Saint en Christ ·La sainteté et la foi

Chapitre 19 · 14 min de lecture

La sainteté et la foi

« pour qu’ils reçoivent, par la foi en moi, le pardon des péchés et l’héritage avec les sanctifiés. » — Actes 26:18.

Plus nous étudions l’Écriture à la lumière du Saint-Esprit, ou pratiquons la vie chrétienne dans sa puissance, plus profonde devient notre conviction de la place unique et centrale que la foi occupe dans le plan de salut de Dieu. Et nous apprenons aussi à reconnaître qu’il est juste et bon qu’il en soit ainsi : la nature même des choses l’exige. Parce que Dieu est un Être spirituel et invisible, toute révélation de lui-même — que ce soit dans ses œuvres, dans sa parole ou dans son Fils — réclame la foi. La foi est le sens spirituel de l’âme ; elle est pour elle ce que les sens sont pour le corps ; par elle seule nous entrons en communication et en contact avec Dieu.

La foi est cette douceur de l’âme qui attend dans le silence pour entendre, pour comprendre, pour accepter ce que Dieu dit ; pour recevoir, pour retenir, pour posséder ce que Dieu donne ou opère. Par la foi, nous laissons entrer, nous accueillons Dieu lui-même, la Personne vivante, afin qu’il fasse sa demeure en nous et devienne notre vie même. Si bien que nous pensions la connaître, il nous faut toujours réapprendre cette vérité, pour l’appliquer plus profondément et plus pleinement : dans la vie chrétienne, la foi est la première chose, la seule chose qui plaise à Dieu et qui nous apporte la bénédiction. Et parce que la sainteté est la plus haute gloire de Dieu et la plus haute bénédiction qu’il ait pour nous, c’est surtout dans la vie de sainteté que nous devons vivre par la foi seule.

Notre Seigneur parle ici de « ceux qui sont sanctifiés par la foi en moi ». Il est lui-même notre sanctification comme il est notre justification : pour l’une comme pour l’autre, c’est la foi que Dieu demande, et toutes deux sont également données d’un seul coup. Le participe employé ici n’est pas le présent, qui désignerait un processus ou une œuvre en cours, mais l’aoriste, qui indique un acte accompli une fois pour toutes. Lorsque nous croyons en Christ, nous recevons le Christ tout entier, notre justification et notre sanctification : nous sommes d’emblée agréés par Dieu comme justes en lui, et comme saints en lui. Dieu nous compte et nous appelle pour ce que nous sommes réellement : des sanctifiés en Christ. C’est à mesure que nous sommes amenés à voir ce que Dieu voit, à mesure que notre foi saisit que la vie sainte de Christ est nôtre en possession réelle, à accepter et à nous approprier pour l’usage de chaque jour, que nous serons vraiment capables de vivre la vie à laquelle Dieu nous appelle, la vie des saints en Jésus-Christ. Nous serons alors dans la juste position où peut s’accomplir ce qu’on nomme notre sanctification progressive. Ce sera l’acceptation et l’application, dans la vie quotidienne, de la puissance d’une vie sainte qui a été préparée en Jésus, qui, dans l’union avec lui, est devenue notre possession présente et permanente, et qui agit en nous selon la mesure de notre foi.

