Chapitre 3 · 23 min de lecture
La Confession
Un autre élément de la vraie prière est la Confession. Je ne voudrais pas que mes amis chrétiens pensent que je m’adresse aux non-sauvés. Je crois que nous, chrétiens, avons bon nombre de péchés à confesser.
Si vous remontez aux récits de l’Écriture, vous découvrirez que les hommes qui vécurent le plus près de Dieu, et qui eurent le plus de puissance auprès de lui, furent ceux qui confessèrent leurs péchés et leurs manquements. Daniel, comme nous l’avons vu, confessa ses péchés et ceux de son peuple. Or il n’y a rien de rapporté contre Daniel. Il était l’un des meilleurs hommes qui fussent alors sur la face de la terre, et pourtant sa confession du péché fut l’une des plus profondes et des plus humbles qui soient consignées. Brooks, à propos de la confession de Daniel, dit : « Dans ces paroles, vous trouvez sept circonstances dont Daniel se sert en confessant ses péchés et ceux du peuple, toutes pour les rehausser et les aggraver. Premièrement : “Nous avons péché” ; deuxièmement : “nous avons commis l’iniquité” ; troisièmement : “nous avons été méchants” ; quatrièmement : “nous avons été rebelles” ; cinquièmement : “nous nous sommes détournés de tes commandements” ; sixièmement : “nous n’avons pas écouté tes serviteurs” ; septièmement : “ni nos chefs, ni tout le peuple du pays”. Ces sept aggravations que Daniel énumère dans sa confession méritent notre plus sérieuse considération. »
Job était sans nul doute un homme saint, un puissant prince, et pourtant il lui fallut tomber dans la poussière et confesser ses péchés. Il en est ainsi à travers toute l’Écriture. Lorsque Ésaïe vit la pureté et la sainteté de Dieu, il se contempla dans sa vraie lumière, et il s’écria : « Malheur à moi! Je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures. »
Je crois fermement que l’Église de Dieu devra confesser ses propres péchés avant qu’il puisse y avoir quelque grande œuvre de grâce. Il faut une œuvre plus profonde parmi les enfants croyants de Dieu. Je pense parfois qu’il est à peu près temps de cesser de prêcher aux impies pour prêcher à ceux qui font profession d’être chrétiens. Si nous avions un plus haut idéal de vie dans l’Église de Dieu, il y aurait des milliers d’âmes de plus à affluer dans le royaume. Il en fut ainsi autrefois ; lorsque les enfants croyants de Dieu se détournaient de leurs péchés et de leurs idoles, la crainte de Dieu tombait sur les peuples d’alentour. Prenez l’histoire d’Israël, et vous verrez que, lorsqu’ils ôtaient leurs dieux étrangers, Dieu visitait la nation, et il venait une puissante œuvre de grâce.
Ce dont nous avons besoin en ces jours, c’est d’un réveil vrai et profond dans l’Église de Dieu. J’ai peu de sympathie pour l’idée que Dieu atteindra les masses par une Église froide et formaliste. Le jugement de Dieu doit commencer par nous. Vous remarquez que, lorsque Daniel reçut cette merveilleuse réponse à la prière rapportée au neuvième chapitre, il confessait son péché. C’est l’un des meilleurs chapitres sur la prière de toute la Bible.
Nous lisons : « Je parlais encore, je priais, je confessais mon péché et le péché de mon peuple d’Israël, et je présentais mes supplications à l’Éternel, mon Dieu, en faveur de la sainte montagne de mon Dieu; je parlais encore dans ma prière, quand l’homme, Gabriel, que j’avais vu précédemment dans une vision, s’approcha de moi d’un vol rapide, au moment de l’offrande du soir. Il m’instruisit, et s’entretint avec moi. Il me dit: Daniel, je suis venu maintenant pour ouvrir ton intelligence. »
De même, lorsque Job confessa son péché, Dieu ramena sa captivité et exauça sa prière. Dieu exaucera notre prière et ramènera notre captivité lorsque nous prendrons devant lui la place qui nous revient, confessant et abandonnant nos transgressions. Ce fut lorsque Ésaïe s’écria devant l’Éternel : « Je suis perdu », que la bénédiction vint ; le charbon ardent fut pris de l’autel et posé sur ses lèvres ; et il sortit pour écrire l’un des livres les plus merveilleux que le monde ait jamais vus. Quelle bénédiction il a été pour l’Église !
