Chapitre 26 · 12 min de lecture
La sainteté et l’irréprochabilité
« Vous êtes témoins, et Dieu l’est aussi, que nous avons eu envers vous qui croyez une conduite sainte, juste et irréprochable. — Que le Seigneur augmente de plus en plus parmi vous, et à l’égard de tous, cette charité que nous avons nous-mêmes pour vous, afin d’affermir vos cœurs pour qu’ils soient irréprochables dans la sainteté devant Dieu notre Père, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints ! » — 1 Thessaloniciens 2:10, 3:12, 13.
« En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, dans son amour. » — Éphésiens 1:4.
Il y a deux mots grecs, de sens presque identique, souvent employés avec le mot saint, et à sa suite, pour exprimer ce que seront le résultat et l’effet de la sainteté tels qu’ils se manifestent dans la vie visible. L’un se traduit par sans tache, sans souillure, et c’est aussi celui qui est employé au sujet de notre Seigneur et de son sacrifice, l’Agneau sans défaut (Hébreux 9:14 ; 1 Pierre 1:19). Il est ensuite employé au sujet des enfants de Dieu, avec saint — saints et sans tache (Éphésiens 1:4, 5, 27 ; Colossiens 1:22 ; Philippiens 2:15 ; Jude 24 ; 2 Pierre 3:14). L’autre signifie sans reproche, irréprochable (comme en Luc 1:6 ; Philippiens 2:15 ; 3:6), et se trouve aussi en conjonction avec saint (1 Thessaloniciens 2:10 ; 3:13 ; 5:23). À la question de savoir si cette irréprochabilité se rapporte à l’appréciation que Dieu porte sur les saints ou à celle des hommes, l’Écriture la rattache clairement aux deux. Dans certains passages (Éphésiens 1:4 ; 5:27 ; Colossiens 1:22 ; 1 Thessaloniciens 3:15 ; 2 Pierre 3:14), les mots « devant lui », « à lui-même », « devant Dieu notre Père » indiquent que la première pensée est celle de l’absence de tache et de reproche en présence d’un Dieu saint, qui nous est présentée comme son dessein et notre privilège. Dans d’autres (comme Philippiens 2:15 ; 1 Thessaloniciens 2:10), l’irréprochabilité aux yeux des hommes est au premier plan. Dans chaque cas, le mot peut être considéré comme incluant les deux aspects : sans tache et sans reproche doivent soutenir la double épreuve du jugement de Dieu comme de celui des hommes.
Et quelle est maintenant la leçon particulière que cette association de ces deux mots dans l’Écriture, et l’explication de saint par l’ajout d’irréprochable, veut nous enseigner ? Une leçon d’une profonde importance. Dans la poursuite de la sainteté, le croyant, plus il se rend clairement compte de quelle profonde bénédiction spirituelle il s’agit — qui ne se trouve que dans la séparation d’avec le monde et la communion directe avec Dieu, et qui ne se possède pleinement que par une réelle présence divine intérieure —, peut courir le danger de regarder trop exclusivement au côté divin de la bénédiction, dans son aspect céleste et surnaturel. Il peut oublier combien la repentance et l’obéissance, comme le chemin qui conduit à la sainteté, doivent couvrir chaque détail de la vie quotidienne, jusqu’au plus infime. Il peut ne pas comprendre combien la fidélité aux conduites de l’Esprit, dans la mesure où nous le possédons déjà, la fidélité à son plus faible murmure touchant la conduite ordinaire, est essentielle à toute expérience plus pleine de sa puissance et de son œuvre comme Esprit de sainteté. Il peut, par-dessus tout, ne pas avoir appris que non seulement l’obéissance à ce qu’il sait être la volonté de Dieu, mais une docilité très tendre et de bon gré à recevoir tout ce que l’Esprit a à lui montrer de ses imperfections et de la volonté parfaite du Père à son égard, est la seule condition à laquelle la Sainteté de Dieu peut nous être plus pleinement révélée, à nous et en nous. Et ainsi, tout occupé qu’il est à tenter de découvrir le secret de la vraie et pleine sainteté du côté divin, il peut tolérer des défauts que tous autour de lui peuvent remarquer, ou demeurer — et cela non sans péché, car cela vient du manque de parfaite docilité — ignorant des grâces et des beautés de la sainteté dont le Père aurait voulu qu’il pare la doctrine de la sainteté devant les hommes. Il peut chercher à vivre d’une manière très sainte, et pourtant faire peu de cas d’une vie parfaitement irréprochable.
