Chapitre 14 · 24 min de lecture
La joie de la moisson
« Il se réjouit devant toi, comme on se réjouit à la moisson. » — Ésaïe 9:2 L’autre jour, j’ai célébré la fête avec une compagnie qui criait : « La fête des moissons ! » J’étais heureux de voir les riches et les pauvres se réjouir ensemble ; et, le joyeux repas terminé, je fus heureux de transformer l’une des tables en chaire et, dans la grande grange, de prêcher l’Évangile du Dieu à jamais béni à un auditoire attentif. Mon cœur était en joie, en harmonie avec l’occasion, et je resterai maintenant dans le même ton pour vous entretenir un peu de la joie de la moisson. Les Londoniens oublient que c’est le temps de la moisson ; vivant dans ce grand désert de briques ternes, nous savons à peine à quoi ressemble un épi de blé, sinon lorsque nous le voyons sec et blanc à la vitrine du magasin d’un marchand de grain ; pourtant, souvenons-nous tous qu’il existe une saison telle que la moisson, où, par la bonté de Dieu, les fruits de la terre sont recueillis.
Qu’est-ce que la joie de la moisson, prise ici comme comparaison de la joie des saints devant Dieu ? Je crains que, pour les esprits d’ordre purement égoïste, la joie de la moisson ne soit simplement celle de la satisfaction personnelle devant l’accroissement de la richesse. Parfois, le cultivateur ne se réjouit que parce qu’il voit la récompense de ses peines et se trouve d’autant plus riche. J’espère que, chez beaucoup, s’y mêle une seconde cause de joie : la reconnaissance envers Dieu de ce qu’une moisson abondante donnera du pain aux pauvres et fera taire les plaintes dans nos rues. Il y a sans doute une joie légitime dans la moisson pour l’homme qu’elle enrichit ; car tout homme qui travaille dur a le droit de se réjouir lorsqu’il obtient enfin ce qu’il désire.
Il serait bon que les hommes se souvinssent toujours que leur dernière et plus grande moisson leur sera faite selon leur travail. Celui qui sème pour sa chair moissonnera de la chair la corruption; mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la vie éternelle.
Un jeune homme commence sa vie en semant ce qu’il appelle sa folle avoine, qu’il aurait mieux valu ne jamais semer, car elle lui vaudra une terrible moisson. Il s’attend à recueillir de cette folle avoine une moisson de vrai plaisir, mais cela ne se peut ; les plus vrais plaisirs de la vie jaillissent de la bonne semence de la justice, et non de la ciguë du péché. De même que l’homme qui sème des chardons dans ses sillons ne doit pas s’attendre à moissonner la gerbe de blé dorée, ainsi celui qui suit les voies du vice ne doit pas s’attendre au bonheur.
Au contraire, ils sèment le vent, et ils moissonneront la tempête. Quand un pécheur sent les remords de sa conscience, il peut bien dire : « Voici ce que j’ai semé. » Lorsqu’il recevra enfin le châtiment de ses mauvaises actions, il n’en accusera personne, sinon lui-même ; il a semé de l’ivraie et il doit moissonner de l’ivraie. En revanche, l’homme chrétien, bien que son salut ne soit pas des œuvres, mais de la grâce, recevra de son Maître une récompense pleine de grâce. Celui qui marche en pleurant, quand il porte la semence, revient avec allégresse, quand il porte ses gerbes. La joie de la moisson consiste en partie dans la récompense du travail ; puisse telle être notre joie à servir le Seigneur.
La joie de la moisson renferme un autre élément, à savoir la reconnaissance envers Dieu pour les faveurs accordées.
