Entretiens avec le fermier ·Le principal froment

Chapitre 8 · 23 min de lecture

Le principal froment

« Le principal froment. » Ésaïe 28:25 Le prophète le mentionne comme un trait de sagesse chez le cultivateur : il sait quelle est la chose principale à cultiver, et en fait son premier soin. Le texte, avec son contexte, se lit ainsi : « Le cultivateur ne sème-t-il pas le principal froment ? » Il ne va pas au grenier prendre du froment, du cumin, de l’orge et du seigle pour les répandre au hasard, mais il estime la valeur de chaque grain et les dispose dans son esprit en conséquence. Il ne pense pas que le cumin et le carvi, qu’il cultive uniquement pour parfumer son repas, aient la moitié de l’importance de son blé à pain ; et, bien que le seigle et l’orge aient leur valeur, il ne les estime pourtant pas même égaux à ce qu’il appelle « le principal froment ». C’est un homme de jugement ; il ordonne les choses ; il place la récolte la plus importante au premier rang, et lui consacre le plus de soin.

Apprenons ici une leçon. Gardez les choses claires dans votre esprit — non mêlées ni brouillées par une pensée négligente. Ne vivez pas une vie confuse, sans soin ni discernement, mêlant tout ensemble ; mais triez les choses, divisez et distinguez entre le précieux et ce qui est sans valeur. Voyez ce que vaut ceci, et ce que vaut cela, et disposez vos affaires en rang et en ordre, faisant les unes principales et les autres secondaires. Je vous suggère, à vous les jeunes surtout, qu’en entrant dans la vie vous vous disiez à vous-mêmes : « Pour quoi vivrons-nous ? Il y a une chose principale pour laquelle nous devrions vivre ; quelle sera-t-elle ? » Avez-vous vraiment considéré cette question, ou vous y êtes-vous pris au hasard ? Pour quoi vivez-vous ? Quel est votre but principal ? Sera-ce celui de ce vieillard chez Horace qui disait à son fils : « Fais de l’argent ; fais-en honnêtement, si tu peux ; mais, par tous les moyens, fais de l’argent » ? Serez-vous un faiseur d’argent ? L’argent sera-t-il votre principal froment ?

Ou choisirez-vous une vie de plaisir — « une vie courte et joyeuse », comme tant de fous l’ont dit à leur profond regret ? Est-ce dans la dissipation que votre vie doit se passer ? Les chardons seront-ils votre principale récolte ? Parce qu’il y a un certain plaisir à regarder un chardon d’Écosse, avez-vous l’intention de cultiver des arpents de vice agréable ? Et vous y ferez-vous votre lit quand vous viendrez à mourir ? Cherchez et voyez ce qui est digne d’être l’objet principal de la vie ; et, quand vous l’aurez trouvé, demandez alors au Saint-Esprit de vous aider à choisir cette unique chose, et à consacrer toutes vos forces et facultés à la cultiver. Le cultivateur qui trouve que le blé doit être sa principale récolte en fait sa principale récolte, et dirige ses efforts en vue de cette fin ; apprenez de là à avoir un objet principal, et à y donner tout votre esprit.

