Chapitre 10 · 13 min de lecture
La soumission
Un autre élément essentiel de la prière est la soumission. Toute vraie prière doit être offerte dans une pleine soumission à Dieu. Après lui avoir fait connaître nos requêtes, notre langage doit être : « Que ta volonté soit faite. » J’aimerais mille fois mieux que la volonté de Dieu se fasse plutôt que la mienne. Je ne puis voir dans l’avenir comme Dieu le peut ; c’est pourquoi il vaut bien mieux le laisser choisir pour moi que de choisir moi-même. Je connais sa pensée sur les choses spirituelles. Sa volonté est que je sois sanctifié ; aussi puis-je avec confiance le prier à ce sujet et attendre une réponse à mes prières. Mais lorsqu’il s’agit des choses temporelles, il en va autrement ; ce que je demande n’est peut-être pas le dessein de Dieu à mon égard.
Comme quelqu’un l’a bien dit : « Comptez-y : la prière ne signifie pas que je doive abaisser Dieu jusqu’à mes pensées et mes desseins, et plier son gouvernement à mes notions folles, insensées, et parfois coupables. La prière signifie que je dois être élevé jusqu’au sentiment, jusqu’à l’union et au dessein commun avec lui ; que je dois entrer dans son conseil et accomplir pleinement son propos. Je crains que nous ne concevions parfois la prière d’un caractère tout opposé, comme si par elle nous persuadions ou influencions notre Père céleste de faire tout ce qui nous passe par l’esprit, et tout ce qui accomplirait nos desseins insensés et à courte vue. Je suis tout à fait convaincu de ceci : que Dieu sait mieux que moi ce qui vaut le mieux pour moi et pour le monde ; et quand même il serait en mon pouvoir de dire : “Que ma volonté soit faite”, j’aimerais mieux lui dire : “Que ta volonté soit faite.” »
On rapporte d’une femme qui, étant malade, comme on lui demandait si elle voulait vivre ou mourir, répondit : « Ce qu’il plaira à Dieu. » « Mais, dit quelqu’un, si Dieu s’en remettait à toi, que choisirais-tu ? » « En vérité, répondit-elle, je m’en remettrais de nouveau à lui. » Ainsi obtient de Dieu ce qu’il veut celui dont la volonté est soumise à Dieu.
M. Spurgeon fait cette remarque à ce sujet : « L’homme qui croit recourt à Dieu en tout temps, afin d’entretenir sa communion avec la pensée divine. La prière n’est pas un monologue, mais un dialogue ; non une introspection, mais un regard tourné vers les montagnes, d’où vient notre secours. Il y a un soulagement à décharger son esprit auprès d’un ami compatissant, et la foi l’éprouve abondamment ; mais il y a plus que cela dans la prière. Lorsqu’une activité obéissante est allée jusqu’au bout de son fil, sans pourtant atteindre la chose nécessaire, alors on se confie en la main de Dieu pour aller au-delà de nous, tout comme auparavant on comptait sur elle pour aller avec nous. La foi n’a aucun désir d’avoir sa propre volonté, quand cette volonté n’est pas en accord avec la pensée de Dieu ; car un tel désir serait au fond l’élan d’une incrédulité qui ne s’appuierait pas sur le jugement de Dieu comme notre meilleur guide. La foi sait que la volonté de Dieu est le souverain bien, et que tout ce qui nous est profitable sera accordé à nos requêtes. »
L’histoire nous apprend que les Tusculans, un peuple d’Italie, ayant offensé les Romains, dont la puissance était infiniment supérieure à la leur, Camille, à la tête d’une armée considérable, marchait pour les soumettre. Conscients de leur incapacité à tenir tête à un tel ennemi, ils prirent le moyen suivant pour l’apaiser : ils renoncèrent à toute pensée de résistance, ouvrirent leurs portes, et chacun s’appliqua à ses propres affaires, résolus à se soumettre là où ils savaient qu’il était vain de lutter. Camille, entrant dans leur ville, fut frappé de la sagesse et de la franchise de leur conduite, et leur adressa ces paroles : « Vous seuls, entre tous les peuples, avez trouvé la vraie manière d’apaiser la fureur romaine ; et votre soumission s’est révélée votre meilleure défense. À ces conditions, nous ne pouvons pas plus trouver en notre cœur de vous nuire que, à d’autres conditions, vous n’auriez pu trouver la force de vous opposer à nous. » Le premier magistrat répondit : « Nous nous sommes si sincèrement repentis de notre ancienne folie que, dans la confiance de cette satisfaction offerte à un généreux ennemi, nous ne craignons pas de reconnaître notre faute. »