Nous dépendons singulièrement de Dieu, bien plus que la plupart d’entre nous ne l’imaginent. Lorsque les enfants d’Israël étaient au désert, ils sortaient chaque matin recueillir la manne. Notre manne ne nous vient pas chaque matin, mais elle vient une fois l’an. Elle est un approvisionnement tout aussi céleste que si elle gisait comme une gelée blanche autour du camp. Si nous sortions dans les champs pour recueillir une nourriture tombée des nuées, nous y verrions un grand miracle ; et n’est-il pas une aussi grande merveille que notre pain monte de la terre, qu’il ne le serait qu’il descende du ciel ? Le même Dieu qui commanda aux cieux de faire pleuvoir la nourriture des anges commande à la terre inerte de produire, en sa saison, le blé pour les hommes. C’est pourquoi, chaque fois que vient la moisson, soyons reconnaissants envers Dieu, et ne laissons pas la saison passer sans psaumes d’actions de grâces. Je crois être exact en disant qu’il n’y a jamais dans le monde, en règle générale, plus de seize mois de réserves de nourriture ; c’est-à-dire que, lorsque la moisson est rentrée, il peut y avoir seize mois de réserves ; mais au temps de la moisson, il n’y a d’ordinaire pas assez de blé dans le monde entier pour nourrir la population plus de quatre ou cinq mois ; de sorte que, si la moisson ne venait pas, nous serions au bord de la famine. Nous vivons encore au jour le jour. Faisons une pause et bénissons Dieu, et que la joie de la moisson soit la joie de la reconnaissance.
Pour le chrétien, ce devrait être une grande joie, par le moyen de la moisson, de recevoir l’assurance de la fidélité de Dieu. Le Seigneur a promis que, tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l’été et l’hiver ne cesseront point. Et lorsque vous voyez le chariot chargé rentrer la récolte, vous pouvez vous dire : « Dieu est fidèle à sa promesse.
Malgré le morne hiver et le printemps humide, l’automne est venu avec son grain doré. » Comptez là-dessus : de même que le Seigneur tient cette promesse, il tiendra toutes les autres. Toutes ses promesses sont oui et amen en Jésus-Christ ; s’il garde son alliance envers la terre, à combien plus forte raison gardera-t-il son alliance avec son propre peuple, qu’il a aimé d’un amour éternel. Va, chrétien, au propitiatoire, la promesse sur les lèvres, et invoque-la. Sois assuré qu’elle n’est pas lettre morte. Que l’incrédulité ne te fasse pas bégayer quand tu rappelles la promesse devant le trône, mais dis-la hardiment : « Souviens-toi de ta promesse à ton serviteur, Puisque tu m’as donné l’espérance! » Honte à nous de croire si peu à notre Dieu. Le monde est plein des preuves de sa bonté. Chaque soleil levant, chaque ondée qui tombe, chaque saison qui revient atteste sa fidélité. Pourquoi donc doutons-nous de lui ? Si nous ne doutions de lui qu’après en avoir eu sujet, nous ne connaîtrions plus jamais la défiance. Encouragés par le retour de la moisson, résolvons-nous, dans la force de l’Esprit de Dieu, à ne pas chanceler, mais à croire à la parole divine et à nous en réjouir.
Encore une chose. Pour le chrétien, dans la joie de la moisson il y aura toujours la joie de l’attente. De même qu’il y a pour le laboureur une moisson qu’il attend avec patience, de même il y a une moisson pour tous les fidèles qui attendent, guettant la venue et l’apparition de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Le chrétien mûr, comme l’épi de blé mûr, penche la tête dans une sainte humilité.
Lorsqu’il n’était encore que vert dans les choses de Dieu, il se tenait droit et se montrait quelque peu vantard ; mais maintenant qu’il est devenu plein de la bénédiction du Seigneur, il en est humilié et se courbe ; il attend la faucille, et il ne la redoute pas, car nul moissonneur ordinaire ne viendra recueillir le peuple du Christ — lui-même moissonnera la récolte du monde.
Le Seigneur laisse l’ange destructeur moissonner la vendange et la jeter dans la cuve pour qu’elle soit foulée avec vengeance ; mais quant au grain qu’il a lui-même semé, il le recueillera lui-même de sa propre faucille d’or. C’est cela que nous attendons. Nous croissons parmi l’ivraie, et parfois nous craignons à demi que l’ivraie ne soit plus forte que nous et n’étouffe le froment ; mais nous en serons séparés bientôt, et quand le blé sera bien vanné et mis au grenier, nous y serons. C’est cette attente qui, dès maintenant, fait palpiter nos cœurs de joie. Nous sommes allés jusqu’à la tombe avec de précieuses gerbes qui appartenaient à notre Maître, et là nous pensions pouvoir presque dire : « Seigneur, s’ils dorment, ils seront bien. Mourons avec eux. » Notre joie de la moisson est l’espérance d’être au repos avec tous les saints, et pour toujours avec le Seigneur.
