Chapitre 9 · 16 min de lecture
Qui délivrera ?
« N’y a-t-il point de baume en Galaad ? N’y a-t-il point de médecin ? Pourquoi donc la guérison de la fille de mon peuple ne s’opère-t-elle pas ? »—Jérémie 8:22.
« Revenez, enfants rebelles, Je pardonnerai vos infidélités. Nous voici, nous allons à toi, Car tu es l’Éternel, notre Dieu. »—Jérémie 3:22.
« Guéris-moi, Éternel, et je serai guéri. »—Jérémie 17:14.
« Misérable que je suis ! Qui me délivrera du corps de cette mort ? Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur! La loi de l’esprit de vie en Jésus-Christ m’a affranchi de la loi du péché et de la mort. »—Romains 7:24, 8:2.
Lors de l’une de nos conventions, un homme vint me trouver pour demander conseil et aide. C’était de toute évidence un chrétien sérieux et bien instruit. Depuis quelques années, il se trouvait dans un entourage des plus difficiles, s’efforçant de rendre témoignage à Christ. Il en résultait un sentiment d’échec et de malheur. Sa plainte était qu’il n’avait aucun goût pour la Parole, et que, bien qu’il priât, c’était comme si son cœur n’y était pas. S’il parlait à d’autres, ou donnait un traité, c’était sous un sentiment de devoir : l’amour et la joie étaient absents. Il aspirait à être rempli de l’Esprit de Dieu, mais plus il le cherchait, plus cela paraissait s’éloigner. Que devait-il penser de son état, et y avait-il quelque issue ?
Ma réponse fut que toute cette affaire me paraissait très simple : il vivait sous la loi et non sous la grâce. Tant qu’il en serait ainsi, aucun changement ne pouvait se produire. Il écouta attentivement, mais ne put voir exactement ce que je voulais dire.
Je lui rappelai la différence, l’entière opposition, entre la loi et la grâce. La loi exige ; la grâce accorde. La loi commande, mais ne donne aucune force pour obéir ; la grâce promet, et accomplit, elle fait tout ce que nous avons besoin de faire. La loi accable, abat et condamne ; la grâce console, et rend fort et joyeux. La loi fait appel au moi, pour qu’il fasse de son mieux ; la grâce montre Christ pour qu’il fasse tout. La loi appelle à l’effort et à la tension, et nous pousse vers un but que nous ne pouvons jamais atteindre ; la grâce opère en nous toute la bienheureuse volonté de Dieu. Je lui montrai que son premier pas devrait être, au lieu de lutter contre tout cet échec, de l’accepter pleinement, ainsi que la leçon de sa propre impuissance, telle que Dieu avait cherché à la lui enseigner, et, avec cette confession, de s’affaisser devant Dieu dans une entière impuissance. Là serait le lieu où il apprendrait que, à moins que la grâce ne lui donnât délivrance et force, il ne pourrait jamais faire mieux qu’il n’avait fait, et que la grâce, en vérité, opérerait tout pour lui. Il devait sortir de dessous la loi, du moi et de l’effort, et prendre sa place sous la grâce, laissant Dieu tout faire.
Lors d’entretiens ultérieurs, il me dit que le diagnostic du mal avait été exact. Il reconnaissait que la grâce devait tout faire. Et pourtant, si profonde était la pensée que nous devons faire quelque chose, que nous devons au moins apporter notre fidélité pour assurer l’œuvre de la grâce, qu’il craignait que sa vie ne fût guère différente ; il ne serait pas à la hauteur de la tension des nouvelles difficultés dans lesquelles il entrait à présent. Il y avait, au milieu de tout ce zèle intense, une note sourde de désespoir ; il ne pouvait pas vivre comme il savait qu’il le devait. J’ai déjà dit, dans le chapitre d’ouverture, que, dans certaines de nos réunions, j’avais remarqué ce ton de désespérance. Et nul pasteur qui est entré en contact étroit avec des âmes cherchant à vivre entièrement pour Dieu, à « marcher d’une manière digne du Seigneur et lui être entièrement agréables », ne peut ignorer que cela rend impossible tout véritable progrès. Pour parler spécialement du manque de prière, et du désir de vivre une vie de prière plus pleine, que de difficultés à surmonter ! Nous avons si souvent résolu de prier davantage et mieux, et nous avons échoué. Nous n’avons pas cette force de volonté qu’ont certains, capables, par une seule résolution, de se retourner et de changer leurs habitudes. La presse du devoir est aussi grande qu’elle l’a jamais été ; il est si difficile de trouver du temps pour plus de prière ; la véritable jouissance dans la prière, qui nous permettrait de persévérer, est ce que nous ne ressentons pas ; nous ne possédons pas le pouvoir de supplier et d’intercéder comme nous le devrions ; nos prières, au lieu d’être une joie et une force, sont une source de continuelle condamnation de soi et de doute. Nous avons, par moments, gémi, confessé et résolu ; mais, à dire l’honnête vérité, nous ne nous attendons à aucun grand changement, car nous n’en voyons pas le chemin.
