L’Évangile de la guérison ·Objections courantes

Chapitre 3 · 25 min de lecture

Objections courantes

Nous allons maintenant considérer quelques-unes des objections les plus pressantes que l’on oppose à la bonne nouvelle: que Celui qui pardonne toutes nos iniquités « aussi véritablement et aussi pleinement » guérit toutes nos maladies.

1. L’âge des miracles est passé. On le suppose communément comme un axiome, et on le cite presque comme un texte de l’Écriture. Pour y répondre, demandons-nous: dans quel âge sommes-nous? Il y a eu, et il y aura encore, divers âges et diverses dispensations, à savoir: l’âge paradisiaque, l’antédiluvien, le patriarcal, le mosaïque, le chrétien, le millénaire, l’éternel. Nous ne sommes ni dans l’âge patriarcal ni dans le mosaïque, nous ne sommes pas dans le millénaire; nous devons donc être dans l’âge chrétien. Mais peut-être y a-t-il deux ou trois âges chrétiens: l’un pour le Christ et ses apôtres, l’autre pour nous. Et pourtant Paul déclare qu’il a vécu dans « ces derniers temps ». Il parle des hommes de sa génération comme de ceux à qui est parvenue « la fin des siècles ». Et Pierre, dans son sermon du jour de la Pentecôte, revendique pour son temps une prophétie de Joël touchant les derniers jours. Nous sommes donc dans l’âge du Christ et du christianisme; et si celui-là n’était pas l’âge des miracles, quel donc le serait? Mais peut-être devait-il y avoir un grand abîme entre les premières et les dernières périodes de cet âge. Peut-être devait-il commencer par des manifestations particulières de la puissance divine, pour ensuite s’estomper dans une sobre banalité. Pourquoi donc Joël dirait-il que l’effusion signalée du Saint-Esprit aurait lieu « dans les derniers jours », et que les dons particuliers de l’Esprit aux servantes et aux serviteurs, et les signes et les prodiges surnaturels dans le ciel et sur la terre, seraient spécialement « avant l’arrivée du jour de l’Éternel, de ce jour grand et terrible », c’est-à-dire vers la fin de l’âge chrétien, et avant l’Avènement? Pourquoi aussi Paul insisterait-il si fortement, dans I. Cor. xii, sur ce que l’Église du Christ est un seul corps, et non deux, et que les dons de chaque partie appartiennent au tout? S’il y a une différence essentielle entre l’âge apostolique et l’âge postérieur, alors l’Église n’est pas un seul corps, mais deux; alors les dons de ces membres-là ne se répandent pas jusque dans nos membres; alors la glorieuse image et le puissant raisonnement de ce chapitre sont faux et trompeurs. Si nous sommes le même corps, nous avons la même vie et la même puissance.

Qu’est-ce qui rendait les apôtres plus puissants que les hommes ordinaires? Ce n’était pas leur compagnonnage avec Jésus; c’était le don du Saint-Esprit. N’avons-nous pas le même? Et n’exaltons-nous pas les hommes tout en rabaissant l’Esprit qui les faisait ce qu’ils étaient, lorsque nous parlons de leur puissance comme d’une chose exceptionnelle et passagère? Sans doute exerçaient-ils des fonctions singulières et exceptionnelles, comme témoins de la résurrection du Christ et fondateurs de l’Église sur la terre; mais, pour montrer aux hommes que les dons miraculeux de l’Église ne leur étaient pas réservés, ces dons sont expressément distingués de l’apostolat dans I. Cor. xii. Ils furent conférés à un degré éminent à Étienne, à Philippe et à d’autres qui n’étaient nullement apôtres, et ils furent confiés par Jacques à l’ancienneté ordinaire et permanente de l’Église. Non, le cher Maître n’a jamais envisagé ni proposé aucun abîme post-apostolique d’impuissance et de défaillance. C’est l’incrédulité et le péché de l’homme qui l’ont creusé. C’est la corruption même de l’Église qui l’a causé. Mais Lui ne l’a jamais désiré ni ménagé. Se tenant à mi-chemin entre la terre et le ciel, et abaissant son regard sur le dix-neuvième siècle avec un amour aussi tendre, et une grâce aussi pleine et aussi puissante, qu’il en exerça envers les premiers, et parlant au présent, comme si nous étions tous également proches de Celui qui ne se séparerait jamais de nous, il a dit: « Tout pouvoir m’a été donné DANS LE CIEL ET SUR LA TERRE, et voici, JE SUIS avec vous TOUS LES JOURS, jusqu’à la fin de l’ÂGE » (grec). Ce devait être un seul âge, et non deux, et sa toute-puissance ne fut jamais retirée. Il devait être un JE SUIS perpétuel, aussi proche à la fin qu’au commencement. En vérité, l’œuvre que nous avions à faire ne devait être que le complément de la sienne, bien plus, son œuvre à Lui; car Luc dit: « il a commencé de faire et d’enseigner ». Il doit donc achever son œuvre encore aujourd’hui. Et c’est précisément ce qu’il a dit lui-même que serait notre œuvre: « celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais » (c’est-à-dire qu’elles seront l’œuvre du Christ et la nôtre, en association), et elles ne seront en rien diminuées par son absence apparente; car « il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais au Père ».

