Chapitre 3 · 18 min de lecture
Dans la peine et l’affliction
La discipline de la douleur
Le Seigneur tire ses meilleurs soldats des hautes terres de l’affliction.
Les privilèges de l’épreuve
On dit que, lorsque les étoiles ne peuvent être vues durant le jour depuis le niveau ordinaire de la terre, il suffirait de descendre au fond d’un puits obscur pour les apercevoir aussitôt. Et c’est assurément un fait que les meilleures des promesses de Dieu sont d’ordinaire vues par son Église lorsqu’elle traverse ses plus sombres épreuves. Aussi certainement que Dieu met ses enfants dans la fournaise, il sera dans la fournaise avec eux. Je ne lis pas que Jacob ait vu l’ange avant d’être venu en un lieu où il lui fallut lutter ; et alors le Jacob qui luttait vit l’ange qui luttait. Je ne sache pas que Josué ait jamais vu l’ange de Dieu avant d’être auprès de Jéricho ; et alors Josué vit le guerrier céleste. Je ne sache pas qu’Abraham ait jamais vu le Seigneur avant d’être devenu un étranger et un vagabond dans les plaines de Mamré ; et alors le Seigneur lui apparut comme un voyageur en chemin. C’est dans nos plus désespérantes douleurs que nous vivons nos plus heureuses expériences. Il faut aller à Patmos pour voir la révélation. Ce n’est que sur le roc stérile, ceint par la tempête, fermé à toute la lumière du monde, que nous pouvons trouver des ténèbres propices, dans lesquelles nous pouvons contempler la lumière du ciel sans être distraits par les ombres de la terre.
La lumière dans la nuée
« L’Éternel rétablit Job dans son premier état. » Ainsi donc, nos plus longues douleurs ont un terme, et il y a un fond aux plus profonds abîmes de notre misère. Nos hivers ne feront pas éternellement grise mine : bientôt sourira l’été. La marée ne se retirera pas à jamais : les flots doivent revenir sur leurs pas. La nuit ne suspendra pas pour toujours ses ténèbres sur nos âmes : le soleil se lèvera encore, portant la guérison sous ses ailes. « L’Éternel rétablit Job dans son premier état. » Ainsi encore, nos douleurs auront une fin quand Dieu aura atteint en elles son but. Les buts, dans le cas de Job, étaient ceux-ci : que Satan fût vaincu, déjoué par ses propres armes, ruiné dans ses espérances alors qu’il avait tout à sa guise. Dieu, au défi de Satan, avait étendu sa main et touché Job dans ses os et dans sa chair ; et pourtant le tentateur ne put prévaloir contre lui, mais reçut sa rebuffade dans ces paroles victorieuses : « Quand même il me tuerait, je m’attendrais à lui. » Quand Satan est vaincu, alors cesse la bataille. Le Seigneur visait aussi à l’épreuve de la foi de Job. Bien des poids furent suspendus à ce palmier, mais il continua de croître tout droit. Le feu avait été ardent, et pourtant l’or n’avait point diminué ; seules les scories furent consumées. Un autre dessein du Seigneur était sa propre gloire. Et en vérité il fut glorifié abondamment. Dieu a acquis à son grand nom et à ses sages conseils une renommée éternelle, par cette grâce dont il soutint son pauvre serviteur affligé sous les plus lourdes détresses qui soient jamais tombées en partage à un homme. Dieu avait un autre but, et celui-là aussi fut atteint. Job avait été sanctifié par ses afflictions. Son esprit s’était adouci, et toute propre justice qui se tapissait au dedans en fut bel et bien chassée. Et maintenant que les desseins gracieux de Dieu sont accomplis, il retire la verge ; il retire l’argent fondu du milieu des charbons ardents. Dieu n’afflige pas volontiers, et n’attriste pas pour rien les enfants des hommes, et il le montre par le fait qu’il ne les afflige jamais plus longtemps qu’il n’est nécessaire. Jamais il ne souffre qu’ils demeurent un seul instant de plus dans la fournaise qu’il n’est absolument requis pour servir les desseins de sa sagesse et de son amour. « L’Éternel rétablit Job dans son premier