Il est évident qu’aussi longtemps que cet esprit prévaut, il ne peut y avoir que bien peu de perspective d’amélioration. Le découragement doit amener la défaite. L’un des premiers soins d’un médecin est toujours d’éveiller l’espérance ; sans elle, il sait que ses remèdes ne profiteront souvent guère. Aucun enseignement de la Parole de Dieu sur le devoir, le besoin pressant, le bienheureux privilège d’une prière plus abondante, d’une prière efficace, ne servira, tant que se fait entendre le murmure secret : Il n’y a pas d’espoir. Notre premier soin doit être de découvrir la cause cachée de l’échec et du désespoir, puis de montrer combien la délivrance est divinement certaine. Nous devons, à moins de nous contenter de notre état, écouter cette question et nous y joindre : « N’y a-t-il point de baume en Galaad ? N’y a-t-il point de médecin ? Pourquoi donc la guérison de la fille de mon peuple ne s’opère-t-elle pas ? » Nous devons écouter, et recevoir dans notre cœur, la promesse divine avec la réponse qu’elle a rencontrée : « Revenez, enfants rebelles, Je pardonnerai vos infidélités. Nous voici, nous allons à toi, Car tu es l’Éternel, notre Dieu. » Nous devons venir avec la prière personnelle, et la foi qu’il y aura une réponse personnelle. Ne commencerons-nous pas dès maintenant à la revendiquer au sujet du manque de prière, et à croire que Dieu nous aidera : « Guéris-moi, Éternel, et je serai guéri » ?
Il importe toujours de distinguer entre les symptômes d’une maladie et la maladie elle-même. La faiblesse et l’échec dans la prière sont un signe de faiblesse dans la vie spirituelle. Si un malade demandait à un médecin de lui donner quelque chose pour stimuler son pouls faible, il s’entendrait dire que cela lui ferait peu de bien. Le pouls est l’indice de l’état du cœur et de tout l’organisme : le médecin s’efforce de rétablir la santé. Ce que doit apprendre quiconque voudrait prier plus fidèlement et plus efficacement, c’est ceci : que toute sa vie spirituelle est en état de maladie, et a besoin d’être rétablie. C’est à mesure qu’il en vient à considérer, non seulement ses manquements dans la prière, mais le manque dans la vie de foi dont ceux-ci sont le symptôme, qu’il prendra pleinement conscience du caractère grave du mal. Il verra alors le besoin d’un changement radical dans toute sa vie et sa marche, si sa vie de prière, qui n’est que le pouls du système spirituel, doit indiquer la santé et la vigueur. Dieu nous a créés de telle sorte que l’exercice de toute fonction saine cause de la joie. La prière est destinée à être aussi simple et naturelle que respirer ou travailler l’est pour un homme en bonne santé. La répugnance que nous éprouvons, et l’échec que nous confessons, sont la voix même de Dieu qui nous appelle à reconnaître notre maladie, et à venir à lui pour la guérison qu’il a promise.