Ce cultivateur était sage, parce qu’il tenait pour principal ce qui était le plus nécessaire. Sa famille pouvait se passer de cumin, qui n’était qu’un assaisonnement. Peut-être la maîtresse se plaindrait-elle, ou la cuisinière grommellerait-elle, mais cela n’importait pas autant que si les enfants criaient pour du pain. Il leur fallait assurément du blé, car le pain est le soutien de la vie. C’est le pain qui fortifie le cœur de l’homme, et c’est pourquoi le cultivateur doit cultiver du blé, quand il ne cultiverait rien d’autre. Ce qui est nécessaire, il le regardait comme la chose principale. N’est-ce pas là un simple bon sens ? Si nous nous asseyions sagement pour réfléchir, ne dirions-nous pas : « Avoir mes péchés pardonnés, être en règle avec Dieu, être saint, être propre à vivre éternellement dans le ciel, voilà la plus grande et la plus nécessaire chose pour moi, et c’est pourquoi j’en ferai l’objet principal de ma poursuite » ? Une créature ne peut être satisfaite si elle n’accomplit pas le dessein pour lequel elle a été créée ; et le dessein de toute créature intelligente est, premièrement, de glorifier Dieu, et ensuite, de jouir de Dieu. Quelle joie ce doit être de jouir de Dieu lui-même aux siècles des siècles ! D’autres choses peuvent être désirables, mais cette seule chose est nécessaire. Un revenu suffisant, une certaine considération parmi les hommes, un peu de santé — tout cela est l’assaisonnement de la vie ; mais être sauvé dans le Seigneur d’un salut éternel, c’est la vie même. Jésus-Christ est le pain dont se soutient la meilleure vie de notre âme. Oh, que ne sommes-nous tous assez sages pour sentir qu’être un avec Christ est l’unique chose nécessaire ; qu’être en paix avec Dieu est la chose principale ; qu’être amené en harmonie avec le Très-Haut est la vraie musique de notre être. D’autres herbes peuvent prendre leur place en bon ordre, mais la grâce est le principal froment, et nous devons le cultiver.

Ce cultivateur était sage, parce qu’il faisait la chose principale de ce qui était le plus propre à l’être. Certes, l’orge est utile comme nourriture, car des nations ont vécu de pain d’orge, et en bonne santé encore ; et le seigle a nourri des millions d’hommes ; ils n’ont pas non plus péri de faim en vivant d’avoine et d’autres grains.

Pourtant, donnez-moi un morceau de pain de froment, car c’est le meilleur soutien pour le voyage de la vie. Ce cultivateur savait que le froment était la nourriture la plus convenable pour l’homme, aussi ne mit-il pas le grain inférieur, qui pouvait servir de substitut, à la place d’honneur ; mais il donna la préférence à son froment. Il ne dit pas « le principal orge » ni « le principal seigle », encore moins « le principal cumin » ou « la principale nielle », mais « le principal froment ».

Et qu’y a-t-il, frères, qui soit aussi propre au cœur, à l’esprit, à l’âme de l’homme, que de connaître Dieu et son Christ ? Les autres nourritures de l’esprit, comme les fruits de la connaissance et les délices de la science, si excellents qu’ils puissent être, sont une nourriture inférieure, impropre à édifier l’homme intérieur.

En mon Dieu et mon Sauveur, je trouve mon ciel et mon tout. Mon âme se nourrit d’une miette de vérité au sujet de Jésus, et trouve une profonde satisfaction à en vivre. Plus nous connaissons Dieu, jouissons de Dieu et devenons semblables à Dieu, et plus Christ est notre pain quotidien, plus nous percevons combien tout cela convient à nos natures nouvellement nées. Ô bien-aimés, faites votre objet principal de ce qui est la plus digne poursuite d’un esprit immortel.

« La religion est la grande affaire Des mortels ici-bas ; Puissé-je en apprendre la haute importance, Et en connaître la vertu souveraine ! » « Elle est plus nécessaire que la richesse étincelante, Ou que tout ce que le monde accorde ; Ni la réputation, ni la nourriture, ni la santé Ne peuvent nous donner un tel repos. »

De plus, ce cultivateur était sage, parce qu’il faisait la chose principale de ce qui était le plus profitable. En certaines circonstances, dans notre pays, le blé n’est pas la récolte la plus profitable qu’un homme puisse cultiver ; mais ordinairement c’est la meilleure récolte que la terre produise, et c’est pourquoi le texte parle du « principal froment ». Nos aïeux comptaient sur la meule de blé pour payer leur fermage. Ils regardaient à leur blé comme à la source de leur force ; et, quoiqu’il n’en soit peut-être plus ainsi aujourd’hui, il en était ainsi jadis, et peut-être en sera-t-il encore ainsi un jour.

