Chapitre 4 · 12 min de lecture
Le ministère de l’Esprit et la prière
« Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ? »—Luc 11:13.
Christ venait de dire (v. 9) : « Demandez, et l’on vous donnera » : le don de Dieu est inséparablement lié à notre demande. Il applique cela tout spécialement au Saint-Esprit. Aussi sûrement qu’un père sur la terre donne du pain à son enfant, Dieu donne le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. Tout le ministère de l’Esprit est régi par cette unique et grande loi : Dieu doit donner, nous devons demander. Lorsque le Saint-Esprit fut répandu à la Pentecôte, avec un flot qui ne cesse jamais, ce fut en réponse à la prière. L’afflux dans le cœur du croyant, et son épanchement en fleuves d’eau vive, dépendent toujours encore de cette loi : « Demandez, et l’on vous donnera. » À propos de la confession de notre manque de prière, nous avons dit que ce qu’il nous faut, c’est une juste intelligence de la place qu’elle occupe dans le plan de rédemption de Dieu ; nous ne le verrons peut-être nulle part plus clairement que dans la première moitié des Actes des Apôtres. Le récit de la naissance de l’Église dans l’effusion du Saint-Esprit, et de la première fraîcheur de sa vie céleste dans la puissance de cet Esprit, nous enseignera comment la prière sur la terre, soit comme cause soit comme effet, est la vraie mesure de la présence de l’Esprit du ciel.
Nous commençons par ces paroles bien connues (i. 13) : « Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière et dans la supplication. » Puis vient ceci : « Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit. Et, en ce jour-là, le nombre des disciples s’augmenta d’environ trois mille âmes. » La grande œuvre de la rédemption avait été accomplie. Le Saint-Esprit avait été promis par Christ « dans peu de jours ». Il s’était assis sur son trône et avait reçu l’Esprit du Père. Mais tout cela ne suffisait pas. Une chose encore était nécessaire : les dix jours de supplication unanime et persévérante des disciples. C’est une prière intense et continue qui prépara le cœur des disciples, qui ouvrit les fenêtres du ciel, qui fit descendre le don promis. Aussi peu que la puissance de l’Esprit ne pouvait être donnée sans que Christ fût assis sur le trône, elle ne pouvait descendre sans que les disciples fussent au marchepied du trône. Pour tous les âges, la loi est ici posée, à la naissance de l’Église : quoi que l’on puisse trouver d’autre sur la terre, la puissance de l’Esprit doit être obtenue du ciel par la prière. La mesure d’une prière croyante et persévérante sera la mesure de l’action de l’Esprit dans l’Église. Une prière directe, précise, résolue, voilà ce qu’il nous faut.
Voyez comment cela se confirme au chapitre iv. Pierre et Jean avaient été traduits devant le sanhédrin et menacés de châtiment. Lorsqu’ils revinrent auprès de leurs frères et rapportèrent ce qui leur avait été dit, « ils élevèrent à Dieu la voix tous ensemble », et prièrent pour obtenir la hardiesse d’annoncer la parole. « Quand ils eurent prié, le lieu où ils étaient assemblés trembla ; ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils annonçaient la parole de Dieu avec assurance. La multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme. Les apôtres rendaient avec beaucoup de force témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus ; et une grande grâce reposait sur eux tous. » C’est comme si le récit de la Pentecôte était répété une seconde fois, avec la prière, l’ébranlement de la maison, le remplissage de l’Esprit, l’annonce de la parole de Dieu avec hardiesse et puissance, la grande grâce sur tous, la manifestation de l’unité et de l’amour—afin de l’imprimer ineffaçablement dans le cœur de l’Église : c’est la prière qui est à la racine de la vie et de la puissance spirituelles de l’Église. La mesure du don de l’Esprit par Dieu, c’est notre demande. Il donne comme un père à celui qui demande comme un enfant.