Ce fut lorsque David dit : « J’ai péché contre l’Éternel! » que Dieu le traita avec miséricorde. « Je t’ai fait connaître mon péché, je n’ai pas caché mon iniquité; J’ai dit: J’avouerai mes transgressions à l’Éternel! Et tu as effacé la peine de mon péché. » Remarquez que David fit une confession très semblable à celle du fils prodigue, au quinzième chapitre de Luc : « Car je reconnais mes transgressions, Et mon péché est constamment devant moi. J’ai péché contre toi seul, Et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux. » Il n’y a pas de différence entre le roi et le mendiant lorsque l’Esprit de Dieu entre dans le cœur et convainc de péché.
Richard Sibbes dit plaisamment de la confession : « Voici le moyen de rendre gloire à Dieu : lorsque nous avons mis notre âme à nu devant Dieu, et déposé contre nous-mêmes autant que le diable pourrait le faire par ce moyen, car songeons à ce que le diable porterait à notre charge à l’heure de la mort et au jour du jugement. Il porterait durement à notre charge ceci et cela — accusons-nous nous-mêmes comme il le ferait, et comme il le fera avant peu. Plus nous nous accusons et nous jugeons nous-mêmes, dressant un tribunal dans nos cœurs, plus certainement suivra un soulagement incroyable. Jonas fut jeté à la mer, et il y eut du calme dans le navire ; Acan fut lapidé, et la plaie fut arrêtée. Dehors Jonas, dehors Acan ; et aussitôt suivront le repos et la paix dans l’âme. La conscience en recevra un merveilleux soulagement.
« Il ne peut en être autrement ; car lorsque Dieu est honoré, la conscience est purifiée. Dieu est honoré en tous points par la confession du péché. Elle honore son omniscience, qu’il voit tout ; qu’il voit nos péchés et sonde nos cœurs — nos secrets ne lui sont point cachés. Elle honore sa puissance. Qu’est-ce qui nous fait confesser nos péchés, sinon que nous redoutons sa puissance, de peur qu’il ne l’exerce ? Et qu’est-ce qui nous fait confesser nos péchés, sinon que nous savons qu’il y a auprès de lui de la miséricorde, afin qu’il soit craint, et qu’il y a pardon pour le péché ? Sans cela, nous ne confesserions point nos péchés. Chez les hommes, c’est : Confesse, et subis l’exécution ; mais auprès de Dieu : Confesse, et obtiens miséricorde. C’est sa propre protestation. Nous ne devrions jamais mettre nos péchés à découvert, sinon pour la miséricorde. Ainsi elle honore Dieu ; et lorsqu’il est honoré, il honore l’âme d’une paix et d’une tranquillité intérieures. »
Le vieux Thomas Fuller dit : « L’aveu que fait l’homme de sa faiblesse est le seul tronc sur lequel Dieu puisse enter la grâce de son secours. »
La confession implique l’humilité, et cela, aux yeux de Dieu, est d’un grand prix.
Un fermier alla avec son fils dans un champ de blé, pour voir s’il était mûr pour la moisson. « Vois, père », s’écria l’enfant, « comme ces tiges dressent bien haut la tête ! Ce doivent être les meilleures. Celles qui penchent la tête ne valent sûrement pas grand-chose. » Le fermier cueillit un épi de chaque sorte et dit : « Regarde ici, enfant insensé ! Cet épi qui se tenait si droit a la tête vide, et ne vaut presque rien ; tandis que celui qui penchait la tête si modestement est plein du plus beau grain. »
La franchise est nécessaire et puissante, tant auprès de Dieu qu’auprès des hommes. Nous devons être honnêtes et francs avec nous-mêmes. Un soldat dit dans une réunion de réveil : « Mes camarades soldats, je ne suis pas exalté ; je suis convaincu — voilà tout. Je sens que je devrais être chrétien ; que je devrais le dire, vous le dire, et vous demander de venir avec moi ; et maintenant, s’il est fait appel aux pécheurs qui cherchent Christ pour qu’ils s’avancent, moi, pour ma part, j’irai — non pour faire étalage, car je n’ai rien à montrer que le péché. Je n’y vais pas parce que je le veux — j’aimerais mieux garder ma place ; mais y aller, ce sera dire la vérité. Je devrais être chrétien, je veux être chrétien ; et m’avancer pour la prière, c’est simplement en dire la vérité. » Plus d’une vingtaine se levèrent avec lui.
