Entretiens avec le fermier ·Le battage

Chapitre 17 · 19 min de lecture

Le battage

« On ne foule pas la nielle avec le traîneau, Et la roue du chariot ne passe pas sur le cumin; Mais on bat la nielle avec le bâton, Et le cumin avec la verge. On bat le blé, Mais on ne le bat pas toujours; On y pousse la roue du chariot et les chevaux, Mais on ne l’écrase pas » (Ésaïe 28:27-28).

L’art de l’agriculture fut enseigné à l’homme par Dieu. Sans cet enseignement, il serait mort de faim avant de le découvrir. C’est pourquoi, lorsque le Seigneur le renvoya du jardin d’Éden, il lui donna quelque enseignement élémentaire d’agriculture. Comme le dit le prophète : « Son Dieu lui a enseigné la marche à suivre, Il lui a donné ses instructions » (Ésaïe 28:26). Dieu a enseigné à l’homme à labourer, à briser les mottes, à semer différentes sortes de grains, et à battre les diverses espèces de semences.

Le cultivateur d’Orient ne pouvait battre à la machine comme nous le faisons aujourd’hui, mais il était ingénieux et soigneux dans ses méthodes. Parfois on traînait un lourd instrument sur le blé pour en séparer le grain. C’est ce que désigne, dans la première proposition, le « traîneau », comme aussi dans le passage : « je fais de toi un traîneau aigu, tout neuf, Garni de pointes » (Ésaïe 41:15). Quand on n’employait pas le traîneau à blé, on faisait souvent passer sur la paille la lourde roue pleine d’un chariot de campagne.

C’est à cela que fait allusion la phrase suivante : « Et la roue du chariot ne passe pas sur le cumin. »

Ils avaient aussi des fléaux assez semblables aux nôtres, et pour les graines plus petites encore, comme l’aneth et le cumin, ils se servaient d’un simple bâton ou d’une mince verge : « Mais on bat la nielle avec le bâton, Et le cumin avec la verge. »

Ce n’est ni le moment ni le lieu d’une dissertation complète sur le battage. Les bons ouvrages fournissent tous les renseignements nécessaires sur le sujet. Le sens de l’illustration, cependant, est celui-ci : de même que Dieu a enseigné aux cultivateurs à distinguer entre les différentes sortes de grains lors du battage, de même, dans son infinie sagesse, il traite avec discernement les différentes sortes de gens. Il ne nous éprouve pas tous de la même manière, car nous sommes constitués différemment. Il ne fait pas passer tous par la même angoisse de la conviction ; nous ne sommes pas tous battus par les terreurs au même degré. Il ne donne pas à tous la même affliction familiale ou corporelle ; l’un peut en réchapper avec seulement quelques coups de verge, tandis qu’un autre éprouve, pour ainsi dire, les sabots des chevaux dans de rudes tribulations.

Notre sujet, le voici : le battage — premièrement, toutes les sortes de semences en ont besoin ; deuxièmement, il se fait avec discernement ; troisièmement, il ne durera pas toujours, car, comme le dit le texte : « On bat le blé, Mais on ne le bat pas toujours; On y pousse la roue du chariot et les chevaux, Mais on ne l’écrase pas » (Ésaïe 28:28).

I. Premièrement, nous avons tous besoin d’être battus. Certains ont la folle prétention de n’avoir point de péché, mais ils se trompent eux-mêmes, et la vérité n’est point en eux. Même les meilleurs des hommes ne sont, au mieux, que des hommes. Étant hommes, ils ne sont pas parfaits, mais demeurent entourés d’infirmité. Quel est le but du battage du grain ? N’est-ce pas de le séparer de la paille et de la balle ?

