La prière qui prévaut ·Prières exaucées

Chapitre 11 · 24 min de lecture

Prières exaucées

Au quinzième chapitre de Jean, au septième verset, nous voyons qui obtient l’exaucement de ses prières — « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. » Or, au quatrième chapitre de Jacques, au troisième verset, on parle de gens dont les prières n’étaient pas exaucées : « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal. » Il y a bien des prières qui ne sont pas exaucées parce que le motif n’est pas le bon ; nous ne nous sommes pas conformés à la Parole de Dieu ; nous demandons mal. C’est une bonne chose que nos prières ne soient pas exaucées quand nous demandons mal.

Si nos prières ne sont pas exaucées, c’est peut-être que nous avons prié sans le bon motif, ou que nous n’avons pas prié selon les Écritures. Ne nous décourageons donc pas et ne renonçons pas à prier, quand bien même nos prières ne seraient pas exaucées de la manière que nous voulons.

Un homme alla un jour trouver George Muller et lui dit qu’il désirait qu’il priât pour une certaine chose. Cet homme déclara qu’il avait maintes fois demandé à Dieu de lui accorder sa requête, mais que Dieu n’avait pas jugé bon de le faire. M. Muller sortit son carnet et montra à l’homme le nom d’une personne pour laquelle, dit-il, il priait depuis vingt-quatre ans. Cette prière, ajouta M. Muller, n’était pas encore exaucée ; mais le Seigneur lui avait donné l’assurance que cette personne serait convertie, et sa foi reposait là-dessus.

Nous constatons parfois que nos prières sont exaucées sur-le-champ, tandis que nous prions ; d’autres fois, la réponse tarde. Mais surtout quand les hommes implorent la miséricorde, avec quelle promptitude la réponse vient ! Voyez Paul, quand il cria : « Seigneur, que veux-tu que je fasse? » La réponse vint aussitôt. Puis le publicain qui monta au temple pour prier — il reçut une réponse immédiate. Le brigand sur la croix pria : « Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne. » et la réponse vint immédiatement — là, sur l’heure. Il y a bien des cas semblables dans la Bible, mais il en est d’autres aussi qui prièrent longtemps et souvent. Le Seigneur prend plaisir à entendre ses enfants lui faire connaître leurs requêtes — lui exposer tous leurs ennuis ; et ensuite nous devons attendre son heure. Nous ne savons pas quand elle est.

Il y avait dans le Connecticut une mère dont le fils était à l’armée, et son cœur faillit se briser quand il partit, car il n’était pas chrétien. Jour après jour, elle éleva la voix en prière pour son garçon. Elle apprit plus tard qu’il avait été conduit à l’hôpital et y était mort, mais elle ne put rien savoir de la manière dont il était mort. Les années passèrent, et un jour un ami vint voir un membre de la famille pour affaires. Il y avait sur le mur un portrait du jeune soldat. Il le regarda et dit : « Connaissiez-vous ce jeune homme ? » La mère répondit : « Ce jeune homme était mon fils. Il est mort à la dernière guerre. » L’homme répliqua : « Je le connaissais très bien ; il était de ma compagnie. » La mère demanda alors : « Savez-vous quelque chose de sa fin ? » L’homme dit : « J’étais à l’hôpital, et il mourut de la mort la plus paisible, triomphant dans la foi. » La mère avait perdu tout espoir d’avoir jamais des nouvelles de son garçon ; mais avant de quitter ce monde, elle eut la satisfaction de savoir que ses prières avaient prévalu auprès de Dieu.