Quoi qu’il en soit, l’illustration reste vraie à l’égard de la vraie religion. C’est la chose la plus profitable.

On me dit que les riches trouvent aujourd’hui bien difficile de placer quoi que ce soit à cinq pour cent ; mais cette bienheureuse crainte du Seigneur est un placement extraordinairement profitable, car il ne rapporte pas cent pour cent, ni mille pour cent, mais l’homme commence avec rien et toutes choses deviennent siennes par la foi.

Étant gratuitement pardonnés de nos péchés, nous sommes, par une grâce surabondante, grandement enrichis, en sorte que nous comptons parmi nos possessions le ciel lui-même, Christ lui-même, Dieu lui-même. Toutes choses sont à nous. Oh, quelle bienheureuse récolte à semer ! Quelle moisson en découle ! La piété est profitable pour la vie présente et pour la vie à venir. La piété est une bénédiction pour le corps de l’homme — elle le préserve de l’ivrognerie et du vice ; et elle est une bénédiction pour son âme — elle le rend doux et pur. Elle lui est une bénédiction de toute manière. S’il me fallait mourir comme un chien, je préférerais vivre comme un chrétien. S’il n’y avait point d’au-delà, encore, pour le réconfort et la joie, donnez-moi la vie de celui qui s’efforce de vivre comme Christ. Il y a une vérité pratique et quotidienne dans ces vers : « C’est la religion qui peut donner Les plus douces joies pendant que nous vivons ; C’est la religion qui doit fournir Une ferme consolation quand nous mourons. » Seulement, cette religion ne doit pas être du genre commun ; elle doit avoir pour racine une foi sincère en Jésus-Christ. Veillez-y. Notre religion doit être ou tout ou rien, ou première ou nulle part. Faites-en « le principal froment », et elle vous récompensera richement.

II. En second lieu, le cultivateur nous est une leçon parce qu’il donne à cette chose principale la place principale. Je trouve que l’hébreu est rendu par certains éminents savants : « Il met le froment à la place principale. » Cette petite poignée de cumin, dont la femme parfume les gâteaux, il la cultive dans un coin ; et les diverses herbes, il les place sur leurs bordures propres. L’orge, il la met dans son carré, et le seigle dans son arpent ; mais s’il y a un bon morceau de terre riche — le meilleur qu’il ait — il le réserve au principal froment. Il donne ses champs les plus choisis à ce qui doit être le principal moyen de sa subsistance.

Or voici une leçon pour vous et pour moi. Donnons à la vraie piété nos forces et nos aptitudes principales. Donnons aux choses de Dieu notre meilleure et plus intense pensée.

Je vous en prie, ne prenez pas la religion de seconde main sur ce que je vous dis, ou sur ce qu’un autre vous dit ; mais réfléchissez-y. Lisez, notez, apprenez, et digérez intérieurement la parole de Dieu. Le chrétien qui réfléchit est le chrétien qui croît. Souvenez-vous que le service de Dieu mérite notre première considération et notre premier effort. Nous sommes de pauvres choses même dans notre force, mais nous devons ne rien donner au Seigneur de moins que notre meilleur. Dieu ne veut pas que nous le servions avec négligence, mais il veut que nous employions tout le cerveau, l’intelligence et l’esprit que nous avons à étudier et à pratiquer sa parole. « Attache-toi donc à Dieu, et tu auras la paix » (Job 22:21). « Occupe-toi de ces choses, donne-toi tout entier à elles » (1 Timothée 4:15). Si votre esprit est plus clair et plus actif à un moment qu’à un autre, alors semez le principal froment. Si vous vous sentez plus dispos et plus enclin à penser à une heure du jour qu’à une autre, laissez alors votre esprit se porter vers les meilleures choses.