Même les meilleurs des hommes ont encore une part de balle. Tout n’est pas grain sur l’aire. Tout n’est pas grain, même dans ces gerbes dorées joyeusement rentrées au grenier. Même le froment est joint à la paille, qui lui fut autrefois nécessaire. Autour du grain, l’enveloppe adhère encore, même sur l’aire. Même les plus saints des hommes ont quelque chose de superflu, quelque chose qui doit être ôté. Nous péchons soit par omission, soit par action — que ce soit en esprit, en mobile, en zèle, ou en discernement.

Si nous échappons à une erreur, nous tombons souvent dans l’erreur opposée. Si nos actions sont justes avant que nous les fassions, nous pouvons faillir en les faisant, ou en tirer ensuite de l’orgueil. Si le péché est fermé à la porte d’entrée, il essaie la porte de derrière, grimpe par la fenêtre, ou descend par la cheminée. Ceux qui ne peuvent l’apercevoir en eux-mêmes sont fréquemment aveuglés par sa fumée. Ils sont si plongés dans le péché qu’ils ne savent pas qu’il pleut. Pour ma part, je n’ai pas encore trouvé une personne que les anciens théologiens eussent appelée parfaitement parfaite. L’homme pleinement accompli est un être que je m’attends à voir au ciel, non dans ce monde déchu. Nous avons tous besoin du nettoyage et de la purification que l’aire est destinée à accomplir.

Le battage relâche aussi le lien entre le bon grain et l’enveloppe. Assurément, si le grain se détachait aisément de l’enveloppe, il ne faudrait que le secouer. Point ne serait besoin d’un bâton, d’une verge, encore moins des sabots des chevaux ou de la roue d’un chariot. Mais voici la difficulté : nos âmes ne gisent pas seulement dans la poussière — elles y adhèrent. Il y a une intimité redoutable entre la nature humaine déchue et le mal du monde, et ce pacte ne se rompt pas aisément. Dans nos cœurs, nous haïssons toute voie fausse, et pourtant nous confessons avec tristesse : « Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas » (Romains 7:19). Parfois notre esprit soupire ardemment après Dieu, une sainte volonté est présente, et pourtant nous ne trouvons pas comment accomplir le bien. La chair et le sang ont des penchants et des faiblesses qui, sans être eux-mêmes des péchés, inclinent vers le péché. Il suffit d’une légère excitation pour que les appétits deviennent des convoitises. Il n’est pas facile d’oublier notre propre parenté ou la maison de notre père, même quand le roi désire notre beauté. Notre nature étrangère se souvient de l’Égypte et des marmites de viande alors que la manne est encore dans notre bouche. Nous sommes tous nés dans une maison de mal ; certains ont été nourris sur les genoux de l’iniquité, nos premiers compagnons parmi les héritiers de la colère. Ce qui est ancré dans l’os est difficile à ôter de la chair.

Le battage sert à desserrer notre emprise sur les choses terrestres et à nous arracher au mal. Cela requiert une main divine, et rien que la grâce de Dieu ne peut rendre le battage efficace. Quelque chose est accompli lorsque l’âme cesse de s’attacher au péché, lorsque le péché n’apporte plus ni plaisir ni satisfaction. Pourtant, de même que le battage n’est jamais achevé tant que le grain n’est pas entièrement séparé de l’enveloppe, de même le châtiment et la discipline ne sont jamais achevés tant que le peuple de Dieu n’a pas abandonné toute forme de mal et pris en horreur toute iniquité.

Lorsque nous sommes pleinement séparés de la paille et de la balle, le fléau se repose. Il a fallu beaucoup de battage pour amener certains d’entre nous près de ce but, et bien d’autres coups pesants tomberont sans doute avant que la séparation totale soit atteinte. Certains péchés sont aisément ôtés par la grâce de Dieu au début de notre vie spirituelle, mais, une fois partis, une autre couche de mal apparaît, et le processus recommence. L’enlèvement complet de notre attachement au péché exige l’habileté et la puissance divines du seul Saint-Esprit.

Le battage est nécessaire à l’utilité : le froment doit être libéré de l’enveloppe pour servir. Nous ne pouvons honorer Dieu et bénir autrui qu’en étant saints, inoffensifs, sans souillure, et séparés des pécheurs.

