La Pratique de la présence de Dieu
Sixième lettre

Chapitre 10 · 2 min de lecture · 3 min d’écoute

Sixième lettre

À la même.

J’ai reçu de Madame —— les choses que vous lui aviez remises pour moi. Je m’étonne que vous ne m’ayez pas fait part de vos pensées sur le petit livre que je vous ai envoyé, et que vous devez avoir reçu. Mettez-vous de tout cœur, je vous prie, à le pratiquer dans votre vieillesse : mieux vaut tard que jamais.

Je ne puis comprendre comment des personnes religieuses peuvent vivre contentes sans la pratique de la présence de Dieu. Pour moi, je me tiens retiré avec lui au fond ou au centre de mon âme autant que je le puis ; et pendant que je suis ainsi avec lui, je ne crains rien, mais le moindre détour loin de lui m’est insupportable.

Cet exercice ne fatigue guère le corps ; il est toutefois à propos de le priver quelquefois, et même souvent, de bien des petits plaisirs innocents et permis, car Dieu ne souffre pas qu’une âme qui désire être entièrement à lui prenne d’autres plaisirs qu’avec lui : cela est plus que raisonnable.

Je ne dis pas pour autant qu’il faille nous faire une contrainte violente. Non, il faut servir Dieu dans une sainte liberté ; il faut faire notre ouvrage fidèlement, sans trouble ni inquiétude, rappelant notre esprit à Dieu doucement et avec tranquillité, aussi souvent que nous le trouvons égaré loin de lui.

Il est néanmoins nécessaire de mettre toute notre confiance en Dieu, en laissant là tous les autres soins, et même certaines formes particulières de dévotion, très bonnes en elles-mêmes, mais auxquelles on s’attache souvent sans raison, car ces dévotions ne sont que des moyens pour parvenir à la fin. Ainsi, lorsque par cet exercice de la présence de Dieu nous sommes avec lui, qui est notre fin, il est alors inutile de revenir aux moyens ; mais nous pouvons continuer avec lui notre commerce d’amour, en persévérant dans sa sainte présence, tantôt par un acte de louange, d’adoration ou de désir, tantôt par un acte de résignation ou d’action de grâces, et de toutes les manières que notre esprit peut inventer.

Ne vous découragez pas de la répugnance que la nature pourra vous y faire sentir ; il faut vous faire violence. Au commencement, on croit souvent que c’est du temps perdu, mais il faut continuer, et se résoudre à y persévérer jusqu’à la mort, malgré toutes les difficultés qui pourront survenir. Je me recommande aux prières de votre sainte communauté, et aux vôtres en particulier. Je suis, en notre Seigneur,

Votre, etc.

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