De ce point de vue, il est évident que la foi a une double opération. La foi est une démonstration des choses qu’on ne voit pas, quoiqu’elles existent déjà réellement, une ferme assurance des choses qu’on espère, mais qui ne sont pas encore présentes. Elle a affaire au présent invisible aussi bien qu’à l’avenir invisible. Comme démonstration des choses qu’on ne voit pas, elle se réjouit en Christ, notre parfaite sanctification, comme d’une possession présente. Par la foi, je regarde simplement à ce que Christ est, tel qu’il est révélé dans la Parole par le Saint-Esprit. Réclamant comme mien tout ce qu’il est, je sais que sa sainteté, sa nature et sa vie saintes sont miennes ; je suis un saint : par la foi en lui, j’ai été sanctifié. Tel est le premier aspect de la sanctification : il regarde à une chose complète et achevée, à une réalité absolue. Comme ferme assurance des choses qu’on espère, cette foi s’élance, dans l’assurance de l’espérance, vers l’avenir, vers des choses que je ne vois ni n’éprouve encore, et elle réclame, jour après jour, hors de Christ notre sanctification, ce dont elle a besoin pour la sainteté pratique, afin d’« être saints dans toute votre conduite ». Tel est le second aspect de la sanctification : je compte sur Jésus pour qu’il pourvoie, dans l’expérience personnelle, graduellement et sans cesse, au besoin de chaque instant, à ce qui a été amassé dans sa plénitude. « C’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification. » Sous son premier aspect, la foi dit : je sais que je suis en lui, et toute sa sainteté est mienne ; sous son second aspect, elle déclare : je me confie en lui pour la grâce et la force dont j’ai besoin à chaque instant pour vivre une vie sainte.

Et pourtant, il est à peine besoin de le dire, ces deux aspects n’en font qu’un. C’est un seul Jésus qui est notre sanctification, que nous le considérions à la lumière de ce qu’il a été fait pour nous une fois pour toutes, ou de ce que, comme fruit de cela, il devient pour notre expérience jour après jour. Et c’est ainsi une seule foi qui, plus elle étudie, adore et se réjouit en Jésus comme fait de par Dieu notre sanctification, comme celui en qui nous avons été sanctifiés, plus elle devient hardie pour attendre l’accomplissement de chaque promesse dans la vie quotidienne, et plus forte pour revendiquer la victoire sur tout péché. La foi en Jésus est le secret d’une vie sainte : toute conduite sainte, toutes les œuvres vraiment saintes sont le fruit de la foi en Jésus comme notre sainteté.

Nous savons comment agit la foi, et quels sont ses grands obstacles, dans la question de la justification. Il est bon de nous rappeler qu’il y a les mêmes dangers dans l’exercice de la foi qui sanctifie que dans celui de la foi qui justifie. La foi en Dieu s’oppose à la confiance en soi : spécialement à son vouloir et à son agir. La foi est entravée par tout effort pour faire nous-mêmes quelque chose. La foi regarde à Dieu qui agit, et s’abandonne à sa force telle qu’elle est révélée en Christ par l’Esprit ; elle laisse Dieu opérer et le vouloir et le faire. La foi doit œuvrer ; sans les œuvres elle est morte, par les œuvres seules elle peut être rendue parfaite ; en Jésus-Christ, comme dit Paul, rien ne vaut, sinon « la foi qui est agissante par la charité ». Mais ces œuvres, que la foi au travail de Dieu inspire et accomplit, sont fort différentes des œuvres dans lesquelles un croyant déploie souvent ses meilleurs efforts, pour ne trouver que l’échec. La vraie vie de sainteté, la vie de ceux qui sont sanctifiés en Christ, a sa racine et sa force dans un sentiment permanent d’entière impuissance, dans ce profond repos qui se confie à l’action d’une puissance et d’une vie divines, dans l’entier abandon personnel au Sauveur plein d’amour, dans cette foi qui consent à n’être rien, afin qu’il soit tout. Il peut paraître impossible de discerner ou de décrire la différence entre le travail qui vient de soi et le travail qui vient de Christ par la foi : pourvu seulement que nous sachions qu’une telle différence existe, que nous apprenions à nous défier de nous-mêmes et à compter sur Christ à l’œuvre, le Saint-Esprit nous introduira, là aussi, dans ce secret du Seigneur. Les œuvres de la foi sont les œuvres de Christ.