Ô grain de l’aire du Seigneur, tu dois être battu et broyé, ou périr comme sans valeur !

Une éminente utilité s’accompagne d’ordinaire d’une éminente affliction. Sans une telle séparation d’avec le péché, nous ne pouvons être recueillis dans le grenier. Le pur froment de Dieu ne doit pas être souillé par la balle.

Rien de ce qui souille ne peut entrer au ciel ; c’est pourquoi toute imperfection doit être ôtée en vue de la félicité et de la perfection éternelles. Dès maintenant, nous ne pouvons avoir une vraie communion avec le Père si nous ne sommes pas chaque jour délivrés du péché.

Certains d’entre nous gisent peut-être aujourd’hui sur l’aire, subissant le châtiment. Et alors ? Réjouissez-vous, car cela montre notre valeur aux yeux de Dieu. Si le froment s’écriait : « Le grand traîneau a passé sur moi, donc le cultivateur ne se soucie pas de moi », nous répondrions : le fermier ne traîne le traîneau que sur le froment précieux, non sur les mauvaises herbes. Parce qu’il estime le froment, il le traite avec rigueur et ne l’épargne pas. Ne jugez pas que Dieu vous hait à cause de l’affliction ; voyez plutôt qu’il vous honore par chaque coup. Comme le dit le Seigneur : « Je vous ai choisis, vous seuls parmi toutes les familles de la terre; C’est pourquoi je vous châtierai pour toutes vos iniquités » (Amos 3:2). Parce que Christ a pleinement expié pour son peuple, Dieu ne nous punit pas comme un juge ; mais parce que nous sommes ses enfants, il nous corrige comme un père. Dans son amour, il affine ses enfants pour les rendre conformes à son image et les faire participer à sa sainteté.

« Je vous ferai passer sous la verge, et je vous mettrai dans les liens de l’alliance » (Ézéchiel 20:37). « Je t’ai mis au creuset, mais non pour retirer de l’argent; Je t’ai éprouvé dans la fournaise de l’adversité » (Ésaïe 48:10).

Ne jugez pas d’après ce que vous voyez ou ressentez, mais par la foi. De même que le battage montre la valeur du froment, ainsi l’affliction montre le plaisir que Dieu prend en son peuple. De même que le battage révèle l’impureté, ainsi l’affliction indique l’imperfection présente du chrétien. Si nous étions exempts de mal, la correction ne serait pas nécessaire.

Le bruit du fléau ne s’entend jamais au ciel, car il n’y a point de battage là-haut — seulement le grenier des pleinement sanctifiés. L’instrument à battre est un signe humiliant, et tant que nous le sentons, nous devrions nous humilier sous la main de Dieu, reconnaissant que nous ne sommes pas encore libres de la paille et de la balle de la nature déchue.

D’autre part, l’instrument est une prophétie de notre perfection future. Nous subissons de la main de Dieu une discipline qui ne faillira pas : par sa prudence et sa sagesse, nous serons entièrement délivrés de l’enveloppe du péché. Nous sentons les coups du bâton, et pourtant nous sommes réellement séparés du mal qui nous a si longtemps entourés, et nous serons un jour purs et parfaits. Toute inclination au péché sera ôtée. « La folie est attachée au cœur de l’enfant; La verge de la correction l’éloignera de lui » (Proverbes 22:15). Si, tout imparfaits que nous sommes, nous réussissons avec nos enfants par notre pauvre et faible correction, combien plus le Père des esprits nous amènera-t-il à vivre pour lui par sa sainte discipline ? Si le grain comprenait l’usage nécessaire du fléau, il accueillerait avec joie le travail du batteur.

Puisque nous savons vers quoi tend la tribulation, réjouissons-nous-en et livrons-nous de bon cœur à ses opérations. Nous avons besoin d’être battus ; cela prouve notre valeur aux yeux de Dieu, et, tout en marquant notre imperfection, cela assure notre purification finale.

