Chapitre 18 · 13 min de lecture
Sainteté et Crucifixion
« Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité. » — Jean 17:19.
« Il dit : Voici, je viens pour faire ta volonté. C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. Car, par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés. » — Hébreux 10:9,10,14.
C’est dans sa prière sacerdotale, sur le chemin de Gethsémané et du Calvaire, que Jésus parla ainsi au Père : « Je me sanctifie moi-même. » Peu de temps auparavant, il avait parlé de lui-même comme de « celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde ». Par le langage de la sainte Écriture, la pensée nous est familière que ce que Dieu a sanctifié, l’homme doit le sanctifier aussi. L’œuvre du Père, en sanctifiant le Fils, est le fondement et la base de l’œuvre du Fils qui se sanctifie lui-même. Si sa sainteté en tant qu’homme devait être une possession libre et personnelle, acceptée et assimilée dans une détermination de soi volontaire et consciente, il ne suffisait pas que le Père le sanctifiât : il devait se sanctifier lui-même aussi.
Cette sanctification de lui-même par notre Seigneur eut lieu à travers toute sa vie, mais elle culmine et ressort avec un relief tout particulier dans sa crucifixion. En quoi elle consiste est rendu clair par les paroles de l’Épître aux Hébreux. Le Messie a dit : « Voici, je viens pour faire ta volonté. » Et il est ajouté ensuite : « C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande du corps de Jésus-Christ. » C’est l’offrande du corps de Christ qui était la volonté de Dieu : en faisant cette volonté, il nous a sanctifiés. C’est de l’accomplissement de cette volonté dans l’offrande de son corps qu’il parlait lorsqu’il dit : « Je me sanctifie moi-même, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité. » L’abandon de sa volonté à la volonté de Dieu dans l’agonie de Gethsémané, puis l’accomplissement de cette volonté dans l’obéissance jusqu’à la mort, ce fut là la sanctification de lui-même par Christ, et de nous aussi. Efforçons-nous de comprendre ceci.
La sainteté de Dieu est révélée dans sa volonté. La sainteté, même dans l’Être divin, n’a de valeur morale qu’en tant qu’elle est librement voulue. En parlant de la Trinité, les théologiens ont fait observer comment, tandis que le Père représente la nécessité absolue de la Bonté éternelle, le Fils en prouve la liberté : au sein de l’Être divin, elle est voulue dans l’amour. Et telle fut alors l’œuvre du Fils sur la terre, au milieu des épreuves et des tentations d’une vie humaine : accepter et tenir ferme à tout prix, vouloir de tout son cœur, la volonté du Père. « Il a appris, bien qu’il fût Fils, l’obéissance par les choses qu’il a souffertes. » À Gethsémané, le conflit entre la volonté de la nature humaine et la volonté divine atteignit son comble : il se manifeste dans un langage qui nous fait presque trembler pour son absence de péché, tandis qu’il parle de sa volonté en opposition à celle de Dieu. Mais la lutte est une victoire, car, en présence de la plus claire conscience de ce que signifie avoir sa propre volonté, il y renonce et dit : « Que ta volonté soit faite ! » Pour entrer dans la volonté de Dieu, il donne sa vie même. Dans sa crucifixion, il révèle ainsi la loi de la sanctification. La sainteté est la pleine entrée de notre volonté dans celle de Dieu. Ou plutôt, la sainteté est l’entrée de la volonté de Dieu pour être la mort de notre volonté. La seule fin de notre volonté et la seule délivrance d’elle, c’est sa mort sous le juste jugement de Dieu. C’est dans l’abandon à la mort de la croix que Christ s’est sanctifié lui-même, et nous a sanctifiés, afin que nous aussi soyons sanctifiés en vérité.
Et maintenant, de même que le Père l’a sanctifié, et que lui, en vertu de cela, se l’est approprié et s’est sanctifié lui-même, ainsi nous, qu’il a sanctifiés, avons à nous l’approprier. Ce n’est par aucun autre moyen que la crucifixion, l’abandon de lui-même à la mort, que Christ pouvait réaliser la sanctification qu’il tenait du Père. Et ce n’est par aucun autre moyen que nous pouvons réaliser la sanctification que nous avons en lui. Sa propre sanctification et la nôtre portent le sceau commun de la croix. Nous avons vu précédemment que l’obéissance est le chemin de la sainteté. En Christ, nous voyons que le chemin de la sainteté parfaite est l’obéissance parfaite. Et c’est l’obéissance jusqu’à la mort, jusqu’à l’abandon de la vie, jusqu’à la mort de la croix. Comme la sanctification que Christ a accomplie pour nous, jusqu’à l’offrande de son corps, porte la marque de la mort, nous ne pouvons y prendre part, nous ne pouvons y entrer, si ce n’est en mourant au moi et à sa volonté. La crucifixion est le chemin de la sanctification.