Et de même que par l’effort, la foi est aussi entravée par le désir de voir et de sentir. « Si tu crois, tu verras » : le Saint-Esprit scellera notre foi d’une expérience divine ; nous verrons la gloire de Dieu. Mais cela est son œuvre à lui ; la nôtre est, lorsque tout paraît sombre et froid, en face de tout ce que la nature ou l’expérience atteste, de croire encore à chaque instant en Jésus comme notre sanctification pleinement suffisante, en qui nous sommes rendus parfaits devant Dieu. Les plaintes sur le manque de sentiment, sur la faiblesse ou l’engourdissement, profitent rarement : c’est l’âme qui refuse de s’occuper d’elle-même — que ce soit de sa propre faiblesse ou de la force de l’ennemi — mais qui regarde seulement à ce que Jésus est et à ce qu’il a promis de faire, pour qui le progrès dans la sainteté sera une marche joyeuse de victoire en victoire. « L’Éternel combattra pour vous » : cette pensée, si souvent répétée à propos de la prise de possession de la terre promise par Israël, est la nourriture de la foi ; dans une faiblesse consciente, en présence d’ennemis puissants, elle chante le chant du vainqueur. Quand Dieu paraît ne pas faire ce pour quoi nous nous confiions en lui, c’est justement le moment pour la foi de se glorifier en lui.

Il n’y a peut-être rien qui révèle davantage le vrai caractère de la foi que la joie et la louange. Vous promettez à un enfant un cadeau pour demain : aussitôt il dit merci, et se réjouit. Ces remerciements joyeux sont la preuve de la réalité avec laquelle votre promesse est entrée dans son cœur. Un ami vous annonce le riche héritage qu’il vous a laissé dans son testament : cela ne se réalisera peut-être que dans des années, mais dès à présent cela vous réjouit. Nous avons déjà vu quel élément de sainteté est la joie : elle est tout particulièrement un élément de la sainteté par la foi. Chaque fois que je vois réellement combien la disposition de Dieu est belle et parfaite — par laquelle ma sainteté est en Jésus, et par laquelle je dois le laisser agir en moi — mon cœur devrait s’élever en louange et en actions de grâces. Au lieu de céder à la pensée que cette vie de sainteté par la foi est, après tout, une vie d’un accès si difficile et d’un renoncement à soi si continuel, nous devrions le louer sans mesure de ce qu’il l’a rendue possible et certaine pour nous : nous pouvons être saints, parce que Jésus, le Puissant et l’Aimant, est notre sainteté. La louange exprimera notre foi ; la louange la prouvera ; la louange la fortifiera. « Et ils crurent à ses paroles, Ils chantèrent ses louanges. » La louange nous engagera dans la foi : nous verrons que nous n’avons qu’une seule chose à faire, poursuivre dans une foi qui toujours se confie et toujours loue. C’est dans un attachement vivant et aimant à Jésus, qui se réjouit en lui et le loue continuellement pour ce qu’il est pour nous, que la foi se prouve elle-même et reçoit la puissance de la sainteté.

« Sanctifiés par la foi en moi. » Oui, « par la foi en moi » : c’est le Jésus personnel et vivant qui s’offre lui-même, lui-même dans toutes les richesses de sa puissance et de son amour, comme l’objet, la force, la vie de notre foi. Il nous dit que si nous voulons être saints, toujours et en toute chose saints, nous n’avons qu’à veiller à une seule chose : être toujours et entièrement remplis de foi en lui. La foi est l’œil de l’âme : la puissance par laquelle nous discernons la présence de Celui qu’on ne voit pas, lorsqu’il vient se donner à nous. La foi ne fait pas que voir, elle s’approprie et assimile : tenons nos âmes bien tranquilles devant le Saint-Esprit qui habite en nous, afin qu’il vivifie et fortifie cette foi pour laquelle il nous a été donné. La foi est un abandon : en nous livrant à Jésus pour le laisser accomplir son œuvre en nous, en nous remettant à lui pour qu’il vive sa vie et accomplisse sa volonté en nous, nous le trouverons se donnant entièrement à nous et en prenant pleine possession. Ainsi la foi sera puissance : la puissance de l’obéissance pour faire la volonté de Dieu — « notre très sainte foi », « la foi qui a été transmise aux saints ». Et nous comprendrons combien, pour le cœur simple, est simple le secret de la sainteté : Jésus seul. Nous sommes en lui, notre sanctification : il est personnellement notre sainteté ; et la vie de foi en lui, qui le reçoit et le possède, doit nécessairement être une vie de sainteté. Jésus dit : « Sanctifiés par la foi en moi. »

Soyez saints, comme je suis saint.

