Chapitre 16 · 20 min de lecture
Le chariot chargé
« Voici, je suis accablé sous vous, comme un chariot est accablé quand il est rempli de gerbes. » — Amos 2:13. Nous sommes allés dans les champs de blé glaner avec Boaz et Ruth, et j’ai la confiance que les timides et les découragés ont été encouragés à prendre les poignées laissées à dessein pour eux par l’ordre généreux de notre Seigneur. Aujourd’hui, nous nous rendons à la barrière du champ de la moisson dans un autre dessein — pour voir le chariot chargé de nombreuses gerbes, craquant tandis qu’il avance et creusant des ornières dans le champ. Nous venons avec reconnaissance envers Dieu, le remerciant pour la moisson, le bénissant pour un temps favorable, et priant qu’il le maintienne jusqu’à ce que la dernière gerbe de blé soit rentrée et que les fermiers, partout, célèbrent la « Fête de la moisson ».
Quelle image de vous et de moi que celle d’un chariot chargé de blé, comme si nous étions chargés des miséricordes de Dieu ! Depuis notre berceau jusqu’à cette heure, chaque jour a ajouté une gerbe de bénédiction. Que pouvait faire le Seigneur pour nous de plus qu’il n’a déjà fait ? Il a chaque jour comblé nos vies de bienfaits. Adorons sa bonté et offrons-lui notre gratitude du fond du cœur.
Hélas ! que cette même image puisse porter un autre sens. Hélas ! que, tandis que Dieu nous charge de miséricorde, nous le chargions de péché. Tandis qu’il entasse faveur sur faveur, nous entassons aussi iniquité sur iniquité, jusqu’à ce que le poids de notre péché devienne intolérable au Très-Haut, et qu’il s’écrie sous le fardeau : « Voici, je suis accablé sous vous, comme un chariot est accablé quand il est rempli de gerbes. »
Notre texte commence par un « Voici ! », et à juste titre. « Voici » est employé dans l’Écriture comme une enseigne à la devanture d’une boutique pour attirer l’attention. Chaque fois que nous voyons « Voici » dans la Bible, cela signale quelque chose de nouveau, d’important, ou de digne d’attention.
Je vois ce « Voici ! » se dresser, comme une jeune fille sur les degrés de la maison de la sagesse, appelant : « Entrez, vous qui avez le cœur sage, et écoutez la voix de Dieu. » Ouvrons les yeux pour « voir », et que l’Esprit conduise nos cœurs par nos yeux et nos oreilles, afin que la repentance et l’horreur de nous-mêmes s’emparent de nous à cause de nos torts envers notre Dieu plein de grâce.
Il faut bien comprendre, avant d’aller plus loin, que ce texte est figuré. Dieu ne peut littéralement être opprimé par les hommes ; tout le péché que l’homme commet ne saurait troubler la sérénité de la perfection divine, ni même causer une ride sur son calme éternel. Il nous parle en termes humains, abaissant les mystères du ciel aux limites de l’entendement terrestre. Il nous parle comme un père aimant parlerait à un petit enfant. De même qu’un chariot craque et ploie sous un poids excessif, le Seigneur dit que, sous le faix de la culpabilité humaine, il est accablé jusqu’à s’écrier, parce qu’il ne peut plus porter l’iniquité de ceux qui l’offensent.
La première vérité, et la plus évidente, de ce texte, c’est que le péché est extrêmement pénible et pesant à Dieu.
Étonne-toi, ô cieux, et sois stupéfaite, ô terre, que Dieu parle d’être accablé et écrasé sous un poids ! Nulle part dans l’Écriture nous ne lisons que le poids de la création soit un fardeau pour le Très-Haut. « Voici, les îles sont comme une fine poussière qui s’envole » (Ésaïe 40:15). Ni le soleil, ni la lune, ni les étoiles, ni tous les astres puissants créés par sa puissance ne lui coûtent la moindre peine à soutenir.
