Chapitre 9 · 4 min de lecture
Pousse-nous un peu, Seigneur !
C’était un beau dimanche matin ensoleillé, et je vivais depuis trois semaines une sorte d’« exaltation spirituelle ». Bien qu’il y eût des décisions à prendre, ma marche avec le Seigneur était toute particulière. L’œuvre auprès des jeunes prospérait vraiment ; bien des vies étaient transformées, de nouvelles personnes venaient chaque semaine, et d’autres Églises commençaient à se reconnaître en nous ; mais ce jour-là allait être différent !
Tôt dans le culte du matin, j’eus une profonde conscience de la présence du Seigneur, et sa petite voix intérieure parla à mon esprit.
« Il est temps de rentrer à la maison », dit-il.
« Je ne peux pas me lever et partir maintenant », pensai-je. « Que va penser l’assemblée ? Ils vont s’imaginer que le culte ne me plaît pas ! »
La voix intérieure insista jusqu’à ce que, au bout d’une demi-heure environ, je me lève discrètement de ma place et sorte de l’église. Il y avait environ un mille jusqu’à chez nous, et tandis que je marchais lentement dans cette direction, je parlais au Seigneur. Un passant aurait cru que je marmonnais tout seul, mais la présence de l’Esprit était si réelle tandis que je lui déversais mes frustrations.
En passant devant Brewery Field — le terrain du Bridgend Rugby Club, la fierté de tous les amateurs de sport du coin —, je tombai sur un petit garçon aux prises avec son tricycle. Deux de ses roues étaient sur le trottoir, mais la dernière roue était encore sur la chaussée, et il essayait de toutes ses petites forces de hisser le tricycle sur le trottoir. En me voyant approcher, il leva son visage baigné de larmes et dit : « Pousse-nous un peu, monsieur. »
Je tendis la main, saisis l’arrière du tricycle et, sans grand effort, remis l’enfant joyeusement en route. Au moment où il tournait le coin, il se retourna et fit un signe de la main, juste comme je disais à mon compagnon invisible : « S’il te plaît, pousse-moi un peu, Seigneur. »
Je m’étais senti exactement comme cet enfant. Un chemin grand ouvert devant lui, mais peinant à savoir comment avancer. Tandis que je poursuivais ma marche, une prière née de l’Esprit se mit à monter à mes lèvres. Depuis ce jour, j’ai répété cette prière si souvent que je la connais presque mot pour mot telle que je l’avais dite la première fois. Je ne prononce plus cette prière à voix haute, car elle est devenue à ce point une partie de moi qu’elle est désormais, en vérité, la prière du cœur.
Quelque temps plus tard, je lus quelque chose au sujet du livre « Les Pères du désert ». Ces hommes vivaient au quatrième siècle, après que Rome eut rendu le christianisme respectable et que l’on ne mettait plus les croyants à mort pour leur foi. Comment donc allaient-ils « porter leur croix » et « mourir à eux-mêmes » ?
Ces hommes décidèrent qu’une vie dans la solitude du désert d’Égypte — loin de tous les attraits de la vanité de ce monde — équivaudrait à un tel « martyre ». Ils méditaient sur bien des choses, en particulier sur la prière et sur la manière d’obéir à ce commandement : « Priez sans cesse » (1 Thessaloniciens 5:17).
Parmi les enseignements qui retinrent mon attention, il y avait celui-ci : si quelqu’un répétait une prière assez souvent, elle quittait les lèvres et devenait une « prière du cœur ». Ainsi, bien que la personne ne parle plus, son cœur continue de crier vers Dieu dans une « prière incessante ». Cette prière est devenue pour moi une telle prière.
« Seigneur, j’aspire à marcher dans ta volonté. Je ne demande rien d’autre que d’entendre, lorsque je parviendrai au terme de mon voyage, ta voix me dire : “C’est bien, bon et fidèle serviteur.” Je sais que je suis insensé, et même stupide par moments, et qu’il m’arrivera de sortir de ta volonté ; mais je te donne à 110 % la permission de me ramener dans le droit chemin à coups de fouet. Je ne demande pas de connaître ta volonté ni de voir le chemin qui s’ouvre devant moi, mais simplement que tu me gardes dans ta volonté. »
La manière dont Dieu a répondu à cette prière a façonné ma compréhension de la « marche par la foi » et m’a aidé à saisir certaines des difficultés d’Hébreux 11 — le grand chapitre sur « les héros de la foi ». Je m’expliquerai plus loin, à mesure qu’apparaîtra la façon dont le Seigneur m’a conduit dans sa volonté.