Chapitre 5 · 14 min de lecture
Le royaume premièrement
Matthieu 6:33. — Cherchez premièrement le royaume de Dieu.
Vous avez entendu dire qu’il faut de l’unité dans la vie chrétienne et dans l’œuvre chrétienne. Et où se trouve le lien d’unité entre la vie de l’Église, la vie du croyant individuel et l’œuvre à accomplir parmi les païens ?
L’une des expressions de cette unité est : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu », Matthieu 6:33. Cela ne signifie pas, comme beaucoup l’entendent : « Cherchez le salut ; cherchez à entrer dans le royaume, puis rendez grâce à Dieu et reposez-vous là. »
Le sens de cette parole est tout autre, et infiniment plus vaste. Il signifie : que le royaume de Dieu, dans toute sa largeur et sa longueur, dans toute sa gloire et sa puissance célestes ; que le royaume de Dieu soit l’unique chose pour laquelle vous vivez, et toutes les autres choses vous seront données par-dessus. « Cherchez premièrement le royaume de Dieu. » Permettez-moi d’essayer simplement de répondre à deux questions très simples ; l’une : « Pourquoi le royaume de Dieu devrait-il être premier ? » et l’autre : « Comment cela se peut-il ? » La première : « Pourquoi en serait-il ainsi ? »
Dieu nous a créés comme des êtres raisonnables, de sorte que plus nous voyons clairement que, selon la loi de la nature, selon la convenance des choses, ce qui nous est proposé est juste et d’une absolue nécessité, plus nous sommes disposés à l’accepter et à le rechercher. Et maintenant, pourquoi le Christ dit-il ceci : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu ? »
Si vous voulez comprendre la raison, regardez Dieu, et regardez l’homme. Regardez Dieu. Qui est Dieu ? L’Être suprême pour qui seul l’univers existe, en qui seul il peut trouver son bonheur. Il est venu de Lui. Il ne peut trouver ni repos ni joie qu’en Lui. Oh, si les chrétiens comprenaient et croyaient que Dieu est une source de bonheur, une félicité parfaite et éternelle ! Quel en serait le résultat ? Chaque chrétien dirait : « Plus je puis avoir de Dieu, plus je suis heureux. Plus j’ai de la volonté de Dieu, plus j’ai de l’amour de Dieu, plus j’ai de la communion de Dieu, plus je suis heureux. »
Comme les chrétiens, s’ils croyaient cela de tout leur cœur, renonceraient avec la plus grande facilité à tout ce qui les séparerait de Dieu ! Pourquoi trouvons-nous si difficile de tenir communion avec Dieu ? Un jeune pasteur me dit un jour : « Pourquoi est-ce que je trouve tant plus d’intérêt dans l’étude que dans la prière, et comment pouvez-vous m’enseigner l’art de la communion avec Dieu ? » Ma réponse fut : « Oh, mon frère, si nous avons une véritable idée de ce qu’est Dieu, l’art de la communion avec Lui viendra naturellement, et sera un délice. » Oui, si nous croyions que Dieu est une joie pour quiconque vient à Lui, une source de bénédiction sans limites, comme nous renoncerions à tout pour Lui ! N’est-ce pas là une attraction bien plus forte que tout ce qui est dans le monde ? N’est-ce pas, dans toute beauté, dans toute vertu, dans toute entreprise, la joie qui nous est proposée qui attire ?
Si nous croyons que Dieu est une source de joie, de douceur et de puissance pour bénir, comme nos cœurs se détourneront de tout, et diront : « Oh, la beauté de mon Dieu ! Je me réjouis en Lui seul. » Mais, hélas ! le royaume de Dieu apparaît à beaucoup comme un fardeau et comme quelque chose de contre nature. Il ressemble à une contrainte, et nous cherchons quelque détente dans le monde, et Dieu n’est pas notre joie suprême. Je viens à vous avec un message. Cela est juste, à cause de ce que Dieu est comme Amour infini, comme Bénédiction infinie ; cela est juste, et plus encore, c’est notre plus haut privilège d’écouter les paroles du Christ et de chercher Dieu et son royaume premièrement et par-dessus tout.