Je pense que nous trouverons, quand nous arriverons au ciel, quantité de nos prières que nous croyions sans réponse exaucées. Si c’est la vraie prière de la foi, Dieu ne nous décevra pas. Ne doutons pas de Dieu. Un jour, à une réunion à laquelle j’assistais, un monsieur me désigna un individu et dit : « Voyez-vous cet homme là-bas ? C’est l’un des meneurs d’un club d’incroyants. » Je m’assis à côté de lui, et l’incroyant dit : « Je ne suis pas chrétien. Vous avez assez longtemps trompé ces gens et fait croire à quelques-unes de ces vieilles femmes que vous obtenez des réponses à la prière. Essayez donc sur moi. » Je priai, et quand je me relevai, l’incroyant dit avec beaucoup de sarcasme : « Je ne suis pas converti ; Dieu n’a pas répondu à votre prière ! » Je dis : « Mais vous pourriez encore être converti. » Quelque temps après, je reçus d’un ami une lettre m’annonçant qu’il avait été converti et travaillait aux réunions.

Jérémie pria et dit : « Ah! Seigneur Éternel, Voici, tu as fait les cieux et la terre Par ta grande puissance et par ton bras étendu: Rien n’est étonnant de ta part. » Rien n’est trop difficile pour Dieu ; voilà une bonne parole à prendre pour devise. Je crois que c’est un temps de grande bénédiction dans le monde, et nous pouvons attendre de grandes choses. Tandis que la bénédiction tombe de toutes parts, levons-nous et prenons-y part. Dieu a dit : « Invoque-moi, et je te répondrai; Je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées, Que tu ne connais pas. » Maintenant, invoquons le Seigneur ; et prions que cela se fasse pour l’amour du Christ — non pour le nôtre.

À une convention chrétienne, il y a bon nombre d’années, un homme en vue se leva et parla — son sujet étant « Pour l’amour du Christ » — et il jeta une lumière nouvelle sur ce passage. Je ne l’avais jamais vu ainsi auparavant. Quand la guerre éclata, le fils unique de ce monsieur s’était engagé, et il ne voyait jamais une troupe de soldats sans que son cœur s’élançât aussitôt vers eux. On fonda un Foyer du soldat dans la ville où habitait ce monsieur, et il entra avec joie au comité et en fut le président. Quelque temps après, il dit à sa femme : « J’ai donné tant de temps à ces soldats que j’ai négligé mes affaires », et il descendit à son bureau avec la ferme résolution de ne se laisser déranger ce jour-là par aucun soldat. La porte s’ouvrit peu après, et il vit entrer un soldat. Il n’y prêta pas attention et continua d’écrire ; et le pauvre homme resta debout un bon moment. Enfin le soldat posa un vieux papier souillé sur lequel il y avait de l’écriture. Le monsieur remarqua que c’était l’écriture de son fils, et il saisit aussitôt la lettre et la lut. Elle disait à peu près ceci : « Cher père, ce jeune homme appartient à ma compagnie. Il a perdu la santé en défendant son pays, et il rentre chez sa mère pour y mourir. Traite-le avec bonté pour l’amour de Charlie. » Le monsieur laissa aussitôt son travail et emmena le soldat chez lui, où on prit soin de lui avec bonté jusqu’à ce qu’il pût être renvoyé chez sa mère ; puis il le conduisit à la gare et l’envoya chez lui avec un « Que Dieu te bénisse, pour l’amour de Charlie ! »

Que nos prières, donc, soient pour l’amour du Christ. Si nous voulons voir nos fils et nos filles convertis, prions que cela se fasse pour l’amour du Christ. Si tel est le motif, nos prières seront exaucées. Si Dieu a livré le Christ pour le monde, que ne nous donnera-t-il pas ? S’il a donné le Christ aux meurtriers, aux blasphémateurs et aux rebelles d’un monde plongé dans la méchanceté et le péché, que ne donnerait-il pas à ceux qui vont à lui pour l’amour du Christ ? Que notre prière soit que Dieu fasse avancer son œuvre, non pour notre gloire — non pour nous — mais pour l’amour de son Fils bien-aimé qu’il a envoyé.

