Chapitre 19 · 8 min de lecture
La communauté de Hazelglen
La communauté de Hazelglen se trouvait à Kitchener — à 100 kilomètres à l’ouest de Toronto. Elle existait depuis plus de vingt ans, mais avait rarement compté plus de trente personnes dans son assemblée. Au cours de l’année écoulée, un pasteur énergique avait vu plusieurs jeunes gens entrer dans l’église, la plupart sans grand bagage chrétien. Les trois anciens avaient tout juste la trentaine, et il n’y avait dans l’assemblée que deux « professionnels », tous deux moniteurs en soins infirmiers. La plupart étaient sans emploi.
Bien qu’il y eût eu quelques difficultés l’année précédente, l’assemblée nous accueillit chaleureusement. Durant cette première année, il nous arriva bien des fois de nous demander pourquoi Dieu nous avait conduits là. Il n’y avait pas de familles établies avec des adolescents auprès desquelles nos filles, ou nous-mêmes, aurions pu vivre la communion fraternelle. Anne traversa une profonde épreuve, jusqu’à ce qu’elle accepte que, si Dieu m’avait appelé là — ce dont elle n’a jamais douté —, il avait aussi un dessein en l’y plaçant, elle et les filles ; pourtant, la communauté était idéale pour moi, jeune pasteur, en ce qu’elle était vraiment un « groupe de jeunes » qui se réunissait le dimanche. On demanda un jour à Anne quels changements notre vie avait connus maintenant que j’étais pasteur. Elle répondit : « Aucun. Il fait désormais à plein temps ce qu’il faisait toujours auparavant à ses heures perdues ! »
Je garde bien des bons souvenirs de nos quatre années à Kitchener ; mais, comme ce récit concerne les « pierres de gué » qui mènent à notre situation présente, il faudra les raconter une autre fois. Cependant, quand je songe à la conduite de Dieu, il me faut évoquer mon expérience de la première année. Chaque mercredi matin, je me mettais à chercher ce que Dieu, à ce que je croyais, voulait me faire prêcher durant mon heure du dimanche. À cette époque, la rencontre se tenait de 14 h à 18 h chaque dimanche : une heure de louange, une heure d’enseignement, un repas partagé « à la providence » et la sainte cène. Pendant le temps de louange, des membres de l’assemblée pouvaient entonner un cantique ou lire un passage de l’Écriture. Chaque fois que Charlie, l’un des anciens, se levait pour lire un passage, je m’enthousiasmais. Plusieurs fois, durant cette première année, il lut les Écritures qui entouraient le texte que j’avais choisi de prêcher ce jour-là, alors qu’il n’avait aucun moyen de le savoir d’avance, à moins que le Seigneur ne l’eût conduit — et qu’il ne m’eût donc conduit dans ma préparation ! Vous imaginez combien cela me donnait l’assurance de prêcher ce qui était manifestement la parole du Seigneur pour ce matin-là.
C’est durant cette première année que j’entendis parler de « Wham ! » — du moins, c’est ce que je crus entendre ! Rob et Tim étaient deux excellents jeunes gens qui venaient de revenir à l’église après avoir passé plusieurs mois à « L’Arche », à Amsterdam. Ils avaient travaillé parmi les prostituées et la communauté homosexuelle de cette ville. Ils me dirent que « L’Arche » était une œuvre de YWAM — Jeunesse en Mission. Comme je manifestais un intérêt plus vif, on me donna l’adresse du siège canadien, qui n’était qu’à 10 kilomètres de là, à Cambridge, en Ontario. Ainsi, une semaine plus tard, j’étais assis dans le bureau d’Uli Korsch, le directeur canadien de YWAM, savourant les débuts de ce qui allait devenir une belle amitié. Il me parla des premiers jours du mouvement, de son fondateur Loren Cunningham, de ses buts et de ses expériences.
Après cette première année, nous changeâmes le format de nos cultes pour deux heures le dimanche matin, tout en accordant toujours la première place à la louange et à la prédication de la parole. Notre effectif se mit à croître, et des familles établies rejoignirent l’église. À plusieurs reprises, nous reçûmes le ministère d’équipes de YWAM ; leur remarquable comédie musicale, « Toymaker and Son », fut présentée sur la pelouse de notre église devant un large public. Une autre fois, quinze étudiants de YWAM venus de l’Arkansas passèrent quatre semaines à vivre dans notre église et à en faire leur base de travail… et nous continuâmes de croître. Je ne puis m’attribuer le mérite de cette croissance, sinon d’avoir laissé « un aigle prendre son envol ». Ron Smith portait un fardeau pour la prière, et c’est lui qui nous apprit à « entendre la voix de Dieu » et à faire monter dans la prière, jusqu’à ce qu’elle devienne réalité, ce qui était sur son cœur. Vous pourrez en lire davantage sur Ron et sur son influence dans l’église dans mon autre livre, « Soar Like the Eagle ». C’est pendant que nous étions à la communauté de Hazelglen que je fus invité à un ministère particulier. Vincent Cheah était un étudiant malaisien de l’université locale et le responsable d’un grand groupe de chrétiens malaisiens fréquentant divers collèges et universités de l’Ontario. Il m’invita à devenir leur aumônier, un ministère fort agréable au milieu de ces jeunes gens précieux. Je tenais pour eux des séminaires à Toronto, dirigeais des camps d’été et me joignais à eux pour des occasions particulières (comme les repas fraternels). Parfois, ils se rassemblaient à Kitchener et dormaient dans notre sous-sol. Nous étions loin de mesurer combien ils nous prendraient dans leur cœur pour notre hospitalité, ni quelle influence ces étudiants exerceraient plus tard dans leur propre pays.