Puis regardez de nouveau l’homme ; la nature de l’homme. Pour quoi l’homme a-t-il été créé ? Pour vivre à la ressemblance de Dieu, et comme son image (Genèse 1:26). Or, si nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous ne pouvons trouver notre bonheur en rien d’autre que ce en quoi Dieu trouve le sien. Plus nous Lui ressemblons, plus nous sommes heureux. Et en quoi Dieu trouve-t-il son bonheur ? En deux choses : la justice éternelle et la bienfaisance éternelle.
Dieu est justice éternelle. « Dieu est lumière, et il n’y a point en lui de ténèbres. » 1 Jean 1:5. Le royaume, la domination, le règne de Dieu ne nous apportera rien que la justice. « Cherchez le royaume et la justice de Dieu. » Si les hommes savaient ce qu’est le péché, et s’ils aspiraient réellement à être délivrés de tout ce qui est péché, quel message grandiose ce serait ! Jésus vient pour me conduire à Dieu et à sa justice. Nous avons été créés pour être semblables à Dieu, dans sa justice et sa sainteté parfaites. Quelle perspective ! Et dans son amour aussi.
Voici ce que signifie le royaume de Dieu : qu’il y a en Dieu un règne d’amour universel. Il aime, et aime, et ne cesse jamais d’aimer, et il aspire à bénir tous ceux qui se rendront à ses supplications. Dieu est lumière, et Dieu est amour.
Et maintenant le message vient à l’homme. Pouvez-vous concevoir une noblesse plus haute ; pouvez-vous concevoir rien de plus grand que de prendre la position que Dieu prend, et d’être un avec Dieu dans son royaume ; c’est-à-dire d’avoir son royaume qui remplit votre cœur ; d’avoir Dieu lui-même pour Roi et pour partage ? Oui, mes amis, souvenons-nous que nous ne devons pas seulement essayer d’obtenir ici et là l’une ou l’autre des bénédictions du royaume. Mais la gloire du royaume est celle-ci : qu’il est le royaume de Dieu où Dieu est tout en tous. L’Empire français, du temps de Napoléon, avait pour idéal la gloire militaire. Le cœur de chaque Français tressaillait au nom de Napoléon, l’homme qui avait donné à l’empire sa gloire. Si nous réalisions ce que cela signifie — notre Dieu nous élève dans son royaume et met son royaume en nous, et avec le royaume, nous avons Dieu lui-même, ce Bienheureux, qui nous possède — assurément il n’y aurait rien qui pût émouvoir nos cœurs d’un tel enthousiasme.
Le royaume de Dieu premièrement ! Béni soit son nom ! Regardez l’homme. Je ne parle pas des péchés de l’homme, ni de la misère de l’homme, ni de l’homme cherchant partout le plaisir, le repos et la délivrance du péché, mais je dis simplement : Pensez à ce qu’est l’homme par la création, et pensez à ce qu’est l’homme maintenant par la rédemption ; et que chaque cœur dise : « Cela est juste. Il n’y a pas de félicité ni de gloire comme celle du royaume. Le royaume de Dieu doit être premier dans toute ma vie et tout mon être. »
Mais vient maintenant la question importante : « Comment puis-je atteindre cela ? » Ici nous arrivons à la grande question qui trouble la vie de dizaines de milliers de chrétiens à travers le monde. Et il est étrange qu’il leur soit si difficile de trouver la réponse ; que des dizaines de milliers soient incapables d’y répondre ; et que d’autres, lorsqu’on leur donne la réponse, ne puissent la comprendre. Le jour où le centurion trouva sa joie à se dévouer à l’Empire romain, celui-ci le prit tout entier avec toute sa puissance et sa gloire. Chers amis, comment devons-nous atteindre cette position bénie où le royaume de Dieu remplira nos cœurs d’un tel enthousiasme qu’il sera spontanément premier chaque jour ? La réponse est, tout d’abord, de tout abandonner pour lui. Vous avez entendu parler du soldat romain qui donna son âme, son affection, sa vie, qui donna tout pour être soldat ; et vous avez souvent vu, dans l’histoire ancienne et moderne, comment des hommes qui n’étaient pas soldats donnèrent leur vie en sacrifice pour un roi ou un pays.