Souvenons-nous donc que, lorsque nous prions, nous devons attendre une réponse. Soyons dans l’attente. Je me souviens qu’à la fin d’une réunion, dans l’une de nos villes du Sud, vers la fin de la guerre, un homme vint à moi en pleurant et en tremblant. Je crus que quelque chose que j’avais dit l’avait touché, et je me mis à l’interroger sur ce que c’était. Je constatai toutefois qu’il ne pouvait répéter un seul mot de ce que j’avais dit. « Mon ami, dis-je, quel est ton trouble ? » Il mit la main dans sa poche et en tira une lettre, toute souillée, comme si ses larmes y étaient tombées. « J’ai reçu cette lettre, dit-il, de ma sœur, hier soir. Elle me dit que chaque soir elle se met à genoux et prie Dieu pour moi. Je crois que je suis le pire homme de toute l’armée du Cumberland. J’ai été parfaitement misérable aujourd’hui. » Cette sœur était à six cents milles de là, mais elle avait amené son frère à genoux en réponse à sa prière fervente et croyante. C’était un cas difficile, mais Dieu entendit et exauça la prière de cette pieuse sœur, de sorte que l’homme fut comme l’argile dans la main du potier. Il fut bientôt introduit dans le royaume de Dieu — tout cela par les prières de sa sœur.

Je m’en allai à une trentaine de milles, en un autre lieu, où je racontai cette histoire. Un jeune homme, lieutenant dans l’armée, se leva d’un bond et dit : « Cela me rappelle la dernière lettre que j’ai reçue de ma mère. Elle me disait que chaque soir, au coucher du soleil, elle priait pour moi. Elle me suppliait, quand je recevrais sa lettre, d’aller à l’écart, seul, et de me donner à Dieu. Je mis la lettre dans ma poche, pensant qu’il y aurait tout le temps. » Il ajouta que la nouvelle suivante venue de chez lui fut que cette mère n’était plus. Il s’en alla seul dans les bois et cria au Dieu de sa mère d’avoir pitié de lui. Debout dans la réunion, le visage rayonnant, ce lieutenant dit : « Les prières de ma mère sont exaucées ; et mon seul regret est qu’elle n’ait pas vécu pour le savoir ; mais je la retrouverai un jour. » Ainsi, quoique nous ne vivions peut-être pas assez pour voir la réponse à nos prières, si nous crions puissamment à Dieu, la réponse viendra.

En Écosse, il y a bien des années, vivait un homme avec sa femme et ses trois enfants — deux filles et un garçon. Il avait l’habitude de s’enivrer et, de ce fait, de perdre sa place. À la fin, il dit qu’il prendrait Johnnie et s’en irait en Amérique, où il serait loin de ses anciennes fréquentations et où il pourrait recommencer sa vie. Il emmena le petit, âgé de sept ans, et partit. Peu après son arrivée en Amérique, il entra dans un débit de boisson et s’enivra. Il fut séparé de son garçon dans les rues, et ses proches ne l’ont jamais revu depuis. Le petit fut placé dans une institution, puis mis en apprentissage dans le Massachusetts. Après y être resté quelque temps, il devint mécontent et prit la mer ; il finit par venir à Chicago pour travailler sur les lacs. C’était un esprit vagabond, il avait parcouru les mers et les terres, et le voici maintenant à Chicago. Comme le navire entrait un jour au port, il fut invité à une réunion évangélique. Le joyeux message de l’Évangile l’atteignit, et il devint chrétien.

Après avoir été chrétien quelque temps, il désira ardemment retrouver sa mère. Il écrivit à divers endroits en Écosse, mais ne put découvrir où elle se trouvait. Un jour, il lut dans les Psaumes : « Il ne refuse aucun bien à ceux qui marchent dans l’intégrité. » Il ferma sa Bible, se mit à genoux et dit : « Ô Dieu, je m’efforce depuis des mois de marcher dans l’intégrité ; aide-moi à retrouver ma mère. » Il lui vint à l’esprit d’écrire de nouveau à l’endroit du Massachusetts d’où il s’était enfui des années auparavant. Il se trouva qu’une lettre venue d’Écosse l’y attendait depuis sept ans. Il écrivit aussitôt à l’endroit d’Écosse et découvrit que sa mère vivait encore ; la réponse revint immédiatement. J’aurais aimé que vous le voyiez quand il reçut cette lettre. Il me l’apporta ; et les larmes coulaient si fort qu’il pouvait à peine la lire. Sa sœur avait écrit au nom de la mère ; celle-ci avait été tellement bouleversée par la nouvelle de son garçon perdu depuis si longtemps qu’elle ne pouvait écrire.

