Christ demeurant en nous
S’attendre à Dieu

Chapitre 3 · 12 min de lecture

S’attendre à Dieu

Psaume 62:6.—Oui, mon âme, confie-toi en Dieu! Car de lui vient mon espérance.

La question solennelle se présente à nous : « Le Dieu que je possède est-il un Dieu qui, pour moi, est au-dessus de toutes les circonstances, plus proche de moi que ne peut l’être aucune circonstance ? » Frère, as-tu appris à vivre ta vie avec Dieu si réellement présent à chaque instant que, dans les circonstances les plus difficiles, il soit toujours plus présent et plus proche que tout ce qui t’entoure ? Toute notre connaissance de la Parole de Dieu ne nous servira que bien peu, à moins que cette question ne devienne celle à laquelle nous obtenons une réponse. Quelle peut être la raison pour laquelle tant d’enfants bien-aimés de Dieu se plaignent continuellement : « Mes circonstances me séparent de Dieu ; mes épreuves, mes tentations, mon caractère, mon humeur, mes amis, mes ennemis, n’importe quoi peut s’interposer entre mon Dieu et moi ? » Dieu n’est-il pas capable de me posséder au point d’être plus proche de moi que tout au monde ? La richesse ou la pauvreté, la joie ou la tristesse, doivent-elles avoir sur moi un pouvoir que mon Dieu n’aurait pas ? Non.

Pourquoi donc les enfants de Dieu se plaignent-ils si souvent que leurs circonstances les séparent de lui ? Il ne peut y avoir qu’une seule réponse : « Ils ne connaissent pas leur Dieu. » S’il y a du trouble ou de la faiblesse dans l’Église de Dieu, c’est parce que nous ne connaissons pas le Dieu que nous avons. Voilà pourquoi, à la promesse de Jérémie 30:22, « je serai votre Dieu », s’ajoute si souvent cette autre : « Et vous saurez que je suis l’Éternel, votre Dieu. » Si je connais cela, non par l’enseignement des hommes, non par mon intelligence ou mon imagination, mais si je le connais par l’évidence vivante que Dieu donne dans mon cœur, alors je sais que la présence divine de mon Dieu sera si merveilleuse, et mon Dieu lui-même si beau et si proche, que je pourrai vivre tous mes jours et toutes mes années en vainqueur par celui qui m’a aimé. N’est-ce pas là la vie dont nous avons besoin ? La question revient : pourquoi le peuple de Dieu ne connaît-il pas son Dieu ? Et la réponse est : ils prennent n’importe quoi plutôt que Dieu, — des prédicateurs, la prédication, des livres, des prières, des œuvres et des efforts, tout déploiement de la nature humaine, au lieu d’attendre, et d’attendre longtemps s’il le faut, jusqu’à ce que Dieu se révèle.

Aucun enseignement que nous puissions recevoir, aucun effort que nous puissions déployer, ne peut nous mettre en possession de cette bienheureuse lumière de Dieu, qui est tout en tout pour nos âmes. Et pourtant, elle est accessible. Elle est à notre portée, si Dieu veut bien se révéler. C’est là l’unique nécessité. Je prierais Dieu que chacun demande à son cœur s’il a dit, et s’il dit chaque jour : « Je veux davantage de Dieu. Ne me parlez pas seulement de la belle vérité qui se trouve dans la Bible. Cela ne peut me satisfaire. C’est Dieu que je veux. »

Dans notre vie chrétienne intérieure, dans nos prières de chaque jour, dans notre manière de vivre en chrétiens, dans nos églises, dans nos réunions de prière, dans notre communion fraternelle, il faut en venir là : que Dieu ait toujours la première place ; et si elle lui est donnée, il en prendra possession. Si, dans nos vies individuelles, tout regard était fixé sur Dieu, sur le Dieu vivant, si tout cœur criait : « Mon âme a soif de Dieu », quelle puissance, quelle bénédiction et quelle présence du Dieu éternel nous seraient révélées ! Que lisons-nous en Hébreux 7:25 ?

« il peut sauver parfaitement ». — Qui donc ? « ceux qui s’approchent de Dieu par lui », et non ceux-là seuls qui viennent à Christ. En Christ — béni soit son nom — nous avons la bonté, la condescendance et la tendresse de Dieu. Mais nous courons le danger de nous arrêter là et de nous en contenter ; or Christ veut nous ramener à nous réjouir tout autant dans la gloire de Dieu lui-même, dans sa justice, sa sainteté, son autorité, sa présence et sa puissance. Il peut sauver parfaitement ceux qui viennent à Dieu par lui !

