Le ministère de l'intercession ·À cause de son importunité

Chapitre 6 · 14 min de lecture

À cause de son importunité

« même s’il ne se levait pas pour les lui donner parce que c’est son ami, il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait tout ce dont il a besoin. »—Luc 11:8.

« Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher.... Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. »—Luc 18:1-8.

Notre Seigneur Jésus jugea si important que nous connaissions le besoin de persévérance et d’importunité dans la prière, qu’il prononça deux paraboles pour nous l’enseigner. C’est une preuve suffisante que, sous cet aspect de la prière, nous avons tout à la fois sa plus grande difficulté et sa plus haute puissance. Il veut que nous sachions que, dans la prière, tout ne sera pas aisé ni facile ; nous devons nous attendre à des difficultés, qui ne peuvent être vaincues que par une persévérance obstinée et résolue.

Dans les paraboles, notre Seigneur représente la difficulté comme existant du côté des personnes à qui la requête était adressée, et l’importunité comme nécessaire pour vaincre leur répugnance à écouter. Dans nos relations avec Dieu, la difficulté n’est pas de son côté, mais du nôtre. À propos de la première parabole, il nous dit que notre Père est plus disposé à donner de bonnes choses à ceux qui les lui demandent qu’aucun père terrestre à donner du pain à son enfant. Dans la seconde, il nous assure que Dieu désire ardemment faire promptement justice à ses élus. Le besoin d’une prière instante ne peut venir de ce que Dieu doive être rendu désireux ou disposé à bénir : le besoin réside entièrement en nous-mêmes. Mais parce qu’il n’était pas possible de trouver une illustration terrestre d’un père aimant ou d’un ami bienveillant qui pût enseigner la leçon nécessaire d’importunité, il prend l’ami peu disposé et le juge inique pour encourager en nous la foi que la persévérance peut vaincre tout obstacle.

La difficulté n’est pas dans l’amour ou la puissance de Dieu, mais en nous-mêmes et dans notre propre incapacité à recevoir la bénédiction. Et pourtant, parce qu’il y a cette difficulté chez nous, ce manque de préparation spirituelle, il y a aussi une difficulté chez Dieu. Sa sagesse, sa justice, oui, son amour, n’osent pas nous donner ce qui nous ferait du mal, si nous le recevions trop tôt ou trop facilement. Le péché, ou la conséquence du péché, qui rend impossible à Dieu de donner aussitôt, est une barrière du côté de Dieu aussi bien que du nôtre ; briser cette puissance du péché en nous-mêmes, ou en ceux pour qui nous prions, voilà ce qui fait de la lutte et du combat de la prière une réalité si vraie. Et ainsi, dans tous les âges, les hommes ont prié, et à juste titre, avec le sentiment qu’il y avait dans le monde céleste des difficultés à vaincre. À mesure qu’ils plaidaient auprès de Dieu pour l’enlèvement des obstacles inconnus, et que, dans cette supplication persévérante, ils étaient amenés à un état de brisement et d’impuissance totale, d’entière résignation à lui, d’union avec sa volonté, et de foi capable de le saisir, les obstacles en eux-mêmes et dans le ciel étaient vaincus ensemble. À mesure que Dieu les vainquait, ils vainquaient Dieu. À mesure que Dieu prévaut sur nous, nous prévalons auprès de Dieu.

Dieu nous a constitués de telle sorte que plus notre intelligence perçoit clairement le bien-fondé d’une exigence, plus notre soumission à celle-ci sera de tout cœur. Une grande cause de notre négligence dans la prière, c’est qu’il semble y avoir quelque chose d’arbitraire, ou du moins quelque chose d’incompréhensible, dans l’appel à une prière aussi continue. Si nous pouvions être amenés à voir que cette difficulté apparente est une nécessité divine, et, dans la nature même des choses, la source d’une bénédiction indicible, nous serions plus prompts, avec joie de cœur, à nous donner à persévérer dans la prière. Voyons si nous ne pouvons pas comprendre comment la difficulté que l’appel à l’importunité met sur notre chemin est l’un de nos plus grands privilèges.

