Chapitre 5 · 14 min de lecture
Un modèle d’intercession
« Il leur dit encore : Si l’un de vous a un ami, et qu’il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : Ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir, et si, de l’intérieur de sa maison, cet ami lui répond : Ne m’importune pas, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi sommes au lit, je ne puis me lever pour te donner des pains, je vous le dis, même s’il ne se levait pas pour les lui donner parce que c’est son ami, il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait tout ce dont il a besoin. »—Luc 11:5-8.
« Sur tes murs, Jérusalem, j’ai placé des gardes; Ils ne se tairont ni jour ni nuit. Vous qui la rappelez au souvenir de l’Éternel, Point de repos pour vous! Et ne lui laissez aucune relâche. »—Ésaïe 62:6-7.
Nous avons vu, dans notre chapitre précédent, quelle puissance a la prière. Elle est l’unique puissance sur la terre qui commande la puissance du ciel. Le récit des premiers jours de l’Église est la grande leçon de choses que Dieu donne pour enseigner à son Église ce que la prière peut faire, comment elle seule, mais très sûrement, peut faire descendre les trésors et les puissances du ciel dans la vie de la terre.
Rappelez-vous seulement les leçons que nous avons apprises sur la manière dont la prière est tout à la fois indispensable et irrésistible. N’avons-nous pas vu quelle puissance et quelle bénédiction inconnues et indicibles nous sont réservées dans le ciel ? comment cette puissance fera de nous une bénédiction pour les hommes, et nous rendra aptes à accomplir toute œuvre ou à affronter tout danger ? comment il faut la chercher dans la prière, continuellement et avec persévérance ? comment ceux qui possèdent la puissance céleste peuvent la faire descendre par la prière sur les autres ? comment, dans tous les rapports entre les ministres et le peuple, dans tout le ministère de l’Église de Christ, elle est l’unique secret du succès ? comment elle peut défier toute la puissance du monde, et rendre les hommes capables de conquérir ce monde pour Christ ? C’est la puissance de la vie céleste, la puissance de l’Esprit même de Dieu, la puissance de la Toute-Puissance, qui attend que la prière la fasse descendre.
Dans toute cette prière, il était peu question du besoin ou du bonheur personnel. C’était le désir de rendre témoignage à Christ et de l’apporter, lui et son salut, aux autres ; c’était la pensée du royaume et de la gloire de Dieu qui possédait ces disciples. Si nous voulons être délivrés du péché de retenir notre prière, nous devons élargir notre cœur pour l’œuvre de l’intercession. La tentative de prier constamment pour nous-mêmes ne peut qu’échouer ; c’est dans l’intercession pour les autres que notre foi, notre amour et notre persévérance seront éveillés, et que se trouvera cette puissance de l’Esprit qui peut nous rendre aptes à sauver les hommes. Nous demandons comment nous pourrions devenir plus fidèles et plus efficaces dans la prière ; voyons comment le Maître nous enseigne, dans la parabole de l’Ami à minuit, que l’intercession pour ceux qui sont dans le besoin appelle le plus haut exercice de notre pouvoir de prier avec foi et de prévaloir. L’intercession est la forme la plus parfaite de la prière : c’est la prière que Christ vit toujours pour l’offrir sur son trône. Apprenons quels sont les éléments de la véritable intercession.
1. Remarquez le besoin urgent : là l’intercession prend son origine. L’ami vint à minuit—une heure indue. Il avait faim, et ne pouvait acheter de pain. Si nous voulons apprendre à bien prier, nous devons ouvrir l’œil et le cœur au besoin qui nous entoure.