La sœur disait que, durant les dix-neuf années qu’il avait passées loin d’elle, sa mère avait prié Dieu jour et nuit pour qu’il fût sauvé, qu’elle pût vivre assez pour savoir ce qu’il était devenu et le revoir une fois encore. Maintenant, disait la sœur, elle était si transportée de joie, non seulement de ce qu’il était vivant, mais de ce qu’il était devenu chrétien. Peu après, la mère et les sœurs vinrent à Chicago pour le retrouver.

Je rapporte cet épisode pour montrer comment Dieu répond à la prière. Cette mère cria à Dieu pendant dix-neuf longues années. Il a dû lui sembler parfois que Dieu ne voulait pas lui accorder le désir de son cœur ; mais elle continua de prier, et enfin la réponse vint.

Le témoignage personnel qui suit a été donné publiquement à l’une de nos réunions récemment tenues à Londres, et pourra servir à aider et à encourager les lecteurs de ces pages.

UN TÉMOIGNAGE DE RÉUNION DE PRIÈRE.

« Je veux que vous compreniez, mes amis, que ce que je raconte n’est pas ce que j’ai fait, mais ce que Dieu a fait. Dieu seul pouvait le faire ! J’avais depuis longtemps renoncé, comme à une cause perdue. Mais c’est par la grande miséricorde de Dieu que je me tiens ici ce soir, pour vous dire que le Christ peut sauver parfaitement tous ceux qui viennent à Dieu par lui.

« La lecture de ces “requêtes” [pour le salut des ivrognes] me toucha très profondément. Elles semblaient l’écho de mainte demande de prière qui a été faite pour moi. Et, d’après ce que je connais de la société en général et de la nature humaine, je sais que, dans un très grand nombre de familles, on a besoin de quelque requête semblable.

« C’est pourquoi, si ce que je puis vous dire réjouit quelque cœur chrétien, encourage quelque père ou mère pieux à continuer de prier pour leurs fils, ou vient en aide à tout homme ou femme qui s’est cru hors de portée de l’espérance, j’en rendrai grâce à Dieu.

« J’avais de très belles occasions. Mes parents aimaient le Seigneur Jésus et firent de leur mieux pour m’élever dans le droit chemin ; et pendant un temps je pensai moi-même que je deviendrais chrétien. Mais je m’éloignai du Christ, et je me détournai de plus en plus de Dieu et de toute bonne influence.

« C’est dans une école publique que j’appris d’abord à boire. Bien des fois, à dix-sept ans, je bus avec excès, mais j’avais un certain respect de moi-même qui m’empêcha de sombrer tout à fait jusqu’à environ vingt-trois ans ; mais de là jusqu’à vingt-six ans, je descendis régulièrement la pente. À Cambridge, j’allai toujours plus loin dans la boisson, jusqu’à perdre tout respect de moi-même et à choisir volontairement les pires compagnons.

« Je m’éloignai de plus en plus de Dieu, jusqu’à ce que mes amis, chrétiens et non chrétiens, jugèrent, et me dirent, qu’il y avait bien peu d’espoir pour moi. On avait plaidé auprès de moi par toutes sortes de gens, mais je “haïssais la réprimande”. Je haïssais tout ce qui sentait la religion, et je ricanais à tout bon conseil, ou à toute parole aimable qu’on m’offrait de cette manière.