Et quel est donc le mal dont le manque de prière est le symptôme ? Nous ne pouvons trouver de meilleure réponse que celle qui est indiquée dans ces paroles : « Vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce. »
Nous avons là suggérée la possibilité de deux types de vie chrétienne. Il peut y avoir une vie en partie sous la loi et en partie sous la grâce ; ou bien une vie entièrement sous la grâce, dans la pleine liberté à l’égard de l’effort propre, et la pleine expérience de la force divine qu’elle peut donner. Un vrai croyant peut encore vivre en partie sous la loi, dans la puissance de l’effort propre, s’efforçant de faire ce qu’il ne peut accomplir. L’échec continuel de sa vie chrétienne, qu’il confesse, tient à cette seule chose : il se confie en lui-même, et essaie de faire de son mieux. Il prie, il est vrai, et se tourne vers Dieu pour être aidé ; mais c’est encore lui, dans sa propre force, aidé de Dieu, qui doit faire l’œuvre. Dans les épîtres aux Romains, aux Corinthiens et aux Galates, nous savons comment Paul leur dit qu’ils n’ont pas reçu de nouveau un esprit de servitude, qu’ils sont affranchis de la loi, qu’ils ne sont plus des serviteurs mais des fils ; qu’ils doivent se garder de rien tant que de se laisser de nouveau prendre au joug de la servitude. Partout c’est le contraste entre la loi et la grâce, entre la chair, qui est sous la loi, et l’Esprit, qui est le don de la grâce, et par qui la grâce accomplit toute son œuvre. De nos jours, tout comme en ces premiers âges, le grand danger est de vivre sous la loi, et de servir Dieu dans la force de la chair. Chez la grande majorité des chrétiens, il semble que ce soit l’état dans lequel ils demeurent toute leur vie. De là vient, dans une si large mesure, le manque de vie véritablement sainte et de puissance dans la prière. Ils ne savent pas que tout échec ne peut avoir qu’une seule cause : Les hommes cherchent à faire eux-mêmes ce que la grâce seule peut faire en eux, ce que la grâce fera très certainement.
Beaucoup ne seront pas disposés à admettre que c’est là leur mal, qu’ils ne vivent pas « sous la grâce ». Impossible, disent-ils. « Du fond de mon cœur, s’écrie un chrétien, je crois et je sais qu’il n’y a rien de bon en moi, et que je dois tout à la grâce seule. » « J’ai passé ma vie, dit un pasteur, et j’ai trouvé ma gloire, à prêcher et à exalter les doctrines de la grâce gratuite. » « Et moi, répond un missionnaire, comment aurais-je jamais pu songer à voir les païens sauvés, si ma seule confiance n’avait été dans le message que j’apportais, et dans la puissance à laquelle je me fiais, celle de la surabondante grâce de Dieu ? » Vous ne pouvez sûrement pas dire que nos échecs dans la prière — et nous les confessons tristement — tiennent à ce que nous ne vivons pas « sous la grâce » ? Cela ne peut être notre mal.
Nous savons combien souvent un homme peut souffrir d’une maladie sans le savoir. Ce qu’il tient pour un léger malaise se révèle être une affection dangereuse. Ne soyons pas trop sûrs que nous ne vivons pas, dans une large mesure, encore « sous la loi », alors même que nous nous considérons comme vivant tout entiers « sous la grâce ». Très souvent, la raison de cette méprise est le sens limité que l’on attache au mot « grâce ». De même que nous limitons Dieu lui-même, par nos pensées mesquines ou incrédules à son sujet, de même nous limitons sa grâce au moment même où nous nous complaisons dans des expressions telles que « richesses de la grâce », « grâce infiniment abondante ». L’expression même de « grâce surabondante », depuis le livre de Bunyan et par la suite, n’a-t-elle pas été confinée à cette seule et grande et bienheureuse vérité de la justification gratuite, avec le pardon sans cesse renouvelé et la gloire éternelle pour le plus vil des pécheurs, tandis que l’autre vérité, tout aussi bienheureuse, de la « grâce surabondante » dans la sanctification n’est pas pleinement connue ? Paul écrit : « À plus forte raison ceux qui reçoivent l’abondance de la grâce et du don de la justice régneront-ils dans la vie par Jésus-Christ lui seul. » Ce règne dans la vie, comme vainqueur du péché, se trouve ici-bas même. « Là où le péché a abondé » dans le cœur et la vie, « la grâce a surabondé… afin que la grâce régnât par la justice » dans toute la vie et tout l’être du croyant. C’est de ce règne de la grâce dans l’âme que Paul demande : « Pécherions-nous, parce que nous sommes… sous la grâce? », et il répond : « Loin de là! » La grâce n’est pas seulement le pardon du péché, mais la puissance sur le péché ; la grâce prend la place que le péché avait dans la vie, et se charge, comme le péché avait régné au-dedans dans la puissance de la mort, de régner dans la puissance de la vie de Christ. C’est de cette grâce que Christ a parlé : « Ma grâce te suffit » ; et Paul a répondu : « Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses ; car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. » C’est de cette grâce qui, lorsque nous consentons à nous confesser tout à fait impuissants et sans secours, intervient pour tout opérer en nous, que Paul enseigne ailleurs : « Et Dieu peut vous combler de toutes sortes de grâces, afin que, possédant toujours en toutes choses de quoi satisfaire à tous vos besoins, vous ayez encore en abondance pour toute bonne œuvre. »