Ayez soin aussi de céder à ce sujet votre amour le plus ardent. Le meilleur champ, dans le petit domaine de l’homme, n’est pas la tête, mais le cœur ; semez-y le principal froment. Oh, avoir la vraie religion dans le cœur ; aimer ce que nous connaissons — l’aimer intensément ; le tenir ferme comme dans l’étreinte de la vie et de la mort — ne jamais le lâcher ! Le Seigneur dit : « Mon fils, donne-moi ton cœur » (Proverbes 23:26), et il ne se contentera de rien de moins que de notre cœur. Oh, quand votre zèle est le plus brûlant et votre amour le plus fervent, que la chaleur et la ferveur aillent toutes vers le Seigneur votre Dieu, et vers le service de celui qui vous a rachetés de son précieux sang. Que le principal froment ait la part principale de votre nature. Vers Dieu et son Christ tournez aussi vos désirs les plus ardents. Quand vous élargissez votre désir, désirez Christ ; quand vous devenez ambitieux, que votre ambition soit tout entière pour Dieu. Que votre faim et votre soif soient de la justice. Que vos aspirations et vos élans soient tous vers la sainteté, et vers les choses qui vous rendront semblables à Christ. Donnez à ce principal froment vos désirs principaux.

Que le Seigneur ait ensuite le respect attentif de votre vie. Que le principal froment soit semé dans chaque action. Si nous sommes vraiment chrétiens, nous devons l’être autant hors de l’Église que dedans. Nous nous efforcerons de faire que notre manger et notre boire, et tout ce que nous faisons, tendent à la gloire de Dieu.

Ne tracez aucune ligne entre la part séculière et la part religieuse de votre conduite, mais que le séculier soit rendu religieux par un pieux désir de glorifier Dieu dans l’un autant que dans l’autre (1 Corinthiens 10:31).

Adorons Dieu dans les devoirs les plus communs de la vie, comme le font ceux qui se tiennent devant son trône.

Ainsi doit-il en être. Semons le principal froment dans tous les champs de notre conversation, dans les affaires, dans la famille, parmi nos amis, et avec nos enfants.

Puissions-nous chacun sentir : « Christ est ma vie ; je ne puis vivre sans Christ, ni pour rien d’autre que Christ » (Philippiens 1:21). Que votre nature tout entière se livre à Jésus, et à nul autre.

Nous devons donner à ce principal froment nos labeurs les plus ardents. Nous devons nous dépenser pour la propagation de l’Évangile. Un chrétien doit se donner tout entier à servir Jésus. Je déteste voir un homme qui fait profession être zélé en politique et tiède dans la dévotion ; tout de feu à un conseil de paroisse, et froid comme l’hiver quand il vient à une réunion de prière. Certains volent comme des aigles quand ils servent le monde, mais ils ont l’aile brisée dans le service de Dieu. Il ne devrait pas en être ainsi. Si quelque chose pouvait nous réveiller et faire rugir en sa force le lion qui est en nous, ce devrait être lorsque nous affrontons les ennemis de Jésus ou combattons pour sa cause. Le service de notre Seigneur est le principal froment ; travaillons-y le plus.

Ceci, je pense, devrait aussi s’emparer de nous au point de nous conduire à nos plus grands sacrifices. L’amour de Christ devrait être assez fort pour engloutir le moi, et faire du sacrifice notre joie quotidienne. Pour l’amour du nom de Christ, nous devrions être prêts à endurer la pauvreté, l’opprobre, la calomnie, l’exil, la mort. Rien ne devrait être cher au chrétien en comparaison de Christ. Or, je vous pose la question : en est-il ainsi ou non ? L’amour de Jésus est-il chez nous le principal froment ? Donnons-nous à notre religion la première place, ou non ? Je crains que certains ne traitent la religion comme certains messieurs traitent une ferme tenue à distance ; ils y placent un régisseur, et n’y jettent l’œil que de temps à autre. Leur ministre est le régisseur, et ils attendent de lui qu’il y veille pour eux. Ces fermes tenues à distance sont des affaires en perte.