Seigneur bien-aimé ! de nouveau j’ai vu, dans un étonnement plein d’adoration, ce que tu veux bien être pour moi. C’est en toi-même, et dans une vie de communion vivante avec toi, que je dois devenir saint. C’est dans la vie toute simple de l’attachement personnel, de la confiance et de l’amour, de l’abandon et de la consécration, que tu deviens mon tout et me rends participant de toi-même et de ta sainteté.

Béni sois-tu, Seigneur Jésus ! je crois en toi, viens au secours de mon incrédulité ! Je confesse ce qui reste encore d’incrédulité, et je compte sur ta présence pour la vaincre et la chasser. Mon âme s’ouvre continuellement pour voir davantage combien tu es toi-même ma vie et ma sainteté. Tu élargis mon cœur pour qu’il se réjouisse en toi comme en son tout, et qu’il ait l’assurance que toi-même tu prends possession et remplis de ta gloire le temple de mon être. Tu m’apprends à comprendre que, si faibles, si humaines et si décevantes que soient les expériences, ton Saint-Esprit est la force de ma foi, me conduisant à grandir jusqu’à une confiance plus forte et plus ample en toi, en qui je suis saint. Ô mon Sauveur ! je reçois ta parole aujourd’hui, « Sanctifiés par la foi en moi », comme une nouvelle révélation de ton amour et de son dessein sur moi. En toi-même est la puissance de ma sainteté ; en toi est la puissance de ma foi. Béni soit ton nom de ce que tu m’as donné, à moi aussi, une place parmi ceux dont tu parles : « Sanctifiés par la foi en moi. » Amen.

1. Souvenons-nous que ce n’est pas seulement la foi qui s’occupe spécialement de Christ pour la sanctification, mais toute foi vivante, qui a le pouvoir de sanctifier. Tout ce qui jette l’âme tout entière sur Jésus, tout ce qui suscite une confiance intense et simple — que ce soit l’épreuve de la foi, ou la prière de la foi, ou l’œuvre de la foi — contribue à nous rendre saints, parce que cela nous met en contact vivant avec le Saint.

2. Ce n’est que par le Saint-Esprit que Christ et sa sainteté sont, jour après jour, révélés et rendus nôtres en possession réelle. Et ainsi la foi qui le reçoit est, elle aussi, de l’Esprit. Livre-toi avec simplicité et confiance à son action. N’aie pas peur, comme si tu ne pouvais pas croire : tu as en toi « l’esprit de foi », tu as le pouvoir de croire. Et tu peux demander à Dieu de te fortifier puissamment par son Esprit dans l’homme intérieur, pour la foi qui reçoit Christ dans une habitation qui ne connaît pas d’interruption.

3. Je n’ai de foi qu’autant que j’ai de l’Esprit. N’est-ce donc pas là ce dont j’ai le plus besoin — vivre entièrement sous l’influence de l’Esprit ?

4. De même que l’œil, en voyant, est réceptif et se laisse impressionner par l’objet placé devant lui, de même la foi est l’impression que Dieu fait sur l’âme lorsqu’il s’approche. La foi d’Abraham ne fut-elle pas le fruit de l’approche de Dieu et de sa parole adressée à lui, l’impression que Dieu produisit sur lui ? Tenons-nous en repos pour contempler le mystère divin de Christ notre sainteté : sa présence, attendue et adorée, produira la foi. C’est-à-dire que l’Esprit qui procède de lui vers ceux qui s’attachent à lui sera la foi.

5. La sainteté par la foi en Jésus, non par ton propre effort,

La domination du péché écrasée et brisée par la seule puissance de la grâce, —

La sainteté même de Dieu au-dedans de toi, sa propre beauté sur ton front, —

Telle sera ta clarté de pèlerin, telle ta bienheureuse part dès maintenant.

F. R. H.


Dix-neuvième jour.

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Saint en Christ Andrew Murray

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