Cette leçon est en harmonie avec tout ce que nous avons vu. La première révélation de la sainteté de Dieu à Moïse fut accompagnée du commandement : Ôte tes souliers. La louange de Dieu, comme magnifique en sainteté, redoutable dans les louanges, retentit sur les corps morts des Égyptiens. Lorsqu’il fut commandé à Moïse, sur le Sinaï, de sanctifier la montagne, il fut dit : « Si quelqu’un touche la montagne, animal ou homme, il ne vivra point. » La sainteté de Dieu est la mort de tout ce qui est en contact avec le péché. Ce n’est que par la mort, par l’effusion du sang, qu’il y avait accès au lieu très saint. Christ a choisi la mort, même la mort comme malédiction, afin de se sanctifier lui-même pour nous, et de nous ouvrir le chemin de la Sainteté, du lieu très saint, du Saint. Et il en est encore ainsi. Nul ne peut voir Dieu et vivre. Ce n’est que dans la mort, la mort du moi et de la nature, que nous pouvons nous approcher et contempler Dieu. Christ a ouvert la voie. Nul ne peut voir Dieu et vivre. « Alors laisse-moi mourir, Seigneur », s’est écrié quelqu’un, « mais il faut que je te voie. » Oui, béni soit Dieu, si réel est notre intérêt en Christ et notre union à lui, que nous pouvons vivre dans sa mort ; à mesure que, jour après jour, le moi est tenu à la place de la mort, la vie et la sainteté de Christ peuvent être nôtres.
Et où est le lieu de la mort ? Et comment la crucifixion qui conduit à la Sainteté et à Dieu peut-elle s’accomplir en nous ? Grâces à Dieu ! ce n’est point une œuvre de nous-mêmes, aucun pénible processus de crucifixion de soi. La crucifixion qui doit nous sanctifier est un fait accompli. La croix porte cette bannière : « Tout est accompli. » Sur elle, Christ s’est sanctifié lui-même pour nous, afin que nous soyons sanctifiés en vérité. Notre crucifixion, comme notre sanctification, est quelque chose qui, en Christ, a été complètement et parfaitement achevé. « Nous sommes sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. » « Car, par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés. » Dans cette plénitude qu’il a plu au Père de faire habiter en Christ, la crucifixion de notre vieil homme, de la chair, du monde, de nous-mêmes, est tout entière une réalité spirituelle ; celui qui désire, connaît et accepte Christ reçoit pleinement tout cela en lui. Et lorsque le Christ, qui avait auparavant été connu davantage dans sa grâce qui pardonne, vivifie et sauve, est de nouveau recherché comme un véritable libérateur de la puissance du péché, comme un sanctificateur, il vient et introduit l’âme dans la communion du sacrifice de sa volonté. « Il a aboli le péché par son sacrifice » doit devenir vrai de nous comme cela l’est de lui. Il révèle comment il fait partie de son salut de nous rendre participants d’une volonté entièrement livrée à la volonté de Dieu, d’une vie qui s’était abandonnée à la mort, et qui avait ensuite été rendue d’entre les morts par la puissance de Dieu, une vie dont la crucifixion de la volonté propre était l’esprit et la puissance. Il révèle cela, et l’âme qui le voit, qui y consent, qui livre sa volonté et sa vie, qui croit en Jésus comme sa mort et sa vie, et en sa crucifixion comme sa possession et son héritage, entre dans la jouissance et l’expérience de cette chose. Le langage est maintenant : « Je suis mort afin de vivre : j’ai été crucifié avec Christ, et ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. » Et la vie qu’elle vit maintenant, elle la vit par la foi au Fils de Dieu, dans l’acceptation quotidienne, par la foi, de celui qui vit au-dedans de nous dans la puissance d’une mort qui a été traversée et achevée pour toujours.
« Je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité. » « Je viens pour faire ta volonté, ô Dieu. C’est en vertu de cette volonté » — la volonté de Dieu accomplie par Christ — « que nous sommes sanctifiés, par l’offrande du corps de Christ. » Comprenons-le et tenons-le ferme : l’abandon par Christ de sa volonté à Gethsémané et l’acceptation de la volonté de Dieu dans sa mort ; l’accomplissement par Christ de cette volonté dans l’obéissance jusqu’à la mort de la croix, voilà sa sanctification de lui-même, et voilà notre sanctification en vérité. « C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés. » La mort au moi, l’abandon entier et le plus absolu de notre propre vie, avec sa volonté, sa puissance et ses buts, à la croix, et dans la crucifixion de Christ, le port quotidien de la croix — non une croix sur laquelle nous devons encore être crucifiés, mais la croix du Christ crucifié dans sa puissance de tuer et de faire mourir — voilà le secret de la vie de sainteté, voilà la vraie sanctification.