Vu la difficulté d’amener nos cœurs à cette complète soumission à la volonté divine, nous pouvons bien faire nôtre la prière de Fénelon : « Ô mon Dieu, prends mon cœur, car je ne puis te le donner ; et quand tu l’auras, garde-le, car je ne puis le garder pour toi ; et sauve-moi malgré moi-même. »
Quelques-uns des meilleurs hommes que le monde ait jamais vus ont commis de grandes erreurs sur ce point. Moïse savait prier pour Israël et savait prévaloir auprès de Dieu ; mais Dieu n’exauça pas sa requête pour lui-même. Il demanda que Dieu lui fît passer le Jourdain, afin qu’il pût voir le Liban ; et après les quarante années d’errance dans le désert, il désira entrer dans la Terre promise ; mais le Seigneur ne lui accorda pas son désir. Était-ce un signe que Dieu ne l’aimait pas ? Nullement. C’était un homme grandement aimé de Dieu, comme Daniel ; et pourtant Dieu n’exauça pas cette prière-là. Votre enfant dit : « Je veux ceci ou cela », mais vous n’accordez pas la demande, parce que vous savez que ce serait la ruine de l’enfant de lui donner tout ce qu’il veut. Moïse souhaitait entrer dans la Terre promise ; mais le Seigneur lui réservait autre chose. Comme quelqu’un l’a dit, Dieu recueillit son âme d’un baiser et l’emmena auprès de lui. « Dieu l’enterra » — le plus grand honneur jamais rendu à un mortel.
Quinze cents ans plus tard, Dieu exauça la prière de Moïse ; il lui permit d’entrer dans la Terre promise et d’entrevoir la gloire à venir. Sur la montagne de la Transfiguration, avec Élie, le grand prophète, et avec Pierre, Jacques et Jean, il entendit la voix qui venait du trône de Dieu : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé: écoutez-le! » Cela valait mieux que d’avoir passé le Jourdain, comme le fit Josué, et de séjourner trente ans au pays de Canaan. Ainsi, lorsque nos prières pour les choses terrestres ne sont pas exaucées, soumettons-nous à la volonté de Dieu, et sachons que tout est bien.
Comme on demandait à un garçon sourd-muet pourquoi il pensait être né sourd-muet, prenant la craie, il écrivit au tableau : « Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. »
John Brown, de Haddington, dit un jour : « Sans doute ai-je rencontré des épreuves comme les autres ; mais Dieu a été si bon pour moi que je pense que, s’il me donnait autant d’années que j’en ai vécu dans le monde, je ne désirerais pas voir changer une seule circonstance de mon sort, sinon que j’aurais voulu qu’il y eût moins de péché. On pourrait écrire sur mon cercueil : “Ci-gît l’un des soucis de la Providence, qui perdit de bonne heure son père et sa mère, et qui pourtant ne manqua jamais des soins ni de l’un ni de l’autre.” »
Élie était puissant dans la prière ; il fit descendre le feu du ciel sur son sacrifice, et ses requêtes amenèrent la pluie sur la terre altérée. Il se tint sans crainte devant le roi Achab, dans la puissance de la prière. Et pourtant nous le trouvons assis sous un genêt comme un lâche, demandant à Dieu de le laisser mourir. Le Seigneur l’aimait trop pour cela ; il allait l’enlever au ciel dans un char de feu. Ainsi, nous ne devons pas laisser le diable prendre avantage sur nous et nous faire croire que Dieu ne nous aime pas parce qu’il n’accorde pas toutes nos requêtes au moment et de la manière que nous voudrions.