Passez au sixième chapitre. Nous y trouvons que, lorsque des murmures s’élevèrent au sujet de la négligence dont les Juifs hellénistes étaient l’objet dans la distribution des aumônes, les apôtres proposèrent l’institution de diacres pour servir aux tables. « Quant à nous, dirent-ils, nous continuerons à nous appliquer à la prière et au ministère de la parole. » On dit souvent, et avec raison, qu’il n’y a rien, dans une occupation honnête, quand elle est tenue à sa place comme entièrement subordonnée au royaume, qui doit toujours être premier, qui ait besoin d’empêcher la communion avec Dieu. Moins que tout, une œuvre comme le service des pauvres ne devrait entraver la vie spirituelle. Et pourtant les apôtres sentirent qu’elle les entraverait dans leur consécration au ministère de la prière et de la parole. Qu’est-ce que cela nous enseigne ? Que le maintien de l’esprit de prière, tel qu’il s’accorde avec les exigences d’un travail abondant, ne suffit pas à ceux qui sont les conducteurs de l’Église. Entretenir claire et fraîche la communication avec le Roi sur le trône et avec le monde céleste ; faire descendre la puissance et la bénédiction de ce monde, non seulement pour le maintien de notre propre vie spirituelle, mais aussi pour ceux qui nous entourent ; recevoir continuellement l’instruction et l’onction de puissance pour la grande œuvre à accomplir—les apôtres, comme ministres de la parole, sentirent le besoin d’être libérés des autres tâches, afin de pouvoir se consacrer à beaucoup de prière. Jacques écrit : « La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions. » Si jamais une œuvre fut sacrée, ce fut bien celle de prendre soin de ces veuves helléniques. Et pourtant, même de tels devoirs pouvaient contrarier la vocation particulière de se consacrer à la prière et au ministère de la parole. Sur la terre comme dans le royaume des cieux, il y a de la puissance dans la division du travail ; et tandis que les uns, comme les diacres, avaient à prendre soin spécialement du service des tables et de la distribution des aumônes de l’Église ici-bas, les autres devaient être libérés pour cette persévérance inébranlable dans la prière qui, sans interruption, assurerait la descente des puissances du monde céleste. Le ministre de Christ est mis à part pour se consacrer autant à la prière qu’au ministère de la parole. Dans l’obéissance fidèle à cette loi est le secret de la puissance et du succès de l’Église. Avant, comme après la Pentecôte, les apôtres furent des hommes livrés à la prière.
Au chapitre viii, nous avons l’intime connexion entre le don de la Pentecôte et la prière, sous un autre point de vue. À Samarie, Philippe avait prêché avec une grande bénédiction, et beaucoup avaient cru. Mais le Saint-Esprit n’était encore descendu sur aucun d’eux. Les apôtres envoyèrent Pierre et Jean prier pour eux, afin qu’ils reçussent le Saint-Esprit. La puissance d’une telle prière était un don plus élevé que la prédication—l’œuvre des hommes qui avaient été en contact le plus étroit avec le Seigneur dans la gloire, l’œuvre qui était essentielle à la perfection de la vie que la prédication et le baptême, la foi et la conversion n’avaient fait que commencer. Assurément, de tous les dons de l’Église primitive auxquels nous devrions aspirer, il n’en est pas de plus nécessaire que le don de la prière—la prière qui fait descendre le Saint-Esprit sur les croyants. Cette puissance est donnée aux hommes qui disent : « Nous nous appliquerons à la prière. »
Dans l’effusion du Saint-Esprit, dans la maison de Corneille à Césarée, nous avons un autre témoignage de la merveilleuse interdépendance de l’action de la prière et de l’Esprit, et une autre preuve de ce qui adviendra à l’homme qui s’est adonné à la prière. Pierre monta à midi pour prier sur le toit. Et qu’arriva-t-il ? Il vit le ciel ouvert, et vint la vision qui lui révéla la purification des païens ; avec elle vint le message des trois hommes envoyés par Corneille, un homme qui « priait Dieu continuellement » et qui avait entendu de la bouche d’un ange : « Tes prières sont montées devant Dieu » ; puis la voix de l’Esprit se fit entendre, disant : « Pars avec eux. » C’est Pierre en prière à qui la volonté de Dieu est révélée, à qui la conduite est donnée quant au voyage à Césarée, et qui est mis en contact avec un auditoire priant et préparé. Rien d’étonnant qu’en réponse à toute cette prière une bénédiction vienne au-delà de toute attente, et que le Saint-Esprit soit répandu sur les païens. Un ministre qui prie beaucoup recevra une entrée dans la volonté de Dieu qu’il n’aurait pas connue autrement ; il sera conduit vers des gens qui prient là où il ne les attend pas ; il recevra une bénédiction au-delà de tout ce qu’il demande ou pense. L’enseignement et la puissance du Saint-Esprit sont l’un et l’autre immuablement liés à la prière.