Les païens se représentent Atlas ployant sous le globe, mais le Dieu éternel, qui soutient les colonnes de l’univers, « ne se fatigue point, ne se lasse point » (Ésaïe 40:28). Même la providence lointaine ne le lasse point. Il veille et nuit et jour ; sa puissance se déploie à chaque instant. Il fait paraître les constellations en leurs saisons et guide l’Ourse avec ses petits. Il soutient les fondements de la terre et en tient la pierre angulaire. Il commande au matin de connaître sa place et fixe une limite aux ténèbres et à l’ombre de la mort. Toutes choses sont soutenues par sa puissance, et rien n’existe sans lui. De même qu’une vague porte son écume et que l’écume s’évanouit, ainsi l’univers disparaîtrait si Dieu ne le soutenait chaque jour. Ce travail continuel ne l’a point affaibli, et il n’y a en lui nul signe de faiblesse. Il opère toutes choses, et, quand elles sont faites, elles sont comme rien à ses yeux.
Pourtant, chose étrange, tout à fait extraordinaire, miracle entre les miracles — le péché accable Dieu, quand le monde ne le peut ; l’iniquité pèse sur le Très-Haut, quand le poids de toute la création est comme un grain minuscule dans la balance. Ah, fils insouciants d’Adam, vous pensez que le péché est une bagatelle ; et vous, fils de Bélial, vous en faites un jeu, disant : « Il ne le remarque pas, il ne voit pas ; comment Dieu le saurait-il ? Et s’il le sait, il ne se soucie pas de nos péchés. » Apprenez de la Parole de Dieu que la vérité est tout le contraire : vos péchés l’affligent, ils sont pour lui un fardeau et une charge, jusqu’à ce que, comme un chariot surchargé de gerbes, il soit accablé sous la culpabilité humaine.
Cela devient plus clair si nous considérons ce qu’est le péché et ce qu’il fait. Le péché est le grand destructeur de toutes les œuvres de Dieu. Le péché a changé un archange en ange déchu, et des anges de lumière en esprits mauvais. Le péché a regardé l’Éden et en a flétri toutes les fleurs. Avant que le péché n’entrât, le Créateur dit de la terre nouvelle : « cela était très bon » (Genèse 1:31) ; mais lorsque le péché entra, Dieu fut affligé jusqu’au fond du cœur d’avoir fait l’homme. Rien ne ternit la beauté comme le péché, car il gâte l’image de Dieu et en efface l’empreinte.
De plus, le péché rend malheureuses les créatures de Dieu. Pouvons-nous imaginer que Dieu le tolère ? Dieu n’a jamais voulu qu’aucune de ses créatures fût misérable. Il les a faites pour être joyeuses ; il a donné aux oiseaux leurs chants, aux fleurs leur parfum, à l’air sa fraîcheur ; il a donné au jour le soleil souriant et à la nuit sa couronne d’étoiles, voulant que la joie fût une adoration et l’allégresse l’encens de la louange. Mais le péché a fait de la créature préférée de Dieu un misérable, abaissant la descendance de Dieu, faite à son image, jusqu’à la nudité, la pauvreté et la misère. C’est pourquoi Dieu hait le péché et en est accablé, parce qu’il rend malheureux, au plus profond d’eux-mêmes, les objets de son amour.
Le péché attaque Dieu dans tous ses attributs, l’assaille sur son trône, et frappe à son existence même.
Qu’est-ce que le péché ? N’est-il pas un affront à la sagesse de Dieu ? Ô pécheur, Dieu te commande de faire sa volonté ; quand tu agis contre elle, tu dis en somme : « Je sais ce qui est bon pour moi, et Dieu ne le sait pas. » Tu déclares que la sagesse infinie se trompe, et que toi, créature d’un jour, tu es le meilleur juge de ton bonheur. Le péché défie la bonté de Dieu en laissant entendre qu’il te refuse ce qui te rendrait heureux, et ce n’est pas là l’action d’un père bon et aimant. Le péché attaque la sagesse de Dieu d’une main et sa bonté de l’autre.