Il est souvent arrivé qu’un chercheur de Dieu et du salut ait longtemps lu sa Bible, sans pourtant jamais voir la vérité d’une justification gratuite, pleine et immédiate par la foi. Une fois ses yeux ouverts, et après l’avoir acceptée, il fut stupéfait de la trouver partout. De même, bien des croyants qui tiennent les doctrines de la grâce gratuite appliquées au pardon n’en ont jamais vu la merveilleuse portée : celle qui se charge d’opérer en nous toute notre vie, et de nous donner effectivement de la force à chaque instant pour tout ce que le Père voudrait que nous soyons et fassions. Lorsque la lumière de Dieu resplendit dans notre cœur avec cette bienheureuse vérité, nous comprenons ce que Paul veut dire : « Non pas moi, mais la grâce de Dieu. » Voilà de nouveau la double vie chrétienne. L’une, où ce « Non pas moi » — je ne suis rien, je ne puis rien faire — n’est pas encore devenu une réalité. L’autre, où le merveilleux échange s’est fait, où la grâce a pris la place de notre effort, et où nous disons et savons : « Je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. » Cela peut alors devenir une expérience de toute une vie : « La grâce de notre Seigneur a surabondé, avec la foi et la charité qui est en Jésus-Christ. »
Enfant bien-aimé de Dieu ! qu’en penses-tu ? n’est-il pas possible que ce soit là ce qui a manqué à ta vie, la cause de ton échec dans la prière ? Tu ne savais pas comment la grâce te rendrait capable de prier, une fois toute la vie placée sous sa puissance. Tu as cherché, par un effort sérieux, à vaincre ta répugnance ou ta torpeur dans la prière, mais tu as échoué. Tu t’es efforcé, par tous les motifs de honte ou d’amour que tu pouvais imaginer, de t’y stimuler, mais cela n’a pas aidé. Ne vaut-il pas la peine de demander au Seigneur si le message que je t’apporte comme son serviteur n’est pas plus vrai pour toi que tu ne le penses ? Ton manque de prière tient à un état de vie malade, et le mal n’est rien d’autre que ceci : tu n’as pas accepté, pour la vie quotidienne et pour chaque devoir, le plein salut qu’apporte la parole : « Vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce. » Aussi universelle et profonde que l’exigence de la loi et le règne du péché, oui, plus infiniment abondante encore, est la provision de la grâce et la puissance par laquelle elle nous fait régner dans la vie. (Note B.)
Dans le chapitre qui suit celui où Paul a écrit : « Vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce », il nous donne un tableau de la vie d’un croyant sous la loi, avec l’amère expérience où elle aboutit : « Misérable que je suis ! Qui me délivrera du corps de cette mort ? » Sa réponse à cette question, « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur! », montre qu’il y a une délivrance d’une vie tenue captive sous de mauvaises habitudes contre lesquelles on a lutté en vain. Cette délivrance vient par le Saint-Esprit, qui donne la pleine expérience de ce que la vie de Christ peut opérer en nous : « La loi de l’esprit de vie en Jésus-Christ m’a affranchi de la loi du péché et de la mort. » La loi de Dieu ne pouvait que nous livrer à la puissance de la loi du péché et de la mort. La grâce de Dieu peut nous introduire, et nous garder, dans la liberté de l’Esprit. Nous pouvons être affranchis de la triste vie sous la puissance qui nous menait captifs, de sorte que nous ne faisions pas ce que nous voulions. L’Esprit de vie en Christ peut nous affranchir de notre continuel échec dans la prière, et nous rendre capables, en cela aussi, de marcher d’une manière digne du Seigneur et de lui être entièrement agréables.
Oh ! ne sois pas sans espoir, ne sois pas abattu ; il y a un baume en Galaad ; il y a là un Médecin ; il y a une guérison pour notre maladie. Ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu. Ce que tu ne vois nul moyen de faire, la grâce le fera. Confesse le mal ; confie-toi au Médecin ; réclame la guérison ; prie la prière de la foi : « Guéris-moi, et je serai guéri. » Toi aussi, tu peux devenir un homme de prière, et prier la prière efficace qui a une grande efficace.