Vous avez entendu comment, dans la République sud-africaine, il y a bien des années, fut menée la guerre de libération. Après trois années d’oppression par les Anglais, le peuple dit qu’il ne l’endurerait pas plus longtemps, et ainsi il se rassembla pour combattre pour sa liberté. Ils savaient combien ils étaient faibles, comparés à la puissance anglaise, mais ils disaient : « Nous devons avoir notre liberté. » Ils s’engagèrent ensemble à combattre pour elle, et lorsque ce vœu eut été fait, ils rentrèrent chez eux pour se préparer à la lutte. Un tel élan d’enthousiasme parcourut ce pays que, dans bien des cas, des femmes, alors que leurs maris auraient pu être autorisés à rester à la maison, leur dirent : « Non, va, quand bien même tu n’en aurais pas reçu l’ordre. »
Il y eut des mères qui, lorsqu’un fils était appelé au front, dirent : « Non, prenez-en deux, trois. » Chaque homme et chaque femme était prêt à mourir. C’était vraiment : « Notre pays d’abord, avant tout. » Et de même, mes amis, doit-il en être de vous si vous voulez que ce merveilleux royaume de Dieu prenne possession de vous. Je vous en prie, abandonnez tout pour lui, par les compassions de Dieu. Vous ne savez pas d’emblée ce que cela peut signifier, mais prenez ces paroles et prononcez-les au marchepied de Dieu : « Tout, absolument tout, pour le royaume de Dieu. » Persévérez en cela, et par le Saint-Esprit, votre Dieu commencera à vous ouvrir la double bénédiction : d’une part, la félicité du royaume qui vient posséder votre cœur ; et d’autre part, la félicité d’être abandonné à Lui, en sacrifiant et en donnant tout pour Lui.
« Le royaume de Dieu premièrement ! » Comment atteindre cette vie bienheureuse ? La réponse est : « Abandonnez tout pour lui. »
Et puis une seconde réponse serait celle-ci : Vivez chaque jour et chaque heure de votre vie dans l’humble désir de maintenir cette position. Il y a des gens qui entendent cette exigence, et qui disent qu’elle est vraie, et qu’ils veulent y obéir. Mais si vous leur demandiez combien de temps ils passent avec Dieu jour après jour, vous seriez surpris et attristé d’entendre combien peu de temps ils Lui donnent. Nous prouvons la valeur que nous attachons aux choses par le temps que nous leur consacrons.
Le royaume devrait être premier chaque jour et tout le jour. Que le royaume soit premier chaque matin. Commencez la journée avec Dieu, et Dieu lui-même maintiendra son royaume dans votre cœur. Croyez-le vraiment. Rome fit tout son possible pour maintenir l’autorité de l’homme qui se donnait à vivre pour elle. S’il en était ainsi, combien plus le Dieu vivant maintiendra-t-il son autorité dans votre âme si vous vous soumettez à Lui ? Il le fera, en vérité. Venez à Lui ; venez seulement, et donnez-vous à Lui dans la communion par le Christ Jésus. Cherchez à maintenir cette communion avec Dieu tout le jour.
Ah, mes amis, un homme ne peut avoir le royaume de Dieu premièrement et, par moments, en guise de détente, le rejeter et chercher sa jouissance dans les choses de ce monde. Les gens ont l’idée secrète que la vie deviendrait trop solennelle, une trop grande contrainte, qu’il serait trop difficile, à chaque instant du jour, du matin au soir, d’avoir le royaume de Dieu premièrement. On voit aussitôt combien il est faux de penser ainsi. La présence de l’amour de Dieu doit être à chaque instant notre joie suprême.
Puis, ma dernière remarque, en réponse à cette question : « Comment cela se peut-il ? », est celle-ci : cela ne peut se faire que par la puissance du Saint-Esprit. Souvenons-nous que la Parole de Dieu vient à nous avec ce langage : « Soyez remplis de l’Esprit » (Éphésiens 5:18) ; et si vous vous contentez de moins de l’Esprit que Dieu n’en offre, sans vous livrer pleinement et entièrement à être remplis de l’Esprit, vous n’obéissez pas au commandement. Mais écoutez : Dieu a fait une merveilleuse provision.
