Glanures parmi les gerbes ·Le combat du chrétien

Chapitre 4 · 14 min de lecture

Le combat du chrétien

La joie de la victoire

Le champ de bataille du chrétien est ici-bas, mais le cortège triomphal est là-haut. Ceci est le pays de l’épée et de la lance ; cela est le pays de la couronne et du diadème. Ceci est le pays du vêtement roulé dans le sang et de la poussière du combat ; cela est le pays du son joyeux de la trompette, le lieu de la robe blanche et du cri de la conquête. Ô, quel frémissement de joie sera ressenti par tous les bienheureux, lorsque leurs conquêtes seront achevées dans le ciel ; lorsque la mort elle-même, le dernier des ennemis, sera terrassée ; lorsque Satan sera traîné captif aux roues du char de Christ ; lorsque le grand cri de la victoire universelle s’élèvera du cœur de tous les rachetés ! Quel moment de bonheur que celui-là !

Quelque chose de la joie de la victoire, nous le connaissons déjà ici-bas. Avez-vous jamais lutté contre un cœur mauvais, pour finalement en triompher ? Avez-vous jamais combattu durement contre une forte tentation, et su ce que c’était que de chanter avec reconnaissance : « Quand je dis : Mon pied chancelle ! Ta bonté, ô Éternel ! Me sert d’appui » ? Avez-vous, comme le Chrétien de Bunyan, combattu Apollyon, et, après une lutte acharnée, l’avez-vous mis en fuite ? Alors vous avez eu un avant-goût du triomphe céleste — un simple pressentiment de ce que sera la victoire finale. Dieu vous accorde ces triomphes partiels afin qu’ils soient les arrhes de l’avenir. Avance et remporte la victoire, et que chaque conquête, bien que plus rude et plus âprement disputée, te soit comme un gage de la victoire du ciel.

La sécurité dans le combat

La manière dont Dieu garde son peuple en sûreté n’est pas d’écarter ses ennemis pour les empêcher de l’attaquer, mais de le soutenir tandis qu’il est engagé dans le combat. Ce n’est pas grand-chose que de se préserver derrière une muraille qu’on ne peut escalader ; mais se tenir là où les flèches volent aussi dru que la grêle, où les lances sont poussées avec fureur, où les coups d’épée tombent de toutes parts, et, au milieu de tout cela, se montrer invulnérable, invincible, immortel — voilà porter une vie divine que nulle puissance humaine ne peut vaincre. Telle est la vocation du chrétien. Dieu nous placera là où il nous faut être éprouvés et tentés. Si nous ne sommes pas éprouvés, nulle gloire n’en revient à Celui qui nous préserve ; et si nous ne sommes pas tentés, nulle gratitude n’en revient à sa grâce qui nous délivre des tentations. Le Seigneur ne met pas ses plantes dans une serre chaude, comme le font certains jardiniers ; non, il les met en plein air, et si la gelée approche, il dit : « Ah ! mais nulle gelée ne peut les tuer, et elles n’en seront que plus robustes en été pour avoir subi le froid de l’hiver. » Il ne les abrite ni de l’ardeur du soleil, ni des froidures de la nuit. En ce monde, il nous faut avoir la tribulation, et il nous en faut beaucoup, car c’est à travers beaucoup de tribulations que nous héritons du royaume. Voici ce que Dieu fait pour son peuple : il le garde dans la tribulation, le préserve dans la tentation, et le fait sortir joyeusement de toutes ses épreuves. Ainsi, chrétien, tu peux te réjouir de ta sécurité ; mais tu ne dois pas croire que tu ne seras pas attaqué : tu es comme un torrent descendu du Liban, destiné à être précipité de cascade en cascade, à être brisé sur mainte roche rugueuse, à être arrêté par mainte pierre énorme, à être entravé par maint arbre abattu ; mais tu dois t’élancer en avant avec la force irrésistible de Dieu, balayant tout sur ton passage, jusqu’à ce que tu trouves enfin le lieu de ton parfait repos.