Nous entendons continuellement parler des milliers de millions de païens et de musulmans qui vivent dans les ténèbres de minuit, périssant faute du pain de vie. Nous entendons parler de cinq cents millions de chrétiens de nom, dont la grande majorité est presque aussi ignorante et indifférente que les païens. Nous voyons des millions de gens dans l’Église chrétienne, ni ignorants ni indifférents, et qui pourtant connaissent bien peu ce qu’est marcher dans la lumière de Dieu ou dans la puissance d’une vie nourrie du pain du ciel. Nous avons chacun nos propres cercles—assemblées, écoles, amis, missions—dans lesquels la grande plainte est que la lumière et la vie de Dieu sont trop peu connues. Assurément, si nous croyons ce que nous professons, que Dieu seul est capable d’aider, que Dieu certainement aidera en réponse à la prière,—tout ce besoin devrait faire de nous des intercesseurs, des gens qui donnent leur vie à prier pour ceux qui les entourent.
Prenons le temps de considérer et de mesurer le besoin. Chaque âme sans Christ qui descend dans les ténèbres du dehors, périssant de faim, alors qu’il y a du pain en abondance et de reste ! Trente millions par an qui meurent sans la connaissance de Christ ! Nos propres voisins et amis, des âmes qui nous sont confiées, qui meurent sans espérance ! Des chrétiens autour de nous qui vivent une vie maladive, débile, stérile ! Assurément, il y a besoin de prière. Rien, rien que la prière à Dieu pour obtenir de l’aide, ne servira.
2. Remarquez l’amour prêt à se donner.—L’ami prit chez lui son ami las et affamé, et dans son cœur aussi. Il ne s’excusa pas en disant qu’il n’avait pas de pain : il se donna, à minuit, à en chercher pour lui. Il sacrifia le repos de sa nuit, son confort, pour trouver le pain nécessaire. « L’amour ne cherche point son intérêt. » C’est la nature même de l’amour de renoncer à soi et de s’oublier pour l’amour des autres. Il prend leurs besoins et les fait siens ; il trouve sa vraie joie à vivre et à mourir pour les autres, comme fit Christ.
C’est l’amour d’une mère pour son fils prodigue qui la fait prier pour lui. Le véritable amour des âmes deviendra en nous l’esprit d’intercession. Il est possible d’accomplir beaucoup de travail fidèle et sérieux pour nos semblables sans avoir pour eux un véritable amour. De même qu’un avocat ou un médecin, par amour de sa profession et par un haut sens de la fidélité au devoir, peut s’intéresser très consciencieusement à ses clients ou à ses patients sans avoir pour chacun d’eux un amour particulier, de même les serviteurs de Christ peuvent se donner à leur œuvre avec dévouement, et même avec un enthousiasme prêt au sacrifice de soi, sans que soit fort en eux l’amour des âmes semblable à celui de Christ. C’est ce manque d’amour qui cause tant de défaillances dans la prière. C’est à mesure que l’amour de notre profession et de notre œuvre, le plaisir pris à la rigueur et à la diligence, s’effacent dans la tendre compassion de Christ, que l’amour nous contraindra à la prière, parce que nous ne pouvons trouver de repos dans notre travail si les âmes ne sont pas sauvées. Le véritable amour ne peut que prier.
3. Remarquez le sentiment de l’impuissance.—Nous parlons souvent de la puissance de l’amour. En un sens, cela est vrai ; et pourtant cette vérité a ses limites, qu’il ne faut pas oublier. L’amour le plus fort peut être tout à fait impuissant. Une mère pourrait être prête à donner sa vie pour son enfant mourant, et n’être pourtant pas capable de le sauver. L’ami à minuit était tout disposé à donner du pain à son ami, mais il n’en avait pas. C’est ce sentiment d’impuissance, de son incapacité à aider, qui l’envoya mendier : « Mon ami est venu me trouver, et je n’ai rien à lui offrir. » C’est ce sentiment d’impuissance chez les serviteurs de Dieu qui est la force même de la vie d’intercession.