Notre prochaine référence nous montrera la foi en la puissance que la prière de l’Église a auprès de son Roi glorifié, telle qu’elle se trouve, non seulement chez les apôtres, mais dans la communauté chrétienne. Au chapitre xii, nous avons le récit de Pierre en prison, à la veille de son exécution. La mort de Jacques avait éveillé dans l’Église le sentiment d’un danger réel, et la pensée de perdre Pierre aussi réveilla toutes ses énergies. Elle se mit à la prière. « L’Église ne cessait d’adresser pour lui des prières à Dieu. » Cette prière eut beaucoup d’efficace ; Pierre fut délivré. Quand il arriva à la maison de Marie, il trouva « beaucoup de personnes réunies et priant ». Murs de pierre et doubles chaînes, soldats et gardes, et la porte de fer, tout céda devant la puissance du ciel que la prière fit descendre pour le délivrer. Toute la puissance de l’Empire romain, représentée par Hérode, était impuissante en présence de la puissance que l’Église du Saint-Esprit maniait dans la prière. Ils se tenaient en communication si étroite et si vivante avec leur Seigneur dans le ciel ; ils savaient si bien que les paroles « tout pouvoir m’a été donné » et « je suis avec vous tous les jours » étaient absolument vraies ; ils avaient une telle foi en sa promesse de les exaucer en tout ce qu’ils demanderaient—qu’ils priaient dans l’assurance que les puissances du ciel pouvaient agir sur la terre, et qu’elles agiraient à leur requête et en leur faveur. L’Église de la Pentecôte croyait à la prière, et la pratiquait.
Une seule illustration de plus de la place et de la bénédiction de la prière parmi des hommes remplis du Saint-Esprit. Au chapitre xiii, nous avons les noms de cinq hommes à Antioche qui s’étaient consacrés spécialement au service du Seigneur, avec la prière et le jeûne. Leur consécration à la prière ne fut pas vaine : pendant qu’ils servaient le Seigneur, le Saint-Esprit vint à eux, et leur donna une intelligence nouvelle des plans de Dieu. Il les appela à être ses compagnons d’œuvre ; il y avait une œuvre à laquelle il avait appelé Barnabas et Saul ; leur part et leur privilège seraient de mettre ces hommes à part par un renouvellement de jeûne et de prière, et de les laisser partir, « envoyés par le Saint-Esprit ». Dieu, dans le ciel, ne voulait pas envoyer ses serviteurs choisis sans le concours de son Église ; les hommes sur la terre devaient avoir une véritable part dans l’œuvre de Dieu. C’est la prière qui les rendit aptes et les prépara à cela ; c’est à des hommes en prière que le Saint-Esprit donna autorité pour faire son œuvre et se servir de son nom. C’est à la prière que le Saint-Esprit fut donné. C’est encore la prière qui est le seul secret de la véritable extension de l’Église, qui est dirigée du ciel pour trouver et envoyer des hommes appelés de Dieu et revêtus de sa puissance. C’est à la prière que le Saint-Esprit montrera les hommes qu’il a choisis ; à la prière qui les met à part sous sa conduite, il donnera l’honneur de savoir qu’ils sont des hommes « envoyés par le Saint-Esprit ». C’est la prière qui est le lien entre le Roi sur le trône et l’Église à son marchepied—le lien humain qui a sa force divine dans la puissance du Saint-Esprit, lequel vient en réponse à elle.
Quand on jette un regard en arrière sur ces chapitres de l’histoire de l’Église de la Pentecôte, combien clairement se détachent les deux grandes vérités : là où il y a beaucoup de prière, il y aura beaucoup de l’Esprit ; là où il y a beaucoup de l’Esprit, il y aura une prière toujours croissante. Si claire est la connexion vivante entre les deux, que, lorsque l’Esprit est donné en réponse à la prière, il éveille toujours plus de prière pour préparer une révélation et une communication plus pleines de sa puissance et de sa grâce divines. Si la prière fut ainsi la puissance par laquelle l’Église primitive fleurit et triompha, n’est-elle pas l’unique besoin de l’Église de nos jours ? Apprenons ce qui devrait être compté comme des axiomes dans notre travail d’Église :—
Le ciel est encore aussi plein de trésors de bénédiction spirituelle qu’il l’était alors. Dieu prend encore plaisir à donner le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. Notre vie et notre œuvre dépendent encore aussi directement de la communication de la puissance divine qu’au temps de la Pentecôte. La prière est encore le moyen établi pour faire descendre ces bénédictions célestes avec puissance sur nous-mêmes et sur ceux qui nous entourent. Dieu cherche encore des hommes et des femmes qui, au milieu de tout leur autre ministère, se consacreront spécialement à une prière persévérante.
Et nous—toi, mon lecteur, et moi—nous pouvons avoir le privilège de nous offrir à Dieu pour travailler dans la prière, et faire descendre ces bénédictions sur cette terre. Ne supplierons-nous pas Dieu de rendre toute cette vérité si vivante en nous que nous n’ayons point de repos qu’elle ne se soit emparée de nous, et que notre cœur tout entier en soit si rempli que la pratique de l’intercession soit comptée par nous notre plus haut privilège, et que nous y trouvions la mesure sûre et unique de la bénédiction sur nous-mêmes, sur l’Église et sur le monde ?