Regardez ces frères mi-figue, mi-raisin. Ont-ils de la religion ? Certes. Mais ils ressemblent à l’homme dont parlait l’enfant à l’école du dimanche. « Ton père est-il chrétien ? » demanda le moniteur. « Oui, dit l’enfant, mais il n’y a plus guère travaillé ces derniers temps. » Je pourrais en désigner plusieurs de cette sorte, qui sèment leur froment très parcimonieusement, et choisissent le lopin le plus stérile pour l’y semer. Ils font profession d’être chrétiens, mais la religion est chez eux un article de dixième ordre sur leur ferme. Certains ont de grands arpents pour le monde, et un pauvre petit lopin pour Christ. Ils cultivent le plaisir mondain et la complaisance envers soi-même, et sèment un peu de religion au bord du chemin pour la forme. Cela ne convient pas.

On ne se moque pas ainsi de Dieu (Galates 6:7). Si nous le méprisons, lui et sa vérité, nous serons peu estimés. Ô venez, donnons notre temps, notre talent, notre pensée, notre effort principaux à ce qui est la préoccupation majeure des esprits immortels. Puissions-nous imiter le cultivateur qui donne au principal froment la place principale dans sa ferme.

III. Apprenons une troisième leçon. Le cultivateur choisit le principal grain de semence quand il sème son froment. Quand un cultivateur met du blé de côté pour semer, il ne choisit pas le grain de rebut ni le pire de sa récolte, mais, s’il est un homme sensé, il aime semer le meilleur blé du monde.

Bien des cultivateurs cherchent dans toute la contrée un bon échantillon de blé pour semer, car ils ne s’attendent pas à tirer une bonne moisson d’une mauvaise semence. Le cultivateur est instruit de Dieu à mettre en terre « le principal froment ». Que j’apprenne que, si je vais semer pour le Seigneur et être chrétien, je dois semer la meilleure sorte de christianisme.

Je devrais m’y efforcer, premièrement, en croyant les doctrines les plus importantes. Je voudrais croire non pas tel « isme » ni tel autre, mais la vérité pure que Jésus a enseignée ; car un saint caractère ne croîtra que par l’Esprit de Dieu à partir de la vraie doctrine. Le mensonge engendre le péché ; la vérité enfante et nourrit la sainteté. Vous et moi devons donc choisir notre semence avec soin, et rejeter toute erreur. Si nous sommes sages, nous penserons surtout aux vérités les plus importantes, car j’ai connu des gens qui attachaient la plus grande importance aux plus petites choses. Ils se querellent au sujet de la nielle, et laissent le froment aux corbeaux. Quant à moi, que ceux qui le veulent disputent au sujet des coupes et des trompettes ; je prêcherai principalement la doctrine du sang précieux et les glorieuses vérités de la substitution et de l’expiation. Ces doctrines sont le principal froment, et c’est pourquoi elles auront mon choix.

Ensuite, nous devons semer les plus nobles exemples. Bien des hommes restent rabougris parce qu’ils choisissent un mauvais modèle pour commencer. Ils imitent ce cher vieux M. Untel jusqu’à lui ressembler étonnamment, le meilleur de lui en moins. Un ministre se trouve d’une tournure d’esprit sombre, et il prêche l’expérience profonde des enfants de Dieu, et par suite une troupe de bonnes gens croient de leur devoir d’être mélancoliques. Pourquoi faudrait-il qu’ils tombent dans un fossé parce que leur guide s’est éclaboussé ?

Nous ne devrions jamais copier les infirmités d’aucun homme. Pour ressembler à Paul, il n’est pas besoin d’avoir les yeux faibles ; pour ressembler à Thomas, il n’est pas nécessaire de douter. Si vous copiez un homme de bien, il y a un point où vous devriez vous arrêter court. S’il me faut un modèle humain, je préférerais l’un des plus vaillants des saints de Dieu ; mais oh, combien il vaut mieux suivre ce parfait modèle que vous avez en Jésus-Christ !