« Je n’ai rien à leur offrir » : à mesure que cette conscience s’empare du ministre ou du missionnaire, du docteur ou de l’ouvrier, l’intercession deviendra leur seul espoir et leur seul refuge. Je puis avoir la connaissance et la vérité, un cœur aimant, et la disposition à me donner pour ceux qui me sont confiés ; mais le pain du ciel, je ne puis le leur donner. Avec tout mon amour et tout mon zèle, « je n’ai rien à leur offrir ». Heureux l’homme qui a fait de ce « je n’ai rien » la devise de son ministère. À mesure qu’il pense au jour du jugement et au danger des âmes, qu’il voit quelle puissance et quelle vie surnaturelles sont nécessaires pour sauver les hommes du péché, qu’il sent combien tout ce qu’il pourra jamais faire est totalement insuffisant pour leur donner la vie, ce « je n’ai rien » le presse de prier. L’intercession lui apparaît, quand il pense aux ténèbres de minuit et aux âmes affamées, comme son seul espoir, l’unique chose en laquelle son amour peut trouver refuge.
Prenons cette leçon à cœur, comme un avertissement pour tous ceux qui sont forts et habiles à travailler, et pour l’encouragement de tous ceux qui sont faibles. Le sentiment de notre impuissance est l’âme de l’intercession. Le chrétien le plus simple, le plus faible, peut faire descendre par la prière la bénédiction d’un Dieu tout-puissant.
4. Remarquez la foi en la prière.—Ce qu’il n’a pas lui-même, un autre peut le fournir. Il a près de là un ami riche, qui sera capable et disposé à donner le pain. Il est sûr que, s’il demande seulement, il recevra. Cette foi lui fait quitter sa maison à minuit : s’il n’a pas lui-même le pain à donner, il peut en demander à un autre.
C’est cette foi simple et confiante que Dieu donnera, qu’il nous faut : là où elle existe réellement, il n’y aura assurément pas d’erreur quant à notre défaut de prier. Et dans la parole de Dieu, nous avons tout ce qui peut éveiller et fortifier en nous une telle foi. De même que le ciel que notre œil naturel peut voir est un grand océan de soleil, avec sa lumière et sa chaleur, donnant beauté et fécondité à la terre, l’Écriture nous montre le vrai ciel de Dieu, rempli de toutes les bénédictions spirituelles,—lumière et amour et vie divines, joie et paix et puissance célestes, tout cela resplendissant sur nous. Elle nous révèle Dieu qui attend, qui prend plaisir à répandre ces bénédictions en réponse à la prière. Par mille promesses et mille témoignages, elle nous appelle et nous presse de croire que la prière sera exaucée, que ce que nous ne pouvons absolument pas faire nous-mêmes pour ceux que nous voulons aider peut s’obtenir par la prière. Assurément, il ne peut y avoir aucun doute quant à notre foi que la prière sera exaucée, que par la prière le plus pauvre et le plus faible peut dispenser des bénédictions aux nécessiteux, et que chacun de nous, si pauvre soit-il, peut cependant enrichir un grand nombre.
5. Remarquez l’importunité qui prévaut.—La foi de l’ami rencontra un obstacle soudain et inattendu : l’ami riche refuse d’écouter—« Je ne puis me lever et t’en donner. » Combien peu le cœur aimant avait compté sur cette déception ; il ne peut consentir à l’accepter. Le suppliant presse sa triple requête : voici mon ami dans le besoin, tu as l’abondance, je suis ton ami ; et il refuse d’accepter un refus. L’amour qui a ouvert sa maison à minuit, puis l’a quittée pour chercher du secours, doit l’emporter.
Telle est la leçon centrale de la parabole. Dans notre intercession, il se peut que nous rencontrions de la difficulté et du délai avec la réponse. Ce peut être comme si Dieu disait : « Je ne puis te la donner. » Il n’est pas facile, contre toutes les apparences, de tenir ferme notre assurance qu’il nous exaucera, et de persévérer dans la pleine certitude que nous obtiendrons ce que nous demandons. Et pourtant c’est là ce que Dieu attend de nous. Il prise si haut notre confiance en lui, elle est si essentiellement le plus grand honneur que la créature puisse rendre au Créateur, qu’il fera tout pour nous exercer à cette confiance en lui. Heureux l’homme qui n’est pas ébranlé par le délai, le silence ou le refus apparent de Dieu, mais qui est fort dans la foi, donnant gloire à Dieu. Une telle foi persévère, avec importunité s’il le faut, et ne peut manquer d’hériter de la bénédiction.