Le péché abuse aussi de la miséricorde de Dieu. Quand tu pèches hardiment parce que Dieu a été patient envers toi, quand tu te livres au mal parce qu’aucune conséquence immédiate ne te frappe, tu changes en excuse pour une rébellion plus grande la miséricorde qui devait te conduire à la repentance. Il afflige un père aimant de voir sa miséricorde retournée contre lui-même. Tout péché est, en effet, un défi à la puissance divine. C’est comme lever tes faibles poings contre la majesté du ciel et mettre Dieu au défi de te punir. Chaque acte de désobéissance défie le Seigneur de voir s’il peut faire respecter sa loi.
Est-ce peu de chose qu’une créature minuscule défie le Seigneur de tous les siècles, le Dieu qui soutient tout par sa parole ? Il peut bien être accablé de telles provocations ! Tout attribut que vous pourriez nommer a été outragé par le péché ; tout aspect du caractère de Dieu en est terni. Le péché est un mal, et un mal continuel ; sous quelque angle qu’on le considère, il est offensant au Très-Haut.
Pécheur, sais-tu que tout acte de désobéissance à la loi de Dieu est virtuellement une haute trahison ? Chaque fois que tu t’écartes de sa volonté, tu mets ta volonté à la place de la sienne ; tu te fais dieu et tu rabaisses le Très-Haut. Est-ce une petite offense que de lui arracher sa couronne et son sceptre ? Un tel acte ne peut être ignoré du ciel ; s’il l’était, l’ordre moral s’effondrerait. Cette trahison contre Dieu sera punie.
Enfin, le péché est une attaque contre Dieu lui-même ; le péché est un athéisme du cœur. Quelle que soit la profession religieuse, le pécheur dit en son cœur : « Il n’y a point de Dieu. » Il voudrait qu’il n’y eût ni loi ni Souverain suprême. Est-ce là peu de chose ? Être un déicide ! Désirer ôter Dieu de son monde ! Cela peut-il être ignoré ? Le Très-Haut peut-il l’entendre sans en être accablé sous le poids ?
Je n’exagère pas contre le péché et la désobéissance. Il dépasse l’imagination humaine de rendre pleinement le mal du péché, et nulle langue mortelle, fût-elle touchée du feu même de Dieu, ne saurait exprimer l’énormité du plus petit péché contre Dieu. Songez, mes amis : nous sommes ses créatures, et pourtant nous ne voulons pas lui obéir.
Il nous nourrit, il soutient notre souffle, et pourtant nous le dépensons en murmures et en rébellion.
Nous sommes toujours sous le regard de notre Dieu omniscient, et pourtant sa présence ne suffit pas à nous contraindre à l’obéissance. Assurément, si un homme insultait le législateur en sa présence, ce serait intolérable ; or c’est exactement notre situation. Nous devons confesser : « J’ai péché contre toi seul, Et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux » (Psaume 51:6). Nous offensons sciemment. Nous ne péchons pas comme les ignorants ou les sauvages. Nous, en Angleterre, nous péchons contre une lumière et une intelligence extraordinaires ; est-ce peu de chose ?
Pouvons-nous attendre de Dieu qu’il ferme les yeux sur des offenses volontaires et délibérées ? Oh, si ces lèvres pouvaient parler, si ce cœur pouvait brûler ! Car si je pouvais déclarer l’horreur du péché, Pharaon lui-même, ou Nebucadnetsar, tremblerait. C’est une chose terrible que de se révolter contre le Très-Haut. Que le Seigneur ait pitié de ses serviteurs et leur pardonne.
Tel est notre premier point, mais Dieu lui-même doit l’enseigner par son Esprit. Que le Saint-Esprit vous fasse sentir que le péché est excessivement pécheur, pénible et pesant à Dieu.
Deuxièmement, certains péchés sont particulièrement pénibles à Dieu. Le contexte de notre texte aide à en montrer la force.
