La piété ·L’amour et la réprimande

Chapitre 5 · 15 min de lecture

L’amour et la réprimande

« Maintenant donc ces trois choses demeurent: la foi, l’espérance, la charité; mais la plus grande de ces choses, c’est la charité. » 1 Corinthiens 13:13 La deuxième grande différence entre le véritable et le faux amour que nous voulons signaler est celle-ci : l’amour divin n’est pas seulement compatible avec la réprimande et le reproche, mais il les exige souvent de ceux qui le possèdent. Il fait un devoir, à ceux qui l’ont, de reprendre et de réprimander tout ce qui est mal — tout ce qui ne favorise pas le bien suprême de la personne concernée.

En cela, comme en toute chose, cet amour suit son exemple divin : « Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j’aime. Aie donc du zèle, et repens-toi. » Apocalypse 3:19 Lorsque cela est nécessaire au bien d’une personne, Dieu la reprend et la châtie. Il n’afflige ni n’attriste les hommes de bon gré, pas plus qu’un père ne châtie de bon gré un enfant désobéissant. Mais s’il est un père sage, il le fera parce qu’il aime son enfant. De la même manière, celui qui possède cet amour divin est prêt à réprimander et à reprendre le péché partout où il se trouve. Il ne laissera pas le péché demeurer sans le contester chez son prochain, mais le reprendra fidèlement et cherchera à le conduire vers ce qui est juste.

Considérons un bel exemple (parmi bien d’autres) de cet amour divin à l’œuvre dans le cœur et la vie de l’apôtre même qui a écrit 1 Corinthiens 13. Nous ne saurions nous tromper en choisissant cet exemple, car il vient de Paul lui-même.

« Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était répréhensible. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens; et, quand elles furent venues, il s’esquiva et se tint à l’écart, par crainte des circoncis. Avec lui les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabas même fut entraîné par leur hypocrisie. Voyant qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas, en présence de tous: “Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la manière des Juifs, pourquoi forces-tu les païens à judaïser?” » Galates 2:11-15 Bravo, Paul — quel amour noble et courageux ! Il n’est pas allé chuchoter dans le dos de Pierre ni l’attaquer en secret.

« … je dis à Céphas, en présence de tous… »

Si vous voulez un trait caractéristique du véritable amour, le voici.

Il a dû être extrêmement pénible pour Paul de réprimander Pierre publiquement. Ils s’aimaient l’un l’autre. De fait, des années plus tard, Pierre parlait de Paul comme de « … notre bien-aimé frère Paul… » 2 Pierre 3:15 Ils se chérissaient véritablement l’un l’autre. Paul connaissait les exigences du véritable amour, car c’est lui qui a écrit ce treizième chapitre de l’épître aux Corinthiens. S’il aimait Pierre, et s’il comprenait le véritable amour, pourquoi l’a-t-il repris ouvertement ? Pourquoi s’est-il imposé la douleur de le faire ?

La fidélité envers Pierre, la fidélité envers la vérité et la fidélité envers Jésus-Christ l’exigeaient.

C’est pourquoi Paul mit de côté ses propres sentiments et endura la douleur de la confrontation plutôt que de laisser Pierre persévérer dans l’erreur, les croyants d’entre les païens être égarés, et les Juifs se laisser gagner par le compromis mondain.

Paul reprit Pierre publiquement parce que la vérité était en jeu. Comme il arrive souvent, la vérité était du côté de la minorité. L’essentiel de l’influence se trouvait du côté du parti des circoncis. Ils comptaient parmi les croyants les plus influents, et pourtant Paul s’opposa à cette influence en reprenant Pierre.

Pourquoi ?

Parce que la fidélité à la vérité l’exigeait, et l’amour divin est premièrement pur.

Il existe un exemple plus grand encore en notre Seigneur lui-même — le Maître dont l’âme entière était amour et dont la vie fut un sacrifice continuel pour le bien des autres. Et pourtant, avec quelle fidélité il corrigeait ses propres disciples lorsqu’ils s’écartaient de la vérité, et avec quelle intrépidité il démasquait et condamnait la superficialité et l’hypocrisie de ceux qui prétendaient aimer Dieu tout en démentant cette prétention par leur vie.

Avec quelle intrépidité il réprimandait le péché partout où il le trouvait !

