Les pierres de gué ·La foi — un don souverain

Chapitre 18 · 10 min de lecture

La foi — un don souverain

On ne devrait jamais fonder sa doctrine sur l’expérience. Trop de gens ont été détournés de la foi pour avoir cru un enseignement absent de l’Écriture, fondé au contraire sur l’expérience d’autrui et interprété par divers versets « à l’appui ». Je crois cependant que l’Écriture sera confirmée par l’expérience, quoiqu’elle n’ait pas besoin d’être authentifiée.

À force de me demander pourquoi le Seigneur m’a tant béni par les expériences que j’ai rapportées, je suis parvenu à une compréhension plus profonde de la marche de foi, qui interprète Hébreux 11 de manière plus satisfaisante que les autres explications que j’ai reçues. Il est manifeste qu’il m’a conduit de « pierre de gué » en « pierre de gué », les ayant disposées devant moi. Cela n’est point dû à ma grande « croyance », ni à une profonde vie de prière, car je ne puis me glorifier ni de l’une ni de l’autre. À vrai dire, je trouve peu de chose dans mon caractère chrétien qui me distingue de la plupart des autres croyants, si ce n’est mon entier attachement à vouloir la volonté de Dieu dans ma vie et l’assurance qu’il m’y conduira. La prière prononcée pour la première fois au bord du terrain de rugby de Bridgend est devenue mon cri silencieux.

J’ai entendu décrire la foi de bien des manières : c’est croire, c’est se confier, c’est s’appuyer, c’est proclamer. Des prédicateurs nous ont exhortés à « avoir plus de foi ! » Certains vont jusqu’à dire que, si beaucoup sont malades, pauvres ou sans succès, c’est parce qu’ils n’ont pas assez de foi.

En vérité, certains vont jusqu’à assimiler cela au péché ! Il est vrai que « sans la foi il est impossible de lui être agréable » (Hébreux 11:6), mais comprenons bien ce qu’est la foi. Dans la théologie de bien des gens, la frontière est très mince entre la foi et la présomption.

Selon la Concordance exhaustive de Strong, le mot grec « pistis » est traduit par « foi » plus de 225 fois. « Oligopistos » se rencontre quatre fois, avec le sens de « manquer de confiance » (en Christ). Il est intéressant de noter que « Elpis », que l’on traduit habituellement par « espérance » (littéralement « vive attente »), est traduit par « foi » en Hébreux 10:23.

En étudiant les Écritures, je découvre trois facettes de la foi : 1. Il y a ce que l’on peut appeler la foi qui sauve . « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Éphésiens 2:8).

Dieu, dans sa grande miséricorde, s’est penché vers l’homme par son Fils, Jésus-Christ. Le Saint-Esprit nous le révèle et nous fait le don de la foi , nous rendant capables de répondre en reconnaissant et en connaissant Dieu. Il n’y avait rien que nous puissions faire pour mériter ou obtenir cette révélation. Il agit souverainement en se faisant connaître. Sur le mont Hermon, lorsque Jésus demanda à ses disciples : « qui dites-vous que je suis? » Pierre put répondre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Jésus lui répondit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux » (Matthieu 16:13-17).

C’est là la foi qui reconnaît et reçoit le don du salut qui est en Jésus-Christ. Par elle, nous parvenons à savoir que nos péchés sont pardonnés et à être unis au Père. Nous sommes les « petits enfants » de 1 Jean 2:12-13. C’est ma triste conviction que trop de chrétiens que j’ai rencontrés n’ont jamais dépassé ce niveau de foi.

2. En second lieu, il y a le fruit de la foi . « Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité… » (Galates 5:22-23).