La vue de ces moissons fugitives sur la terre devrait nous remplir d’une grande allégresse, car elles sont l’image et l’annonce de la moisson éternelle d’en haut.
Voilà assez sur la joie de la moisson ; mais je me hâte d’avancer. Quelles sont les joies qui, pour le croyant, sont comme la joie de la moisson ? C’est une idée répandue que les chrétiens sont un peuple malheureux. Il est vrai que nous sommes éprouvés, mais il est faux que nous soyons misérables. Malgré toutes leurs épreuves, les croyants ont dans l’amour du Christ une compensation telle qu’ils sont encore une génération bénie, et l’on peut dire d’eux : « Que tu es heureux, Israël ! »
L’une des premières saisons où nous connûmes une joie égale à la joie de la moisson — une saison qui est demeurée avec nous depuis qu’elle a commencé — fut lorsque nous trouvâmes le Sauveur et obtînmes ainsi le salut. Vous vous rappelez vous-mêmes, frères et sœurs, le temps du labour de vos âmes. Mon cœur était en jachère, couvert de mauvaises herbes ; mais un certain jour, le grand Cultivateur vint et se mit à labourer mon âme. Dix chevaux noirs formaient son attelage, et c’était un soc tranchant qu’il employait, et les laboureurs traçaient de profonds sillons. Les dix commandements étaient ces chevaux noirs, et la justice de Dieu, comme un soc, déchirait mon esprit. J’étais condamné, perdu, anéanti, égaré, sans force, sans espoir — je croyais l’enfer devant moi. Puis vint un labour croisé, car lorsque j’allais entendre l’Évangile, il ne me consolait pas ; il me faisait souhaiter d’y avoir part, mais je craignais qu’un tel bienfait ne fût hors de question.
Les plus précieuses promesses de Dieu me lançaient des regards sévères, et ses menaces tonnaient contre moi. Je priais, mais ne trouvais aucune réponse de paix. Il en fut longtemps ainsi pour moi. Après le labour vint l’ensemencement. Dieu, qui avait labouré le cœur, le rendit conscient qu’il avait besoin de l’Évangile, et la semence de l’Évangile fut reçue avec joie. Vous rappelez-vous ce jour de bon augure où vous commençâtes enfin à avoir un peu d’espérance ? Elle était bien petite — comme une pousse verte qui perce le sol ; vous saviez à peine si c’était de l’herbe ou du blé, si c’était présomption ou foi véritable. C’était une petite espérance, mais elle grandissait fort agréablement. Hélas, une gelée de doute survint ; une neige de crainte tomba ; des vents froids de découragement soufflèrent sur vous, et vous dîtes : « Il ne peut y avoir d’espérance pour moi. » Mais quel jour glorieux que celui où, enfin, le blé que Dieu avait semé mûrit, et où vous pûtes dire : « J’ai regardé vers lui et j’ai été illuminé ; j’ai posé mes péchés sur Jésus, là où Dieu les a posés jadis, et ils sont ôtés, et je suis sauvé. » Je me souviens bien de ce jour-là, et sans doute beaucoup d’entre vous aussi. Ô mes amis ! jamais laboureur ne poussa un cri de joie comme notre cœur en poussa un lorsque le précieux Christ fut nôtre, et que nous pûmes le saisir avec la pleine assurance du salut en lui.
Bien des jours ont passé depuis lors, mais la joie en est encore fraîche pour nous. Et, béni soit Dieu, ce n’est pas seulement la joie du premier jour que nous contemplons en arrière ; c’est la joie de chaque jour depuis lors, plus ou moins ; car notre joie, nul ne nous l’ôte ; nous marchons toujours dans le Christ, tout comme nous l’avons reçu.
