Les pierres de gué ·La longue vallée de la faiblesse

Chapitre 32 · 8 min de lecture

La longue vallée de la faiblesse

J’ai toujours joui d’une bonne santé, bien que ma constitution n’ait jamais été robuste. Septembre 2003, cependant, allait marquer le début d’une longue période de faiblesse, provoquée par une simple opération d’une hernie hiatale. Mon médecin me l’avait recommandée comme remède aux douleurs de gorge que j’éprouvais après avoir chanté.

J’entrai au Royal Jubilee Hospital de Victoria pour cette opération arthroscopique sans complication, en sortis au bout de deux jours et m’attendais à un rétablissement complet et rapide. Toutefois, Anne était récemment tombée et s’était fracturé la cheville ; je me préparai donc moi-même mon déjeuner le premier jour à la maison. On m’avait dit de ne manger que des aliments mous pendant quelque temps ; je me confectionnai donc un plat de nouilles chinoises, « la pire chose possible », selon mon chirurgien par la suite.

Apparemment, les nouilles gonflent dans l’œsophage, ce qui fut le cas, me causant un blocage à la déglutition, chose que j’allais connaître bien des fois au cours des mois suivants. Je devins fort anxieux et appelai donc le chirurgien plus tard ce soir-là. Il me dit de retourner aux urgences, où il me retrouverait pour lever le blocage. C’est ce qu’il fit, se servant d’un tube d’endoscopie pour pousser les aliments jusqu’à mon estomac, d’où l’on put les aspirer. Ce fut une véritable épreuve, et c’est avec soulagement que je finis par m’endormir cette nuit-là à l’hôpital.

Y eut-il alors quelque lésion de mon œsophage ? Je l’ignore ; mais, durant les semaines qui suivirent, j’eus beaucoup de mal à avaler à presque chaque repas, quoique le chirurgien ne cessât de me répéter que cela passerait bientôt.

En décembre, j’allai revoir mon médecin, tant je me sentais faible. Il me jeta un seul regard, me fit monter sur la balance, puis me dit de me rendre immédiatement au service des urgences de l’hôpital, où un lit m’attendrait. J’avais perdu plus de vingt livres, passant de cent soixante à cent trente-neuf livres ; on me mit donc sous perfusion intraveineuse de sérum physiologique pendant trois jours.

Le chirurgien était désormais préoccupé ; il fit donc en sorte que je subisse d’autres examens. Au cours des mois suivants, je me rendis régulièrement à l’hôpital pour des analyses de sang, des examens au baryum, des radiographies, des scanners et des IRM, allant jusqu’à être anesthésié pour des endoscopies, sans qu’on trouvât la moindre solution à mes blocages et à ma faiblesse.

Je subissais encore un autre examen au baryum, en avril 2004, lorsque je pris une cuillerée à café d’un liquide où se trouvaient deux petites guimauves. En l’avalant, je me bloquai. Enfin, les techniciens avaient trouvé le problème. De toute évidence, l’œsophage était tordu à l’endroit où il entrait dans l’estomac, chose qu’un tube d’endoscopie ne pouvait voir, et mes aliments restaient pris dans ce coude. On décida d’une nouvelle intervention ; ainsi, en mai, je fis de nouveau mon entrée au Royal Jubilee Hospital.

L’opération fut jugée réussie, bien qu’elle eût été « très difficile, tant il y avait de tissu cicatriciel issu de l’intervention précédente », selon l’assistant du chirurgien.

De nouvelles complications survinrent alors, car des caillots de sang se formèrent dans mes poumons, nécessitant une cure d’anticoagulants pour le reste de l’année. Je me rendis à l’hôpital chaque jour durant quelques semaines, le temps que l’on détermine mes besoins en Coumadine (un anticoagulant), en prélevant et en analysant mes échantillons de sang. Puis je dus y aller chaque semaine pendant quelques mois, ensuite une fois par mois seulement, jusqu’en décembre, où l’on m’autorisa à cesser le traitement. Dans le même temps, je me plaignais de douleurs aux poumons et au côté, croyant que c’était l’effet des caillots, pour m’entendre dire par mon médecin que j’avais contracté une pleurésie et des calculs biliaires !

J’ai toujours cru que l’œuvre expiatoire de la croix comprend la santé de nos corps mortels (vivants) aussi bien que le salut de l’âme. Cependant, je crois aussi que les « pierres de gué » du Seigneur peuvent nous conduire dans des vallées où il peut nous discipliner et nous enseigner davantage encore de sa merveilleuse nature. Il serait malvenu de ma part de parler de ma maladie prolongée sans raconter également un événement bouleversant survenu au moment de l’opération.

Le médecin me faisait passer un examen préopératoire, prenant ma tension et mon pouls et promenant longuement son stéthoscope sur ma poitrine et mon dos. Comme il y mettait un long moment, je dis : « Vous entendez sans doute gargouiller mon prolapsus », ce à quoi il répondit : « Non ! C’est justement là le problème. Je n’entends aucun prolapsus, alors que votre dossier dit que je le devrais ! » Lorsque j’étais pasteur à la Victoria Alliance Church, j’avais coutume de jouer au racquetball chaque semaine avec le responsable de la jeunesse. Un soir, en pleine partie, je fus soudain saisi d’une extrême faiblesse et d’un manque de souffle.