La guerre contre le péché

Ô chrétien, ne saisis jamais le péché sans avoir le gantelet à la main ; ne l’approche jamais avec le gant de velours de l’amitié ; n’en parle jamais avec ménagement ; mais hais-le toujours sous toutes ses formes. S’il vient à toi comme un petit renard, prends-y garde, car il ravagera les vignes. Qu’il bondisse vers toi comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer, ou qu’il s’avance sous une forme séduisante, la mine gracieuse, cherchant par une affection feinte à t’attirer dans le péché — prends garde ; car son étreinte est la mort, et son enlacement la perdition. Tu dois faire la guerre au péché de toute espèce — de la lèvre, de la main, du cœur. Si doré soit-il de profit, si vernissé de la bienséance de la morale, si complimenté par les grands, ou si populaire auprès de la foule, tu dois haïr le péché partout, sous tous ses déguisements, en tout temps et en tout lieu. Pas un seul péché ne doit être épargné ; mais contre le péché tout entier doit être proclamée une guerre d’extermination totale et sans réserve.

Endurer les souffrances

Soldat de Christ, tu auras à livrer un rude combat. Il n’y a pour toi nul lit de plume ; on ne va pas au ciel dans un char : il faut fouler le sentier raboteux ; il faut gravir des montagnes ; il faut passer des fleuves à gué ; il faut combattre des dragons ; il faut abattre des géants ; il faut surmonter des difficultés ; et il faut supporter de grandes épreuves. Le chemin du ciel n’est pas une route unie ; ceux qui n’y ont fait que fort peu de pas l’ont trouvé rude et escarpé. Il est pourtant délicieux ; c’est le plus délicieux voyage du monde entier ; non qu’il soit facile en lui-même — il n’est délicieux qu’à cause de la compagnie, à cause des douces promesses sur lesquelles nous nous appuyons, à cause de notre Bien-aimé qui marche avec nous à travers tous les fourrés rudes et épineux de ce vaste désert. Soldats chrétiens, attendez-vous au combat : « Bien-aimés, ne soyez pas surpris, comme d’une chose étrange qui vous arrive, de la fournaise qui est au milieu de vous pour vous éprouver. » Aussi vrai que tu es un enfant de Dieu, ton Sauveur t’a laissé pour héritage ceci : « Vous aurez des tribulations dans le monde. » Mais souviens-toi que cette « tribulation » est le chemin pour « entrer dans le royaume » ; c’est pourquoi, « souffre avec moi, comme un bon soldat de Jésus-Christ ».

Le combat de la foi

Comme les Spartiates, tout chrétien naît guerrier. C’est sa destinée d’être assailli ; c’est son devoir d’attaquer. Une partie de sa vie sera occupée à une guerre défensive. Il lui faudra combattre avec ardeur pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes ; il lui faudra résister au diable ; il lui faudra tenir ferme contre toutes ses ruses ; et, après avoir tout surmonté, tenir encore. Il ne sera pourtant qu’un piètre chrétien s’il n’agit que sur la défensive ; il doit être de ceux qui marchent contre leurs ennemis. Il doit pouvoir dire avec David : « Je marche contre toi au nom de l’Éternel des armées, du Dieu de l’armée d’Israël, que tu as insultée. » Il doit lutter non contre la chair et le sang, mais contre les dominations et les autorités. Il doit avoir pour son combat des armes qui ne sont point charnelles, mais « puissantes, par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses ». Il ne doit pas se contenter de vivre bien gardé dans la place forte, mais il doit sortir pour attaquer les châteaux de l’ennemi et chasser le Cananéen du pays. Or, il est bien des manières dont le chrétien peut, dans une large mesure, oublier son caractère de combattant. Et, hélas ! il n’en est que trop qui, s’ils sont chrétiens le moins du monde, ne connaissent assurément que fort peu ce combat quotidien auquel le Chef de notre salut appelle ses disciples. Ils ont une religion molle ; une religion qui fuit l’opposition ; une religion pareille au roseau, qui plie sous chaque rafale, bien différente de ce cèdre de la piété qui se dresse haut au milieu de la tempête et bat de ses rameaux dans l’ouragan par pure joie du triomphe, quand bien même la terre entière serait en armes alentour. De tels hommes manquent de la foi qui a part à la gloire. Bien que sauvés, leurs noms ne se trouveront pas inscrits parmi les vaillants qui, pour l’amour de notre grand Capitaine, consentent à souffrir la perte de toutes choses et à sortir hors du camp en portant son opprobre. Ô, ne nous contentons jamais d’un repos aussi peu glorieux ; mais combattons avec ardeur et vaillance les combats du Seigneur. Est-ce peu de chose, pour un disciple de Christ, que de perdre l’immortel honneur de servir le Seigneur ? Que ne feront pas les hommes pour gagner la renommée ? et nous, lorsqu’elle est à notre porte, nous détournerions-nous nonchalamment pour jeter notre gloire à terre ? Debout, à l’œuvre ! car ce n’est pas une petite chose que de perdre l’honneur d’un fidèle serviteur de Christ.