Nous devrions semer le meilleur froment en veillant à avoir l’esprit le plus pur. Hélas ! combien vite les esprits se souillent par le moi, ou l’orgueil, ou le découragement, ou la paresse, ou quelque souillure terrestre. Mais quelle chose grandiose que de vivre dans l’esprit de Christ ! Puissions-nous être humbles, modestes, hardis, prompts au sacrifice, purs, chastes et saints.

Et puis, il y a encore une manière de semer la semence choisie. Nous devrions nous efforcer de vivre dans la communion la plus étroite avec Dieu. Un cher frère priait tout à l’heure pour que nous ayons autant de grâce que nous sommes capables d’en recevoir, et que Dieu nous amène en un tel état que nous ne l’entravions en rien de ce qu’il voudrait faire par nous. C’est là une bonne prière. Notre désir devrait être de nous élever à la plus haute forme de vie spirituelle. Si vous semez ce principal froment, prenez-en la meilleure sorte.

Il y a esprit et esprit ; et il y a doctrines et doctrines ; le meilleur est le meilleur pour vous. Ô jeunes gens, si vous voulez avoir la piété, adonnez-vous-y à fond. Ne vous glissez pas à travers le monde comme si vous aviez honte de votre Seigneur. Si vous êtes à Christ, montrez vos couleurs. Ralliez-vous à sa bannière, rassemblez-vous à l’appel de sa trompette, puis tenez ferme, tenez ferme pour Jésus. S’il y a en vous quelque virilité, cette grande cause la réclame tout entière ; déployez-la, et que l’Esprit de Dieu vous aide à le faire.

IV. Quatrièmement, le cultivateur cultive le principal froment avec le principal soin. Certains critiques disent que la traduction exacte est que le cultivateur plante son froment en rangées. On dit que les grandes récoltes de la Palestine aux temps anciens venaient de ce qu’on y plantait le froment. On le disposait en lignes, de sorte qu’il n’était ni gêné ni étouffé par trop d’épaisseur en un endroit, ni menacé d’être trop clairsemé en un autre. Le froment était planté, puis des filets d’eau étaient dirigés du pied vers chaque plant en particulier. Rien d’étonnant, dès lors, que la terre produisît abondamment.

C’est là une leçon pour nous. Nous ne devons pas prêter aux choses de Dieu une attention négligente et tiède.

Le principal froment demande une culture soigneuse — nos cœurs, nos esprits et nos vies doivent être délibérément façonnés pour la sainteté. Comme il est écrit : « Une autre partie tomba parmi les épines : les épines montèrent, et l’étouffèrent » (Matthieu 13:7). Évitons de semer le meilleur de nos cœurs d’une manière distraite et mondaine, sinon nous trouverons notre fécondité étouffée.

De même que le cultivateur arrose chaque rangée, de même nous devons soigner chaque partie de notre vie spirituelle. « Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la parole et la comprend ; il porte du fruit, et un grain en donne cent, un autre soixante, un autre trente » (Matthieu 13:23). Le soin que nous donnons à notre principal froment — notre dévouement à Christ, notre amour pour Dieu, notre obéissance — détermine l’abondance de la moisson. Ne négligez pas le principal ; donnez votre meilleure pensée, votre plus profond amour, vos plus grands efforts, à la culture de votre âme en Christ.

Que le principal froment ait le principal soin dans votre vie. Que votre cœur, votre esprit et votre conduite soient tous consacrés à Dieu. Semez avec diligence, arrosez avec fidélité, gardez avec soin. Alors vous verrez la bénédiction d’une moisson féconde, et votre vie rapportera abondamment à la gloire de Dieu.