II. Deuxièmement, le battage de Dieu se fait avec grand discernement : « On ne foule pas la nielle avec le traîneau. » La pauvre petite nielle, une menue graine dont on relève les gâteaux, n’est pas écrasée sous un lourd traîneau, car un traitement si rude la détruirait. « Et la roue du chariot ne passe pas sur le cumin » ; cette petite graine, peut-être le carvi, serait écrasée sous un tel poids. La nielle est détachée des tiges, car « on bat la nielle avec le bâton », et le cumin ne demande qu’une touche de la verge. Pour les graines tendres, le fermier use de moyens doux ; pour les grains plus robustes, il réserve les procédés plus rudes. Considérez ici la leçon spirituelle.

Réfléchis, mon frère : ton battage et le mien sont entre les mains de Dieu. Notre châtiment n’est laissé ni à des serviteurs, ni à des ennemis : « le Seigneur châtie celui qu’il aime » (Hébreux 12:6). Le grand Cultivateur lui-même dirige les ouvriers, car ils ne connaissent ni le moment ni la manière, sinon ce que la sagesse dicte. Ils feraient passer la roue sur le cumin, ou tenteraient de battre le froment avec un bâton. J’ai vu des serviteurs de Dieu commettre ces deux folies : écraser le faible et le tendre, et traiter avec douceur ceux qui avaient besoin d’une sévère réprimande. Certains pasteurs, anciens, hommes et femmes pieux sont rudes envers les âmes timides ; mais nous n’avons pas à craindre qu’ils détruisent les cœurs sincères, car le Seigneur préserve ses élus d’une telle sévérité mal placée. Quelle consolation ! Bien des gens, aujourd’hui, réduiraient le tendre en poudre s’ils le pouvaient.

De même que le Seigneur ne nous a pas laissés à l’homme, il ne nous a pas non plus laissés au diable. Satan peut nous cribler comme le froment, mais il ne peut nous battre comme la nielle. Il peut disperser la balle de son souffle immonde, mais il ne dispose pas du blé du Seigneur : « l’Éternel soutient les justes » (Psaume 37:17). Pas un coup de la providence n’est laissé au hasard. Le Seigneur fixe le moment, la mesure et le lieu. Le décret divin ne laisse rien d’incertain ; l’amour suprême gouverne jusqu’aux plus petits événements. Que nous subissions les dents du traîneau, le piétinement des chevaux, ou de plus douces touches, tout est ordonné par une sagesse infaillible. Que cela console l’affligé.

Remarquez aussi que les instruments employés pour notre battage sont choisis par le grand Cultivateur. Comme le fermier d’Orient a plusieurs instruments, ainsi en a notre Dieu. Aucune forme de battage n’est agréable ; chacune paraît odieuse à celui qui l’endure. Nous disons : « Je pourrais tout supporter, sauf cette épreuve-ci », ou : « Si c’était l’ennemi, je pourrais l’endurer. » Peut-être le cumin s’imagine-t-il follement que les sabots des chevaux seraient plus doux que la verge, ou la nielle préférerait-elle la roue au bâton. Heureusement, le choix est laissé à Celui qui juge parfaitement. Que pouvons-nous savoir ? « Ah ! » s’écrie une mère, « je pourrais supporter la pauvreté, mais perdre mon enfant, c’est trop ! » Une autre se lamente : « Je pourrais perdre toute ma fortune, mais être calomniée me perce le cœur. » Nous ne pouvons nous complaire dans le châtiment. Quand j’étais à l’école chez mon oncle, je devais lui trouver une canne ; jamais une seule fois je n’ai choisi un bâton qui plût à celui qui devait être frappé.