Et de fait, aussi longtemps que l’Église ancienne conserva, ne fût-ce que dans une mesure limitée, la foi et la sainteté des premiers jours, les mêmes œuvres se rencontrèrent uniformément. Aux deuxième, troisième et quatrième siècles, des Pères aussi célèbres qu’Irénée et Tertullien rendent témoignage à la fréquence de nombreux miracles de guérison incontestables, et même à la résurrection des morts au nom de Jésus. Et jusqu’au cinquième siècle, des événements surnaturels, touchant de nombreux hommes et femmes bien connus et vivants, sont attestés par des autorités aussi éminentes que Procope et Justinien, sur un témoignage si fort que le sobre éditeur de Mosheim déclare que celui qui voudrait en douter devrait être prêt à mettre en doute tous les faits de l’histoire. L’âge des miracles n’est pas passé. La Parole de Dieu n’a jamais donné le moindre indice d’un tel fait. Au contraire, ils doivent compter parmi les signes du dernier jour; et l’adversaire lui-même doit les contrefaire, et envoyer enfin les esprits de démons, qui font des prodiges, vers les rois de la terre. En sorte que la seule défense contre les faux miracles sera le vrai. Nous sommes dans l’âge des miracles, l’âge du Christ, l’âge qui s’étend entre deux Avènements, et sous le regard d’une Présence divine incessante, l’âge de la Puissance, l’âge qui, plus que tous les autres âges du temps, devrait être intensément vivant.

2. Les mêmes résultats que l’on attribue à la foi dans la guérison des maladies sont aussi, dit-on, la suite des pratiques du spiritisme, du magnétisme animal, de la clairvoyance, etc. Nous ne nierons pas que, si quelques-unes des manifestations du spiritisme sont d’indubitables impostures, il en est beaucoup qui sont incontestablement surnaturelles, et qui sont produites par des forces dont la science physique n’a nulle explication. Il ne sert de rien de vouloir affronter ce redoutable monstre du SPIRITISME — qui, selon Joseph Cook, est peut-être le grand SI de notre avenir immédiat en Angleterre et en Amérique — par le déni hâtif et superficiel des faits, ou par leur explication comme des tours de passe-passe. Souvent ils sont, sans nul doute, réels et surhumains. Ce sont « des esprits de démons, qui font des prodiges », rassemblant les hommes pour Harmaguédon. Ce sont les forces ranimées des magiciens d’Égypte, des oracles de la Grèce, des haruspices de Rome, des sorciers-guérisseurs de l’Inde. Elles ne sont pas divines, elles sont moins que toutes-puissantes, mais elles sont plus qu’humaines. Notre Seigneur nous en a expressément avertis, et nous a dit de les éprouver, non par leur puissance, mais par leurs fruits, par leur sainteté, leur humilité, et leur hommage rendu au nom de Jésus et à la Parole de Dieu; et leur existence même rend d’autant plus impérieux que nous soyons capables d’opposer contre elles — comme la verge de Moïse qui engloutit celles des magiciens, et réduisit enfin au silence leur puissance limitée — les forces vivantes d’un christianisme saint, dans le monde physique aussi bien que dans le monde spirituel.