Il n’existe pas de « petit » péché, mais il y a pourtant des degrés de culpabilité. Il serait faux de prétendre qu’une pensée coupable a le même degré de mal qu’un acte coupable. Une imagination pécheresse est assurément mauvaise — tout à fait pécheresse et grave — mais une action pécheresse comporte un plus grand degré de provocation.
Certains péchés provoquent Dieu tout particulièrement. Dans le contexte de notre texte, nous voyons que la débauche le fait. Le peuple juif, aux jours d’Amos, semble avoir atteint un très haut degré de fornication et de luxure. Ce péché est encore courant aujourd’hui ; nos rues à minuit et nos tribunaux de divorce en témoignent.
Je n’en dirai pas davantage. Que chacun garde son corps pur ; car le manque de chasteté est un mal grave aux yeux du Seigneur.
L’oppression aussi, selon le prophète, est une autre grande provocation envers Dieu. Le prophète parle de vendre le pauvre pour une paire de souliers, et certains écraseraient les veuves et les orphelins, faisant travailler les ouvriers sans salaire. Bien des gens d’affaires n’ont aucune « compassion ». Ils se constituent en sociétés, puis exigent des intérêts excessifs sur les prêts consentis aux malheureux qui tombent entre leurs mains. Habiles échappatoires juridiques et dérobades devant des dettes légitimes équivalent souvent à une lourde oppression et attirent certainement la colère du Très-Haut.
L’idolâtrie et le blasphème sont aussi hautement offensants à Dieu et extrêmement odieux. Le texte dit que le peuple « buvait le vin de faux dieux ». Quiconque érige son appétit, son or ou sa richesse en son dieu, et vit pour eux au lieu de vivre pour le Très-Haut, commet une idolâtrie. Malheur à un tel homme, et malheur égal à ceux qui adorent des croix, des sacrements ou des images.
Le blasphème, surtout, est un péché qui provoque Dieu. Pour le blasphème, il n’y a nulle excuse. Comme le disait George Herbert : « La luxure et le vin plaident un plaisir ; il y a un gain à plaider pour l’avarice ; mais le jureur profane laisse courir son âme pour rien. » Il n’y a nul profit dans les propos profanes ; le juron n’apporte aucun plaisir — il offense pour le seul plaisir d’offenser, et c’est pourquoi c’est un péché élevé et criant qui lasse le Seigneur de l’humanité. Certains d’entre vous trouveront peut-être ces paroles adressées à eux-mêmes. Est-ce au débauché, à l’oppresseur ou au profane que je m’adresse ? Ô âme, quelle miséricorde Dieu t’a montrée si longtemps !
Le jour viendra où il dira : « Je me soulagerai de mes adversaires », et avec quelle facilité il pourrait te rejeter vers une destruction terrible.
Tandis que certains péchés sont pénibles par leur atrocité particulière, bien des gens sont spécialement offensants à Dieu par la durée de leur péché. Cet homme aux cheveux gris — combien de fois a-t-il provoqué le Très-Haut ? Même les jeunes gens ont sujet de considérer leurs années et de s’appliquer à la sagesse, à cause du temps qu’ils ont passé dans la rébellion. Que dire de ceux qui sont en rébellion ouverte contre Dieu depuis cinquante, soixante, soixante-dix, voire près de quatre-vingts ans ?
Quatre-vingts ans de miséricorde payés de quatre-vingts ans de négligence ; pour quatre-vingts ans de patience, ils ont rendu quatre-vingts ans d’ingratitude. Ô Dieu, combien tu dois être las de la longueur et du nombre des péchés des hommes !
De plus, Dieu prend particulièrement note du péché mêlé d’obstination. Oh, comme certains sont obstinés ! Ils semblent décidés à se perdre ; rien ne peut les arrêter. Ils agissent comme s’ils voulaient gravir des montagnes pour atteindre leur ruine et traverser à la nage des mers de feu pour perdre leur âme. Certains ont réchappé d’une grave maladie pour retourner au péché. Certains ont subi des faillites, perdu leur fortune, sombré dans la pauvreté, et pourtant persistent dans le péché. Un autre enfant meurt ; la femme est malade ; la famine menace la famille — mais ils persistent avec arrogance. Voilà la véritable obstination. Pécheur, Dieu te laissera un jour suivre ta propre voie, et cette voie sera ta ruine éternelle. Dieu est las de ceux qui persistent dans le mal malgré les avertissements, les invitations et les supplications.