Aujourd’hui encore, toute notre espérance repose sur lui, tout notre secours vient de lui ; et notre joie et notre paix demeurent avec nous parce qu’elles reposent sur un fondement inébranlable. Nous nous réjouissons dans le Seigneur, oui, et nous nous réjouirons.
La joie de la moisson se manifeste d’ordinaire par le festin que le cultivateur offre à ses amis et voisins ; et, généralement, ceux qui trouvent le Christ expriment leur joie en racontant à leurs amis et à leurs voisins les grandes choses que le Seigneur a faites pour eux. La grâce de Dieu est communicative. Un homme ne peut être sauvé et toujours garder le silence là-dessus ; autant chercher des chœurs muets au ciel qu’une Église silencieuse sur la terre. Si un homme a eu soif et est venu au fleuve d’eau vive, son premier élan sera de crier : « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux ! » Sentez-vous la joie de la moisson, cette joie qui vous fait souhaiter que d’autres la partagent avec vous ? S’il en est ainsi, ne réprimez pas l’élan de proclamer votre bonheur. Parlez du Christ à vos frères et sœurs, à vos amis et à vos proches ; et si le langage est balbutiant, le message est en lui-même si important que les mots dont vous le revêtez seront une considération secondaire. Dites-le, publiez-le au loin et partout — qu’il y a un Sauveur, que vous l’avez trouvé, et que son sang peut laver la transgression. Dites-le partout ; et ainsi la joie de la moisson se répandra sur la terre et sur la mer, et Dieu sera glorifié.
Nous avons une autre joie qui est comme la joie de la moisson. Nous l’éprouvons souvent, elle aussi. C’est la joie de la prière exaucée. J’espère que vous savez ce que c’est que de prier avec foi. Certaine prière ne vaut pas les mots employés à la présenter, parce qu’aucune foi n’y est mêlée. « Tu mettras du sel sur toutes tes offrandes », et le sel de la foi est nécessaire si nous voulons que nos sacrifices soient agréés. Ceux qui sont familiers du propitiatoire savent que la prière est une réalité, et que la doctrine des réponses divines à la prière n’est pas une fiction. Parfois Dieu tardera à répondre pour de sages raisons ; alors ses enfants doivent crier, et crier, et crier encore. Ils sont dans la condition du laboureur qui doit attendre les précieux fruits de la terre ; et quand vient enfin la réponse à la prière, ils sont alors dans la situation du laboureur qui reçoit la moisson. Souvenez-vous du gémissement d’Anne et de la parole d’Anne. Dans l’amertume de son âme, elle cria vers Dieu, et quand son enfant lui fut donné, elle l’appela « Samuel », ce qui signifie « Demandé à Dieu » : « C’était pour cet enfant que je priais, et l’Éternel a exaucé la prière que je lui adressais. » 1 Samuel 1:27.
Il lui était un enfant bien cher, parce qu’il était un enfant de la prière. Toute grâce qui vous vient en réponse à la prière sera votre grâce-Samuel, votre grâce chérie. Vous direz d’elle : « C’est pour cette grâce que j’ai prié », et elle apportera à votre esprit la joie de la moisson.
Nous avons une autre joie de la moisson en nous-mêmes lorsque nous vainquons une tentation. Nous savons ce que c’est que de passer parfois sous un nuage ; le péché en nous se lève avec une force ténébreuse, ou une adversité extérieure nous enveloppe, et nous perdons le sentier uni où nous avions coutume de marcher. Un enfant de Dieu, en de tels moments, criera puissamment au secours ; car il a peur de lui-même et peur de ce qui l’entoure. Certains enfants de Dieu ont été, des semaines et des mois durant, exposés à la double tentation, du dehors et du dedans, et ont crié vers Dieu dans une amère angoisse. C’est une lutte bien dure ; l’action coupable a été peinte de couleurs très séduisantes, et la voix de sirène de la tentation les a presque ensorcelés. Mais quand ils ont enfin traversé la vallée de l’ombre de la mort sans que leurs pieds aient glissé ; quand, après tout, ils n’ont pas été détruits par Apollyon, mais sont ressortis à la lumière du jour, ils éprouvent une joie inexprimable, auprès de laquelle la joie de la moisson n’est qu’une gaieté d’enfant. Ceux-là connaissent la joie profonde qui ont ressenti l’amère douleur. À mesure que l’homme sent qu’il est plus fort pour avoir combattu, qu’il sent avoir recueilli de l’expérience et une foi plus ferme d’avoir traversé l’épreuve, il élève son cœur et se réjouit, non en lui-même, mais devant son Dieu, avec la joie de la moisson. Frères bien-aimés, vous savez ce que cela signifie.