3. Les miracles du Christ et de ses apôtres étaient destinés à établir les faits et les doctrines du christianisme; nous n’avons pas besoin qu’ils se perpétuent. Pourquoi donc les critiques mettent-ils en question l’existence de ces faits et la crédibilité de ces écrits? Comment les habitants des contrées nouvelles connaîtront-ils la divinité de ces oracles? Quel accès ont-ils, ou même les grandes masses des hommes en tout lieu, aux archives du savoir ou aux manuscrits de la Bible? Non, chaque génération a besoin d’un Christ vivant, et chaque communauté nouvelle a besoin de « ces miracles qui accompagneront ceux qui auront cru », pour confirmer la parole. Et nous avons vu parfois l’agnostique plausible et obstiné, que nulle raison ne pouvait satisfaire, réduit au silence et confondu lorsqu’on le mettait face à face avec quelque humble femme sans instruction, tandis qu’elle lui disait, avec une ardente sincérité qu’il ressentait au fond de son cœur, qu’elle avait été relevée d’une impuissance de toute une vie par la seule parole et le seul nom de Jésus. Jusqu’à ce qu’il revienne, le monde ne cessera jamais d’avoir besoin du contact de sa Puissance et de sa Présence: « Dieu appuyant leur témoignage par des signes, des prodiges, et divers miracles, et par les dons du Saint-Esprit distribués selon sa volonté ».

Il règne aussi une méprise courante sur le dessein complet des miracles du Christ, qui leur enlève la moitié de leur beauté et de leur valeur. On les regarde uniquement et principalement comme des témoignages particuliers de la puissance et de la divinité du Christ. Mais si c’eût été là tout, quelques cas particuliers et marquants auraient suffi. Il n’aurait pas alors guéri les milliers de gens qui se pressaient chaque jour autour de lui. Or on nous dit au contraire qu’ils ne furent point isolés et occasionnels, mais nombreux et presque universels. « Il guérit tous ceux qui avaient besoin d’être guéris, et tous les malades »; non pas tant pour prouver sa puissance que pour montrer ce qu’il voulait dès lors leur faire connaître — son amour sans bornes — pour accomplir l’antique tableau prophétique du Christ béni, et afin que s’accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète Ésaïe: « Il a pris nos infirmités, et il s’est chargé de nos maladies ». Mais s’il lui était nécessaire de réaliser ce caractère alors, il l’est tout autant aujourd’hui; aussi nécessaire encore qu’il ne cesse jamais d’être fidèle au tableau que Dieu traça de lui, qu’il traça de lui-même. Si cela n’est plus vrai pour nous, alors « Jésus-Christ » n’est PAS « le même hier, aujourd’hui, et éternellement ». Si cela n’est plus vrai pour nous, alors — peut-être — les autres promesses de l’Écriture ne sont pas vraies non plus pour nous, et il n’a pas plus porté nos péchés que nos maladies et nos souffrances. Non, son cœur est toujours le même: —

« Proche parent, Ami et Frère aîné, tel est son nom éternel; tu es pour moi mon Tout en tout, ô Vivant de Béthanie. »

4. On presse une objection courante en ces termes: la dernière promesse du Christ dans Marc embrasse bien plus que la guérison; mais si vous en revendiquez une, vous devez les revendiquer toutes. Si vous attendez la guérison des malades, vous devez aussi y comprendre le don des langues et le pouvoir de vaincre les poisons meurtriers; et si le don des langues a cessé, il en va de même du pouvoir sur la maladie. Nous acceptons de bon cœur cette logique rigoureuse; nous ne saurions renoncer à aucune des promesses. Nous confessons notre foi en la présence du Guérisseur dans tous les charismes de l’Église de la Pentecôte. Nous ne voyons aucune raison pour qu’un humble serviteur du Christ, engagé dans l’œuvre du Maître, ne puisse revendiquer, dans une foi simple, le pouvoir de résister au paludisme et aux autres poisons et périls meurtriers; et nous croyons que le don des langues ne fut retiré à l’Église primitive que parce qu’on en abusait pour une vaine ostentation, ou parce qu’il devenait inutile à l’usage pratique, par suite de la rapide évangélisation du monde; et il sera renouvelé aussitôt que l’Église le revendiquera humblement pour la diffusion universelle de l’Évangile. De fait, les exemples ne manquent pas aujourd’hui de sa restauration apparente dans les travaux missionnaires, tant aux Indes qu’en Afrique.