À propos des paroles de Pharaon, « Priez l’Éternel, afin qu’il éloigne les grenouilles de moi », M. Spurgeon dit : « Un vice fatal se manifeste dans cette prière. Elle ne contient aucune confession du péché. Il ne dit pas : “Je me suis révolté contre l’Éternel ; priez afin que je trouve le pardon !” Rien de tel ; il aime le péché autant que jamais. Une prière sans repentir est une prière sans acceptation. Si aucune larme n’y est tombée, elle est desséchée. Tu dois venir à Dieu comme un pécheur par un Sauveur, et par nul autre chemin. Celui qui vient à Dieu comme le pharisien, disant : “O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes”, ne s’approche nullement de Dieu ; mais celui qui crie : “O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur”, est venu à Dieu par le chemin que Dieu lui-même a établi. Il doit y avoir confession du péché devant Dieu, sinon notre prière est défectueuse. »
Si cette confession du péché est profonde parmi les croyants, elle le sera aussi parmi les impies. Je n’ai jamais vu cela manquer. Je désire ardemment aujourd’hui que Dieu ravive son œuvre dans le cœur de ses enfants, afin que nous voyions l’extrême malignité du péché. Il y a bien des pères et des mères qui sont dans l’angoisse pour la conversion de leurs enfants. J’ai reçu jusqu’à cinquante messages de parents en une seule semaine, s’étonnant de ce que leurs enfants ne soient pas sauvés, et demandant qu’on prie pour eux. J’ose dire qu’en règle générale la faute est à notre propre porte. Il y a peut-être dans notre vie quelque chose qui fait obstacle. Il se peut qu’il y ait quelque péché secret qui retienne la bénédiction. David vécut de longs mois dans l’affreux péché où il était tombé, avant que Nathan parût. Prions Dieu de venir dans nos cœurs et d’y faire sentir sa puissance. Si c’est un œil droit, arrachons-le ; si c’est une main droite, coupons-la ; afin d’avoir de la puissance auprès de Dieu et auprès des hommes.
Pourquoi tant de nos enfants s’égarent-ils dans les débits de boisson, dérivant vers l’incrédulité — descendant vers une tombe déshonorée ? Il semble y avoir bien peu de puissance dans le christianisme du temps présent. Bien des parents pieux constatent que leurs enfants s’égarent. Cela vient-il de quelque péché secret qui s’attache au cœur ? Il est un passage de la Parole de Dieu qu’on cite souvent, mais dans quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent ceux qui le citent s’arrêtent au mauvais endroit. Au cinquante-neuvième chapitre d’Ésaïe, nous lisons : « Non, la main de l’Éternel n’est pas trop courte pour sauver, Ni son oreille trop dure pour entendre. » Là ils s’arrêtent. Certes, la main de Dieu n’est pas trop courte, ni son oreille trop dure ; mais nous devrions lire le verset suivant : « Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation Entre vous et votre Dieu; Ce sont vos péchés qui vous cachent sa face Et l’empêchent de vous écouter. Car vos mains sont souillées de sang, Et vos doigts de crimes; Vos lèvres profèrent le mensonge, Votre langue fait entendre l’iniquité. » Comme le dit Matthew Henry : « Cela venait d’eux-mêmes — ils se faisaient tort à eux-mêmes, ils fermaient leur propre porte. Dieu venait à eux par le chemin de la miséricorde, et ils l’en empêchaient. “Ce sont vos péchés qui vous privent de ces biens.” »
Retenez bien que si nous regardons l’iniquité dans nos cœurs, ou si nous vivons d’une simple et vaine profession, nous n’avons aucun droit d’attendre que nos prières soient exaucées. Il n’y a pas pour nous une seule promesse. Je tremble parfois quand j’entends des gens citer des promesses et dire que Dieu est tenu de les leur accomplir, alors que tout ce temps il y a dans leur propre vie quelque chose qu’ils ne sont pas disposés à abandonner. Il nous est bon de sonder nos cœurs, et de découvrir pourquoi nos prières ne sont pas exaucées.