De nouveau, il existe une joie de la moisson lorsque nous avons été rendus utiles. La passion maîtresse de tout chrétien est d’être utile. Il devrait y avoir en nous un zèle brûlant pour la gloire de Dieu. Quand l’homme qui désire être utile a formé ses plans et s’est mis à l’œuvre, il commence à guetter les résultats ; mais il faudra peut-être des semaines, voire des années, avant que les résultats viennent. On ne saurait blâmer l’ouvrier de ce qu’il n’y ait pas encore de fruits, mais il est à blâmer s’il se contente d’être sans fruits.
Un prédicateur peut prêcher sans conversions, et qui le blâmera ? mais s’il en est heureux, qui l’excusera ? C’est à nous de nous briser le cœur si nous ne pouvons, par la grâce de Dieu, briser le cœur des autres ; si d’autres ne veulent pas pleurer sur leurs péchés, ce devrait être notre habitude constante de pleurer sur eux. Quand le cœur devient sérieux, ardent, zélé, Dieu accorde d’ordinaire une certaine mesure de succès, l’un cinquante pour un, l’autre cent pour un. Quand le succès vient, c’est vraiment la joie de la moisson. Je ne puis m’empêcher d’être assez égoïste pour mentionner la joie que j’éprouvai lorsque j’entendis pour la première fois qu’une âme avait trouvé la paix par mon jeune ministère.
J’avais prêché dans un village quelques dimanches, devant une assemblée grandissante, mais je n’avais eu vent d’aucune conversion, et je pensai : « Peut-être ne suis-je pas appelé de Dieu. Il ne veut pas que je prêche, car s’il le voulait, il me donnerait des enfants spirituels. » Un dimanche, mon bon diacre me dit : « Ne te décourage pas. Une pauvre femme a reçu une impression salutaire dimanche dernier. » Combien de temps, croyez-vous, s’écoula avant que je visse cette femme ? Juste le temps qu’il me fallut pour atteindre sa chaumière. J’étais impatient d’entendre de sa propre bouche si c’était une œuvre de la grâce de Dieu ou non. Je la regardai toujours avec intérêt, bien qu’elle ne fût que la femme d’un pauvre journalier, jusqu’à ce qu’elle fût enlevée au ciel, après avoir vécu une vie sainte.
Depuis lors, je me suis réjoui bien d’autres fois dans le Seigneur, mais ce premier sceau apposé à mon ministère me fut particulièrement cher. Il me donna une gorgée de la joie de la moisson. Si quelqu’un m’avait laissé une fortune, cela ne m’aurait pas causé le centième du ravissement que j’eus à découvrir qu’une âme avait été amenée au Sauveur. Je suis sûr que les chrétiens qui n’ont pas cette joie ont manqué l’un des plus exquis ravissements qu’un croyant puisse connaître de ce côté-ci du ciel. En vérité, quand je vois des âmes sauvées, je n’envie ni à Gabriel son trône ni aux anges leurs harpes. Ce sera notre ciel que d’être hors du ciel pour un temps, si seulement nous pouvons amener d’autres à connaître le Sauveur et ajouter ainsi de nouveaux joyaux à la couronne du Rédempteur.