« Mon père et ma mère moururent tous deux sans me voir amené au Seigneur. Ils prièrent pour moi tout le temps qu’ils vécurent, et à la toute fin ma mère me demanda si je ne voudrais pas la suivre pour être avec elle au ciel. Pour l’apaiser et la consoler, je dis que oui. Mais je ne le pensais pas ; et je songeai, une fois qu’elle serait partie, qu’elle connaissait à présent mes vrais sentiments. Après sa mort, j’allai de mal en pis et m’enfonçai de plus en plus profondément dans le vice. La boisson prit sur moi une emprise plus forte, et je tombai toujours plus bas. Je ne fus jamais “dans le ruisseau”, au sens où l’on entend généralement ce terme ; mais j’étais aussi bas dans mon âme que n’importe quel homme qui vit dans l’un de ces garnis communs.

« De Cambridge, j’allai d’abord dans une ville du Nord, où je fus placé comme clerc chez un avoué ; puis à Londres. Pendant que j’étais dans le Nord, MM. Moody et Sankey vinrent dans la ville où j’habitais ; et une de mes tantes, qui priait encore pour moi après la mort de ma mère, vint me dire : “J’ai une faveur à te demander.” Elle avait été très bonne pour moi, et je savais ce qu’elle voulait. Elle dit : “C’est d’aller entendre MM. Moody et Sankey.” “Très bien, dis-je ; c’est convenu. J’irai entendre ces hommes ; mais tu ne devras plus jamais me le demander. Tu le promets ?” “Oui, dit-elle, je le promets.” J’y allai, et je tins, croyais-je, très religieusement ma part du marché.

« J’attendis que le sermon fût terminé, et je vis M. Moody descendre de la chaire. On avait fait pour moi une prière fervente, et il avait été entendu entre ma tante et lui que le sermon me viserait, et qu’il viendrait me parler aussitôt après. Nous rencontrâmes M. Moody dans l’allée, et je crus avoir fait un fort joli coup en contournant ma tante, avant que M. Moody pût m’adresser la parole, et en sortant du bâtiment.

« Je m’éloignai davantage de Dieu après cela ; et je ne pense pas avoir fléchi les genoux dans la prière pendant deux ou trois ans. J’allai à Londres, et les choses empirèrent de plus en plus. Par moments, j’essayais de me redresser. Je pris quantité de résolutions. Je promis à moi-même et à mes amis de ne pas toucher à la boisson. Je tins mes résolutions quelques jours et, une fois, pendant six mois ; mais la tentation revint avec plus de force que jamais et m’emporta toujours plus loin du sentier de la vertu. À Londres, je négligeai mes affaires et tout ce que j’aurais dû faire, et je m’enfonçai plus avant dans le péché.

« L’un de mes compagnons de plaisir me dit : “Si tu ne te reprends pas, tu vas te tuer.” “Comment cela ?” demandai-je. “Tu te tues, car tu ne peux plus boire autant qu’avant.” “Eh bien, répondis-je, je n’y puis rien, alors.” J’en arrivai à un tel état que je ne croyais plus qu’il y eût pour moi le moindre secours possible.

« Le récit de ces choses me fait mal ; et tandis que je les rapporte, à Dieu ne plaise que j’éprouve autre chose que de la honte. Je vous dis ces choses parce que nous avons un Sauveur ; et si le Seigneur Jésus-Christ a sauvé un homme tel que moi, il peut aussi vous sauver.

« Les choses allèrent de la sorte jusqu’à ce que, enfin, je perdisse toute maîtrise de moi-même.

« J’avais bu et joué au billard un jour, et le soir je rentrai à mon logement. Je pensai m’y asseoir un moment, puis ressortir, comme d’habitude. Avant de sortir, je me mis à réfléchir, et cette pensée me frappa : “Comment tout cela finira-t-il ?” “Oh, me dis-je en moi-même, à quoi bon ? Je sais comment cela finira — par ma destruction éternelle, corps et âme !” Je sentais que je me tuais — mon corps ; et je savais trop bien quel en serait le résultat pour mon âme. Je jugeais qu’il m’était impossible d’être sauvé. Mais la pensée me vint avec force : “Y a-t-il un moyen d’échapper ?” “Non, dis-je ; j’ai pris quantité de résolutions. J’ai fait tout ce que je pouvais pour rester à l’écart de la boisson, mais je ne le puis. C’est impossible.”