Le texte suggère aussi que l’ingratitude est particulièrement pesante à Dieu. Il rappelle au peuple comment il l’a fait sortir d’Égypte, a vaincu les Amoréens, a suscité des prophètes et des naziréens — et pourtant ils se sont rebellés. Cela m’a profondément frappé lorsque je suis venu à Dieu pour la première fois comme un pécheur coupable — non seulement la méchanceté visible de ma vie, mais les miséricordes particulières dont j’avais joui. Combien Dieu a été généreux envers certains d’entre nous, qui n’avons jamais manqué de rien ! Il ne nous a jamais laissés tomber dans la pauvreté, ni abandonnés à l’infamie, ni livrés au mauvais exemple. Il a préservé notre moralité, a encouragé l’amour de sa maison même quand nous ne l’aimions pas, année après année. Et combien pauvres ont été nos retours ! Que de joie, de délivrance, d’amour et de consolation nous avons reçus — et pourtant nous avons péché ouvertement ! Il peut bien être comme un chariot accablé sous un lourd faix de gerbes.
Remarquez aussi que le fardeau du Seigneur est si grand qu’il s’écrie même. De même qu’un chariot lourdement chargé gémit sous son poids, ainsi le Seigneur s’écrie sous le poids du péché. Avez-vous entendu ces paroles ?
« Cieux, écoutez! Terre, prête l’oreille! Car l’Éternel parle. J’ai nourri et élevé des enfants, Mais ils se sont révoltés contre moi » (Ésaïe 1:2). Écoutez encore : « Revenez, enfants rebelles, Je pardonnerai vos infidélités » (Jérémie 3:22).
Mieux encore, écoutez la lamentation de Jésus, douce comme la rosée : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu! » (Matthieu 23:37). Pécheur, Dieu est affligé de ton péché ; ton Créateur souffre de ce dont tu te moques ; ton Sauveur pleure en son esprit sur ce que tu juges dérisoire. « Oh ! ne commets pas cette chose abominable que je hais ! » Pour l’amour de Dieu, ne la commets pas.
Cesse tes voies mauvaises ; pourquoi mourrais-tu, maison d’Israël ?
Si le péché est pénible au Seigneur, sa miséricorde est magnifiée quand nous voyons qu’il porte le fardeau. Comme le chariot ne se brise pas, mais est accablé, ainsi il est accablé, et pourtant il porte. Si vous et moi étions à la place de Dieu, l’aurions-nous supporté ? En une semaine nous aurions détruit le monde. Si la loi du ciel punissait aussi promptement que la loi des hommes, où en serions-nous ? Dieu pourrait aisément venger son honneur ; d’innombrables serviteurs se tiennent prêts à exécuter ses ordres. Une simple pierre, un souffle de vent, un grain de poussière, et tout serait fini. Pourtant Dieu retient les serviteurs de sa colère. Les cieux et la terre puniraient volontiers, pourtant Dieu les retient. Les anges s’étonnent de sa patience. Avez-vous vu un homme patient insulté et le supporter ? Ainsi Dieu supporte les pécheurs, accablé sous le poids de leur culpabilité, et pourtant non brisé.
Cela nous amène à un point profond : certains d’entre vous n’ont jamais vu le péché comme pénible à Dieu. D’autres savent combien le mal est amer et désirent y échapper. Non seulement Dieu supporte le péché, mais, dans la personne de son Fils, il l’a porté et ôté.
Ces paroles prennent un sens plus profond sur les lèvres de Jésus : « Voici, je suis accablé sous vous, comme un chariot est accablé quand il est rempli de gerbes. » Dieu doit punir le péché, et pourtant il désire la miséricorde. Jésus vient comme substitut pour tous ceux qui se confient en lui. Le fardeau de la culpabilité humaine est posé sur ses épaules, gerbe après gerbe.
