Chapitre 8 · 13 min de lecture
Retenir la prière — est-ce un péché ?
« Tu anéantis tout mouvement de piété devant Dieu. »—Job 15:4.
« Que gagnerons-nous à lui adresser nos prières? »—Job 21:15.
« Loin de moi aussi de pécher contre l’Éternel, de cesser de prier pour vous ! »—1 Samuel 12:23.
« Je ne serai plus avec vous, si vous ne détruisez pas l’interdit du milieu de vous. »—Josué 7:12.
Tout réveil profond de la vie spirituelle de l’Église s’accompagnera toujours d’un sens plus profond du péché. Cela ne commencera pas par la théologie ; celle-ci ne peut que donner expression à ce que Dieu opère dans la vie de son peuple. Cela ne signifie pas non plus que ce sens plus profond du péché ne se manifestera que par des expressions plus fortes de reproche de soi ou de repentance : on constate parfois que cela coexiste avec un péché entretenu et une incrédulité quant à la délivrance. Mais le vrai sentiment de l’odieux du péché, la haine du péché, se prouvera par l’intensité du désir d’en être délivré, et par l’effort de connaître jusqu’au bout ce que Dieu peut faire pour en sauver — une sainte jalousie de ne pécher en rien contre Dieu.
Si nous voulons traiter efficacement le manque de prière, il nous faut le considérer sous cet angle et demander : Retenir la prière, est-ce un péché ? Et si c’en est un, comment faut-il le traiter, le découvrir, le confesser, et le rejeter par l’homme, et le laver par Dieu ? Jésus est un Sauveur qui délivre du péché. Ce n’est qu’à mesure que nous connaissons vraiment le péché que nous pouvons vraiment connaître la puissance qui sauve du péché. La vie qui peut prier efficacement est la vie du sarment purifié — la vie qui connaît la délivrance de la puissance du moi. Voir que nos péchés en matière de prière sont vraiment des péchés, voilà le premier pas vers une vraie et divine délivrance.
Dans l’histoire d’Acan, nous avons l’une des preuves les plus fortes de l’Écriture que c’est le péché qui prive le peuple de Dieu de sa bénédiction, et que Dieu ne le tolérera pas ; et en même temps l’indication la plus claire des principes selon lesquels Dieu le traite et l’ôte. Voyons, à la lumière de ce récit, si nous pouvons apprendre à considérer le péché du manque de prière, et le caractère pécheur qui en est la racine. Les paroles que j’ai citées plus haut, « Je ne serai plus avec vous, si vous ne détruisez pas l’interdit du milieu de vous », nous conduisent au cœur même du récit, et suggèrent une série de leçons des plus précieuses autour de la vérité qu’elles expriment : que la présence du péché rend impossible la présence de Dieu.
1. La présence de Dieu est le grand privilège du peuple de Dieu, et sa seule puissance contre l’ennemi. — Dieu avait promis à Moïse : Je vous ferai entrer dans le pays. Moïse montra qu’il l’avait compris lorsque Dieu, après le péché du veau d’or, parla de retirer sa présence et d’envoyer un ange. Il refusa d’accepter rien de moins que la présence de Dieu. « Comment sera-t-il donc certain que j’ai trouvé grâce à tes yeux, moi et ton peuple? Ne sera-ce pas quand tu marcheras avec nous? » C’est cela qui donnait à Caleb et à Josué leur assurance : L’Éternel est avec nous. C’est cela qui donna à Israël sa victoire sur Jéricho : la présence de Dieu. C’est là, d’un bout à l’autre de l’Écriture, la grande promesse centrale : Je suis avec toi. C’est ce qui distingue le croyant de tout son cœur du mondain et des chrétiens mondains qui l’entourent : il vit consciemment caché dans le secret de la présence de Dieu.
2. La défaite et l’échec sont toujours dus à la perte de la présence de Dieu. — Il en fut ainsi à Aï. Dieu avait fait entrer son peuple en Canaan avec la promesse de lui donner le pays. Lorsque survint la défaite d’Aï, Josué sentit aussitôt que la cause devait être dans le retrait de la puissance de Dieu. Il n’avait pas combattu pour eux. Sa présence avait été retenue.
Dans la vie chrétienne et dans l’œuvre de l’Église, la défaite est toujours un signe de la perte de la présence de Dieu. Si nous appliquons cela à notre échec dans la vie de prière, et, par suite, à notre échec dans l’œuvre de Dieu, nous sommes amenés à voir que tout tient simplement à ce que nous ne nous tenons pas dans une communion claire et pleine avec Dieu. Sa proximité, sa présence immédiate, n’a pas été la chose principale recherchée et à laquelle nous nous sommes fiés. Il ne pouvait pas travailler en nous comme il l’aurait voulu. La perte de la bénédiction et de la puissance est toujours causée par la perte de la présence de Dieu.