« À ce moment précis, ces paroles me revinrent à l’esprit, tirées de la Parole même de Dieu — des paroles dont je ne m’étais pas souvenu depuis l’enfance : “Aux hommes cela est impossible, mais à Dieu tout est possible.” Et alors je vis, en un éclair, que ce que je venais d’admettre, comme je l’avais fait des centaines de fois auparavant, comme une impossibilité, était précisément la chose que Dieu s’était engagé à faire, si je voulais aller à lui. Toutes les difficultés se dressèrent sur mon chemin — mes compagnons, mon entourage de toute sorte, et mes tentations ; mais je levai simplement les yeux et pensai : “Cela est possible à Dieu.”

« Je me mis à genoux, là et à l’instant, dans ma chambre, et me mis à demander à Dieu de faire l’impossible. Dès que je le priai, d’une voix fort balbutiante — je n’avais pas prié depuis près de trois ans — je pensai : “Voilà, maintenant Dieu va m’aider.” Je saisis sa vérité, je ne sais comment. Il se passa neuf jours avant que je susse comment, et avant que j’eusse quelque assurance, ou paix et repos, pour mon âme. Je me relevai, là et sur l’heure, avec l’espoir que Dieu me sauverait. Je le tins pour la vérité, et je finis par le prouver ; de quoi je loue Dieu.

« Je pensai que la meilleure chose à faire serait d’aller trouver quelqu’un qui me parlât de mon âme et me dît comment être sauvé ; car j’étais un parfait païen, quoique j’eusse été si bien élevé. Je sortis et cherchai partout dans Londres ; et cela montre combien peu je connaissais les gens religieux et les lieux de culte, que je ne pus trouver une chapelle wesleyenne. Mon père et ma mère étaient wesleyens, et je pensais trouver un lieu appartenant à leur confession ; mais je n’y parvins pas. Je cherchai une heure et demie ; et cette nuit-là je fus dans la plus totale, la plus abjecte misère de corps et d’âme qu’un homme puisse imaginer ou concevoir.

« Je rentrai à mon logement et montai à l’étage, et je me dis : “Je n’irai pas me coucher avant d’être sauvé.” Mais j’étais si mal à cause de la boisson — je n’avais pas pris ma quantité habituelle de nourriture le soir ; et la réaction était si terrible, que je sentis qu’il me fallait aller au lit (bien que je n’osasse pas), sinon je serais au matin dans un état fort grave.

« Je savais dans quel état je serais au matin, à me dire : “quel fou j’ai été la nuit dernière !” lorsque je me réveillerais à peu près frais, et repartirais boire, comme je l’avais souvent fait. Mais de nouveau je pensai : “Dieu peut faire l’impossible. Il fera ce que je ne puis faire moi-même.” Et je priai le Seigneur de me laisser me réveiller à peu près dans le même état que celui où je m’étais couché, sentant le poids de mes péchés et de ma misère. Puis je m’endormis. La première chose au matin, dès que je me rappelai où j’étais, je pensai : “La conviction m’a-t-elle quitté ?” Non ; j’étais plus misérable qu’auparavant, et — cela parut étrange, quoique ce fût naturel — je me levai et remerciai le Seigneur de ce qu’il m’avait gardé inquiet au sujet de mon âme.

« Avez-vous jamais éprouvé cela ? Peut-être qu’après quelque réunion ou conversation avec un chrétien, ou après la lecture de la Parole de Dieu, vous êtes rentré dans votre chambre misérable et “presque persuadé”.

« Je continuai pendant huit ou neuf jours à chercher le Seigneur. Le samedi matin, je dus aller le dire aux clercs. Ce fut dur. Je le fis les larmes coulant sur mes joues. Un homme n’aime pas pleurer devant d’autres hommes. Quoi qu’il en soit, je leur dis que je voulais devenir, et étais résolu à devenir, chrétien. Le Seigneur m’aida par cette promesse : “à Dieu tout est possible.”