En une occasion, il dit, à propos de ses disciples : « Jésus se tourna vers eux, et les réprimanda. » Luc 9:55-56 (La formule plus longue que l’on trouve dans certaines traductions anciennes — « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés. Car le Fils de l’homme est venu, non pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver » — ne figure pas dans le texte de l’ESV.)

C’était comme s’il disait : « Vous devriez déjà comprendre cela. »

En une autre occasion, il dit : « Vous aussi, êtes-vous encore sans intelligence? » Matthieu 15:16 Et encore : « Arrière de moi, Satan! tu m’es en scandale; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes. » Matthieu 16:23 C’était là l’amour divin. C’était un amour fidèle — un amour qui préférait réprimander plutôt que de laisser l’objet de son affection persévérer dans le péché et offenser Dieu.

De nouveau, s’adressant aux pharisiens et à d’autres qui prétendaient être fidèles à Dieu, il dit : Jean 8:39, 42, 44 « Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham. »

« Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens. »

« Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. »

Il n’était pas plus facile pour Jésus-Christ d’affronter les gens religieux de son temps qu’il ne l’est aujourd’hui pour ses serviteurs d’affronter ceux qui professent la foi mais vivent de manière inconséquente.

Et pourtant son cœur divin débordait d’amour. Il se donna lui-même sur la croix pour eux et pria : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » Luc 23:34 Oh ! puissent votre amour et le mien ne pas manquer de ce trait de la ressemblance divine ! S’il y avait seulement davantage de cet amour fidèle et aimant qui ose reprendre le péché et réprimander avec amour un frère, au lieu du faux amour qui flatte une personne en face et la critique dans son dos.

Pensez-vous que la plupart des chrétiens de profession de cette génération croient réellement que les uns et les autres vivent comme il faut ? Considérez presque n’importe quelle Église. Pensez-vous que la plupart des membres croient sincèrement que leurs frères et sœurs dans la foi mènent une vie constamment pieuse, non seulement en apparence, mais dans le cœur ?

Hélas, ce que les gens disent dans le dos les uns des autres raconte souvent une tout autre histoire. Ils ne le croient pas vraiment. Ils savent qu’il en va autrement, et ils sont prompts à parler aux autres des fautes qu’ils remarquent. Pourtant, il n’y en a pas un sur mille qui soit jamais allé trouver un frère en particulier, l’ait pris par la main avec amour, et l’ait doucement repris au sujet de sa conduite pécheresse ou de son relâchement.

Que penserait-on d’une femme qui, après s’être rendue à l’Église la veille, demanderait un entretien privé avec Mme —— et qui, seule avec elle, dirait, les larmes aux yeux et avec une profonde sincérité : « Chère Madame ——, je viens vous voir au sujet d’une affaire très délicate. Voulez-vous permettre un mot d’encouragement et de correction de la part de quelqu’un qui se sent très faible et indigne, mais qui a la confiance que l’Esprit de Dieu l’a conduite à venir ? Puis-je vous dire que votre conduite à l’Église, hier, m’a troublée ? Il m’a semblé que votre attention n’était pas fixée sur le sérieux du culte, mais qu’elle était occupée à observer et à critiquer la toilette de la personne assise en face de vous. J’ai également remarqué qu’en quittant l’Église, vous vous êtes aussitôt mise à rire et à parler d’une manière qui semblait peu compatible avec le culte auquel vous veniez d’assister. »

Supposez qu’elle poursuive : « Chère Madame ——, je n’en ai parlé à personne — pas même à mon mari — mais je suis venue vous parler en personne. Allons ensemble devant le Seigneur et demandons-lui de nous donner son Saint-Esprit, afin qu’il vous montre où vous vous égarez et vous révèle si vous vous éloignez de l’amour de Dieu. »

Que penserait-on ? Que dirait-on d’une telle conduite ?

Pourtant, si tous ceux qui voient le péché chez un prochain agissaient de la sorte — s’ils suivaient l’instruction du Seigneur et allaient trouver en particulier leur frère ou leur sœur pour leur signaler leur faute — combien de gens seraient préservés du relâchement, et combien de divisions et de controverses douloureuses dans les Églises pourraient être évitées !

Mais où sont ceux qui le feront ?

Je ne veux pas dire qu’il n’y en a aucun — à Dieu ne plaise. Je sais qu’il y en a quelques-uns. Mais, comparativement, où sont-ils ? Où est celui qui est prêt à endurer un malaise personnel afin d’en aider un autre ?