Je mentionnerai un autre ravissement qui est comme la joie de la moisson : la communion avec le Seigneur Jésus-Christ. Ce n’est pas tant une chose dont on parle qu’une chose que l’on éprouve et dont on jouit. Si nous essayons de décrire ce qu’est la communion avec le Christ, nous échouons. Salomon, le plus sage des hommes, lorsqu’il fut inspiré d’écrire sur la communion de l’Église avec son Seigneur, dut recourir aux allégories et au langage symbolique ; et, quoique pour une âme spirituelle le Cantique des cantiques soit toujours délicieux, pour un esprit mondain il ne semble qu’un poème d’amour. L’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge. 1 Corinthiens 2:14 Mais oh ! le bonheur de savoir que le Christ est à vous, et d’être près de lui ! Toucher son côté et mettre le doigt dans la marque des clous : ce ne sont pas là des joies de tous les jours. Mais quand une communion si intime et si personnelle nous vient en nos jours privilégiés, elle élève notre âme comme les chars d’Amminadab, ou, si vous voulez, elle nous permet de marcher par-dessus le monde et tout ce qu’il appelle grand ou précieux.
Nos circonstances ne sont rien si le Christ est avec nous — il est notre Dieu, notre consolation et notre tout, et nous nous réjouissons devant lui comme on se réjouit à la moisson.
Je n’ai pas le temps d’entrer dans plus de détails, car je veux terminer par une parole pratique. Beaucoup d’entre nous soupirent ardemment après une moisson qui nous apporterait une joie intense. Ces derniers temps, plusieurs personnes m’ont confié combien profondément elles ressentent la compassion pour l’âme des hommes. D’autres parmi nous ont éprouvé une poussée mystérieuse à prier plus que jamais, et à nous soucier plus que jamais que le Christ sauve ceux qui périssent. Nous ne serons pas satisfaits tant qu’il n’y aura pas un réveil spirituel profond dans ce pays. Nous n’avons pas créé nous-mêmes ce sentiment, et nous ne voulons pas l’étouffer. Nous ne croyons pas qu’il puisse être étouffé ; et d’autres ressentiront le même souci céleste, et soupireront et crieront vers Dieu jour et nuit jusqu’à ce que la bénédiction vienne. Ceci est le semer, ceci est le labour, ceci est le hersage — puisse-t-il durer jusqu’à la moisson. J’aspire à entendre mes frères et sœurs dire partout : « Nous sommes remplis d’angoisse ; nous sommes dans les douleurs jusqu’à ce que des âmes soient sauvées. » Le cri de Rachel, « Donne-moi des enfants, ou je meurs ! », est aujourd’hui le cri de votre pasteur, et l’aspiration de milliers d’autres. À mesure que ce désir se fortifie, un réveil approche. Il nous faut des enfants spirituels pour le Christ, sinon notre cœur se brisera à force d’aspirer à leur salut. Oh ! que ne puissions-nous avoir davantage de ces aspirations, de ces désirs, de ces soifs et de ces efforts ! Si nous prions jusqu’à ce que vienne la moisson du réveil, nous en partagerons la joie.
Qui aura le plus de joie ? Ceux qui s’en seront le plus souciés. Ceux d’entre vous qui ne prient pas en secret, et qui ne viennent pas aux réunions de prière, n’auront pas de joie quand la bénédiction viendra et que l’Église croîtra. Vous n’avez eu aucune part aux semailles, vous aurez donc peu de part à la moisson. Ceux qui ne parlent jamais aux autres de leur âme, qui ne prennent point part à l’école du dimanche ni à l’œuvre missionnaire, mais se contentent de jouir des bénédictions — ceux-là n’auront rien de la joie de la moisson, parce qu’ils ne travaillent pas pour le Seigneur. Et qui voudrait que les paresseux soient heureux ? Au contraire, dans notre zèle et notre sollicitude, nous avons envie de dire : « Maudissez Méroz, dit l’ange de l’Éternel, Maudissez, maudissez ses habitants, Car ils ne vinrent pas au secours de l’Éternel, Au secours de l’Éternel, parmi les hommes vaillants. » — Juges 5:23 Si vous venez au secours du Seigneur par son Esprit, vous partagerez la joie de la moisson. Peut-être nul n’aura-t-il plus de joie que ceux qui voient leurs bien-aimés amenés à Dieu. Certains d’entre vous ont des enfants qui vous sont une épreuve chaque fois que vous pensez à eux ; qu’ils soient une épreuve qui vous pousse à prier sans cesse pour eux, et si la bénédiction vient, pourquoi ne viendrait-elle pas à eux ? Si un réveil a lieu, pourquoi votre fille ne serait-elle pas convertie, pourquoi votre fils rebelle ne serait-il pas sauvé, ou même votre père aux cheveux gris, qui a été sceptique et incrédule — pourquoi la grâce de Dieu ne l’atteindrait-elle pas ? Et oh ! quelle joie vous aurez alors !