Voici maintenant quelques brèves pensées sur le chemin par lequel je puis parvenir à connaître Dieu comme ce Dieu au-dessus de toutes les circonstances, qui remplit mon cœur et ma vie chaque jour. La seule chose nécessaire est celle-ci : je dois m’attendre à Dieu. Le texte original — il en est ainsi dans notre version hollandaise, et aussi dans la marge — porte : « Oui, mon âme, confie-toi en Dieu! Car de lui vient mon espérance. » Psaume 62:6. Que doit être le silence de l’âme devant Dieu ? Une âme consciente de sa petitesse, de son ignorance, de ses préjugés, et des dangers qui la menacent par la passion, par tout ce qui est humain et pécheur ; une âme consciente de cela, et qui dit : « Je veux que le Dieu éternel entre en moi et se saisisse de moi, et se saisisse de moi si fortement que je sois gardé dans le creux de sa main toute ma vie durant ; je veux qu’il prenne de moi une telle possession qu’à chaque instant il opère tout en tout en moi. » Voilà ce qu’implique la nature même de notre Dieu.

Comme nous devrions faire silence devant lui et nous attendre à lui !

Puis-je demander, avec révérence : à quoi Dieu sert-il ? Un Dieu est fait pour ceci : être la lumière et la vie de la création, la source et la puissance de toute existence. Les beaux arbres, l’herbe verte et le soleil éclatant que Dieu a créés étaient destinés à manifester sa beauté, sa sagesse et sa gloire. L’arbre âgé de cent ans — lorsqu’il fut planté, Dieu ne lui donna pas une réserve de vie qui lui permît de poursuivre son existence. Non, en vérité, Dieu revêt les lis chaque année d’une beauté nouvelle ; chaque année, Dieu revêt l’arbre de son feuillage et de ses fruits. Chaque jour et à chaque heure, c’est Dieu qui entretient la vie de toute la nature.

Dieu nous a créés afin que nous soyons les vases dans lesquels il pût réaliser sa beauté, sa volonté, son amour et la ressemblance de son Fils bien-aimé. Voilà à quoi Dieu est destiné : à opérer en nous par sa puissante action, sans cesser un seul instant. Lorsque je commence à saisir cela, je ne considère plus la vraie vie chrétienne comme une haute impossibilité et une chose contre nature, mais je dis : « C’est la chose la plus naturelle de toute la création que Dieu me possède à chaque instant, et que mon Dieu me soit plus proche que tout le reste. » Songez un instant à la folie qu’il y a à s’imaginer que je ne puisse attendre de Dieu qu’il soit avec moi à chaque instant.

Regardez la lumière du soleil ; avez-vous jamais éprouvé la moindre peine tandis que vous travailliez, que vous étudiiez ou que vous lisiez un livre à la clarté que le soleil donne ? Avez-vous jamais dit : « Oh, comment pourrai-je conserver cette lumière, comment la retenir, comment être sûr que je continuerai à l’avoir pour m’en servir ? » Jamais vous n’avez pensé cela. Dieu a pris soin que le soleil lui-même vous procure la lumière, et cela sans que vous ayez à vous en soucier ; la lumière vient sans qu’on l’appelle. Et je vous le demande : qu’en pensez-vous ? Dieu a-t-il fait en sorte que la lumière de ce soleil, qui sera un jour consumé, vienne à vous sans que vous vous en rendiez compte et demeure en vous avec bénédiction et puissance ; et Dieu ne voudrait-il pas, ou ne pourrait-il pas, faire briller sa lumière et sa présence à travers vous, de sorte que vous puissiez marcher tout le jour avec Dieu plus proche de vous que rien dans la nature ? Loué soit Dieu pour cette assurance : il peut le faire. Et pourquoi ne le fait-il pas ? Pourquoi si rarement, et dans une si faible mesure ? Il n’y a qu’une seule réponse : vous ne le laissez pas faire.

Vous êtes si occupés et si remplis d’autres choses, de choses religieuses, la prédication et la prière, l’étude et le travail, si absorbés par votre religion, que vous ne donnez pas à Dieu le temps de se faire connaître, d’entrer et de prendre possession. Ô frère, écoute la parole de l’homme qui connaissait si bien Dieu, et commence à dire : « Mon âme, attends-toi à Dieu seul. » Je pourrais montrer que c’est là la gloire même du Créateur, la vie même que Christ a apportée dans le monde, la vie qu’il a vécue, et la vie même à laquelle Christ veut nous élever, dans son entière dépendance du Père.

Le secret même de la vie de Christ est celui-ci : une conscience si vive de la présence de Dieu que, qu’il s’agît de Judas venant le trahir, de Caïphe le condamnant injustement, ou de Pilate le livrant pour être crucifié, la présence du Père était sur lui, en lui et autour de lui, et les hommes ne pouvaient atteindre son esprit.

Et voilà ce que Dieu veut être pour vous et pour moi.

Toute votre agitation anxieuse et vos efforts inutiles ne prouvent-ils pas que vous n’avez pas laissé Dieu accomplir son œuvre ? Dieu vous attire à lui-même. Ce n’est pas votre propre désir ni l’élan de votre propre cœur, mais l’aimant divin et éternel qui vous attire. Ces aspirations et ces soifs inquiètes, souvenez-vous-en, sont l’œuvre de Dieu. Venez, tenez-vous tranquilles, et attendez-vous à Dieu. Il se révélera.