3. La perte de la présence de Dieu est toujours due à quelque péché caché. — De même que la douleur est disposée dans la nature pour avertir de quelque mal caché dans l’organisme, la défaite est la voix de Dieu qui nous dit qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Il s’est donné si entièrement à son peuple, il prend un tel plaisir à être avec lui, et voudrait si volontiers révéler en lui son amour et sa puissance, qu’il ne se retire jamais, à moins qu’on ne l’y contraigne par le péché.
Partout dans l’Église, il y a une plainte de défaite. L’Église a si peu de puissance sur les masses, ou sur les classes instruites. Les conversions puissantes sont relativement rares. On ressent partout le petit nombre de chrétiens saints, consacrés, spirituels, voués au service de Dieu et de leurs semblables. La puissance de l’Église pour la prédication de l’Évangile aux païens est paralysée par la pénurie d’argent et d’hommes ; et tout cela à cause du manque de la prière efficace qui amène le Saint-Esprit avec puissance, d’abord sur les pasteurs et les croyants, puis sur les missionnaires et les païens. Pouvons-nous le nier — que le manque de prière est le péché à cause duquel la présence et la puissance de Dieu ne se manifestent pas davantage parmi nous ?
4. Dieu lui-même découvrira le péché caché. — Nous pouvons croire savoir quel est le péché : seul Dieu peut en découvrir le sens réel et profond. Lorsqu’il parla à Josué, avant de nommer le péché d’Acan, Dieu dit d’abord : « Ils ont transgressé mon alliance que je leur ai prescrite. » Dieu avait ordonné (6:19) que tout le butin de Jéricho, l’or, l’argent et tout ce qui s’y trouvait, fût une chose vouée par interdit, consacrée à l’Éternel, et vînt dans son trésor. Et Israël avait rompu ce vœu de consécration : il n’avait pas donné à Dieu ce qui lui était dû ; il avait dérobé Dieu.
C’est cela qu’il nous faut : Dieu doit nous découvrir comment le manque de prière est l’indice d’une infidélité à notre vœu de consécration, selon lequel Dieu devrait avoir tout notre cœur et toute notre vie. Nous devons voir que ce fait de retenir la prière, avec les excuses que nous en donnons, est un péché plus grave que nous ne l’avons pensé ; car qu’est-ce que cela signifie ? Que nous avons peu de goût ou d’attrait pour la communion avec Dieu ; que notre foi repose davantage sur notre propre travail et nos propres efforts que sur la puissance de Dieu ; que nous n’avons guère le sens de la bénédiction céleste que Dieu attend de répandre sur nous ; que nous ne sommes pas prêts à sacrifier l’aise et l’assurance de la chair pour une attente persévérante devant Dieu ; que la spiritualité de notre vie, et notre demeure en Christ, sont bien trop faibles pour nous faire prévaloir dans la prière. Lorsqu’on laisse la pression du travail pour Christ servir d’excuse au fait que nous ne trouvons pas le temps de rechercher et d’assurer sa propre présence et sa puissance dans ce travail, comme notre besoin principal, cela prouve assurément qu’il n’y a pas de juste sentiment de notre absolue dépendance envers Dieu ; nulle profonde compréhension de l’œuvre divine et surnaturelle de Dieu dont nous ne sommes que les instruments ; nulle véritable entrée dans le caractère céleste, tout à fait étranger à ce monde, de notre mission et de nos buts ; nul plein abandon à Christ Jésus lui-même, ni délices en lui.
Si nous consentions à laisser l’Esprit de Dieu nous montrer que tout cela est bien, en vérité, le sens de notre négligence dans la prière, et du fait que nous laissons d’autres choses l’évincer, toutes nos excuses tomberaient, et nous nous prosternerions en criant : « Nous avons péché ! nous avons péché ! » Samuel dit un jour : « Loin de moi aussi de pécher contre l’Éternel, de cesser de prier pour vous ! » Cesser de prier est un péché contre Dieu. Que Dieu nous le découvre. (Note A.)
5. Quand Dieu découvre le péché, il faut le confesser et le rejeter. — Lorsque survint la défaite d’Aï, Josué et Israël ignoraient la cause. Dieu traita Israël comme une nation, comme un seul corps, et le péché d’un seul membre fut visité sur tous. Israël tout entier ignorait le péché, et pourtant en souffrait. L’Église peut ignorer la gravité de ce péché qu’est le fait de retenir la prière ; des pasteurs ou des croyants pris individuellement peuvent n’y avoir jamais vu une transgression réelle ; il n’en apporte pas moins son châtiment. Mais lorsque le péché n’est plus caché, lorsque le Saint-Esprit commence à en convaincre, alors vient le temps de l’examen du cœur. Dans notre récit, l’alliance de la responsabilité individuelle et collective est très solennelle. L’individuelle : comme nous la trouvons dans l’expression « homme par homme » ; chaque homme se sentait sous l’œil de Dieu, appelé à rendre compte. Et lorsque Acan eut été désigné, il lui fallut faire une confession. La collective : comme nous le voyons dans tout Israël souffrant d’abord et traité par Dieu, puis prenant Acan, sa famille et la chose vouée à l’interdit, et les détruisant du milieu d’eux.