état. » Ne désespère donc point, croyant affligé ; celui qui rétablit Job dans son premier état peut changer ta captivité comme les ruisseaux dans le midi. Il fera de nouveau fleurir ta vigne, et ton champ produira son fruit. Tu sortiras de nouveau avec ceux qui se réjouissent, et une fois encore le chant de l’allégresse sera sur tes lèvres. Ne laisse pas le Désespoir river ses cruelles entraves autour de ton âme. Espère encore, car il y a de l’espérance en cette affaire. Aie confiance encore, car il y a un fondement à l’assurance. Il te fera remonter, plein de joie, hors de la captivité, et tu chanteras encore à sa louange : « Tu as changé mes lamentations en allégresse, tu as délié mon sac, et tu m’as ceint de joie. »
Clarté après la pluie
Le règne de Christ comme Roi, selon la description de David, est semblable à « la clarté après la pluie », par laquelle l’herbe tendre est faite sortir de terre. Ainsi l’avons-nous souvent vu. Après une forte averse, ou après une saison pluvieuse prolongée, lorsque le soleil brille, il y a dans l’air une clarté et une fraîcheur délicieuses que nous ne percevons guère en d’autres temps. Peut-être le temps le plus radieux est-il justement celui où la pluie vient de cesser, où le vent a chassé au loin les nuages, et où le soleil se penche hors de ses chambres pour réjouir la terre de ses sourires. Il en va de même du cœur exercé du chrétien. La douleur ne dure pas toujours. Après la pluie battante de l’adversité vient toujours, tôt ou tard, la clarté sereine. Croyant éprouvé, considère ceci. Après toutes tes afflictions, il reste un repos pour le peuple de Dieu. Une clarté sereine vient à ton âme lorsque toute cette pluie est passée. Quand ton temps de reproche sera achevé et écoulé, il en sera pour toi comme de la terre lorsque la tempête a sangloté jusqu’à s’endormir, lorsque les nuages se sont déchirés en lambeaux, et que le soleil se penche de nouveau tel un époux dans sa glorieuse parure. À cette fin, la douleur coopère avec la félicité qui la suit, comme la pluie et le soleil, pour faire lever la tendre pousse. La tribulation et la consolation travaillent ensemble à notre bien. « De même que les souffrances de Christ abondent en nous, de même notre consolation abonde par Christ. » La clarté sereine après la pluie produit une atmosphère qui rafraîchit les herbes et les moissons ; et la joie du Seigneur, après les saisons de douleur, rend l’âme féconde. Ainsi croissons-nous dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.
L’utilité de l’épreuve
Les épreuves nous apprennent ce que nous sommes ; elles retournent le sol et nous laissent voir de quoi nous sommes faits ; elles ne font que ramener à la surface quelques-unes des mauvaises herbes.
Les porteurs de croix
Quelle position honorable que celle de Simon le Cyrénéen, être porteur de croix pour Jésus-Christ ! Nous pourrions presque pleurer de n’avoir pas été là, pour avoir eu l’honneur de porter la croix de Christ à sa place. Mais nous n’avons pas besoin de pleurer, car nous aurons sa croix à porter si nous sommes de son peuple. Il n’y a au ciel aucun porteur de couronne qui n’ait été porteur de croix ici-bas. Il n’y en aura aucun, dans la foule des glorifiés, qui n’ait porté sa croix sur la terre. As-tu une croix, croyant ? Charge-la vaillamment sur ton épaule ! Debout, relève-la ! Poursuis ta route d’un pas ferme et d’un cœur joyeux, sachant que, puisque c’est la croix de Christ, ce doit être un honneur de la porter ; et que, tandis que tu la portes, tu es en bienheureuse compagnie, car tu le suis.
La croix quotidienne du chrétien
Croyant, Christ Jésus te présente tes croix, et ce ne sont point des dons méprisables.
La consolation
La consolation est la chute d’une douce rosée du ciel sur les cœurs désertiques d’en bas ; c’est l’un des plus précieux dons de la miséricorde divine.