Il est un passage bien solennel dans Ésaïe :
« Écoutez la parole de l’Éternel, chefs de Sodome! Prête l’oreille à la loi de notre Dieu, peuple de Gomorrhe! Qu’ai-je affaire de la multitude de vos sacrifices? Dit l’Éternel. Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux; Je ne prends point plaisir au sang des taureaux, des brebis et des boucs. Quand vous venez vous présenter devant moi, Qui vous demande de souiller mes parvis? Cessez d’apporter de vaines offrandes: J’ai en horreur l’encens, Les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; Je ne puis voir le crime s’associer aux solennités. »
« les solennités elles-mêmes ! » — songez-y. Si Dieu n’obtient pas le service de notre cœur, il n’en veut point ; c’est pour lui une abomination.
« Mon âme hait vos nouvelles lunes et vos fêtes; Elles me sont à charge; Je suis las de les supporter. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux; Quand vous multipliez les prières, je n’écoute pas: Vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, purifiez-vous, Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions; Cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, Protégez l’opprimé; Faites droit à l’orphelin, Défendez la veuve. Venez et plaidons! Dit l’Éternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; S’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine. »
Nous lisons encore dans les Proverbes : « Si quelqu’un détourne l’oreille pour ne pas écouter la loi, Sa prière même est une abomination. » Songez-y ! Il peut en choquer quelques-uns d’entre nous de penser que nos prières sont une abomination pour Dieu ; pourtant, si quelqu’un vit dans un péché connu, voilà ce que la Parole de Dieu dit de lui. Si nous ne voulons pas nous détourner du péché et obéir à la loi de Dieu, nous n’avons aucun droit d’attendre qu’il exauce nos prières. Le péché non confessé est un péché non pardonné, et le péché non pardonné est la chose la plus sombre et la plus immonde de cette terre maudite par le péché. Vous ne trouverez pas dans la Bible un seul cas où un homme ait été honnête à l’égard du péché sans que Dieu ait été honnête envers lui et l’ait béni. La prière du cœur humble et contrit fait les délices de Dieu. Il n’est point de son qui monte de cette terre maudite par le péché plus doux à son oreille que la prière de l’homme qui marche dans la droiture.
Permettez-moi d’attirer l’attention sur cette prière de David, où il dit : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur! Éprouve-moi, et connais mes pensées! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l’éternité! » Je voudrais que tous mes lecteurs apprennent ces versets par cœur. Si nous faisions tous honnêtement cette prière une fois chaque jour, il y aurait bien du changement dans nos vies. « Sonde-MOI » — pas mon prochain. Il est si facile de prier pour les autres, et si difficile de revenir à soi-même. Je crains que nous, qui sommes affairés à l’œuvre du Seigneur, ne soyons bien souvent en danger de négliger notre propre vigne. Dans ce Psaume, David revint à lui-même. Il y a une différence entre Dieu qui me sonde et moi qui me sonde moi-même. Je puis sonder mon cœur et le déclarer tout à fait droit ; mais lorsque Dieu me sonde comme avec un flambeau allumé, bien des choses viendront au jour que je ne connaissais peut-être pas.
« Éprouve-moi. » David fut éprouvé lorsqu’il tomba en détournant son regard du Dieu de son père Abraham. « Connais mes pensées. » Dieu regarde aux pensées. Nos pensées sont-elles pures ? Avons-nous dans nos cœurs des pensées contre Dieu ou contre son peuple — contre qui que ce soit au monde ? Si tel est le cas, nous ne sommes pas droits aux yeux de Dieu. Oh, que Dieu nous sonde, chacun de nous ! Je ne connais pas de meilleure prière que nous puissions faire que cette prière de David. L’une des choses les plus solennelles de l’histoire de l’Écriture, c’est que, lorsque des hommes saints — meilleurs que nous — furent mis à l’épreuve et éprouvés, ils se trouvèrent aussi faibles que l’eau loin de Dieu.
Assurons-nous que nous sommes droits. Isaac Ambrose, dans son ouvrage sur « l’Examen de soi », a ces paroles pénétrantes : « De temps à autre, posons à nos cœurs ces deux questions : 1. “Cœur, comment vas-tu ?” — peu de mots, mais une question bien sérieuse. Vous savez que c’est la première question et le premier salut que nous nous adressons les uns aux autres : Comment allez-vous ? Plût à Dieu que nous parlions parfois ainsi à nos cœurs : “Cœur, comment vas-tu ? Comment en est-il de toi, quant à ton état spirituel ?” 2. “Cœur, que veux-tu faire ?” ou : “Cœur, que penses-tu qu’il adviendra de toi et de moi ?” — comme le dit ce Romain mourant : “Pauvre âme misérable et malheureuse, où allons-nous, toi et moi — et que deviendras-tu, quand toi et moi nous séparerons ?”