5. Nulle objection, peut-être, n’est pressée avec plus de force que celle de la gloire qui revient à Dieu de notre soumission à sa volonté dans la maladie, et des heureux fruits de l’affliction sanctifiée. Eh bien, si ceux qui pressent cette idée et prétendent la mettre en pratique acceptaient réellement leur maladie, et demeuraient passifs sous elle, ils seraient du moins conséquents. Mais n’envoient-ils pas chercher un médecin, et ne font-ils pas de leur mieux pour sortir de cette douce volonté de Dieu? Est-ce là se soumettre humblement à l’affliction, et la soumission ne vient-elle pas d’ordinaire lorsque l’issue est reconnue inévitable? Nous ne nions pas les heureux fruits de mainte maladie douloureuse, lorsqu’elle détourne l’âme de quelque sentier défendu et la conduit dans de plus profondes expériences de Dieu; nous ne mettons pas non plus en doute la piété profonde et fervente, ni le progrès spirituel de maint infirme qui ne sait pas se confier en Dieu pour la guérison; mais nous sommes assurés qu’il existe une immense somme de méprises vagues et contraires à l’Écriture touchant les principes de la discipline chrétienne. Nous ne croyons pas que Dieu châtie un enfant obéissant simplement pour le rendre bon. « C’est pour cela qu’il y a parmi vous beaucoup d’infirmes et de malades, et qu’un grand nombre sont morts. Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. » Voilà une loi précise et immuable des rapports de Dieu avec ses chers enfants. Lorsque nous nous jugeons nous-mêmes, nous ne serons pas jugés. Tant que nous écoutons et obéissons, il « ne mettra sur nous aucune des maladies dont il a frappé les Égyptiens ». L’état normal qu’il veut pour ses fidèles enfants, c’est la santé du corps, de l’âme et de l’esprit (I Thess. v. 23). Sa propre prière pour eux, c’est qu’ils soient en bonne santé et prospèrent, à mesure même que prospère leur âme. Sa volonté pour eux, c’est d’agir en ces choses selon sa parole. C’est toujours « les desseins bienveillants de sa bonté », et « la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait ». « Le malheur atteint souvent le juste », il est vrai; mais il est également vrai que « l’Éternel l’en délivre toujours. Il garde tous ses os, aucun d’eux n’est brisé ». Et entre l’« affliction » et la maladie, il faut bien s’en souvenir, il y a une distinction très nette. À Mara, les enfants d’Israël durent boire d’une eau amère, qui fut seulement adoucie, non ôtée; comme mainte épreuve est sanctifiée et bénie. Mais c’est là même qu’il établit une loi et une ordonnance de guérison, et leur dit que, s’ils voulaient lui obéir, ils ne seraient pas malades, et qu’il serait leur Guérisseur constant, leur montrant ainsi que Mara n’était pas la maladie. Et par un parallèle exact, Jacques nous dit, v. 13: « Quelqu’un parmi vous est-il dans la souffrance? Qu’il prie », c’est-à-dire pour la grâce et la force. Mais: « Quelqu’un parmi vous est-il malade? Qu’il appelle les anciens de l’Église », et qu’il soit guéri. L’affliction, c’est « souffrir avec le Christ »; et lui ne fut pas malade. « Vous aurez des tribulations dans le monde »; mais nous n’en avons que plus besoin d’un cœur sain et fort, pour supporter et pour vaincre.