La sympathie
La sympathie est tout particulièrement un devoir de chrétien. Considère ce qu’est le chrétien, et tu diras que, si tout autre homme était égoïste, lui devrait être désintéressé ; s’il n’y avait nulle part ailleurs un cœur qui eût de la sympathie pour l’indigent, il devrait s’en trouver un dans toute poitrine chrétienne. Le chrétien est un « roi » : il ne sied pas à un roi de veiller bassement sur lui-même. Alexandre fut-il jamais plus royal que lorsque, tandis que ses troupes souffraient de la soif, il écarta une coupe pleine du précieux liquide qu’un soldat lui offrait, et déclara qu’il ne convenait pas à un roi de boire pendant que ses sujets avaient soif ; qu’il aimait mieux partager avec eux leur peine ? Ô vous, que Dieu a faits rois et princes, régnez royalement sur votre propre égoïsme, et agissez avec la noble libéralité qui convient à la race royale de l’univers. Vous êtes envoyés dans le monde pour être les sauveurs des autres ; mais comment le serez-vous si vous ne prenez soin que de vous-mêmes ? C’est à vous d’être des lumières ; et une lumière ne se consume-t-elle pas elle-même tandis qu’elle jette ses rayons dans l’épaisse obscurité ? N’est-ce pas votre office et votre privilège que l’on dise de vous, comme de votre Maître : « Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même » ?
Consolez mon peuple
Dieu ne donne jamais à ses enfants un devoir à accomplir sans leur donner les moyens de l’accomplir ; et lorsqu’il nous ordonne de « consoler » son peuple, nous pouvons être certains qu’il existe des moyens par lesquels il peut être consolé. Enfant de Dieu ! es-tu en peine de trouver un sujet pour consoler le cœur endolori ? Parle des choses anciennes des jours d’autrefois ; murmure à l’oreille de l’affligé la grâce élective, la miséricorde rédemptrice et l’amour divin. Quand tu trouveras un cœur troublé, parle-lui de l’alliance, en toutes choses bien ordonnée ; dis-lui ce que le Seigneur a fait aux jours d’autrefois, comment il tailla Rahab en pièces et blessa le dragon ; raconte-lui la merveilleuse histoire des voies de Dieu envers son peuple ; dis-lui que Dieu, qui divisa la mer Rouge, peut ouvrir un chemin à son peuple à travers les eaux profondes de l’affliction — que celui qui apparut dans le buisson ardent, qui ne se consumait pas, le soutiendra dans la fournaise de la tribulation ; dis-lui les choses merveilleuses que Dieu a accomplies pour son peuple élu : il y a là, assurément, de quoi le consoler ; dis-lui que Dieu veille sur la fournaise comme l’orfèvre sur le creuset. Si cela ne suffit pas, parle-lui de ses grâces présentes ; dis-lui qu’il lui reste beaucoup, bien que beaucoup soit parti ; dis-lui qu’« il n’y a maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ » ; dis-lui qu’il est maintenant agréé dans le Bien-aimé ; dis-lui qu’il est maintenant adopté, et que sa position est assurée ; dis-lui que Jésus est là-haut, plaidant sa cause ; dis-lui que, même si les colonnes de la terre chancellent, Dieu est pour nous un refuge ; dis à l’affligé que le Dieu éternel ne se lasse ni ne se fatigue. Mais si cela ne suffit pas, parle-lui de l’avenir ; murmure-lui qu’il est un ciel aux portes de perles et aux rues d’or ; dis-lui que
« Encore quelques soleils qui roulent, tout au plus, l’aborderont au beau rivage de Canaan, »et c’est pourquoi il peut bien porter ses douleurs ; dis-lui que Christ vient, et que son signe est dans les cieux, que son avènement est proche, qu’il paraîtra bientôt pour juger la terre avec équité, et son peuple avec justice. Et si cela ne suffit pas, dis-lui tout de ce Sauveur qui vécut et mourut ; conduis-le au Calvaire ; dépeins-lui les mains, le côté et les pieds ensanglantés ; parle-lui du Roi de douleur couronné d’épines ; parle-lui du puissant Monarque du malheur et du sang, qui porta l’écarlate de la dérision, laquelle était pourtant la pourpre de l’empire de la douleur ; dis-lui qu’il a lui-même porté nos péchés en son corps sur le bois. Ainsi, par la bénédiction de Dieu, tu accompliras ta mission, et tu « consoleras » l’un de son peuple. « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. »
Le feu de l’affineur
Il n’est pas un lingot d’argent dans le trésor du ciel qui n’ait passé par la fournaise sur la terre et n’ait été purifié sept fois ; il n’est pas une pierre précieuse que le Divin Joaillier n’ait soumise à toute sorte d’épreuve ; il n’est pas un atome d’or dans la couronne du Rédempteur qui n’ait été fondu parmi les charbons les plus ardents, afin d’en ôter tout alliage. Cela est universel pour tout enfant de Dieu. Si tu es un serviteur du Seigneur, tu dois être éprouvé « comme on éprouve l’or ».
