lorsqu’il s’est assis à la droite de Dieu. Nous sommes un avec lui maintenant qu’il se tient dans la lumière du sourire de son Père, comme les membres du nageur ne font qu’un avec la tête, bien que celle-ci seule soit entourée de la chaude gloire du soleil, tandis qu’ils demeurent cachés sous les flots. Et aucun doute ni abattement ne peut, un seul instant, atteindre ou altérer l’accueil que Dieu nous fait par le sang de Jésus, qui est un fait éternel.

Peut-être ne l’as-tu pas compris, mais tu as pensé que ta position en Jésus était affectée par tes humeurs changeantes. Autant vaudrait dire que la fortune d’une pupille sous tutelle est diminuée ou augmentée par le montant de son argent de poche. Notre position en Jésus est notre capital investi. Nos émotions, au mieux, ne sont que notre argent de poche, qui passe sans cesse par notre poche ou notre bourse, jamais tout à fait le même. Cesse de considérer ce que tu ressens, et bâtis sur le roc inébranlable de ce que Jésus est, de ce qu’il a fait, de ce qu’il fait et de ce qu’il fera pour toi, aux siècles des siècles.

II. — PEUT-ÊTRE VIS-TU TROP DANS TES SENTIMENTS, ET TROP PEU DANS TA VOLONTÉ.

Nous n’avons aucune maîtrise directe de nos sentiments, mais nous en avons sur notre volonté. « Nos volontés sont nôtres, pour les faire tiennes. » Dieu ne nous tient pas pour responsables de ce que nous ressentons, mais de ce que nous voulons. À ses yeux, nous ne sommes pas ce que nous ressentons, mais ce que nous voulons. Ne vivons donc pas dans le pavillon d’été de l’émotion, mais dans la citadelle centrale de la volonté, tout entière livrée et consacrée à la volonté de Dieu.

À la Table du Seigneur, l’âme est souvent inondée d’une sainte émotion, les marées montent haut, les torrents tumultueux de la joie heurtent bruyamment les écluses comme pour les enfoncer, et tout élément de la nature s’unit à l’hymne choral d’une louange extasiée. Mais le lendemain vient, et il faut affronter la vie dans le comptoir crasseux, la boutique terne, l’usine bruyante, l’atelier sans Dieu ; et, tandis que l’âme compare la joie de la veille à la difficulté qu’elle éprouve à marcher humblement avec le Seigneur, elle est portée à se demander si elle est bien aussi dévouée et consacrée qu’elle l’était. Mais, en un tel moment, quelle belle chose c’est de remarquer que la volonté n’a pas changé de position d’un cheveu, et de lever les yeux pour dire :

« Mon Dieu, la grande marée de l’émotion s’est retirée comme un ruisseau d’été ; mais au plus profond de mon cœur, dans ma volonté, tu sais que je suis aussi dévoué, aussi fidèle, aussi désireux d’être tout à toi seul qu’au moment béni du recueillement ininterrompu à tes pieds. »

Voilà une offrande dont Dieu prend plaisir. Et ainsi nous pouvons vivre une vie calme et paisible.

III. — PEUT-ÊTRE AS-TU DÉSOBÉI À QUELQUE COMMANDEMENT CLAIR.

Parfois une âme vient trouver son conseiller spirituel et parle ainsi :

« Je n’ai aucune joie consciente, et n’en ai eu que bien peu depuis des années. »

« L’as-tu eue autrefois ? »

« Oui, pendant quelque temps après ma conversion à Dieu. »

« As-tu conscience d’avoir refusé l’obéissance à quelque commandement précis qui est entré dans ta vie, mais devant lequel tu as reculé ? »

Alors le visage se baisse, les yeux se voilent de larmes, et la réponse vient avec peine :

« Oui, il y a des années, je pensais que Dieu exigeait de moi une certaine chose ; mais je sentais que je ne pouvais faire ce qu’il voulait, j’en fus troublé quelque temps, puis, au bout d’un moment, cela parut s’effacer de mon esprit, et maintenant cela ne me trouble plus guère. »

« Ah, mon âme, c’est là que tu as fait fausse route, et tu ne seras jamais dans le droit chemin avant de remonter à travers ces années pesantes jusqu’au point où tu as laissé tomber le fil de l’obéissance, et d’accomplir cette seule chose que Dieu te demandait il y a si longtemps, mais à cause de laquelle tu as quitté l’étroit sentier de l’obéissance sans réserve. »