6. On objecte qu’il est présomptueux de revendiquer absolument la guérison de la maladie, et que le modèle de toute vraie prière est le langage du Christ au jardin: « s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Oui, mais on a oublié qu’il savait qu’il n’était pas possible que cette coupe s’éloignât, que dans ce cas il demandait quelque chose pour quoi, à tout le moins, il n’avait ni promesse ni garantie, et qu’il désavoua à l’instant même, en disant: « Père, délivre-moi de cette heure?… Mais c’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure. Père, glorifie ton nom! » Certes, en de telles circonstances, lorsque, poussés par une extrême détresse, nous demandons quelque chose pour quoi nous n’avons ni garantie claire, ni promesse, ni indication favorable de la volonté divine, nous devons toujours en remettre l’arbitrage à cette volonté inconnue. Mais lorsque nous savons, par sa propre parole, qu’une bénédiction est conforme à sa volonté, qu’elle est prévue, acquise et promise, n’est-il pas vraiment évasif, peu franc, dissimulé, et même une affectation, de venir à lui dans le doute et l’incertitude, ou de formuler nos requêtes dans le langage de l’ambiguïté? N’en est-il pas tout comme d’un fils au collège qui vous écrirait sans cesse pour vous demander la permission de choses dont vous auriez déjà donné les instructions les plus complètes dans votre première lettre? Le Christ pria-t-il ainsi, lorsqu’il demandait des choses qu’il savait conformes à la volonté de Dieu? Ne nous est-il pas aussi permis de l’imiter dans une prière que dans une autre, à Béthanie tout autant qu’à Gethsémané? Et là, que dit-il? « Père, je savais que tu m’exauces toujours », et encore: « Père, je veux que là où je suis ceux que tu m’as donnés soient aussi avec moi. » En son nom, ne pouvons-nous pas prier comme lui, là où sa volonté est clairement révélée? « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez CE QUE VOUS VOUDREZ, et cela vous sera accordé. » Prions-nous dans l’indétermination lorsque nous demandons le pardon? Nous le prenons et le revendiquons, et, étant forts dans la foi, nous glorifions ainsi Dieu de la manière la plus efficace.

7. On nous dit qu’il y a beaucoup de cas d’échec; et l’on cite d’abord Paul et ses compagnons. L’inévitable écharde de Paul est conservée comme une relique précieuse pour tourmenter les chrétiens qui doutent; et Trophime et Épaphrodite sont traînés en avant sur leurs grabats pour encourager le patient consentant dans l’hôpital du Château du Doute. Touchant l’écharde de Paul, il nous faut dire — premièrement: il est fort incertain que ce fût une maladie; c’était un ange de Satan pour le souffleter, c’est-à-dire quelque humiliation — peut-être un bégaiement. Deuxièmement: elle fut si bien guérie, et plus que guérie, quoi qu’elle fût, qu’elle fit reposer sur lui la puissance du Christ avec tant de force qu’il fut abondamment rendu capable pour tous ses travaux et ses devoirs, et qu’il aspirait à de telles occasions de bénédiction. Et celui qui peut voir là un faible infirme mis à l’écart de l’œuvre est atteint d’un strabisme spirituel. Troisièmement: avant que l’on puisse prétendre que sa maladie est une visitation céleste, comme celle de Paul, destinée à empêcher qu’on ne s’élève outre mesure, il faudrait avoir été ravi avec lui au troisième ciel et avoir entendu des choses qu’il n’est pas permis à un homme d’exprimer! Et quatrièmement: Paul nous donne ailleurs le récit de sa guérison (II. Cor. i. 10); et ce fut incontestablement par la prière croyante et par une foi puissante, en ce Dieu même qui ressuscite les morts. Quant à Épaphrodite, il fut guéri par la miséricorde de Dieu. Trophime le fut aussi, sans doute, quoique ce dût être avec délai. La guérison, même par la foi, n’est pas toujours instantanée. Il y a des « miracles » et des « dons de guérison »: les uns soudains et prodigieux, les autres simples et probablement graduels. Que Trophime ait pu être lui-même en faute pour sa maladie ou pour sa lenteur de foi n’a rien d’étonnant; et qu’il n’y ait que deux cas de ce genre dans toutes ces esquisses personnelles inspirées, voilà qui est bien étonnant.

Il y a encore des cas d’échec, mais ils peuvent s’expliquer, peut-être par une connaissance défectueuse ou par l’incrédulité, par quelque désobéissance envers Dieu, par le défaut de suivre avec constance les enseignements de la Parole et de l’Esprit, ou en vue d’une discipline spirituelle plus profonde. Et il y a des échecs dans la vie spirituelle, dus aux mêmes causes ou à de semblables, qui ne réfutent en rien la réalité des promesses divines ni la suffisance de la grâce du Christ. « Que Dieu soit reconnu pour vrai », quand même « tout homme » serait « menteur ».