Le fardeau allégé
Je suis persuadé que, si nous regardions davantage à Jésus, nos épreuves ne nous paraîtraient ni si grandes ni si pénibles. Dans la nuit la plus sombre de l’épreuve, regarder à Christ éclaircira le ciel d’ébène. Quand les ténèbres semblent épaisses, comme celles de l’Égypte, « des ténèbres que l’on puisse toucher », alors même, tel un vif éclair, aussi éclatant mais moins fugitif, se révélera un regard vers Jésus. Un seul aperçu de lui peut bien suffire à tous nos labeurs le long du chemin. Regarder à lui illuminera la route la plus morne. Encouragés par sa voix, fortifiés par sa force, nous sommes prêts à agir et à souffrir, comme il l’a fait, jusqu’à la fin. Ô chrétiens las et troublés, « tournez vers lui vos regards, et vous serez rayonnants ! »
L’amour dans le châtiment
Le peuple de Dieu est souvent châtié, et la main du Seigneur pèse lourdement sur lui ; pourtant il y a une bonté paternelle dans ses châtiments, et une bienveillance infinie dans ses tribulations. As-tu jamais entendu cette parabole ? Il y avait un certain berger qui avait une brebis qu’il désirait conduire dans un autre champ, meilleur ; il l’appela, et elle ne voulut pas venir ; il la mena, et elle ne voulut pas suivre ; il la poussa, mais elle ne voulait suivre que ses propres caprices. À la fin, il se dit en lui-même : « Voici ce que je vais faire. » La brebis avait un petit agneau à ses côtés, et le berger prit l’agneau dans ses bras et l’emporta, et alors la brebis vint elle aussi. Il en est de même pour toi : Dieu t’a appelé, toi, et tu n’es pas venu ; Christ a dit : « Viens », et tu n’as pas voulu ; il a envoyé l’affliction, et tu n’es pas venu ; à la fin il a repris ton enfant, et aussitôt tu es venu ; tu as suivi le Sauveur alors. Tu vois que c’était une œuvre d’amour de la part du berger. Il ne prit l’agneau que pour sauver la brebis, et le Sauveur ne prit ton enfant au ciel que pour t’y amener toi aussi. Oh ! bénies afflictions, bénies pertes, bénies morts, qui aboutissent à la vie spirituelle ! Tu sais que, si un homme désire recueillir une moisson de son champ, il commence par le labourer. Le champ pourrait se plaindre et dire : « Pourquoi ces balafres sur mon visage ? Pourquoi ce rude bouleversement ? » Parce qu’il ne peut y avoir de semailles avant qu’il y ait eu labour ; les socs tranchants creusent des sillons pour la bonne semence. Ou prends encore une autre image de la nature : un homme désire faire d’un morceau de fer rouillé une épée brillante qui soit utile à un grand guerrier. Que fait-il ? Il le met au feu et le fond ; il en ôte toutes les scories, et en retire tout l’étain ; puis il le façonne de son marteau ; il le bat rudement sur l’enclume ; il le recuit dans un feu après l’autre, jusqu’à ce qu’enfin il en sorte une bonne lame qui ne se brisera pas au jour du combat. Voilà ce que Dieu fait de toi — je t’en prie, ne lis pas de travers le livre de la providence de Dieu ; car si tu le lis comme il faut, il dit ceci : « J’aurai pitié de cet homme, et c’est pourquoi je l’ai frappé et blessé. Je reprends et je châtie tous ceux que j’aime. » Venez donc, retournons à l’Éternel ! car il a déchiré, mais il nous guérira ; il a frappé, mais il bandera nos plaies.