N’est-ce pas là la cause de l’abattement chez des milliers de chrétiens ? Ce sont des enfants de Dieu, mais des enfants désobéissants. La Bible retentit tout entière d’une longue exigence d’obéissance. Le mot-clé du livre du Deutéronome est : Observe et pratique. Ce qui fait le fond du discours d’adieu du Christ est : Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Nous ne devons pas discuter, ni répliquer, ni nous excuser. Nous ne devons pas choisir notre chemin à notre gré. Nous ne devons pas retenir certains commandements et en rejeter d’autres. Nous ne devons pas croire que l’obéissance sur d’autres points compensera la désobéissance sur un point précis. Dieu donne un commandement à la fois, imprimé en nous non par une seule voie, mais par beaucoup ; c’est par là qu’il nous éprouve. Si nous obéissons en cela, il inondera notre âme de bénédiction et nous conduira en avant vers de nouveaux chemins et de nouveaux pâturages. Mais si nous refusons en cela, nous resterons stagnants et engorgés, ne ferons aucun progrès dans l’expérience chrétienne, et manquerons à la fois de puissance et de joie.

IV. — PEUT-ÊTRE TOLÈRES-TU QUELQUE MAL CONNU.

Lorsqu’on laisse reposer de l’eau, les particules de limon se trahissent en tombant une à une au fond. De même, si tu te tiens tranquille, tu peux prendre conscience de la présence, dans ton âme, d’un mal toléré. Ose le regarder en face. Ne fuis pas ce spectacle comme le failli fuit ses registres accusateurs, ou comme le poitrinaire le stéthoscope. Contrains-toi à considérer paisiblement tout mal que l’Esprit de Dieu découvre à ton âme. Il a peut-être été tapi des années durant dans les recoins et les cloîtres de ton être, soupçonné mais non jugé. Mais quel qu’il soit, et quelle qu’en soit l’histoire, sois assuré que c’est lui qui a jeté sur ta vie l’ombre qui fait ton chagrin quotidien.

Ta volonté refuse-t-elle d’abandonner une pratique ou une habitude étrangère à la volonté de Dieu ?

Permets-tu à quelque péché secret d’aller son train sans entrave dans la maison de ta vie ?

Tes affections errent-elles sans frein à la poursuite d’objets défendus ?

Nourris-tu quelque ressentiment ou quelque haine envers autrui, avec qui tu refuses de te réconcilier ?

Y a-t-il quelque injustice que tu refuses de pardonner, quelque dette que tu refuses d’acquitter, quelque tort que tu refuses de confesser ?

Te permets-tu à toi-même quelque chose que tu serais le premier à condamner chez les autres, mais que tu prétends pouvoir t’autoriser dans ton propre cas pour certaines raisons par lesquelles tu tentes d’étouffer les remontrances de ta conscience ?

Dans certains cas, l’obstacle à la félicité consciente ne réside pas dans des péchés, mais dans des fardeaux qui pèsent sur l’âme. Le péché est ce qui est toujours et partout mauvais ; mais un fardeau est tout ce qui peut gêner ou entraver la vie chrétienne sans être positivement un péché. Ainsi, une chose peut être un fardeau pour l’un sans l’être pour l’autre. Que chacun soit pleinement convaincu dans son propre esprit. Et partout où l’âme s’aperçoit que sa vie est entravée par la présence d’une seule chose, alors, si inoffensive qu’elle soit en elle-même et si innocemment que d’autres se la permettent, il n’y a pas d’autre issue : il faut la rejeter, comme les vêtements des jeunes gens lorsque, sur la place du village, ils disputent le prix de la lutte ou de la course.

V. — PEUT-ÊTRE REGARDES-TU TROP AU-DEDANS, VERS TOI-MÊME, AU LIEU DE REGARDER AU-DEHORS, VERS LE SEIGNEUR JÉSUS.

Les gens les plus sains ne pensent pas à leur santé ; les faibles engendrent la maladie par une introspection morbide. Si tu te mets à compter les battements de ton cœur, tu troubleras l’action rythmée de ton cœur. Si tu imagines continuellement une douleur quelque part, tu la feras naître. Et il est de vrais enfants de Dieu qui engendrent leurs propres ténèbres par un examen morbide d’eux-mêmes. Ils reviennent sans cesse sur eux-mêmes, analysant leurs mobiles, remettant en question d’anciens actes de consécration, se comparant à eux-mêmes. Sous une forme ou sous une autre, le moi est le pivot de leur vie, quoique ce soit indubitablement une vie religieuse. Que peut-il résulter d’autre que des ténèbres d’une telle voie ? Il y a certes des moments dans notre vie où nous devons regarder au-dedans et nous juger nous-mêmes afin de n’être pas jugés. Mais cela ne se fait que pour nous tourner d’un cœur plus résolu vers le Seigneur. Et, une fois fait, il n’est pas besoin de le recommencer. « Oublier ce qui est en arrière » est la seule devise sûre. La question n’est pas de savoir si nous avons fait aussi bien que nous l’aurions pu, mais si nous avons fait aussi bien que nous le pouvions sur le moment.