Croyant ! est-ce là la sainteté que vous cherchez ? Avez-vous vu et consenti que Dieu seul est saint, que le moi est tout entier impur, et qu’il n’y a pas d’autre moyen d’être rendu saint que par le feu de la Sainteté divine venant au-dedans pour être la mort du moi ? « Portant toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps » — voilà le chemin de chacun de ceux qui cherchent à être sanctifiés en vérité, comme lui-même s’est sanctifié ; sanctifiés tout comme Jésus.
Il s’est sanctifié lui-même pour nous, afin que nous aussi soyons sanctifiés en vérité. Oui, notre sanctification repose et prend racine dans la sienne, en lui-même. Et nous sommes en lui. Les racines secrètes de notre être sont plantées en Jésus : plus profondément que nous ne pouvons le voir ou le sentir, il est là, notre Cep, nous portant et nous vivifiant. Comprenons par la foi que, d’une manière et dans une mesure qui dépassent de beaucoup notre entendement, intensément divines et réelles, nous sommes en celui qui s’est sanctifié lui-même pour nous. Demeurons là où Dieu nous a placés. Et fléchissons les genoux devant le Père, afin qu’il nous accorde d’être puissamment fortifiés par son Esprit, que Christ, comme notre Sanctification, habite dans nos cœurs, que la puissance de sa mort et de sa vie soit révélée en nous, et que la volonté de Dieu soit faite en nous comme elle le fut en lui.
Soyez saints, car je suis saint.
Père saint ! je te bénis pour cette parole précieuse et bénie, pour cette œuvre précieuse et bénie de ton Fils bien-aimé. Dans son intercession qui ne cesse jamais, tu entends sans cesse cette merveilleuse prière : « Je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité. »
Père béni ! je te supplie de me fortifier puissamment par ton Esprit, afin que, dans une foi vivante, je puisse accepter et vivre la sainteté préparée pour moi en mon Seigneur Jésus. Donne-moi l’intelligence spirituelle pour savoir ce que signifie qu’il s’est sanctifié lui-même, que ma sanctification est assurée dans la sienne, que, à mesure que par la foi je demeure en lui, sa puissance couvrira toute ma vie. Que sa sanctification soit vraiment la loi comme elle est la vie de la mienne. Que son abandon à ta volonté paternelle, sa continuelle dépendance et obéissance, en soient la racine et la force. Que sa mort au monde et au péché en soit la règle quotidienne. Par-dessus tout, que lui-même, ô mon Père ! que lui-même, comme sanctifié pour moi, le Jésus vivant, soit mon unique confiance et mon seul appui. Il s’est sanctifié lui-même pour moi, afin que moi aussi je sois sanctifié en vérité.
Sauveur bien-aimé ! comment te bénirai-je, t’aimerai-je et te glorifierai-je dignement pour cette grâce merveilleuse ! Tu t’es donné toi-même, de sorte que maintenant je suis saint en toi. Je me donne moi-même, afin qu’en toi je sois rendu saint en vérité. Amen. Seigneur Jésus ! Amen.
1. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. » Jésus veut dire que notre vie sera l’exacte contrepartie de la sienne, y compris jusqu’à la crucifixion. Le commencement d’une telle vie est le reniement du moi, pour donner sa place à Christ. Les Juifs ne voulurent pas renier le moi, mais ils « renièrent le Saint, et firent mourir le Prince de la vie. » Le choix est toujours entre Christ et le moi. Renions l’impur, et livrons-le à la mort.
2. Les étapes dans ce chemin sont celles-ci : d’abord, la décision délibérée que le moi soit livré à la mort ; puis, l’abandon au Christ crucifié pour qu’il nous rende participants de sa crucifixion ; puis, « sachant que notre vieil homme a été crucifié », la foi qui dit : « J’ai été crucifié avec Christ » ; et enfin, la puissance de vivre comme un crucifié, de se glorifier dans la croix de Christ.
3. Telle est la voie de sainteté de Dieu, un mystère divin, que le Saint-Esprit seul peut chaque jour maintenir en nous. Béni soit Dieu, c’est la vie qu’un chrétien peut vivre, parce que Christ vit en nous.
4. La pensée centrale est celle-ci : nous sommes en Christ, qui a abandonné sa volonté et fait la volonté de Dieu. Par le Saint-Esprit, la pensée qui était en lui est en nous, la volonté du moi est crucifiée, et nous vivons dans la volonté de Dieu.