Chapitre 20 · 5 min de lecture
Sidney (Colombie-Britannique)
Deux jours avant de quitter Kitchener, j’étais assis à savourer une boisson fraîche avec Uli, à la base de YWAM à Cambridge. Nous parlions des nombreuses bonnes choses que le Seigneur avait faites dans nos deux vies. Comme nous en venions à parler de projets d’avenir, je dis : « Uli, si jamais tu as besoin d’un contact pour YWAM sur la côte ouest, n’hésite pas à m’appeler. » J’étais loin de mesurer combien cette simple invitation marquerait notre avenir. On dit que, pour être un vrai Canadien, il faut faire deux choses : bâtir sa propre maison et traverser le pays. Je n’avais pas bâti ma propre maison, mais j’avais vu bâtir une église. Je crois bien avoir manipulé, à un moment ou à un autre, chaque bloc de béton et chaque pièce de bois de ce bâtiment ! Il était maintenant temps de traverser en voiture la plus grande partie du Canada.
Un grand camion de location fut rempli de tous nos biens, notre voiture y fut attelée par une barre de remorquage, et nous entreprîmes le long voyage. Roulant plus de cinq cents milles par jour, nous arrivâmes à Sidney, sur l’île de Vancouver, six jours plus tard. La petite assemblée nous accueillit chaleureusement, et nous nous installâmes bientôt dans le nouveau travail. L’Alliance Church de Sidney était une émanation de l’église de Victoria, la capitale de la « magnifique Colombie-Britannique ». L’assemblée était très attentionnée, désireuse de marcher dans la fraîcheur de ce que le Saint-Esprit faisait dans cette région. Elle avait fait un « pas de foi » en invitant un pasteur salarié à la diriger, mais il apparut bientôt que la base financière de l’église devrait être élargie si elle voulait faire face à ses engagements. Nous travaillâmes et priâmes tous à cette fin ; mais, au bout de trois mois, je pus voir que nous allions bientôt entrer dans une situation déficitaire. J’envisageai de postuler à un poste d’enseignant à temps partiel, afin que mon salaire, si modeste fût-il, ne pesât pas sur l’église. C’était un dimanche soir de bruine, et j’avais un léger mal de tête. Anne emmena les filles dans une autre église, car nous n’avions pas de culte du soir. J’allai me promener pour passer un peu plus de temps dans la prière au sujet de notre situation à l’église. Au bout de vingt minutes, j’étais parvenu au sommet de Bear Hill, un belvédère que j’affectionnais. Il n’y avait personne à portée de voix tandis que je criais au Seigneur pour qu’il me guidât.
Je suis sceptique lorsque les gens disent : « Le Seigneur m’a dit… » J’ai toujours envie de leur demander comment, au juste, il leur a parlé. C’est particulièrement agaçant lorsqu’ils viennent vous demander conseil pour introduire aussitôt leur requête en disant : « Le Seigneur m’a dit… » Comment oserais-je jamais donner un conseil qui pourrait aller à l’encontre de ce que le Seigneur a dit ? Bien sûr, je crois que le Seigneur nous parle. Les brebis sont censées connaître sa voix. Cependant, bien des preuves de la voix de Dieu auxquelles les gens ont obéi m’inquiètent beaucoup — et parfois elles sont directement contraires à l’Écriture. Il parle assurément de bien des manières différentes. Bear Hill fut l’une des rares fois où je l’entendis parler d’une voix claire et audible !
« Ne crains point ! Je t’ai amené ici et je continuerai d’accomplir ma volonté en toi. Tu resteras à l’église de Sidney jusqu’à ce que je t’appelle plus loin. Tu seras alors pasteur de l’Alliance Church de Victoria. » Je fus stupéfait ! La voix était très claire, et il ne pouvait y avoir aucun doute sur ce qui avait été dit. Pourtant, la perspective immédiate d’une telle chose était bien mince. Il y avait alors trois pasteurs à l’église mère de Victoria, et le plus ancien n’y était que depuis un an. De plus, c’était l’église de la capitale, et moi, je venais tout juste d’être consacré et n’avais jamais fréquenté de séminaire. Il faudrait de toute évidence bien des années avant que je fusse acceptable comme pasteur de cette église. Mais la voix avait été très claire ; aussi redescendis-je de cette colline à la fois dans l’enthousiasme d’avoir entendu la voix de Dieu et dans la paix de savoir que je devais demeurer à l’Alliance Church de Sidney tandis qu’il pourvoirait à nos besoins.
Je ne dis à personne, sinon à Anne, ce qui s’était passé ce soir-là sur Bear Hill ; mais je ne fus pas trop surpris lorsque, un mois plus tard, la nouvelle se répandit dans la ville que le pasteur de l’église de Victoria avait soudain annoncé sa démission. Ses pasteurs adjoints avaient eux aussi démissionné de leurs postes, et le surintendant de district fut appelé pour aider le conseil des anciens à trouver un autre pasteur. J’ignore tout ce qui se passa au cours des mois suivants, mais je dus lutter contre la tentation de crier à la face de tous que j’étais l’homme qu’ils cherchaient ! Au contraire, Anne et moi nous tînmes à l’écart de l’église du centre-ville, afin de ne jamais être tentés de manœuvrer la situation pour que les anciens se sentissent obligés de m’inviter à devenir leur pasteur.
Quatre mois s’écoulèrent avant que je reçoive l’appel téléphonique de notre surintendant de district. « Gareth, l’Alliance Church de Victoria m’a demandé de t’inviter à devenir son pasteur. Ce poste t’intéresserait-il ? » Il fut surpris de la promptitude de ma réponse, et plus encore lorsque je lui dis que j’avais eu connaissance de cet événement plusieurs mois auparavant. J’avais entendu le Seigneur parler, mais je n’avais rien fait pour le provoquer. Quand il parle, il est pleinement capable d’accomplir ses paroles !
En septembre 1984, je fus installé comme pasteur de l’Alliance Church de Victoria, tout juste un an après être arrivé à leur église fille de Sidney. Il faut ajouter ici un chaleureux hommage aux gens de Sidney, qui devinrent nos plus grands soutiens durant ces années-là. Leur déception fut surmontée par leur amour pour nous et par la certitude que le Seigneur était dans ce changement. Ils demeurent, tant d’années plus tard, parmi nos amis et nos soutiens les plus proches.