Le lendemain matin, mon médecin m’envoya chez un cardiologue, dans le cabinet duquel je regardai un écran à ultrasons où l’on voyait nettement mon prolapsus. Ma mère était morte en 1952, après une longue maladie causée par un prolapsus de la valve cardiaque ; j’étais donc devenu très sensible quant à mon propre état, prenant soin de ne pas surmener mon cœur par des sports ou des activités excessives. Voilà que, plus de vingt ans plus tard, le prolapsus avait apparemment été guéri ! Je me souvins de m’être avancé pour qu’on prie au sujet de mon état, lors d’une conférence de district des pasteurs, plusieurs années auparavant, mais je n’avais jamais compris, jusqu’à présent, que j’avais été guéri.

En 2004, je dus annuler certaines réunions, surtout celles qui exigeaient beaucoup de déplacements, même si nous profitâmes de billets d’avion bon marché pour rendre visite à nos amis de l’Ontario, à Toronto et à Kitchener. Je savais que j’étais malade, mais que je me rétablirais si je prenais soin de moi ; aussi passai-je beaucoup de temps dans mon bureau, à lire et à écrire de la poésie. Ma vie de prière prit plus de sens, et je n’éprouvais aucune culpabilité à ne rien faire d’autre !

J’en avais fini avec toutes ces complications au début de 2005, mais je n’avais toujours pas repris mon poids, et j’étais donc encore assez faible.

À la fin du mois d’août, un ami nous construisit une petite véranda devant notre chambre, descendant vers le jardin. Je restai assis à lui tenir les vis et les outils tandis qu’il achevait le travail, puis il prononça des paroles qui me déconcertèrent vraiment. « Il va pleuvoir samedi, il faut donc que tu lasures cette terrasse demain pour l’imperméabiliser. » Une telle tâche était assurément au-dessus de mes forces.

Le lendemain, j’achetai un gallon de lasure et, assis par terre, me mis à lasurer la terrasse. Cela me prit plusieurs heures, mais je pus enfin me redresser et dire : « J’y suis arrivé ! J’y suis arrivé ! » C’était la première grande chose que j’accomplissais en deux ans !

Ce serait en septembre 2005, deux ans après ma première opération, que je commençai à voir s’améliorer mon sentiment général de bien-être. Un bon ami me recommanda de prendre du BioK, un puissant produit à base de yaourt qui remplacerait les bonnes bactéries que j’avais perdues à cause de l’anesthésie de mes opérations et de mes endoscopies. Je ne dirai pas que c’est cela qui me guérit, mais la corrélation entre sa prise quotidienne et mon amélioration fut tout à fait remarquable.

À la fin de l’année, nous fîmes notre voyage habituel en Australie. Là, je me reposai au soleil, traversai le Grand Désert de l’Ouest, fis du vélo presque chaque jour et nageai dans la piscine de ma fille. Mon énergie revenait, et je retrouvais mon sentiment de bien-être.

Le voyage de trois semaines à travers le Grand Désert de l’Ouest fut un temps très ressourçant. J’étais en compagnie d’un ami instituteur de Canberra, John Coman, et de plusieurs de ses collègues et élèves, qui allaient passer une semaine dans une communauté aborigène, avec un programme destiné aux enfants du lieu. Cela comprenait des randonnées à moto tout-terrain, quantité de jeux et un enseignement biblique. Nous campions sous le ciel nocturne éclatant, où l’on pouvait voir distinctement l’« émeu » — une portion de ciel sombre s’étendant sur une vaste zone en forme d’émeu.

Je faisais de longues promenades au soleil. En chemin, nous fîmes halte dans plusieurs villages aborigènes, où l’on me présentait comme « guda Ron », signifiant que j’étais un ami de Ron Williams, le pasteur aborigène de Canberra. Cela faisait aussitôt de moi un ami. Nos amis nous emmenèrent en safari à la recherche des nombreux points d’eau dont ils dépendaient jadis, et pour trouver du kangourou et de l’émeu pour notre dîner.

Hélas, on n’en trouva point, mais nous découvrîmes, fîmes cuire et mangeâmes un iguane, un grand lézard. Cela avait le goût du poulet, mais était plus « caoutchouteux ». C’était sur un site « sans doute jamais vu auparavant par un homme blanc », car il renfermait des peintures rupestres réalisées par les ancêtres de nos guides bien des années plus tôt. Je mesurais combien nous étions privilégiés d’être ainsi acceptés par ce peuple merveilleux. Notre voyage s’acheva à Ayers Rock, au centre de cette terre immense, d’où je pris un avion pour rentrer à Brisbane et gagner la nouvelle maison de ma fille.

En rentrant au Canada au printemps 2006, je sus que ma santé était de nouveau bonne, car je ressentais une énergie renouvelée et je mangeais bien.

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Les pierres de gué Gareth Evans

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