Il y a eu de tels saints : saints, mais durs ; saints, mais distants ; saints, mais tranchants dans leurs jugements sur autrui ; saints, mais, disaient les gens autour d’eux, sans amour et égoïstes ; le Samaritain à demi païen plus bienveillant et plus prêt au sacrifice que le Lévite et le sacrificateur saints. Si cela est vrai, ce n’est pas l’enseignement de la Sainte Écriture qui est à blâmer. En liant si étroitement saint et sans tache (ou sans reproche), le Saint-Esprit a voulu nous conduire à chercher l’incarnation de la sainteté, comme puissance spirituelle, dans l’irréprochabilité de la pratique et de la vie quotidienne. Que tout croyant qui se réjouit de la déclaration de Dieu selon laquelle il est saint en Christ cherche aussi à achever la sainteté, ne visant à rien de moins qu’à être « irréprochable dans la sainteté ».
Que cette irréprochabilité se rapporte tout particulièrement à nos relations avec nos semblables, nous le voyons à la manière dont elle est liée à l’amour. Ainsi en Éphésiens 1:4 : « pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, dans son amour. » Mais surtout dans ce passage remarquable : « Que le Seigneur augmente de plus en plus parmi vous, et à l’égard de tous, cette charité que nous avons nous-mêmes pour vous, afin d’affermir vos cœurs pour qu’ils soient irréprochables dans la sainteté. » La sainteté et l’irréprochabilité, le principe de vie divin, positif et caché, et la pratique de vie externe et humaine — toutes deux doivent trouver leur force, par laquelle nous serons affermis en elles, dans notre amour abondant et sans cesse débordant.
Sainteté et amour — il est d’une profonde importance que ces mots soient inséparablement liés dans nos esprits, comme leur réalité dans nos vies. Nous avons vu, dans l’étude de la sainteté de Dieu, comment l’amour est l’élément dans lequel elle habite et agit, attirant à elle et rendant semblable à elle tout ce dont elle peut se saisir. Du feu de la sainteté divine, l’amour est la belle flamme, qui s’élance pour se communiquer et s’assimiler tout ce dont elle peut se saisir. Chez les enfants de Dieu, la vraie sainteté est la même ; le feu divin brûle pour amener dans sa propre félicité tout ce qui vient à sa portée. Lorsque Jésus s’est sanctifié lui-même afin que nous soyons sanctifiés en vérité, ce ne fut rien d’autre que l’amour se livrant à la mort afin que les pécheurs eussent part à sa sainteté. L’égoïsme et la sainteté sont inconciliables. L’ignorance peut se représenter la sainteté comme un beau vêtement dont se parer devant Dieu, tandis qu’au-dessous se cache un orgueil égoïste qui dit : « Je suis plus saint que toi », tout content que l’autre soit privé de ce dont il se vante. La vraie sainteté, au contraire, est l’expulsion et la mort de l’égoïsme, prenant possession du cœur et de la vie pour en faire les serviteurs de ce feu d’amour qui se consume lui-même afin d’atteindre, de purifier et de sauver les autres. La sainteté est amour. L’amour abondant, voilà ce que Paul demande dans sa prière comme condition d’une sainteté irréprochable. C’est à mesure que le Seigneur nous fait croître et abonder en amour qu’il peut affermir nos cœurs pour qu’ils soient irréprochables dans la sainteté.
L’Apôtre parle d’un amour double : « l’amour les uns envers les autres, et envers tous les hommes ». L’amour fraternel, voilà ce que notre Seigneur lui-même a prescrit comme la marque principale de la qualité de disciple. Et il l’a demandé au Père comme la principale preuve donnée au monde de la vérité de sa mission divine. C’est dans la sainteté de l’amour, dans une sainteté aimante, que l’unité du corps sera prouvée et favorisée, et préparée aux opérations plus pleines du Saint-Esprit. Dans les épîtres aux Corinthiens et aux Galates, la division et l’éloignement entre croyants sont désignés comme la preuve certaine de la vie du moi et de la chair. Oh ! si nous voulons être saints, commençons par être très doux, patients, prompts à pardonner, bienveillants et généreux dans nos rapports avec tous les enfants du Père. Étudions l’image divine de l’amour qui ne cherche point son intérêt, et prions sans cesse pour que le Seigneur nous fasse abonder en amour les uns pour les autres. Le plus saint sera le plus humble et le plus oublieux de lui-même, le plus doux et le plus renoncé à lui-même, le plus bienveillant et le plus attentif aux autres pour l’amour de Jésus. « Ainsi donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience » (Colossiens 3:12, 13).