Voilà le véritable enjeu. Si c’était un devoir facile et agréable, beaucoup l’accompliraient volontiers. Mais parce qu’il est pénible, ils hésitent à le faire.

Où est celui qui le fera plutôt que de laisser un frère endormi dans le péché ? Où est celui qui agira plutôt que de voir la cause de Christ déshonorée et lésée ? Où sont les saints qui, dans l’humilité et l’amour, vont relever celui qui s’est égaré ?

J’espère que vous connaissez beaucoup de telles personnes. Hélas, je n’en connais que peu. Si vous en connaissez beaucoup, j’en suis heureux, et plus vous en connaissez, mieux c’est. Si vous êtes l’un d’eux, alors cela en fait un de plus. Si chaque chrétien possédait ce genre d’amour, quelle transformation ne tarderait pas à se produire ! Voilà ce dont l’Église a besoin — des gens qui peuvent se permettre de reprendre et de corriger parce qu’ils ne se soucient pas de ce que les autres pensent d’eux. Leur unique souci est de plaire à leur Seigneur et Maître et de faire sa volonté.

Avez-vous cet amour qui ne cherche pas son propre intérêt ?

Quel contraste entre Saul et Paul ! L’avez-vous jamais considéré ? Que dit Saul ?

« … ne connaissant pas la justice de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu. » Romains 10:3 Avant de recevoir le véritable amour, son mobile déterminant était l’intérêt personnel. Il ne se souciait pas du royaume de Dieu ; il se souciait de son propre honneur, de sa réputation et de son avancement. Il voulait l’approbation de sa nation.

Comparez maintenant cela avec Paul après sa conversion. Que dit-il ?

« J’éprouve une grande tristesse, et j’ai dans le cœur un chagrin continuel. Car je voudrais moi-même être anathème et séparé de Christ pour mes frères, mes parents selon la chair. »

Romains 9:2-3 Voilà de l’amour, en vérité.

Ces gens étaient précisément ceux dont il avait autrefois désiré l’approbation. Pourtant, après avoir reçu le Saint-Esprit et avoir eu les yeux ouverts sur leur condition perdue, il s’affligea profondément à leur sujet. Il dit : « J’éprouve une grande tristesse, et j’ai dans le cœur un chagrin continuel. Car je voudrais moi-même être anathème et séparé de Christ pour mes frères, mes parents selon la chair. »

Romains 9:2-3 Quel contraste !

Il ne se soucie plus de ce qu’ils pensent de lui. Au contraire, il s’en va s’efforcer de leur ouvrir les yeux, leur montrant que le privilège religieux seul ne peut les sauver et qu’ils doivent se tourner vers Dieu. Le moi a entièrement disparu de sa vue. Le cœur, l’âme et les efforts de Paul sont désormais consacrés au salut des autres.

Si on le loue, il l’accepte. Si on le condamne, il l’accepte aussi. Son regard est fixé sur le royaume de Dieu et, quelle que soit la manière dont on le traite, il continue de rechercher ce royaume — jusqu’au martyre même. Il endure la haine et l’opposition les plus violentes afin de pouvoir aider à détourner les hommes de Satan vers Dieu, et du péché vers la justice.

Le moi n’est plus le centre. Ce n’est plus Paul qui compte — c’est Christ et son royaume.

Le faux amour est tout le contraire.

Celui qui possède le faux amour se soucie principalement de ce que les gens pensent de lui, et non de la manière dont ils traitent le Seigneur qu’il professe. Un tel homme ne peut supporter l’idée de corriger qui que ce soit. Cette seule pensée l’effraie. Il traite ceux qui le font de durs, de légalistes ou de gens portés à juger. Pourtant, il peut n’avoir aucun scrupule à critiquer quelqu’un dans son dos.

Le langage du faux amour révèle sa véritable nature. Il flatte des lèvres. Le miel est sur sa langue, mais le poison est en dessous. Prenez-y garde.

Même lorsqu’il paraît louer un frère ou un prochain, il ajoute souvent une réserve destructrice : « Oh ! c’est un homme bien, mais… »

« Oui, je l’estime beaucoup, seulement… »

Que de dommages ont été causés par de telles paroles ! Que de bonnes réputations ont été ternies par cet esprit ! Que d’influence pour le bien a été affaiblie ou détruite par la critique irréfléchie et la malveillance cachée !