Jésus-Christ vint prêchant l’Évangile du royaume, et proclama : « Le royaume des cieux est proche. » Matthieu 4:17. « Quelques-uns de ceux qui sont ici, dit-il, ne mourront point, qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir dans son règne. » Matthieu 16:28. Il dit aux disciples : « Le royaume de Dieu est au milieu de vous. » Luc 17:21. Et quand le royaume vint-il — ce royaume de Dieu sur la terre ? Quand le Saint-Esprit descendit.
Le jour de l’Ascension, le Roi alla s’asseoir sur le trône à la droite de Dieu, et le royaume de Dieu, en Christ, le royaume des cieux sur la terre, fut inauguré.
Quand le Saint-Esprit descendit, il apporta Dieu dans le cœur, et le Christ, et établit le règne de Dieu avec puissance. Je crains parfois que, lorsque nous parlons du Saint-Esprit, nous n’oubliions une chose. On parle beaucoup du Saint-Esprit en rapport avec la puissance, et il est juste que nous recherchions la puissance. On en parle moins en rapport avec les grâces. Et pourtant celles-ci sont toujours plus importantes que les dons de puissance — la sainteté, l’humilité, la douceur, la mansuétude et la charité ; voilà les vraies marques du royaume. Nous parlons avec raison du Saint-Esprit comme du seul qui puisse souffler tout cela en nous. Mais je pense qu’il y a une troisième chose, presque plus importante, que nous oublions, et c’est ceci : dans l’Esprit, le Père et le Fils eux-mêmes viennent. Lorsque le Christ promit d’abord le Saint-Esprit et parla de sa venue prochaine, il dit : « En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous.
Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, je l’aimerai, et je me ferai connaître à lui. » Jean 14:20-21. Frère, si vous voulez avoir le royaume de Dieu premièrement dans votre vie, il vous faut avoir le royaume dans vos cœurs.
Si mon cœur est attaché à une chose, je puis être lié de chaînes, mais dès que les chaînes sont détachées, je vole vers l’objet de mon affection et de mon désir. Et de même le royaume doit être en nous, alors il est facile de dire : « Le royaume premièrement. » Mais pour avoir vraiment le royaume en nous, nous devons avoir aussi Dieu le Père, et le Christ le Fils, par le Saint-Esprit, en nous. Pas de royaume sans le Roi.
Vous êtes appelés à la ressemblance avec le Christ. Oh, combien de chrétiens s’efforcent d’atteindre telle ou telle part de la ressemblance du Christ, et oublient la racine de tout ! Quelle est la racine de tout ? Que le Christ s’est livré tout entier à Dieu, à son royaume et à sa gloire. Il donna sa vie afin que le royaume de Dieu pût être établi. Faites de même aujourd’hui, et donnez votre vie à Dieu pour être un sacrifice vivant à chaque instant, et le royaume viendra avec puissance dans votre cœur. Livrez-vous au Christ.
Laissez le Christ le Roi régner dans votre cœur, et le royaume céleste y viendra, et la Présence et le Règne de Dieu seront connus avec puissance. Oh, pensez à cette chose merveilleuse qui va s’accomplir dans la grande éternité.
Nous en lisons dans la première épître aux Corinthiens : Dieu a confié à Christ le royaume, mais un jour viendra où le Christ reviendra lui-même pour être soumis au Père, et il remettra le royaume au Père, afin que Dieu soit tout, et ce jour-là le Christ dira devant l’univers : « Voici ma gloire : je rends le royaume au Père ! »
Chrétiens, si votre Christ trouve sa gloire ici-bas sur la terre en mourant et en se sacrifiant pour le royaume, puis dans l’éternité de nouveau en remettant le royaume à Dieu, ne viendrons-nous pas, vous et moi, à Dieu pour faire de même, et tenir pour perte tout ce que nous possédons, afin que le royaume de Dieu soit manifesté, et que Dieu soit glorifié ?
Chapitre 5 terminé
Le royaume premièrement