Comme tout fruit, la foi met du temps à croître. C’est un fruit qui se développe et ne se rencontre que dans la vie de ceux qui mûrissent dans leur marche chrétienne. Le Psaume 1:3 déclare que l’homme juste est « comme un arbre planté près d’un courant d’eau, Qui donne son fruit en sa saison ». Nous puisons notre force aux courants du Saint-Esprit, et ce n’est que si nous demeurons en lui qu’un tel fruit croîtra dans nos vies. Lorsque je considère le fruit de Galates 5:22-23, je suis frappé par sa progression. Il semblerait que ces fruits deviennent plus rares ou plus précieux dans notre expérience. Presque tous les nouveaux croyants témoignent d’un amour, d’une joie et d’une paix nouveaux qu’ils ont trouvés à leur conversion. Cela paraît être un avant-goût de ce que le Seigneur réserve à chacun de nous. Au bout d’un temps, l’émotion première s’estompe, et commence l’étape de formation qui produit un fruit durable. À l’autre extrémité de l’échelle, la foi, la douceur et la maîtrise de soi sont rares ; l’apôtre Paul lui-même a témoigné du combat qu’il connaissait pour exercer la maîtrise de soi (Romains 7:15 - 25).

3. Il y a le don de la foi . « … à un autre, la foi, par le même Esprit… » (1 Corinthiens 12:9).

Comme tous les dons spirituels (charismata) de ce chapitre et de Romains 12:6-9, la foi est donnée pour l’édification de toute l’assemblée. Le Saint-Esprit exerce ce don par qui il veut et quand il veut. On ne possède pas ce don ; on l’exerce au moment où il est donné. Ce n’est pas une prérogative des responsables ou de la maturité ; tout croyant peut être employé de la sorte pour encourager les autres. Il s’exerce lorsque le Seigneur veut nous encourager, comme peuple, à avancer envers et contre tout.

Ces trois facettes de la foi trouvent toutes leur source en Dieu. Il agit souverainement en déposant la foi dans le cœur des hommes et en la nourrissant pour qu’elle croisse. Tout ce que je puis faire, c’est de m’abandonner à son œuvre dans ma vie et d’agir dans l’obéissance à sa parole et à ses incitations. Cette obéissance répond à la confiance que sa parole est vraie.

Ainsi, pour moi, la « marche de foi » est ce voyage où le Seigneur conduit et où je suis, parfois en sachant, mais le plus souvent sans savoir. Il lui arrive de changer ma direction par les circonstances ou par des « rendez-vous divins ». Cela n’exige pas que je cherche à connaître sa conduite ou sa volonté pour ma vie au-delà de ce qu’il a déjà déclaré dans la Bible. Mon Père m’aime trop pour jouer avec mes émotions. Il ne m’appelle pas à faire sa volonté pour ensuite me la cacher derrière quelque « plan » compliqué tenu secret dans le ciel.

Il ne me taquine pas en me défiant de découvrir sa volonté au prix d’heures de prière suppliante, dans la crainte de commettre une erreur qui me ferait déchoir de sa volonté et de sa grâce ; il attend plutôt de moi que je marche dans sa volonté aussi loin que la Bible la révèle. Ensuite, il me conduira dans sa volonté particulière pour moi par les circonstances ou les « portes ouvertes » qu’il place devant moi. Tout ce que j’ai à faire, c’est de tenir sa main.

J’aspire à la volonté de Dieu dans ma vie, comme l’écrit le psalmiste : « Comme une biche soupire après des courants d’eau, Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu! » (Psaume 42:2). Dieu aspire à voir sa volonté s’accomplir dans ma vie ! Alors, qui ou quoi pourrait l’entraver ? Crois-je réellement que Satan ait le pouvoir de faire échec à Dieu dans l’accomplissement de sa volonté ? Je sais qu’il cherche sans cesse le moyen de détruire l’un ou l’autre des enfants de Dieu, de les tenir hors de la volonté de Dieu ; mais c’est l’œuvre de mon Père de me garder — non la mienne.