De même que Moïse occupe dans l’Ancien Testament plus de place qu’aucun autre personnage, ainsi en est-il de Paul dans le Nouveau Testament, excepté, peut-être, le Seigneur lui-même. Et pourtant Paul ne savait pas prier pour lui-même. Il supplia le Seigneur d’ôter « une écharde dans la chair ». Sa demande ne fut pas accordée ; mais le Seigneur lui octroya une plus grande bénédiction. Il lui donna plus de grâce. Il se peut que nous ayons quelque épreuve — quelque écharde dans la chair. Si ce n’est pas la volonté de Dieu de l’ôter, demandons-lui de nous donner plus de grâce afin de la supporter. Nous voyons que Paul se glorifiait de ses revers et de ses infirmités, parce que la puissance de Dieu reposait d’autant plus sur lui. Il en est peut-être parmi nous qui ont le sentiment que tout leur est contraire. Que Dieu nous fasse la grâce d’adopter la position de Paul et de dire : « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. » Ainsi, lorsque nous prions Dieu, nous devons être soumis et dire : « Que ta volonté soit faite. »
Dans l’Évangile de Jean, nous lisons : « Si vous » (ce « si » est déjà une montagne pour commencer), « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. » On cite souvent la seconde partie, mais non la première. Eh quoi ! il y a bien peu de demeure en Christ de nos jours ! On va lui rendre visite de temps à autre ; mais c’est tout. Si le Christ est dans mon cœur, je ne demanderai évidemment rien qui soit contraire à sa volonté. Et combien d’entre nous ont la Parole de Dieu qui demeure en eux ? Il nous faut un fondement pour nos prières. Si nous avons quelque grand désir, nous devons sonder les Écritures pour voir s’il est juste de le demander. Il y a bien des choses que nous voulons et qui ne sont pas bonnes pour nous ; et bien d’autres que nous désirons éviter et qui sont en réalité nos meilleures bénédictions. Un de mes amis se rasait un matin, et son petit garçon, âgé de moins de quatre ans, lui demanda son rasoir, disant qu’il voulait tailler du bois avec. Quand il vit qu’il ne pouvait l’obtenir, il se mit à pleurer comme si son cœur allait se briser. Je crains que beaucoup d’entre nous ne prient pour des rasoirs. John Bunyan bénit Dieu pour cette prison de Bedford plus que pour toute autre chose qui lui arriva dans cette vie. Nous ne prions jamais pour l’affliction ; et pourtant c’est souvent la meilleure chose que nous puissions demander.
Dyer dit : « Les afflictions sont pour nous des bénédictions quand nous savons bénir Dieu pour les afflictions. La souffrance a gardé bien des gens de pécher. Dieu eut un Fils sans péché ; mais il n’en eut jamais un sans douleur. Les épreuves ardentes font les chrétiens d’or ; les afflictions sanctifiées sont des promotions spirituelles. »
Rutherford écrit magnifiquement, touchant la valeur de l’épreuve sanctifiée et la sagesse de s’y soumettre à la volonté de Dieu : « Oh, que dois-je à la lime, au marteau, à la fournaise de mon Seigneur Jésus, qui m’a maintenant laissé voir combien est bon le froment du Christ qui passe par son moulin et par son four, pour être fait pain de sa propre table ! La grâce éprouvée vaut mieux que la grâce ; et elle est plus que la grâce : elle est la gloire dans son enfance. Je vois à présent que la piété est plus que le dehors, plus que les passements et les parures de ce monde. Qui connaît la vérité de la grâce sans une épreuve ? Oh, que le Christ obtient peu de nous, sinon ce qu’il gagne (pour ainsi dire) à grand-peine et à grand labeur ! Et combien vite la foi gèlerait sans une croix ! Que de croix muettes