« C’est là précisément ce que Moïse propose à Israël, quoique en d’autres termes : “Oh ! s’ils pensaient à ce qui leur arrivera !” — et oh ! que ne posons-nous constamment cette question à nos cœurs, pour l’examiner et en débattre ! “Parlez en vos cœurs”, disait David ; c’est-à-dire : débattez la chose entre vous et vos cœurs jusqu’au bout. Que vos cœurs y soient si pressés, dans cet entretien avec eux, qu’ils disent leur fond même. Entretenez-vous — ou tenez une sérieuse communication, une claire intelligence et connaissance — avec vos propres cœurs. »
Ce fut la confession d’un théologien, conscient de sa négligence, et surtout de la difficulté de ce devoir : « J’ai vécu », disait-il, « quarante ans et quelque, et j’ai porté mon cœur dans mon sein tout ce temps, et pourtant mon cœur et moi sommes de grands étrangers, aussi parfaitement inconnus l’un à l’autre que si nous ne nous étions jamais approchés. Bien plus, je ne connais pas mon cœur ; j’ai oublié mon cœur. Hélas ! hélas ! que ne puis-je m’affliger jusqu’au fond du cœur de ce que mon pauvre cœur et moi ayons été si peu familiers ! Nous sommes tombés dans un âge athénien, ne passant notre temps à rien tant qu’à dire ou à entendre des nouvelles. Comment vont les choses ici ? Comment là ? Comment en tel lieu ? Comment en tel autre ? Mais qui donc s’enquiert : Comment vont les choses avec mon pauvre cœur ? Pesez seulement, dans la balance d’une sérieuse considération, le temps que nous avons passé à ce devoir, et le temps passé autrement ; et pour les vingtaines et les centaines d’heures ou de jours que nous devons à nos cœurs en ce devoir, en pouvons-nous inscrire cinquante ? Ou là où il aurait dû y avoir cinquante vases remplis de ce devoir, en trouvons-nous vingt, ou dix ? Oh, les jours, les mois, les années que nous prodiguons au péché, à la vanité, aux affaires de ce monde, tandis que nous n’accordons pas une minute à l’entretien avec nos propres cœurs touchant leur état ! »
S’il y a dans nos vies quelque chose qui ne va pas, demandons à Dieu de nous le montrer. Avons-nous été égoïstes ? Avons-nous été plus jaloux de notre propre réputation que de l’honneur de Dieu ? Élie croyait être fort jaloux pour l’honneur de Dieu ; mais il se trouva qu’après tout c’était son propre honneur — le moi était réellement au fond de tout cela. L’une des choses les plus tristes, je crois, que Christ eut à rencontrer chez ses disciples, fut précisément celle-ci : il y avait entre eux une lutte constante pour savoir qui serait le plus grand, au lieu que chacun prît la place la plus humble et se fît le moindre à ses propres yeux.
On nous le dit, pour le prouver : « Ils arrivèrent à Capernaüm. Lorsqu’il fut dans la maison, Jésus leur demanda: De quoi discutiez-vous en chemin? Mais ils gardèrent le silence, car en chemin ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. Alors il s’assit, appela les douze, et leur dit: Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. Et il prit un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et l’ayant pris dans ses bras, il leur dit: Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants me reçoit moi-même; et quiconque me reçoit, reçoit non pas moi, mais celui qui m’a envoyé. »
Peu après, « les fils de Zébédée, Jacques et Jean, s’approchèrent de Jésus, et lui dirent: Maître, nous voudrions que tu fisses pour nous ce que nous te demanderons. Il leur dit: Que voulez-vous que je fasse pour vous? Accorde-nous, lui dirent-ils, d’être assis l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire. Jésus leur répondit: Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire, ou être baptisés du baptême dont je dois être baptisé? Nous le pouvons, dirent-ils. Et Jésus leur répondit: Il est vrai que vous boirez la coupe que je dois boire, et que vous serez baptisés du baptême dont je dois être baptisé; mais pour ce qui est d’être assis à ma droite ou à ma gauche, cela ne dépend pas de moi, et ne sera donné qu’à ceux à qui cela est réservé. Les dix, ayant entendu cela, commencèrent à s’indigner contre Jacques et Jean. Jésus les appela, et leur dit: Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les dominent. Il n’en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous. Car le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. »
Ces dernières paroles furent prononcées la troisième année de son ministère. Trois ans les disciples avaient été avec lui ; ils avaient écouté les paroles qui tombaient de ses lèvres ; et pourtant ils n’avaient pas appris cette leçon d’humilité. La chose la plus humiliante qui advint parmi les douze élus se produisit la nuit de la trahison de notre Seigneur, lorsque Judas le vendit et que Pierre le renia. S’il était un lieu où ces pensées auraient dû être absentes, c’était bien à la table de la Cène. Et pourtant nous trouvons que, lorsque Christ institua ce mémorial béni, il y avait un débat parmi ses disciples pour savoir qui serait le plus grand. Songez-y ! — juste au pied de la Croix, alors que le Maître était « triste jusqu’à la mort », goûtait déjà l’amertume du Calvaire, et que les horreurs de cette sombre heure s’amassaient sur son âme.