8. Mais on nous dit que, s’il en est ainsi, les hommes ne devraient jamais mourir. Pourquoi non? Pourquoi la foi irait-elle plus loin que la Parole? Tout ce qui va au-delà est présomption. La Parole fixe une limite à la vie humaine, et tout ce que la foi selon l’Écriture peut revendiquer, c’est une santé et une force suffisantes pour l’œuvre de notre vie, et dans ses justes bornes. Elle peut être plus longue ou plus courte, mais elle n’a pas besoin, comme celle des méchants, de ne pas atteindre la moitié de ses jours. Elle doit être complète, satisfaisante, et durer aussi longtemps que l’œuvre de la vie n’est pas achevée. Et alors, quand vient la fin, pourquoi faudrait-il que ce fût par une maladie douloureuse et accablante, comme la pomme gâtée qui tombe en juin, par la maladie et avec un ver à la racine? Pourquoi ne serait-ce pas plutôt comme cette pomme mûre qui tomberait en septembre, mûre, savoureuse, et prête à choir sans lutte dans la main du jardinier? Ainsi Job dépeint la fin de la vie d’un homme de bien comme la pleine maturité de « la gerbe qu’on emporte en son temps ».

9. Quelques-uns nous demandent: Dieu n’a-t-il pas fait tous ces moyens, et ne veut-il pas que nous en usions? Et, de fait, n’est-ce pas présomption de notre part d’attendre qu’il fasse quoi que ce soit, à moins que nous ne fassions tout ce que nous pouvons par nous-mêmes? Nous répondons — premièrement: Dieu n’a nulle part prescrit de moyens médicaux, et nous n’avons pas le droit d’en conclure que les remèdes soient d’ordinaire ses moyens. Ils ne sont pas, comme la nourriture, mentionnés maintes et maintes fois comme nécessaires ou prescrits à notre usage. C’est un fait des plus singuliers et des plus irréfutables que, dans toute l’histoire des patriarches, il n’est fait aucune mention de l’emploi de tels moyens. Dans le récit de Job, si plein de détails vivants, tout le monde est décrit, sauf le médecin, et toute chose dans l’univers, sauf les remèdes. Nul médecin n’est à son chevet — sans quoi nous l’aurions assurément entrevu dans cette chambre; et lorsque Job guérit, c’est entièrement de la main directe de Dieu, et lorsqu’il descend lui-même à sa vraie place d’humilité envers Dieu et d’amour envers les hommes. Dans les prescriptions, les défenses et les ordonnances plus élaborées encore du livre du Lévitique sur tous les détails de la vie humaine, y compris jusqu’à la maladie de la lèpre, il n’y a pas la plus lointaine allusion à un médecin ou à une officine. Et ce n’est qu’après le temps de Salomon, et l’importation, sans doute, de la culture et de la science impies de l’Égypte, que nous trouvons le premier cas net de traitement médical; et là, le malade meurt, et meurt sous le stigmate de l’incrédulité et de l’éloignement de Dieu. Dans le Nouveau Testament, de tels « moyens » sont mentionnés en des termes à peine plus flatteurs, lorsqu’est décrite la femme qui toucha le bord de son vêtement. Si Luc fut médecin, il abandonna sa pratique pour l’œuvre d’évangéliste, comme on peut fortement l’inférer de sa vie itinérante; car nulle pratique ne pouvait se maintenir en de telles circonstances. Sans aller plus loin, ceci du moins est clair:

Premièrement, que Dieu n’a pas prescrit de remède.

Deuxièmement, qu’il a prescrit une autre voie au Nom de Jésus, et l’a pourvue dans l’expiation, a institué une ordonnance pour la signaler, et l’a effectivement commandée et prescrite.