Quel bonheur remplira votre esprit quand vous verrez vos proches unis au Christ votre Seigneur !
Priez avec ferveur pour eux, et vous connaîtrez encore la joie de la moisson dans votre propre maison, un cri de fête des moissons dans votre propre famille.
Peut-être, mon auditeur, n’as-tu que peu de part à cette joie parce que tu n’es pas sauvé. Pourtant, c’est une chose merveilleuse pour un homme non converti d’être sous un ministère béni de Dieu, et parmi des gens qui prient pour des conversions. C’est une bénédiction pour toi, jeune homme, d’avoir une mère chrétienne.
C’est une grande bénédiction pour toi, ô femme non convertie, d’avoir une sœur pieuse. Ceux-là nous donnent de l’espérance pour toi. Tandis que tes proches prient, nous gardons espoir pour toi. Puisse le Seigneur Jésus être encore le tien.
Mais, oh ! si tu demeures incrédule, si riche que soit la bénédiction qui vient aux autres, elle ne te profitera pas. « Si vous avez de la bonne volonté et si vous êtes dociles, Vous mangerez les meilleures productions du pays. » — Ésaïe 1:19 Mais certains pourront crier dans la douleur : « La moisson est passée, l’été est fini, Et nous ne sommes pas sauvés ! » — Jérémie 8:20 On a observé que ceux qui traversent un réveil et demeurent non convertis deviennent souvent plus endurcis qu’auparavant. Je le crois, et c’est pourquoi je prie que l’Esprit de Dieu vienne avec une telle puissance que nul n’échappe à son influence.
Puisses-tu prier : « Ne me passe pas, ô puissant Esprit !
Tu peux rendre la vue aux aveugles ; Témoin du mérite de Jésus, Dis-moi la parole de puissance, à moi aussi. »
« Ai-je longtemps dormi dans le péché, longtemps méconnu et attristé ton cœur ?
Le monde a-t-il retenu mon cœur ?
Oh ! pardonne et délivre-moi, moi aussi. »
Oh ! que ne monte de tous les croyants du monde entier une prière fervente et persévérante ! Si nos Églises étaient poussées à une prière continuelle et intense, ne donnant aucun repos à Dieu jusqu’à ce qu’il fasse de Sion une louange sur la terre, nous pourrions voir venir le royaume de Dieu et se briser la puissance de Satan.
Autant que vous êtes à aimer le Christ, je vous exhorte par son nom à prier avec ferveur ; autant que vous êtes à aimer l’Église et à désirer sa croissance, je vous supplie de ne pas vous retenir en ce temps de prière. Puisse le Seigneur vous conduire à prier jusqu’à ce que la joie de la moisson soit accordée. Vous souvenez-vous que je disais un dimanche : « Le Seigneur vous traitera comme vous traiterez son œuvre durant le mois qui vient » ? Je sens que ce sera vrai pour beaucoup — que le Seigneur vous traitera comme vous traiterez son Église. Si vous semez peu, vous moissonnerez peu ; si vous priez peu, vous recevrez peu de faveur. Mais si vous agissez avec zèle et avec foi, et que vous priez et travaillez beaucoup pour le Seigneur, on vous rendra bonne mesure, serrée, secouée et qui déborde. Si vous arrosez les autres à gouttes, vous recevrez des gouttes ; mais si l’Esprit vous aide à répandre des fleuves d’eau vive de votre âme, des flots de grâce céleste couleront dans votre esprit. Que Dieu fasse entrer les non-convertis et les amène à une simple confiance en Jésus ; alors eux aussi connaîtront la joie de la moisson. Nous le demandons en son nom. Amen.