On l’a dit avec justesse : il n’est guère de vertu si pure que la calomnie n’essaie de la souiller.

Même dans la vie des gens pieux, ceux qui cherchent des fautes peuvent toujours trouver quelque chose à critiquer.

C’est pourquoi, prenez garde à l’amour que vous possédez.

Le véritable amour ne se réjouit pas de l’injustice.

« … elle ne se réjouit point de l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité. » 1 Corinthiens 13:6 Avez-vous conscience d’un sentiment de satisfaction lorsqu’une personne que vous n’aimez pas tombe dans le péché ou le malheur ?

Si c’est le cas, prenez garde. Cet esprit ne vient pas de Dieu.

Vous réjouissez-vous secrètement lorsque le mal atteint un ennemi ? Si c’est le cas, vous devez vous débarrasser de ce poison.

Dieu ne tolérera pas un tel esprit dans le Ciel. Une seule personne portant cette amertume corromprait le Paradis lui-même. Notre Seigneur a dit : « Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis… et priez pour ceux qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux. » Matthieu 5:44-45 Maintenant, mon frère, ma sœur, examinez-vous.

Nous nous reverrons, et vous découvrirez que ce ne sont pas là des idées imaginaires ni des théories creuses.

Ce sont des réalités. Bien que ces grandes vérités du christianisme ne soient pas souvent prêchées de nos jours, elles n’en demeurent pas moins vraies. Elles se trouvent dans la Parole de Dieu, et il n’y a pas de véritable christianisme en nous si nous ne possédons pas cet amour qui hait le mal parce qu’il est le mal, qui le reprend avec amour, cherche à l’ôter et aspire à le voir guéri.

Ici encore, le faux amour est tout l’opposé de l’amour divin. Il ne se soucie guère de la justice. Son idéal le plus élevé est simplement le calme et la tranquillité. Il dit : « Gardons les choses paisibles ; nous ne devons pas troubler la paix de l’Église. » Il crie : « Paix, paix », alors qu’il n’y a pas de paix véritable.

Il dit : « Nous ne pouvons rien à ces problèmes. Que chacun se garde lui-même. Nous ne sommes pas responsables de notre prochain. »

Souvent, il sait fort bien que de graves torts existent sous la surface — pratiques mauvaises, systèmes nuisibles, conduites pécheresses qu’il choisit de tolérer ou de soutenir. Mais parce que ces choses sont cachées aux regards du public, il dit : « Laissez-les tranquilles. Nous ne devons pas remuer les choses. Paix ! Paix ! »

Il dit : « Peu importe la justice ; il faut soutenir l’Église, d’où que vienne l’argent. Peu importent les torts qui peuvent y être liés. Il nous faut la paix. »

Il préférerait couvrir le mal plutôt que de le démasquer et de l’ôter. Il dit : « Peu importe. Nous ne pouvons permettre que ces affaires soient examinées, corrigées ou déracinées. Paix — il nous faut la paix ! »

Alors, si quelqu’un ose démasquer le problème et révéler la corruption qui se cache dessous, on le traite comme Achab traita Élie.

« A peine Achab aperçut-il Élie qu’il lui dit: “Est-ce toi, qui jettes le trouble en Israël?” » 1 Rois 18:17 De la même manière, ceux qui affrontent le mal sont souvent accusés de causer la division, plutôt que ceux qui sont responsables du mal lui-même.

Et lorsque vous rappelez aux gens le grand principe : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. » Matthieu 7:12 ils répondent parfois : « Mais on n’attend pas de nous que nous soyons parfaits en cette vie », et s’en servent comme excuse pour éviter de traiter le problème. Ainsi, ils ne font que poser un voile de plus sur le mal et le laissent perdurer.

Voilà l’amour du diable, et plus il y en a, mieux cela sert son dessein.

Mais l’amour et la sagesse qui viennent d’en haut sont différents.

« La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d’hypocrisie. » Jacques 3:17 Remarquez qu’elle est premièrement pure, puis pacifique.

Je préférerais vivre dans un conflit continuel aux côtés de ce qui est vrai, juste et bon, plutôt que de jouir de l’harmonie avec ce qui est vain, corrompu et mauvais, et voué à la destruction.

Que le Seigneur vous aide à faire le même choix.

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La piété Catherine Booth

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