J’ai une image de moi marchant le long d’un trottoir, tenant la main de mon Père. Lui et moi parlons et sommes en communion. Je ne sais où il pourra me mener aujourd’hui — peut-être vers les délices de la confiserie de la vie, alors que demain il me conduira peut-être chez le dentiste ! J’ai parcouru cette route assez longtemps pour savoir que, si je veux passer beaucoup de temps dans les « confiseries » de la vie, mon Père devra bien, à un moment, m’emmener chez le dentiste ! Voilà pourquoi il permet que des difficultés et des chagrins entrent dans nos vies : car il sait que c’est le seul moyen pour nous de parvenir à la maturité.

Je me souviens que notre Sauveur fut mené « à la perfection par les souffrances » (Hébreux 2:10). Il peut me faire descendre dans l’expérience de quelque vallée profonde, mais j’ai aussi appris que toute vallée ne mène qu’à des montagnes, et que plus la vallée est profonde, plus la montagne est haute. Si tu veux faire l’expérience du sommet avec le Seigneur, il te faudra parcourir la marche de foi à travers la vallée. Parfois, comme tout enfant, je suis distrait par quelque chose de l’autre côté de la route, je détourne les yeux de mon Père et je fais un pas sur la chaussée. C’est l’instant que Satan attendait. Il fait rugir le moteur de son « camion de dix tonnes » et fonce sur moi pour m’écraser ! Mais, bien avant qu’il n’arrive, mon Père, sage et attentionné, m’a ramené sur le trottoir auprès de lui. Il n’est pas de sa volonté que je périsse, et ce n’est pas ma grande croyance qui m’a sauvé, ni aucune mesure de foi que je me serais moi-même donnée, mais sa fidélité. Tout ce que j’avais, c’était un profond désir de tenir sa main (marcher dans sa volonté) et un abandon dans l’obéissance à sa conduite.

Pour moi, voilà ce qu’est la foi.

Hébreux 11:1 définit la foi comme « une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas ». La première expression me parle d’un don , et la seconde, d’un fruit . Nous avons tous connu ce que c’est que d’espérer un cadeau pour un anniversaire ou à Noël. Nous en attendons la réception avec une telle impatience, jusqu’à ce qu’enfin le cadeau soit à nous, pour en jouir. Nous avions l’espérance, et maintenant nous en avons la substance.

La seconde expression, « une démonstration de celles qu’on ne voit pas », parle d’un fruit . On n’en voit pas la source — la sève qui circule — mais l’évidence de la vie se voit dans le fruit. Le verset deux dit que « Pour l’avoir possédée, les anciens ont obtenu un témoignage favorable ». J’ose croire que mon récit a été un bon témoignage de la conduite fidèle de Dieu. S’il ne m’avait pas mené d’expérience en expérience, j’aurais peu de chose à dire de ma vie qui pût l’honorer.

Le verset trois affirme que, par la foi, nous pouvons comprendre l’incompréhensible. Non par le savoir de la science, mais par la conviction de l’âme qui vient de la révélation divine. Suit alors une liste d’exemples qui nous montrent comment Dieu a posé son doigt sur la vie d’hommes et de femmes du passé pour leur permettre de marcher selon sa volonté, pour eux et pour nous. Parmi ces gens, il y avait des meurtriers, des menteurs, des hommes qui doutaient, aussi bien que des croyants et des martyrs. Ce n’étaient pas tous des vainqueurs ni des héros parce qu’ils avaient une grande foi ; mais leurs histoires ont été consignées pour nous, afin que nous saisissions les leçons que Dieu veut nous enseigner touchant notre propre marche de foi.

Selon ma compréhension, l’espérance biblique , « elpis », qui signifie « vive attente », a trait au fait de croire et de se confier. En grec, la « foi » est « pistis », et elle a davantage trait au fait d’obéir. Oui, je décrirais la foi comme un attribut du cœur, dont l’obéissance est la preuve, tandis que l’espérance est un attribut de l’esprit, dont la confiance est la preuve.

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Les pierres de gué Gareth Evans

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