La fermeté

Si tu avais plus de foi, tu serais aussi heureux dans la fournaise que sur la montagne des délices ; tu serais aussi joyeux dans la famine que dans l’abondance ; tu te réjouirais dans le Seigneur quand l’olivier ne donnerait point d’huile, aussi bien que lorsque la cuve déborde et regorge jusqu’aux bords. Si tu avais plus de confiance en Dieu, tu connaîtrais bien moins de ces ballottements en tous sens ; et si tu avais une plus grande proximité avec Christ, tu aurais moins d’hésitation. Par moments, tu peux défier la rage de Satan, affronter hardiment chaque assaut et résister à chaque tentation ; mais trop souvent tu es craintif et irrésolu, prêt à fuir le combat au lieu d’opposer une vaillante résistance. Mais si tu te souvenais toujours de Celui qui a supporté de la part des pécheurs une telle opposition contre sa personne, tu pourrais être toujours ferme et inébranlable. Vis près de ton Maître, et tu ne seras plus ainsi changeant et incertain. Garde-toi d’être comme une girouette. Demande à Dieu que sa loi soit écrite sur ton cœur comme si elle était gravée dans la pierre, et non comme si elle était tracée dans le sable. Demande que sa grâce vienne à toi comme un fleuve, et non comme un ruisseau qui tarit. Demande de garder ta conduite toujours sainte ; que ta course soit comme la lumière resplendissante qui ne s’attarde point, mais brille de plus en plus jusqu’à la plénitude du jour. Demande que le « Dieu de toute grâce » t’« affermisse, te fortifie et te rende inébranlable ».

La délivrance triomphante

Lorsque les Israélites sortirent du pays d’Égypte, ils emportèrent avec eux tout ce qu’ils possédaient, selon la parole du Seigneur : « Il ne restera pas un ongle. » Que nous enseigne cela ? Eh bien, non seulement que tout le peuple de Dieu sera sauvé, mais que tout ce que le peuple de Dieu a jamais possédé lui sera rendu. Tout ce que Jacob descendit jamais en Égypte en sera ressorti. Ai-je perdu une parfaite justice en Adam ? j’aurai une parfaite justice en Christ. Ai-je perdu le bonheur sur la terre en Adam ? Dieu me donnera ici-bas beaucoup de bonheur en Christ. Ai-je perdu le ciel en Adam ? j’aurai le ciel en Christ ; car Christ n’est pas venu seulement chercher et sauver le peuple qui était perdu, mais aussi ce qui était perdu, c’est-à-dire tout l’héritage aussi bien que le peuple, tout leur bien. Non pas seulement la brebis, mais le bon pâturage que la brebis avait perdu ; non pas seulement le fils prodigue, mais tous les biens du fils prodigue. Tout fut emporté hors d’Égypte ; les os mêmes de Joseph ne furent pas laissés en arrière. Les Égyptiens ne purent dire qu’il leur restât un brin des biens des Israélites — pas même un de leurs pétrins, ni un de leurs vieux vêtements. Et lorsque Christ aura tout soumis à lui-même, le chrétien n’aura pas perdu un seul atome par les corvées d’Égypte, mais il pourra dire : « O mort, où est ton aiguillon ? O sépulcre, où est ta victoire ? » O enfer, où est ton triomphe ? Tu n’as ni drapeau ni pennon à montrer de ta victoire ; il ne reste sur le champ de bataille ni casque ni heaume ; il n’est pas un seul trophée que tu puisses dresser dans l’enfer au mépris de Christ. Non seulement il a délivré son peuple, mais les siens sont sortis enseignes déployées. Arrête-toi, admire et aime le Seigneur, qui délivre ainsi tout son peuple. « Que tes œuvres sont grandes, ô Éternel, et que tes ouvrages sont admirables ; et mon âme le reconnaît bien ! »