Nous devrions donner notre attention principale à la chose la plus importante. Notre piété devrait être menée avec soin et réflexion. Frères, sommes-nous assez soigneux dans notre marche spirituelle ? Avez-vous examiné la profondeur de votre profession ? Pourquoi êtes-vous membre d’une Église particulière ? Parce que votre mère l’était ? C’est une raison, mais elle ne suffit pas à vous justifier devant Dieu. Je vous exhorte à évaluer honnêtement votre position. Si quelque ministre chrétien craint de vous appeler à ce devoir, je le mets en question. Moi, je ne le crains pas. Je vous demande d’examiner tout ce que j’enseigne, car je ne veux pas être responsable des croyances d’un autre homme. Comme les Béréens, vérifiez et voyez si ces choses sont vraies selon l’Écriture (Actes 17:11).

L’une des plus grandes bénédictions pour l’Église serait un esprit d’examen qui éprouve tout à la lumière de la Parole de Dieu. Si des gens parlent contrairement à l’Écriture, c’est qu’il n’y a point de lumière en eux. Servez Dieu avec autant de soin qu’un cultivateur oriental plantait son froment, le disposant en rangées ordonnées avec soin et précision. Vous servez un Dieu précis, servez-le donc avec précision. C’est un Dieu jaloux, veillez donc à éviter jusqu’à la plus petite erreur ou forme d’adoration de soi (Exode 20:5).

Arrosez aussi chaque partie de votre vie spirituelle comme le cultivateur arrose chaque plant. Priez pour la grâce d’en haut, afin qu’aucune partie de votre foi, de votre espérance ou de votre amour ne se dessèche jamais. Soignez chaque partie de votre âme comme un cultivateur soigne son froment. Faites de la grâce votre principale préoccupation, car elle le mérite.

Sur quoi je conclus : concentrez-vous là-dessus, car c’est de là que vous pouvez attendre votre principale moisson. Si la religion est la chose la plus importante, c’est d’elle que vous pouvez attendre votre principale récompense. La moisson viendra de diverses manières. Vous atteindrez le plus grand succès dans la vie si vous vivez entièrement pour la gloire de Dieu.

Le succès ou l’échec dépend en grande partie de l’objet de nos efforts. Il m’est inutile d’essayer de diriger un chœur — je ne suis pas fait pour cela — mais je puis réussir dans la prédication, parce que c’est là ma vocation.

Chrétien, si tu vis pour le monde, tu ne prospéreras pas, car tu n’es pas fait pour lui. La grâce t’a rendu impropre au péché. Si tu vis pour Dieu de tout ton cœur, tu réussiras, parce que Dieu t’a fait pour ce dessein. De même qu’il a fait le poisson pour l’eau et l’oiseau pour l’air, il a fait le croyant pour la sainteté et pour le servir. Tu seras hors de ton élément, comme un poisson hors de l’eau ou un oiseau dans le courant, si tu abandonnes le service de Dieu. Le succès du cultivateur oriental dépend de son froment ; le tien dépend de ton dévouement à Dieu. Cherche ta joie dans la piété. Y a-t-il un bonheur pareil à celui de savoir que tu es en Christ et aimé du Seigneur ? C’est dans ta foi que tu trouveras la consolation sur un lit de maladie et de mort, et ce temps-là peut venir bientôt.

Dans la vie à venir, quelle moisson résultera d’avoir servi le Seigneur ! Que donne le monde ?

De la fumée, rien d’autre. Un homme peut gagner un million et mourir — qu’a-t-il gagné ? La renommée d’un homme peut se répandre par toute la terre, et pourtant il meurt — que reste-t-il ? Vivre pour le monde, c’est comme des enfants qui jouent dans la rue pour des piécettes ou des coquillages. La vie pour Dieu est réelle et durable ; tout le reste est gaspillage. Souvenons-nous-en et consacrons-nous à servir le Seigneur. Que l’Esprit nous aide à semer le « principal froment » et à vivre dans la joyeuse attente d’une moisson, selon la promesse : « Ceux qui sèment avec larmes moissonneront avec chants d’allégresse » (Psaume 126:5).

Sommaire

Entretiens avec le fermier Charles H. Spurgeon

Page 1 / 1 · 23 min restantes dans le chapitre