6. Remarquez, en dernier lieu, la certitude d’une riche récompense.—« Je vous le dis, à cause de son importunité, il lui donnera tout ce dont il a besoin. » Oh ! puissions-nous apprendre à croire à la certitude d’une réponse abondante. Un prophète disait autrefois : « ne laissez pas vos mains s’affaiblir, car il y aura un salaire pour vos œuvres. » Que tous ceux qui trouvent difficile de prier beaucoup fixent leur regard sur la rémunération de la récompense, et apprennent par la foi à compter sur l’assurance divine que leur prière ne peut être vaine. Si seulement nous voulons croire en Dieu et en sa fidélité, l’intercession deviendra pour nous la toute première chose vers laquelle nous nous réfugions quand nous cherchons la bénédiction pour les autres, et la toute dernière pour laquelle nous ne pourrions trouver le temps. Et elle deviendra une chose de joie et d’espérance, parce que, tout le temps que nous prions, nous savons que nous semons une semence qui portera du fruit au centuple. La déception est impossible : « Je vous le dis, il se lèvera et lui donnera tout ce dont il a besoin. »
Que tous ceux qui aiment les âmes, et tous les ouvriers au service de l’Évangile, prennent courage. Le temps passé dans la prière rapportera plus que celui donné au travail. La prière seule donne au travail sa valeur et son succès. La prière ouvre la voie à Dieu lui-même pour accomplir son œuvre en nous et par nous. Que notre œuvre principale, comme messagers de Dieu, soit l’intercession : en elle, nous nous assurons que la présence et la puissance de Dieu iront avec nous.
« Si l’un de vous a un ami, et qu’il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : Ami, prête-moi trois pains ? » Cet ami n’est autre que notre Dieu. Apprenons que, dans les ténèbres de minuit, à l’heure la plus improbable, et dans le plus grand besoin, quand nous devons dire de ceux que nous aimons et dont nous prenons soin : « Je n’ai rien à leur offrir », nous avons un Ami riche dans le ciel, le Dieu et Père éternel, qui n’attend que d’être prié comme il faut. Confessons devant lui notre manque de prière. Reconnaissons que le manque de foi, dont ce manque est la preuve, est le symptôme d’une vie qui n’est pas spirituelle, qui est encore bien trop sous la puissance du moi, de la chair et du monde. Dans la foi du Seigneur Jésus, qui a prononcé cette parabole, et qui lui-même attend d’en rendre vrai en nous chaque trait, donnons-nous à être des intercesseurs. Que chaque vue d’âmes ayant besoin de secours, que chaque mouvement de l’esprit de compassion, que chaque sentiment de notre propre impuissance à bénir, que chaque difficulté sur le chemin de l’obtention d’une réponse, se conjuguent pour nous presser de faire cette unique chose : crier avec importunité vers le Dieu qui seul peut secourir, qui, en réponse à notre prière, secourra. Et si nous sentons vraiment que nous avons échoué, faisons tout notre possible pour former une jeune génération de chrétiens, qui profitent de notre erreur et l’évitent. Moïse ne put entrer dans le pays de Canaan, mais il y avait une chose qu’il pouvait faire : il pouvait, à l’ordre de Dieu, « Donne des ordres à Josué, fortifie-le et affermis-le » (Deutéronome 3:28). S’il est trop tard pour réparer notre défaillance, encourageons du moins ceux qui viennent après nous à entrer dans le bon pays, la vie bénie de la prière incessante.
L’Intercesseur modèle est l’Ouvrier chrétien modèle. Recevoir d’abord de Dieu, puis donner aux hommes ce que nous-mêmes obtenons de jour en jour, tel est le secret d’un travail fructueux. Entre notre Impuissance et la Toute-Puissance de Dieu, l’intercession est le lien béni.