Je pense que si Dieu nous sonde, nous trouverons dans nos vies bon nombre de choses à confesser. Si nous sommes éprouvés et sondés par la loi de Dieu, il y aura bien des choses qu’il faudra changer. Je le demande encore : Sommes-nous égoïstes ou jaloux ? Sommes-nous disposés à entendre que d’autres sont employés de Dieu plus que nous ? Nos amis méthodistes sont-ils disposés à entendre parler d’un grand réveil de l’œuvre de Dieu chez les baptistes ? Cela réjouirait-il leur âme d’apprendre que de tels efforts sont bénis ? Les baptistes sont-ils disposés à entendre parler d’un réveil de l’œuvre de Dieu dans les Églises méthodistes, congrégationalistes ou autres ? Si nous sommes remplis de sentiments étroits, partisans et sectaires, il y aura bien des choses à mettre de côté. Prions Dieu de nous sonder, de nous éprouver, et de voir s’il est en nous quelque voie mauvaise. Si ces hommes saints et bons sentaient qu’ils étaient en faute, ne devrions-nous pas trembler et nous efforcer de découvrir s’il y a dans nos vies quelque chose dont Dieu voudrait nous voir débarrassés ?
Une fois encore, permettez-moi d’attirer votre attention sur la prière de David contenue au cinquante et unième Psaume. Un de mes amis me disait, il y a quelques années, qu’il répétait cette prière comme sienne chaque semaine. Je pense que ce serait une bonne chose que d’offrir fréquemment ces requêtes ; qu’elles montent tout droit de nos cœurs. Si nous avons été orgueilleux, irritables, ou manquant de patience, ne le confesserons-nous pas aussitôt ? N’est-il pas temps que nous commencions par notre propre maison, et que nous mettions de l’ordre dans nos vies ? Voyez avec quelle promptitude les impies se mettront alors à s’enquérir du chemin de la vie ! Que ceux d’entre nous qui sont parents mettent leur propre maison en ordre, et soient remplis de l’Esprit de Christ ; alors il ne tardera guère que nos enfants ne s’enquièrent de ce qu’ils doivent faire pour recevoir le même Esprit. Je crois qu’aujourd’hui, par sa tiédeur et son formalisme, l’Église chrétienne fait plus d’incrédules que tous les livres que les incrédules aient jamais écrits. Je ne redoute pas les conférences des incrédules moitié autant que le formalisme froid et mort de l’Église professante du temps présent. Une seule réunion de prière comme celle qu’eurent les disciples au jour de la Pentecôte ébranlerait toute la confrérie des incrédules.
Ce qu’il nous faut, c’est saisir Dieu dans la prière. Ce n’est pas par de grands sermons que vous atteindrez les masses. Nous voulons « faire mouvoir le Bras qui meut le monde ». Pour cela, nous devons être nets et droits devant Dieu. « car si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses. Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable. »
Confession
« Non, ce n’est pas dans le désespoir
que je viens à toi ;
non, ce n’est pas dans la défiance
que je fléchis le genou ;
le péché a passé sur moi,
pourtant voici encore ma plaidoirie :
Jésus est mort.
Ah, mon iniquité
a été de pourpre ;
infinie, infinie,
péché sur péché ;
péché de ne pas t’aimer,
péché de ne pas me confier en toi.
Péché infini.
Seigneur, je te confesse
tristement mon péché ;
tout ce que je suis, je te le dis,
tout ce que j’ai été.
Ôte mon péché,
lave mon âme aujourd’hui ;
Seigneur, rends-moi pur ! »
— Dr H. Bonar.