Je ne sais si vous avez jamais remarqué quel rôle jouent les difficultés dans notre vie naturelle. Elles font ressortir les facultés de l’homme comme rien d’autre ne le peut. Elles fortifient et ennoblissent le caractère. On nous dit qu’une des raisons de la supériorité des nations du Nord, comme la Hollande et l’Écosse, en force de volonté et de dessein, sur celles du Midi ensoleillé, comme l’Italie et l’Espagne, c’est que le climat de ces dernières a été trop beau, et la vie qu’il favorise trop facile et trop amollissante—les difficultés que les premières ont eu à affronter ont été leur plus grand bienfait ; combien toute la nature a été si bien ordonnée par Dieu que, dans les semailles et la moisson, comme dans la recherche du charbon ou de l’or, rien ne se trouve sans labeur et sans effort. Qu’est-ce que l’éducation, sinon un développement et une discipline quotidiens de l’esprit par de nouvelles difficultés présentées à l’élève pour qu’il les surmonte ? Dès qu’une leçon est devenue facile, l’élève passe à une autre, plus haute et plus difficile. Pour la race comme pour l’individu, c’est dans la rencontre et la maîtrise des difficultés que se trouvent nos plus hautes réalisations.

Il en est de même dans nos relations avec Dieu. Imaginez seulement quel serait le résultat si l’enfant de Dieu n’avait qu’à s’agenouiller et demander, obtenir, et s’en aller. Quelle perte indicible en résulterait pour la vie spirituelle. C’est dans la difficulté et le délai, qui appellent une prière persévérante, que se trouveront la vraie bénédiction et le vrai bonheur de la vie céleste. Là, nous apprenons combien peu nous prenons plaisir à la communion avec Dieu, et combien peu nous avons de foi vivante en lui. Nous découvrons combien notre cœur est encore terrestre et charnel, combien peu nous avons du Saint-Esprit de Dieu. Là, nous sommes amenés à connaître notre propre faiblesse et notre indignité, et à nous abandonner à l’Esprit de Dieu pour qu’il prie en nous, à prendre notre place en Jésus-Christ, et à demeurer en lui comme notre seul recours auprès du Père. Là, notre propre volonté, notre force et notre bonté sont crucifiées. Là, nous ressuscitons en Christ à une vie nouvelle, avec toute notre volonté dépendante de Dieu et fixée sur sa gloire. Commençons donc à louer Dieu pour le besoin et la difficulté de la prière importune, comme l’un de ses plus précieux moyens de grâce.

Songez seulement à ce que notre Seigneur Jésus dut aux difficultés qui furent sur son chemin. À Gethsémané, ce fut comme si le Père ne voulait pas l’entendre : il pria plus instamment encore, jusqu’à ce qu’« il fût exaucé ». Dans le chemin qu’il nous a ouvert, il apprit l’obéissance par les choses qu’il a souffertes, et fut ainsi rendu parfait ; sa volonté fut abandonnée à Dieu ; sa foi en Dieu fut éprouvée et fortifiée ; le prince de ce monde, avec toute sa tentation, fut vaincu. Tel est le chemin nouveau et vivant qu’il a consacré pour nous ; c’est dans la prière persévérante que nous marchons avec lui et devenons participants de son Esprit même. La prière est une forme de crucifixion, de notre communion avec la croix de Christ, de la remise de notre chair à la mort. Ô chrétiens ! ne serons-nous pas honteux de notre répugnance à sacrifier la chair, notre propre volonté et le monde, telle qu’elle se voit dans notre répugnance à prier beaucoup ? N’apprendrons-nous pas la leçon que la nature et Christ enseignent l’une et l’autre ? La difficulté de la prière importune est notre plus haut privilège ; les difficultés qu’il faut y vaincre nous apportent nos plus riches bénédictions.