Si nous avons lieu de penser que c’est là le péché qui est dans le camp, commençons par une confession personnelle et collective. Puis venons devant Dieu pour écarter et détruire le péché. Voici, dès le seuil de l’histoire d’Israël en Canaan, le monceau de pierres dans la vallée d’Acor, pour nous dire que Dieu ne peut supporter le péché, que Dieu ne veut pas habiter avec le péché, et que, si nous voulons réellement la présence de Dieu avec puissance, il faut ôter le péché. Regardons ce fait solennel en face. Il peut y avoir d’autres péchés, mais en voici certainement un qui cause la perte de la présence de Dieu — nous ne prions pas comme Christ et l’Écriture nous l’enseignent. Portons-le devant Dieu, et livrons ce péché à la mort. Abandonnons-nous à Dieu pour obéir à sa voix. Que nulle crainte d’un échec passé, que nul déploiement menaçant de tentations, de devoirs ou d’excuses ne nous retienne. C’est une simple question d’obéissance. Allons-nous nous livrer à Dieu et à son Esprit pour vivre une vie de prière, qui lui soit agréable ? Assurément, si c’est Dieu qui a retenu sa présence, qui a découvert le péché, qui appelle à sa destruction et à un retour à l’obéissance, assurément nous pouvons compter sur sa grâce pour nous accepter et nous fortifier en vue de la vie qu’il nous demande. Il ne s’agit pas de ce que tu peux faire ; il s’agit de savoir si, maintenant, de tout ton cœur, tu te tournes pour rendre à Dieu ce qui lui est dû, et te donnes pour laisser sa volonté et sa grâce faire leur œuvre en toi.
6. Le péché ôté, la présence de Dieu est rétablie. — À partir de ce jour, il n’y a plus dans le livre de Josué un seul mot de défaite au combat. Le récit les montre allant de victoire en victoire. La présence de Dieu assurée donne la puissance de vaincre tout ennemi.
Cette vérité est si simple que la facilité même avec laquelle nous y acquiesçons lui ôte sa puissance. Arrêtons-nous et réfléchissons à ce qu’elle implique. La présence de Dieu rétablie signifie la victoire assurée. Donc, nous sommes responsables de la défaite. Donc, il doit y avoir quelque part un péché qui la cause. Donc, nous devrions aussitôt découvrir et ôter ce péché. Nous pouvons compter avec confiance sur la présence de Dieu dès l’instant où le péché est ôté. Assurément, chacun est sous la solennelle obligation de scruter sa vie et de voir quelle part il peut avoir à ce mal.
Dieu ne parle jamais du péché à son peuple qu’en vue de l’en sauver. La même lumière qui montre le péché montrera le moyen d’en sortir. La même puissance qui abat et condamne donnera, si l’on s’y soumet humblement et si l’on l’attend dans la confession et la foi, la force de se relever et de vaincre. C’est Dieu qui parle à son Église et à nous de ce péché : « Il s’étonne de ce que personne n’intercède. » « J’étais étonné, et personne pour me soutenir. » « Je cherche parmi eux un homme… qui se tienne à la brèche devant moi… mais je n’en trouve point. » Le Dieu qui parle ainsi est celui qui opérera le changement pour ses enfants qui recherchent sa face. Il fera de la vallée d’Acor, de trouble et de honte, du péché confessé et rejeté, une porte d’espérance. Ne craignons pas, ne nous attachons pas aux excuses et aux explications que suggèrent les circonstances, mais confessons simplement : « Nous avons péché ; nous péchons ; nous n’osons plus pécher. » En cette matière de la prière, nous sommes sûrs que Dieu ne nous demande pas l’impossible. Il ne nous lasse pas par un idéal irréalisable. Il ne nous demande pas de prier plus qu’il ne donne la grâce de le faire. Il donnera la grâce de faire ce qu’il demande, et de prier de telle sorte que nos intercessions soient, jour après jour, un plaisir pour lui et pour nous, une source de force pour notre conscience et notre travail, et un canal de bénédiction pour ceux en faveur de qui nous peinons.
Dieu traita personnellement avec Josué, avec Israël, avec Acan. Que chacun de nous le laisse traiter personnellement avec nous au sujet de ce péché qu’est le fait de retenir la prière, et de ses conséquences dans notre vie et notre travail ; au sujet de la délivrance du péché, de sa certitude et de son bonheur. Prosterne-toi seulement dans le silence et attends devant Dieu, jusqu’à ce que, comme Dieu, il te couvre de sa présence, te fasse sortir de cette région d’arguments sur les possibilités humaines, où la conviction de péché ne peut jamais être profonde, et où la pleine délivrance ne peut jamais venir. Prends du temps dans le calme, et tiens-toi en repos devant Dieu, afin qu’il prenne cette affaire en main. « Sois tranquille, car il ne se donnera point de repos qu’il n’ait terminé cette affaire aujourd’hui. » Remets-toi entre les mains de Dieu.