« Un sceptique baissa la tête et ne dit rien. Un autre, avec qui je jouais au billard, dit : “Je voudrais bien avoir le courage d’en dire autant moi-même !” Mes paroles furent reçues tout autrement que je ne l’avais cru. Mais l’homme même qui m’avait dit que je me tuais à force de boire passa une heure et demie à essayer de me faire boire, disant que j’“avais le cafard, que je n’étais pas dans mon assiette, et qu’un verre d’eau-de-vie ou de whisky me ferait du bien”. Il essaya de me faire boire ; et je me tournai enfin vers lui et dis : “Tu te souviens de ce que tu m’as dit ; j’essaie de m’éloigner de la boisson, et de ne plus y toucher.” Quand j’y songe, je me rappelle les paroles de Dieu lui-même : “les entrailles des méchants sont cruelles.”

« Et alors le Seigneur m’attira, jusqu’à ce que le petit fil devînt un câble auquel mon âme pouvait se suspendre. Il m’attira plus près ; jusqu’à ce que je découvrisse qu’il était mon Sauveur. En vérité, il “peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui”.

« Je ne dois pas oublier de vous dire que je me prosternai devant Dieu dans ma misère, mon impuissance et mon péché, et je reconnus devant lui qu’il était impossible que je fusse sauvé ; qu’il m’était impossible de rester à l’écart de la boisson ; mais depuis cette nuit-là jusqu’à cet instant, je n’ai jamais eu le moindre désir de boire.

« Ce fut vraiment une rude lutte que de renoncer au tabac. Mais Dieu, dans sa grande sagesse, savait que j’aurais dû sombrer s’il m’avait fallu combattre seul contre le désir accablant que j’avais de la boisson ; et il m’ôta aussi ce désir, tout net. De ce jour à ce jour, le Seigneur m’a tenu éloigné de la boisson et me l’a fait haïr le plus amèrement. Je disais simplement que je n’avais aucune force ; je n’en ai pas davantage à présent ; mais c’est le Seigneur Jésus qui “peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui”.

« S’il est parmi ceux qui m’écoutent quelqu’un qui a renoncé à tout espoir, viens au Sauveur ! Car tel est son nom : “c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.” Partout où je suis allé, depuis lors, je l’ai trouvé mon Sauveur. À Dieu ne plaise que je me glorifie ! Ce serait me glorifier de ma honte. C’est à ma honte que je parle ainsi de moi-même ; mais oh, le Sauveur peut sauver, et il sauvera !

« Amis chrétiens, continuez de prier. Vous irez peut-être au ciel avant que vos fils soient ramenés au bercail. Mes parents y sont allés ; et mes sœurs prièrent pour moi pendant des années et des années. Mais maintenant je peux aider d’autres sur leur chemin vers Sion. Loué soit le Seigneur pour toute sa miséricorde envers moi !

« Souvenez-vous : “à Dieu tout est possible.” Et alors vous pourrez dire, comme saint Paul : “Je puis tout par celui qui me fortifie.” »

Lève les yeux

« Ô âme des plus désolées, lève les yeux ! Pour toi
Une voix fidèle promet un secours assuré.
Quel que soit ton péché, quelle que soit ta douleur,
Dis tout à Jésus. Il regarde là
Où pleurent les cœurs las, et il s’approche
Pour écouter tendrement la prière à peine formée,
Ou lire la muette supplication d’une larme.
Ne perds pas ton privilège, ô âme silencieuse ;
Répands ta douleur aux pieds de ton Sauveur.
Quel proscrit repousse la main qui fait l’aumône ?
Oh, laisse-le entendre ta voix ; pour lui, ta voix est douce. »

A. S.

La prière qui prévaut Dwight L. Moody

Page 1 / 1 · 24 min restantes dans le chapitre