Ou bien il était trop mince, ou bien trop épais, et j’étais menacé de punition si j’échouais la fois suivante. J’ai appris à ne jamais attendre des enfants de Dieu qu’ils aiment la verge qui les corrige. Vous sourirez peut-être de ma comparaison, et pourtant vous vous surprendrez peut-être à crier : « Toute épreuve, sauf celle-ci, Seigneur. » Les épreuves sont rarement agréables ; en effet, presque tout remède utile est déplaisant, presque toute opération efficace est douloureuse. Aucune épreuve n’est joyeuse sur le moment, et pourtant elle est juste, juste malgré son amertume.

Remarquez aussi que Dieu choisit le lieu. Les fermiers d’Orient ont de grandes aires pour le blé ou l’orge, mais près de la maison, j’ai vu de plus petits cercles d’argile durcie ou de ciment où l’on bat soigneusement les graines de jardin. Certains saints ne sont pas affligés dans la vie ordinaire, mais portent le chagrin au plus intime de l’esprit ; ils sont battus sur une aire plus petite et privée, et pourtant l’effet n’en est pas moins réel. Quelle folie de se révolter contre la disposition du Seigneur, comme si nous pouvions choisir nos propres afflictions ! « Sera-ce selon ton idée ? » Le grain doit-il désigner son batteur ? L’enfant doit-il choisir la verge ?

Laissez ces choses à une sagesse plus haute. Certains se plaignent du moment : être infirme dans la jeunesse, pauvre dans la vieillesse, ou veuve avec de jeunes enfants. Il y a pourtant une sagesse. De même qu’un médecin dose ses remèdes pour qu’ils soient efficaces, ainsi le Seigneur sait quand nous devons boire la coupe qu’il prépare. Un cher saint endure une épreuve dans sa vieillesse ; bien que je voudrais le protéger, notre Père céleste sait ce qui vaut le mieux. L’instrument, le lieu, la mesure, le temps et le but sont fixés par un amour infaillible.

Le texte montre aussi la limite du battage. Le fermier bat pour séparer la semence, mais non pour la détruire. La roue ne broie pas ; les sabots du cheval n’écrasent pas. Il détache le cumin de son enveloppe sans l’écraser. De même, le Seigneur mesure tout châtiment. Courage, ami éprouvé : tu seras affligé selon ton besoin, mais non selon ce que tu mérites. La tribulation vient à la mesure de ce que tu peux porter. Le froment peut sentir la roue, mais la nielle ne supporte rien de plus lourd qu’un bâton. Aucun saint n’est tenté au-delà de ses forces ; chaque coup est borné par une tendre sagesse.

Il est facile de dire cela dans le calme de la réflexion, plus difficile sous le fléau. Pourtant je l’ai éprouvé dans la douleur et la détresse de l’esprit. Je remercie Dieu de mes afflictions ; jamais je n’ai douté de sa sagesse. Le grand Cultivateur sait comment nous séparer de l’enveloppe, et sa méthode mérite une louange éternelle.

Il est réconfortant que la limite de Dieu soit absolue : « Si six épreuves sont fixées pour l’homme, Il n’en souffrira pas sept.

Si Dieu ordonne dix afflictions, Elles ne seront pas onze. »

La loi permettait quarante coups moins un ; dans toute notre flagellation, le « moins un » apparaît. Quand Dieu multiplie les douleurs, c’est que les mesures précédentes ont échoué ; nul pouvoir ne peut nous donner un seul coup de plus que le nombre fixé. Le Seigneur ne joue jamais avec les sentiments de ses saints. « ce n’est pas volontiers qu’il humilie Et qu’il afflige les enfants des hommes » (Lamentations 3:33). Aucun coup inutile n’est donné.

La sagesse du fermier à limiter le battage est de loin surpassée par la sagesse de Dieu à fixer une limite au chagrin. Certains endurent peu, peut-être en raison de leur fragilité. Les graines délicates ne doivent pas être battues ; les saints au corps faible ne seront pas rudement traités. Peut-être leur esprit est-il fragile, et ce que d’autres portent légèrement leur serait fatal ; ils sont gardés comme la prunelle de l’œil de Dieu.