Dans l’importunité, il y a divers éléments. Les principaux sont la persévérance, la détermination, l’intensité. Elle commence par le refus d’accepter aussitôt un refus. Elle grandit jusqu’à la résolution de persévérer, de n’épargner ni temps ni peine, jusqu’à ce qu’une réponse vienne. Elle s’élève jusqu’à cette intensité où tout l’être est donné à Dieu dans la supplication, et où vient la hardiesse de saisir la force de Dieu. Tantôt elle est calme et paisible ; tantôt passionnée et hardie. Tantôt elle prend son temps et patiente ; tantôt elle réclame aussitôt ce qu’elle désire. Sous quelque forme différente que ce soit, elle signifie et sait toujours—Dieu exauce la prière : je dois être exaucé.

Rappelez-vous les exemples merveilleux que nous en avons chez les saints de l’Ancien Testament. Pensez à Abraham, comme il plaide pour Sodome. Fois après fois, il renouvelle sa prière, jusqu’à ce que, la sixième fois, il ait à dire : « Que le Seigneur ne s’irrite point. » Il ne cesse pas avant d’avoir appris à connaître la condescendance de Dieu, qui consent chaque fois à sa requête, avant d’avoir appris jusqu’où il peut aller, d’être entré dans la pensée de Dieu, et de reposer maintenant dans la volonté de Dieu. Et à cause de lui, Lot fut sauvé. « Dieu se souvint d’Abraham, et il fit échapper Lot du milieu du désastre. » Et nous, qui avons pour les païens une rédemption et des promesses qu’Abraham n’a jamais connues, ne commencerons-nous pas à plaider davantage auprès de Dieu en leur faveur ?

Pensez à Jacob, quand il craignait de rencontrer Ésaü. L’ange de l’Éternel le rencontra dans les ténèbres, et lutta avec lui. Et quand l’ange vit qu’il ne l’emportait pas, il dit : « Laisse-moi aller. » Et Jacob répondit : « Je ne te laisserai point aller. » Et il le bénit là. Et cette hardiesse qui disait : « Je ne te laisserai point », et qui arracha la bénédiction à l’ange réticent, fut si agréable aux yeux de Dieu qu’un nom nouveau lui fut là donné : « Israël, celui qui lutte avec Dieu, car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur. » Et à travers tous les âges, les enfants de Dieu ont compris ce qu’enseignent les deux paraboles de Christ : que Dieu se retient, et cherche à s’éloigner de nous, jusqu’à ce que ce qui est de la chair, du moi et de la paresse en nous soit vaincu, et que nous prévalions si bien auprès de lui qu’il puisse et doive nous bénir. Oh ! pourquoi tant d’enfants de Dieu n’ont-ils aucun désir de cet honneur—être des princes de Dieu, des lutteurs avec Dieu, et qui l’emportent ? Ce que notre Seigneur nous a enseigné : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu », n’est autre que sa manière de dire les paroles de Jacob : « Je ne te laisserai point aller que tu ne m’aies béni. » Telle est l’importunité qu’il enseigne, et que nous devons apprendre : réclamer et saisir la bénédiction.

Pensez à Moïse, quand Israël eut fait le veau d’or. Moïse retourna vers l’Éternel et dit : « Ah! Ce peuple a commis un grand péché. Pardonne maintenant leur péché! Sinon, efface-moi de ton livre que tu as écrit. » Ce fut là de l’importunité, celle qui aimerait mieux mourir que de ne pas obtenir que son peuple lui fût rendu. Puis, quand Dieu l’eut exaucé et eut dit qu’il enverrait son ange avec le peuple, Moïse revint, et ne voulut pas se contenter, jusqu’à ce que, en réponse à sa prière que Dieu lui-même allât avec eux (33:12, 17, 18), il eût dit : « Je ferai ce que tu me demandes. » Après cela, lorsqu’en réponse à sa prière : « Fais-moi voir ta gloire! », Dieu eut fait passer sa bonté devant lui, il se remit aussitôt à plaider : « Que le Seigneur marche au milieu de nous. » Et il fut là avec l’Éternel quarante jours et quarante nuits (Exode 34:28). De ces jours, il dit : « Je me prosternai devant l’Éternel, comme auparavant, quarante jours et quarante nuits, sans manger de pain et sans boire d’eau, à cause de tous les péchés que vous aviez commis. » Comme intercesseur, Moïse usa d’importunité avec Dieu, et il l’emporta. Il prouve que l’homme qui vit vraiment près de Dieu, et à qui Dieu parle face à face, devient participant de cette même puissance d’intercession qui est en Celui qui est à la droite de Dieu et vit toujours pour prier.