Et puis l’amour envers tous les hommes. Un amour prouvé dans la conduite et les rapports de la vie quotidienne. Un amour qui non seulement évite la colère, la mauvaise humeur et les jugements durs, mais qui manifeste la vertu plus positive d’un dévouement actif au bien et aux intérêts de tous. Un amour charitable qui prend soin des corps aussi bien que des âmes. Un amour qui non seulement est prêt à aider quand on l’appelle, mais qui se livre réellement au renoncement et au sacrifice de soi pour rechercher et soulager les besoins des plus misérables et des plus indignes. Un amour qui prend véritablement l’amour de Christ — celui qui l’a fait descendre du ciel et l’a conduit à choisir la croix — comme unique loi et mesure de sa conduite, et qui subordonne tout à la félicité divine de donner, de faire le bien, d’embrasser et de sauver ceux qui sont dans le besoin et perdus. Abondant ainsi en amour, nous serons irréprochables dans la sainteté.
C’est en Christ que nous sommes saints ; c’est de Dieu que nous sommes en Christ, qui de par Dieu a été fait pour nous sanctification : c’est dans cette foi que Paul demande que le Seigneur, notre Seigneur Jésus, nous fasse croître et abonder en amour. Le Père est la source, il est le canal ; le Saint-Esprit est le fleuve vivant. Et il est notre Vie, par l’Esprit. C’est par la foi en lui, en demeurant en lui et dans son amour, en laissant, dans une étroite union avec lui, l’Esprit répandre l’amour de Dieu, que nous recevrons la réponse à notre prière, et que nous serons par lui-même affermis, irréprochables dans la sainteté. Que ce soit pour nous une prière de foi qui se change en louange : Béni soit le Seigneur, qui nous fera croître et abonder en amour, et nous affermira irréprochables dans la sainteté devant notre Dieu et Père, à l’avènement de notre Seigneur Jésus avec ses saints.
Soyez saints, car je suis saint.
Dieu très bon et Père ! de nouveau je te rends grâces pour ce merveilleux salut, par la sanctification de l’Esprit, qui nous a rendus saints en Christ. Et je te rends grâces de ce que l’Esprit peut ainsi nous rendre participants de la vie de Christ, afin que nous aussi nous soyons irréprochables dans la sainteté. Et de ce que c’est le Seigneur lui-même qui nous fait croître et abonder en amour, afin que nos cœurs soient ainsi affermis ; de ce que l’amour abondant et la sainteté irréprochable viennent tous deux de lui.
Seigneur et Sauveur béni ! je viens maintenant réclamer et prendre pour mien ce que tu es capable de faire pour moi. Je ne suis saint qu’en toi ; en toi, je suis saint. En toi se trouve pour moi la puissance d’abonder en amour. Ô toi en qui demeure la plénitude de l’amour de Dieu, et en qui je demeure, Seigneur, mon Seigneur, fais-moi abonder en amour. En union avec toi, dans la vie de foi par laquelle tu vis en moi, cela peut être et cela sera. Par l’enseignement de ton Saint-Esprit, conduis-moi sur toutes les traces de ton amour renoncé à lui-même, afin que moi aussi je me consume à bénir les autres.
Et ainsi, Seigneur ! affermis puissamment mon cœur pour qu’il soit irréprochable dans la sainteté. Que le moi périsse en ta présence. Que ta Sainteté, se donnant pour rendre saint le pécheur, en prenne entière possession, jusqu’à ce que mon cœur et ma vie soient sanctifiés tout entiers, et que tout mon esprit, mon âme et mon corps soient conservés sans reproche pour ton avènement. Amen.
1. Prions très instamment pour que notre intérêt pour l’étude de la sainteté ne soit pas une affaire d’intelligence ou d’émotions, mais de volonté et de vie, vue de tous les hommes dans la marche et la conduite de chaque jour. « Abonder en amour », « irréprochable dans la sainteté » : voilà ce qui donnera faveur auprès de Dieu et des hommes.
2. « Dieu est amour » ; la Création est l’effusion de l’amour. La Rédemption est le sacrifice et le triomphe de l’amour. La sainteté est le feu de l’amour. La beauté de la vie de Jésus, c’est l’amour. Tout ce que nous goûtons du divin, nous le devons à l’amour. Notre sainteté n’est pas celle de Dieu, n’est pas celle de Christ, si nous n’aimons pas.
3. « L’amour ne cherche point son intérêt. » « La charité ne périt jamais. » « L’amour est l’accomplissement de la loi. » « La plus grande de ces choses, c’est la charité. » « Le but du commandement, c’est la charité. » Aimer Dieu et son prochain, c’est être saint. Dans les rapports de la vie quotidienne, la sainteté peut avoir ses commencements simples et doux et son exercice ; ainsi, dans sa plus haute réalisation, la sainteté est l’amour rendu parfait.
4. La foi tire toute sa valeur de l’amour — de l’amour de Dieu, où elle puise et s’abreuve, et de l’amour envers Dieu et les hommes qui en découle. Soyons forts dans la foi, alors nous abonderons en amour.
5. « L’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. » Que ce soit là notre assurance.