Si vous êtes exempt de tribulation, ne la demandez pas. Un frère s’inquiétait récemment de n’avoir aucune épreuve ; je lui dis : « Réjouis-toi tant que tu le peux. » Seul un enfant insensé mendierait le fouet. Certains saints doux et rayonnants sont épargnés de tout traitement rude ; ils n’en ont ni besoin ni la force de le supporter. Pourquoi le souhaiter ?

D’autres endurent une lourde pression. Pourtant, s’ils sont un grain supérieur, destiné à un plus grand usage, qu’ils ne le regrettent pas. Le blé à pain doit passer sous les sabots des chevaux et la roue du chariot ; le plus utile doit subir les procédés les plus rudes. Aucun d’entre nous ne dirait : « Je voudrais être Martin Luther, ou aussi noble que lui. » Pourtant, outre les périls extérieurs, ses épreuves intérieures furent telles que nul ne voudrait les porter.

Il affronta des tentations sataniques et le désespoir, chevauchant les tempêtes du combat, puis gisait brisé et tremblant.

Nous ne voyons que les héros publics, non leur souffrance privée ; le blé à pain est broyé, et ceux qui consolent les autres souffrent souvent le plus. N’enviez personne ; vous ne savez pas comment ils ont été battus pour être rendus droits.

Dieu use de discernement dans le châtiment ; faisons de même envers les autres. Soyez doux avec les enfants ; reprenez les frères avec tendresse. Ne conduisez pas des chevaux sur une graine tendre. Souvenez-vous : le cumin se bat avec un bâton, non se broie avec une roue. Peut-être vaut-il mieux laisser la verge à des mains plus sages ; semez, et laissez les anciens battre.

Confions-nous dans le discernement de Dieu. Ne cherchez pas à échapper à l’affliction. Quand vous priez, dites : « Toutefois, non pas ma volonté. » Séparez-vous librement de votre balle. Pour échapper au fléau, séparez-vous vite de l’enveloppe : « Sortez du milieu d’eux » (2 Corinthiens 6:17). Séparez-vous du péché et des pécheurs ; le processus s’achève plus tôt. Que Dieu nous rende sages !

III. Troisièmement, le battage ne durera pas toujours. Il n’occupera pas tous nos jours : « On bat le blé, Mais on ne le bat pas toujours » (Ésaïe 28:28). « Quelques instants je t’avais abandonnée, Mais avec une grande affection je t’accueillerai » (Ésaïe 54:7). « Il ne conteste pas sans cesse, Il ne garde pas sa colère à toujours » (Psaume 103:9). « Le soir arrivent les pleurs, Et le matin l’allégresse » (Psaume 30:6). Réjouissez-vous, filles de la douleur ; consolez-vous, fils du chagrin ; espérez en Dieu, car vous le louerez encore. La pluie ne tombe pas toujours, les nuées ne reviennent pas toujours ; la douleur et le gémissement s’enfuiront. Le battage n’est pas nécessaire toute l’année ; la plupart du temps, le fléau se repose. Bénis l’Éternel, ô mon âme ! Il ramènera encore les bannis.

Par-dessus tout, la tribulation ne durera pas toujours. Nous serons bientôt emportés dans un monde meilleur, où il n’y a ni aires ni traîneaux à blé. J’entends parfois l’appel du héraut : « Debout, et en avant ! En selle ! Quittez le camp et la bataille, et revenez en triomphe ! » La nuit est fort avancée, mais le matin vient. Le jour se lève sur les collines. Le jour éternel vient. Venez, mangez votre pain avec joie, et marchez d’un cœur allègre ; le pays où coulent le lait et le miel est proche. Jusqu’à ce que le jour se lève, tenez-vous à la volonté du grand Cultivateur, et que le Seigneur se glorifie en vous. Amen.

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Entretiens avec le fermier Charles H. Spurgeon

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