Plus que vainqueurs

Le chrétien doit enfin être vainqueur. Pensez-vous que nous devions être à jamais les esclaves et les forçats du péché, soupirant après la liberté sans jamais pouvoir échapper à sa servitude ? Non ! Bientôt les chaînes qui me retiennent seront brisées, les portes de ma prison s’ouvriront, et je monterai vers la cité glorieuse, la demeure de la sainteté, où je serai entièrement affranchi du péché. Nous qui aimons le Seigneur, nous ne devons pas séjourner à jamais à Méschec. La poussière peut souiller nos robes à présent, mais le jour vient où nous nous lèverons, secouerons notre poussière et revêtirons nos habits de fête. Il est vrai que nous sommes maintenant comme Israël en Canaan. Canaan est plein d’ennemis ; mais les Cananéens seront et doivent être chassés, et tout le pays, depuis Dan jusqu’à Beer-Schéba, appartiendra au Seigneur. Chrétiens, réjouissez-vous ! Vous serez bientôt parfaits, bientôt affranchis du péché, sans une seule inclination mauvaise, sans un seul désir pervers. Vous serez bientôt purs comme les anges de lumière ; bien plus, revêtus des habits de votre Maître, vous serez « saints comme le Saint ». Pouvez-vous songer à cela ? N’est-ce pas là la somme même du ciel, le ravissement de la béatitude, le cantique des cimes de la gloire — que vous deviez être parfaits ? Nulle tentation ne pourra vous atteindre ; et quand même la tentation vous atteindrait, elle ne vous ferait aucun mal, car il n’y aurait plus rien en vous qui pût de quelque manière nourrir le péché. Ce serait comme une étincelle tombant sur l’océan : votre sainteté l’éteindrait en un instant. Oui, lavés dans le sang de Jésus, vous foulerez bientôt les rues d’or, vêtus de blanc et le cœur blanc aussi. Ô, réjouissez-vous de cette perspective prochaine, et qu’elle vous affermisse pour le combat présent.

Le combat du chrétien

C’est un rude combat que le chrétien est appelé à livrer ; non pas de ceux que des chevaliers de salon pourraient remporter ; nulle escarmouche facile que gagnerait celui qui s’élancerait à la bataille par quelque beau jour de soleil, regarderait l’armée, puis tournerait bride à son coursier et descendrait délicatement de cheval à la porte de sa tente de soie. Ce n’est pas une campagne que remportera celui qui, simple recrue aujourd’hui, s’imagine follement qu’une semaine de service lui assurera une couronne de gloire. C’est une guerre de toute une vie ; une lutte qui exigera toute notre force si nous voulons triompher ; une bataille devant laquelle le cœur le plus intrépide pourrait défaillir ; un combat que le plus brave fuirait, s’il ne se souvenait que le Seigneur est de son côté ; qui donc craindrait-il ? Dieu est la force de sa vie : de qui aurait-il peur ? Ce combat n’est pas de force brute ni de puissance physique ; s’il l’était, nous pourrions le gagner plus vite ; mais il n’en est que plus dangereux du fait qu’il est une lutte de l’esprit, un combat du cœur, une bataille de l’âme — souvent une agonie de l’âme.

Vous étonnez-vous que le chrétien soit appelé au combat ? Dieu ne donne jamais de foi forte sans une épreuve ardente ; il ne bâtira pas un vaisseau solide sans le soumettre à de très puissantes tempêtes ; il ne fera pas de toi un puissant guerrier s’il n’a l’intention d’éprouver ton habileté au combat. L’épée du Seigneur doit servir ; les lames du ciel doivent être frappées contre l’armure du malin, et pourtant elles ne se briseront point, car elles sont du vrai métal de Jérusalem, qui ne rompt jamais. Nous vaincrons, si nous engageons le combat de la bonne manière. Si nous avons aiguisé nos épées sur la croix, nous n’avons absolument rien à craindre ; car, bien que nous puissions parfois être abattus et déconcertés, nous mettrons assurément en fuite, à la fin, tous nos adversaires, car nous sommes dès à présent les fils de Dieu. Pourquoi donc craindrions-nous ? Qui nous dira de nous « arrêter », si Dieu nous dit d’avancer ?

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Glanures parmi les gerbes Charles H. Spurgeon

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