Et troisièmement, que toutes les dispositions de la grâce sont par la foi, non par les œuvres. L’usage des remèdes, s’il réussit, donne d’ordinaire la gloire à l’homme, et Dieu ne le fera pas. Si la guérison de la maladie est l’un des acquis de l’expiation du Christ, et l’une de ses prérogatives comme notre Rédempteur, alors il en est jaloux, et nous en serons jaloux aussi. Si elle fait partie du plan du salut, alors nous savons que tout le plan est établi selon la « loi de la foi »; et si le langage de Jacques est un commandement, alors il exclut le traitement de la maladie par les remèdes humains, autant que l’emploi d’un médecin exclurait le traitement d’un autre, en même temps et pour le même cas. Si c’est là la voie de guérison de Dieu, alors les autres méthodes doivent être les voies de l’homme, et il doit y avoir quelque péril à répudier délibérément la première pour les secondes. Nous ne voulons pas dire par là que la profession médicale soit pécheresse, ni que l’usage des moyens soit toujours mauvais. Il y a, il y aura toujours, d’innombrables cas où la foi ne s’exerce pas; et si les moyens naturels ont, comme ils l’ont en effet, une valeur limitée, il reste amplement place pour leur exercice en ceux-là. Mais pour l’enfant de Dieu confiant et obéissant, il y a la voie plus excellente que sa Parole a clairement prescrite, et par laquelle son nom sera toujours de nouveau glorifié, et notre vie spirituelle continuellement renouvelée. Notre époque en est une de rationalisme croissant, et l’incrédulité s’efforce sans cesse d’éliminer de l’univers toute trace d’une action surnaturelle directe, et d’expliquer tout par des causes secondes et par le développement naturel; et Dieu, pour cette raison même, veut manifester son action immédiate partout où notre foi lui en offrira l’occasion. La Haute Critique s’emploie industrieusement à ôter le miraculeux de nos Bibles, et un plus bas idéal de vie chrétienne s’affaire à ôter de notre vie tout ce qui est divin. Que tous ceux qui croient en un Dieu vivant consentent à prouver à une génération railleuse que « c’est le Dieu d’éternité, l’Éternel, qui a créé les extrémités de la terre; il ne se fatigue point, il ne se lasse point », car « en lui nous avons la vie, le mouvement, et l’être », et que « rien n’est étonnant de la part de l’Éternel ».

10. Nous ne ferons allusion, pour conclure, qu’à l’objection selon laquelle ces vues de la vérité exaltent indûment la vie du corps, et détournent l’esprit des hommes de l’intérêt transcendant de l’âme immortelle, favorisant le fanatisme, outre qu’elles conduisent à d’autres maux.

La même objection pourrait être opposée aux premières années du ministère de notre Seigneur, lorsque la guérison du corps était faite une avenue pour atteindre l’âme des hommes, et un témoignage de ses enseignements spirituels. La doctrine de la puissance de guérison du Christ est si étroitement liée à la nécessité de la sainteté, ainsi qu’aux vérités et aux expériences plus profondes de la vie spirituelle, qu’elle tend, à un degré éminent, à favoriser la pureté et le zèle. La puissance qui guérit le corps confère d’ordinaire au cœur un bien plus riche baptême du Saint-Esprit, et la conservation de cette vie et de cette santé divines requiert une communion si constante avec Dieu, et un service si consacré pour le Maître, que les fruits spirituels l’emportent de beaucoup sur les temporels; et c’est là l’un des freins et des élans les plus puissants dans la vie de ceux qui l’ont véritablement reçue. Les abus dont on se plaint se trouveront d’ordinaire liés à de fausses doctrines et à des perversions contraires à l’Écriture, de ces choses que des personnes téméraires ou ambitieuses répandent pour leurs propres fins impies. La véritable doctrine de la guérison par le Seigneur Jésus-Christ est des plus humiliantes, des plus saintes et des plus pratiques; elle n’exalte aucun homme, elle n’épargne aucun péché, elle n’offre aucune promesse aux désobéissants, elle ne donne aucune force pour la complaisance égoïste ou les fins mondaines, mais elle exalte le nom de Jésus, glorifie Dieu, remplit l’âme de foi et de puissance, appelle à une vie de renoncement et de saint service, et réveille une Église endormie et un monde incrédule par les signaux solennels d’un Dieu vivant et d’un Maître qui revient.

Des extravagances, des perversions et des contrefaçons, nous savons qu’il en existe: des guérisseurs sans mandat et qui s’érigent d’eux-mêmes, des imposteurs mercenaires, qui se donnent pour « un personnage important », des onctions téméraires et sans discernement de personnes qui ne font que discréditer la vérité par leur ignorance et leur inconséquence, et des loups sous des peaux de brebis, qui réclament le nom de Jésus pour les passes de la clairvoyance, la sorcellerie du spiritisme et les tours du magnétisme animal. Mais la vérité de Dieu n’est point responsable de l’erreur humaine, et la contrefaçon est souvent le meilleur témoignage rendu à l’authentique. Que les ministres du Seigneur Jésus répondent à ces maux et les écartent, en revendiquant et en exerçant, dans la puissance du Saint-Esprit, les dons et les charges qui leur furent jadis confiés; et que le peuple de Dieu, en ces temps périlleux, discerne « la différence entre le juste et le méchant, entre celui qui sert Dieu et celui qui ne le sert pas ».

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L’Évangile de la guérison A. B. Simpson

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