« l’Éternel a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous » (Ésaïe 53:6). Il est méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance (Ésaïe 53:3). Il sue de grandes gouttes de sang (Luc 22:44). Hérode se moque de lui ; Pilate le raille ; ils le frappent. « J’ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, Et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe; Je n’ai pas dérobé mon visage Aux ignominies et aux crachats » (Ésaïe 50:6). Ils le flagellent ; « Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (Ésaïe 53:5). Comme un chariot accablé sous les gerbes, il s’avance par les rues de Jérusalem.
Filles de Jérusalem, pleurez, quoiqu’il vous ordonne de sécher vos larmes ! Des misérables l’insultent tandis qu’il porte la croix, l’emblème de notre péché. Il est conduit à Golgotha, étendu à terre, les mains et les pieds cloués, le fer perçant les parties tendres de son corps. La croix est dressée. Dieu l’abandonne ; ses ennemis se moquent. Le soleil refuse de briller ; des ténèbres dix fois plus épaisses couvrent son âme. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Matthieu 27:46). Jamais douleur ne fut semblable à la sienne. Traiterons-nous le péché à la légère ? Jouerons-nous avec ce qui a fait gémir notre Sauveur ? Pécheur, veux-tu renoncer à tes péchés pour celui qui a souffert à cause d’eux ?
« Oui », dis-tu, « si je pouvais croire qu’il a souffert pour moi. » Confie-lui ton âme, et il est mort pour toi, prenant ta culpabilité et tes douleurs ; tu peux t’en aller libre. Christ a été chargé afin que tu fusses allégé ; accablé afin que tu fusses libre. Crois en lui.
Enfin, Dieu ne portera le fardeau de nos péchés qu’un peu de temps. Si tu n’es pas en Christ à la fin, ce même fardeau t’écrasera pour toujours. Certains traduisent le texte autrement : « Je vous presserai comme un chariot chargé de gerbes presse le sol sous lui. » De même qu’un chariot lourdement chargé presse les chemins amollis, ainsi Dieu t’écrasera sous ton péché si tu es hors de Christ. Tu dois t’en faire l’application personnelle.
Crois-tu au Seigneur Jésus-Christ ? Si oui, la menace n’est pas pour toi. Sinon, écoute attentivement : une âme sans Christ sera bientôt perdue ; elle est déjà condamnée par l’incrédulité. Comment échapperas-tu si tu négliges un si grand salut ? « Considérez attentivement vos voies! » (Aggée 1:5). Par le temps, l’éternité, la vie, la mort, le ciel, l’enfer, je te presse de croire en Christ, qui peut sauver parfaitement ceux qui viennent à lui. Si tu ne crois pas, tu mourras dans tes péchés.
Après la mort vient le jugement ! La trompette sonne, les foules, les livres, le grand trône blanc, « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père » et « Retirez-vous de moi, maudits » (Matthieu 25:34, 41). Après le jugement, l’enfer attend celui qui est sans Christ. Qui d’entre nous soutiendra la flamme dévorante ? Qui habitera parmi des brasiers éternels ? Aucun de nous ne le peut, sinon en fuyant vers Christ. Fuyez vers Jésus ! Je ne reverrai peut-être jamais votre visage. Mes larmes vous supplient ; que la patience de Dieu vous conduise à la repentance. Il ne veut la mort de personne, mais que chacun se tourne vers lui et vive. Ce retour se fait en confiant votre âme à Jésus.
Veux-tu te confier en lui ? L’Esprit peut te contraindre ; sinon, ce ne sera pas faute d’avoir supplié. Viens maintenant, tandis que la miséricorde appelle. Jésus, aux mains percées, t’invite, bien que tu l’aies longtemps rejeté.
Son amour brave ton péché. Quiconque veut, qu’il vienne et prenne de l’eau de la vie, gratuitement (Apocalypse 22:17). Que Dieu t’aide à venir, pour la gloire du Rédempteur. Amen.