Nous ne devons pas passer toute notre vie à nettoyer nos vitres, ni à nous demander si elles sont propres, mais à nous exposer au soleil de la bienheureuse lumière de Dieu. Cette lumière nous montrera bientôt ce qui reste à ôter, et nous permettra de le nettoyer avec une exactitude infaillible. Notre Seigneur Jésus est un parfait réservoir de tout ce dont l’âme de l’homme a besoin pour une vie bénie et sainte. Faire grand cas de lui, demeurer en lui, puiser en lui, recevoir à chaque instant de sa plénitude : telle est donc l’unique condition de la santé de l’âme. Mais se préoccuper de soi plus que de lui, c’est comme consacrer beaucoup de temps et de pensée aux sens du corps sans jamais s’en servir pour recevoir les impressions du monde extérieur. Fixe tes regards sur Jésus. Fais de l’Éternel tes délices. Mon âme, confie-toi en Dieu !

VI. — PEUT-ÊTRE PASSES-TU TROP PEU DE TEMPS EN COMMUNION AVEC DIEU PAR SA PAROLE.

Il n’est pas nécessaire de faire de longues prières, mais il est essentiel de demeurer beaucoup seul avec Dieu ; d’attendre à sa porte ; d’être attentif à sa voix ; de s’attarder dans le jardin de l’Écriture pour la venue de l’Éternel Dieu à l’aube ou à la fraîcheur du jour. Nul nombre de réunions, nulle communion avec des amis chrétiens, nulle somme d’activité chrétienne ne peuvent compenser la négligence de l’heure silencieuse.

Lorsque tu t’y sens le moins disposé, c’est alors que tu as le plus besoin de gagner ta chambre et d’en fermer la porte. Fais par devoir ce que tu ne peux faire par plaisir, et tu verras cela devenir un délice. Tu peux mieux prospérer sans nourriture que devenir heureux ou fort dans la vie chrétienne sans la communion avec Dieu.

Lorsque tu ne peux prier pour toi-même, mets-toi à prier pour les autres. Lorsque tes désirs faiblissent, prends la Bible en main et mets-toi à changer chaque texte en supplication ; ou reprends le compte de tes grâces et mets-toi à traduire chacune d’elles en louange. Lorsque la Bible elle-même te devient pénible, demande-toi si tu n’as pas gâté ton appétit par des friandises, et renonces-y ; et crois que la Parole est le fil le long duquel la voix de Dieu te parviendra assurément si le cœur est apaisé et l’attention fixée. « J’écouterai ce que dit Dieu, l’Éternel. »

Plus de chrétiens que nous ne saurions en compter souffrent d’un manque de prière et d’étude de la Bible, et aucun réveil n’est plus à désirer que celui de l’étude privée et méthodique de la Bible. Il n’existe pas de méthode courte et facile de la piété qui puisse s’en dispenser.

VII. — PEUT-ÊTRE NE T’ES-TU JAMAIS DONNÉ TOUT ENTIER À LA MAÎTRISE DU SEIGNEUR JÉSUS.

Nous sommes à lui par bien des liens et des droits, mais trop peu d’entre nous reconnaissent sa seigneurie. Nous consentons assez volontiers à le prendre pour Sauveur ; nous hésitons à le faire Roi. Nous oublions que Dieu l’a élevé pour être Prince aussi bien que Sauveur. Et l’ordre divin est irréversible. Ceux qui méconnaissent la seigneurie de Jésus ne peuvent édifier une vie forte ni heureuse.

Place le soleil sur son trône central, et tous les mouvements des planètes prennent un ordre magnifique. Place Jésus sur le trône de la vie, et tout entre en harmonie et en paix. Cherche premièrement le royaume de Dieu, et toutes choses sont à toi. La consécration est la condition indispensable de la félicité.

Ainsi la lumière se lèvera sur ton sentier, telle qu’elle n’y a pas brillé depuis bien des jours. Oui : « Ton soleil ne se couchera plus, Et ta lune ne s’obscurcira plus; Car l’Éternel sera ta lumière à toujours, Et les jours de ton deuil seront passés. »

Page 1 / 1 · 15 min restantes dans le chapitre