Pensez à Élie dans sa prière, d’abord pour le feu, puis pour la pluie. Dans la première, vous avez l’importunité qui réclame et reçoit une réponse immédiate. Dans la seconde, courbé jusqu’à terre, le visage entre les genoux, sa réponse au serviteur qui était allé regarder vers la mer et revenait avec le message « Il n’y a rien » fut : « Retourne », et cela sept fois. C’était là l’importunité de la persévérance. Il avait dit à Achab qu’il y aurait de la pluie ; il savait qu’elle venait ; et pourtant il pria jusqu’à ce que les sept fois fussent accomplies. Et c’est au sujet de cet Élie et de cette prière qu’il nous est enseigné : « Priez les uns pour les autres. Élie était un homme de la même nature que nous. La prière fervente du juste a une grande efficace. » N’y en aura-t-il pas quelques-uns qui se sentiront contraints de s’écrier : « Où est l’Éternel, le Dieu d’Élie? »—ce Dieu qui suscite une prière si efficace, et l’exauce si merveilleusement. Que son nom soit loué : il est toujours le même. Que son peuple croie seulement qu’il attend encore d’être invoqué ! La foi en un Dieu qui exauce la prière fera un chrétien qui aime la prière.

Nous nous souvenons des marques du véritable intercesseur, telles que la parabole nous les a enseignées. Un sentiment du besoin des âmes ; un amour semblable à celui de Christ dans le cœur ; la conscience d’une impuissance personnelle ; la foi en la puissance de la prière ; le courage de persévérer malgré le refus ; et l’assurance d’une abondante récompense—telles sont les dispositions qui font d’un chrétien un intercesseur, et qui appellent la puissance de la prière qui prévaut. Ce sont les dispositions qui constituent la beauté et la santé de la vie chrétienne, qui rendent un homme apte à être une bénédiction dans le monde, qui font de lui un véritable ouvrier chrétien, qui reçoit en effet de Dieu le pain du ciel pour le distribuer à ceux qui ont faim. Ce sont les dispositions qui appellent les vertus les plus hautes, les vertus héroïques de la vie de foi. Il n’est rien à quoi la noblesse du caractère naturel doive autant qu’à l’esprit d’entreprise et d’audace qui, dans les voyages ou la guerre, dans la politique ou la science, lutte contre les difficultés et les vainc. Ni peine ni dépense ne sont ménagées pour l’amour de la victoire. Et nous qui sommes chrétiens, ne serions-nous pas capables d’affronter les difficultés que nous rencontrons dans la prière ? C’est à mesure que nous « travaillons » et « luttons » dans la prière que la volonté renouvelée fait valoir son droit royal de réclamer, au nom de Christ, ce qu’elle veut, et manie sa puissance donnée de Dieu pour influer sur les destinées des hommes. Les hommes du monde sacrifieraient-ils l’aise et le plaisir dans leurs poursuites, et serions-nous, nous, assez lâches et paresseux pour ne pas nous frayer un chemin jusqu’au lieu où nous pouvons trouver la liberté pour le captif et le salut pour celui qui périt ? Que chaque serviteur de Christ apprenne à connaître sa vocation. Son Roi vit toujours pour prier. L’Esprit du Roi vit toujours en nous pour prier. C’est du ciel que les bénédictions dont le monde a besoin doivent être appelées, par une prière persévérante, importune, croyante. C’est du ciel, en réponse à la prière, que le Saint-Esprit prendra pleine possession de nous pour accomplir son œuvre à travers nous. Reconnaissons combien notre travail abondant a été vain, faute d’une prière suffisante. Changeons de méthode, et que désormais plus de prière, beaucoup de prière, une prière incessante, soit la preuve que nous attendons tout de Dieu, et que nous croyons qu’il nous exauce.

UN APPEL À PLUS DE PRIÈRE

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Le ministère de l'intercession Andrew Murray

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