Comment dois-je m’attendre à Dieu ? Pour répondre, je dirais : avant tout, dans la prière, prenez davantage de temps pour vous tenir en silence devant Dieu sans dire un seul mot. Quelle est, dans la prière, la chose la plus importante ? Que je capte l’oreille de celui à qui je parle. Nous ne sommes pas prêts à présenter notre requête tant que nous n’avons pas pleinement conscience d’avoir obtenu l’attention de Dieu.

Vous me dites que vous savez tout cela. Oui, vous le savez ; mais il faut que votre cœur soit rempli par le Saint-Esprit de la sainte conscience que le Dieu éternel et tout-puissant s’approche véritablement de vous, tout près. Celui qui aime aspire ardemment à vous avoir pour sien. Tenez-vous en silence devant Dieu, attendez, et dites : « Ô Dieu, prends possession de moi. Révèle-toi, non à mes pensées ni à mes imaginations, mais par la conscience solennelle, redoutable et humiliante pour l’âme, que Dieu resplendit sur moi pour m’amener à la place de la dépendance et de l’humilité. »

La prière peut assurément être une attente de Dieu, mais il y a bien des prières qui ne sont pas une attente de Dieu.

S’attendre à Dieu est le premier et le meilleur commencement de la prière. Lorsque nous nous inclinons dans l’humble et silencieuse reconnaissance de la gloire et de la proximité de Dieu, nous commençons à prier, et là se trouvera la bénédiction même que nous n’obtenons souvent qu’à la fin.

Dès le tout début, je me trouve face à face avec Dieu ; je suis en contact avec l’éternelle toute-puissance de l’amour, et je sais que mon Dieu me bénira. Ne craignons jamais de nous tenir en silence devant Dieu ; nous porterons alors ce silence dans notre travail ; et lorsque nous irons à l’église le dimanche, ou à la réunion de prière en semaine, ce sera avec l’unique désir que rien ne se dresse entre Dieu et nous, et que nous ne soyons jamais si occupés à entendre et à écouter que nous en oublions la présence de Dieu.

Oh, que Dieu fasse de chaque prédicateur ce que Moïse fut au pied du mont Sinaï : « Moïse fit sortir le peuple du camp, à la rencontre de Dieu », et ils rencontrèrent effectivement Dieu et furent saisis de crainte (Exode 19:16). Que chaque prédicateur demande, avec toute l’ardeur dont son âme est capable, que Dieu le délivre du péché de prêcher et d’enseigner sans faire d’abord sentir au peuple : « Cet homme veut nous amener à Dieu lui-même. » Cela peut se ressentir, non seulement dans les paroles, mais dans la disposition même du cœur humble, attentif et adorateur. Nous devons porter cette attente dans tout notre culte ; il nous faudra en faire une étude ; il nous faudra en parler ; il nous faudra nous aider les uns les autres, car cette vérité s’est trop perdue dans l’Église de Christ ; il nous faut nous attendre à Dieu pour l’obtenir. Alors nous pourrons la mettre en pratique dans notre vie quotidienne.

Il y a tant de chrétiens qui s’étonnent d’échouer ; mais songez à la facilité avec laquelle ils bavardent et se mêlent à la conversation, y passant des heures, sans jamais penser que tout cela peut dissiper la force de l’âme et les amener à passer des heures loin de la présence immédiate de Dieu. Je crains que là ne soit la grande difficulté : que nous ne soyons pas disposés à consentir le sacrifice nécessaire pour une vie de continuelle attente de Dieu.

N’y a-t-il pas certains d’entre nous qui jugeraient impossible de passer chaque instant sous l’abri du Très-Haut : « il me cachera sous l’abri de sa tente » ? Bien-aimés, ne pensez pas que ce soit trop élevé, ni trop difficile. C’est trop difficile pour vous et pour moi à atteindre, mais notre Dieu nous le donnera. Commençons dès maintenant à nous attendre à Dieu avec plus de ferveur et d’intensité.

Faisons parfois, dans nos maisons, une courte inclination silencieuse ; dans nos chambres retirées, attendons en silence, et concluons une alliance, peut-être sans paroles, que de tout notre cœur nous chercherons à ce que la présence de Dieu vienne sur nous. Qu’est-ce que la religion ? Elle n’est rien de plus que ce que vous avez de Dieu agissant en vous ; cela seul est la religion. Et si vous voulez plus de religion, plus de grâce, plus de force et plus de fécondité, il vous faut plus de Dieu. Que ce soit là le cri de nos cœurs : plus de Dieu ! Plus de Dieu ! Plus de Dieu ! Et disons à nos âmes : « Oui, mon âme, confie-toi en Dieu! Car de lui vient mon espérance. » Psaume 62:6.

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