Au bout de trois ans, nous sûmes tous qu’il était temps de bâtir un sanctuaire plus vaste. C’était une journée d’été très chaude et humide, en Ontario, et je me tenais sur la petite véranda, devant la porte de l’église, à parler avec l’un de nos derniers arrivés, Bill Williams. Je savais que Bill avait récemment eu une crise cardiaque et que, par suite, il s’était retiré de certaines de ses autres activités pour se remettre à fréquenter l’église. Comme nous commencions à parler du besoin d’un autre bâtiment, je lui fis part des recherches que j’avais menées sur ce que coûterait une telle entreprise. « Nous n’avons aucun moyen de nous le permettre », dis-je. Bill répondit : « En ce cas, il nous faudra le bâtir nous-mêmes ! » Je me mis à rire, jusqu’à ce que je comprenne qu’il parlait sincèrement. « Comment pourrions-nous jamais le bâtir ? demandai-je. Aucun de nous n’y connaît rien en construction. » Je fus stupéfait lorsqu’il m’apprit que, pendant bien des années, il avait été le contremaître des ouvriers du bâtiment dans cette région de l’Ontario, dans un rayon de plus de 100 milles ! Était-ce pour cela que le Seigneur l’avait amené à notre église ? Si oui, ce ne fut là que le premier de bien des miracles que nous vîmes au cours des mois suivants, à mesure que nous bâtissions. Les jeunes nous émerveillèrent en puisant au fond de leurs ressources pour financer ce nouveau bâtiment, et nous regardions, saisis d’admiration, Dieu accomplir miracle après miracle.
Les plans furent offerts gratuitement, et un grand trou fut creusé pour notre sous-sol par un frère chrétien qui possédait une pelle rétrocaveuse. Nous achetâmes des blocs de béton à moins de la moitié de leur prix auprès d’une entreprise en liquidation ; Bill et moi les manipulâmes un à un en les transportant du magasin jusqu’à notre chantier ! Nous étions prêts à retrousser nos manches pour commencer à couler les fondations lorsque, cette semaine-là, un voisin me téléphona pour me demander ce que nous comptions bâtir. Lui et moi avions siégé ensemble aux réunions du conseil local, où nous discutions des besoins de la communauté.
Lorsque je lui fis part de notre projet de bâtir une église dotée d’un gymnase dont la jeunesse du quartier pourrait se servir, il me demanda qui serait notre entrepreneur. Je crus presque entendre son rire quand je lui dis que nous bâtirions l’église nous-mêmes. Le samedi suivant, il arriva sur le chantier avec quinze collègues — tous maçons. Il était le secrétaire du syndicat local des maçons, et il avait persuadé ces hommes de couler nos fondations et de monter les murs de notre sous-sol pour nous !
Ils travaillèrent avec nous deux week-ends durant, sans rien demander — quoique, bien entendu, nous fûmes ravis de leur offrir de petits cadeaux pour leur bonté, et quantité de chili con carne, de coca-cola et de crème glacée !
À la fin de 1982, nous avions achevé un beau sanctuaire de 250 places, avec, au-dessous, une grande salle de loisirs et une cuisine entièrement équipée.
Le bâtiment était magnifiquement fini et comptait des lustres, des sièges confortables et un piano à queue ! Presque tout le travail avait été accompli par nous-mêmes, sous la direction de Bill, et serait entièrement payé au bout de trois années encore. Mais je ne serais pas là pour en être témoin ! Au début de mars 1983, je reçus un appel téléphonique de Victoria, en Colombie-Britannique, me demandant si je voudrais envisager un « appel » à devenir pasteur de l’Alliance Church de Sidney, sur la magnifique île de Vancouver. Après beaucoup de prière et de réflexion sur l’avenir de la communauté de Hazelglen, nous fîmes nos « adieux » à nos amis de Kitchener et nous préparâmes à voyager plus loin vers l’ouest.