ont été posées sur mon dos, qui n’eurent jamais de langue pour dire la douceur du Christ, comme celle-ci l’a fait ! Quand le Christ bénit ses propres croix d’une langue, elles exhalent l’amour, la sagesse, la bonté et la sollicitude du Christ pour nous. Pourquoi reculerais-je devant la charrue de mon Seigneur, qui creuse de profonds sillons dans mon âme ? Je sais qu’il n’est point un laboureur paresseux ; il se propose une moisson. Oh, que cette jachère blanche et desséchée soit rendue fertile pour porter une moisson à celui par qui elle est si péniblement travaillée, et que ce sol en friche soit défriché ! Pourquoi ai-je (insensé que je suis !) été affligé qu’il ait posé sa guirlande et sa rose sur ma tête — la gloire et l’honneur de ses fidèles témoins ? Je ne désire plus désormais faire de plaintes au Christ. En vérité, il ne m’a fait subir aucune perte par ce que je souffre ; il ne me doit rien ; car dans mes liens, combien douces et réconfortantes m’ont été les pensées de lui, où je trouve une suffisante récompense ! Combien sont aveugles mes adversaires, qui m’ont envoyé dans une maison de festin, dans une maison de vin, aux aimables banquets de mon aimable Seigneur Jésus, et non dans une prison ou un lieu d’exil ! »
Nous pouvons clore nos remarques sur ce sujet par un renvoi aux paroles du prophète Jérémie, dans les Lamentations, où il dit : « L’Éternel a de la bonté pour qui espère en lui, Pour l’âme qui le cherche. Il est bon d’attendre en silence Le secours de l’Éternel. Il est bon pour l’homme De porter le joug dans sa jeunesse. Il se tiendra solitaire et silencieux, Parce que l’Éternel le lui impose; Il mettra sa bouche dans la poussière, Sans perdre toute espérance; Il présentera la joue à celui qui le frappe, Il se rassasiera d’opprobres. Car le Seigneur Ne rejette pas à toujours. Mais, lorsqu’il afflige, Il a compassion selon sa grande miséricorde; Car ce n’est pas volontiers qu’il humilie Et qu’il afflige les enfants des hommes. … Qui dira qu’une chose arrive, Sans que le Seigneur l’ait ordonnée? N’est-ce pas de la volonté du Très-Haut que viennent Les maux et les biens? Pourquoi l’homme vivant se plaindrait-il? Que chacun se plaigne de ses propres péchés. Recherchons nos voies et sondons, Et retournons à l’Éternel; Élevons nos cœurs et nos mains Vers Dieu qui est au ciel: »
Soumission
« Écoute-moi, mon Dieu, et si ma lèvre a osé
Murmurer sous ta main, oh ! enseigne-moi maintenant
À sentir chaque pensée intime mise à nu devant toi,
Et cette volonté rebelle à plier dans la foi.
Bien que j’aie pleuré éperdument sur le sanctuaire en ruine,
Où des idoles terrestres tenaient seules ta place,
Purifie à présent et fais tien ce temple,
Et enseigne-moi, Seigneur, à dire : “Que ta volonté soit faite !”
Que puis-je apporter en offrande qui soit mien ?
Une jeunesse de chagrin, et une vie de péché.
Que puis-je déposer sur ton sanctuaire sacré,
Pour gagner un seul espoir de pardon du passé ?
Tandis qu’en suppliant je m’incline à tes pieds,
J’ose encore lever vers toi mes yeux en pleurs,
Je plaide la promesse de ta parole, que toi,
Un cœur brisé et contrit, tu ne mépriseras point.
Que dois-je apporter ? Un esprit meurtri, Seigneur,
Usé par le combat, languissant maintenant après le repos,
Et soupirant après ta paix, comme un pauvre oiseau,
Au cœur de la tempête déchaînée, cherche le sein de sa mère,
Mon sacrifice, l’Agneau qui est mort pour moi ;
Je plaide les mérites de ton Fils sans péché ;
J’apporte tes promesses ; je me confie en toi ;
Dans l’amour tu frappes ; Seigneur, “Que ta volonté soit faite !” »