Endurer la croix
« En vue de la joie qui lui était réservée, il a souffert la croix. » Quelle était cette joie ? Oh ! c’est une pensée qui doit faire fondre un roc et ébranler un cœur de fer, que la joie qui était réservée à Jésus fût principalement la joie de nous sauver. Je sais que c’était la joie d’accomplir la volonté de son Père — de s’asseoir sur le trône de son Père — d’être rendu parfait par la souffrance ; mais je sais pourtant que tel est le grand, le puissant motif qui poussa le Sauveur à endurer la croix : la joie de nous sauver. Sais-tu quelle est la joie de faire du bien aux autres ? Si tu ne la connais pas, je te plains, car, de toutes les joies que Dieu a laissées dans ce pauvre désert, c’est l’une des plus douces. La connais-tu ? N’as-tu jamais éprouvé cette joie divine, lorsque ton or a été donné au pauvre, et ton argent consacré au Seigneur, lorsque tu l’as répandu sur l’affamé — et que tu t’es retiré à l’écart en disant : « Je sens que c’est une joie qui vaut la peine qu’on vive pour elle, que de nourrir l’affamé, de vêtir celui qui est nu, et de faire du bien à mes pauvres semblables qui souffrent » ? Or, telle est la joie que Christ éprouva ; c’était la joie de nous nourrir du pain du ciel ; la joie de revêtir de sa propre justice de pauvres pécheurs nus ; la joie de trouver un foyer pour les âmes sans foyer, de nous délivrer de la prison de l’enfer, et de nous donner les jouissances éternelles du ciel. Vois la grandeur de son amour, qui le conduisit ainsi à endurer la croix et à mépriser l’ignominie, afin de sauver les pécheurs. Vraiment, l’amour de Christ « surpasse toute connaissance » ! Chrétiens ! si Christ a enduré tout cela pour la joie de vous sauver, aurez-vous honte de porter ou de souffrir quoi que ce soit pour Christ ? Assurément, l’amour envers celui qui nous a tant aimés devrait nous rendre disposés à tout endurer pour lui. Sens-tu qu’en suivant Christ tu dois y perdre — perdre l’honneur, le rang, la richesse ? Sens-tu qu’en étant chrétien tu t’attires la moquerie et l’opprobre ? et te détourneras-tu à cause de ces petites choses, quand lui ne se détourna pas, mais endura la croix et méprisa l’ignominie ? Non, par la grâce de Dieu, que tout chrétien dise :—
« Or, pour l’amour que je porte à son nom, ce qui fut mon gain, je le tiens pour ma perte ; mon ancienne fierté, je l’appelle ma honte, et je cloue ma gloire à sa croix. »« Christ est ma vie, et la mort m’est un gain. » Vivant, je serai à lui ; mourant, je serai à lui. Je vivrai pour son honneur, et le servirai tout entier. Je prendrai ma croix, et je le suivrai, me réjouissant si je suis jugé digne de souffrir pour son nom.
La douceur dans la douleur
Ne sens-tu pas, en repensant aux saisons d’affliction, qu’elles ont été des temps où, malgré les épreuves, tu as éprouvé dans ton cœur une paix et un bonheur inaccoutumés ? Il est une douce joie qui nous vient par la douleur. Le vin amer de la douleur agit sur tout l’être comme un tonique. La coupe douce de la prospérité laisse souvent une amertume au palais ; mais la coupe amère de l’affliction, quand elle est sanctifiée, laisse toujours une saveur douce dans la bouche. Il y a de la joie dans la douleur. Il y a de la musique dans cette harpe aux cordes toutes détendues et rompues. Il est quelques notes que nous entendons de ce luth plaintif et que jamais nous n’obtenons de la trompette éclatante. Nous tirons du gémissement de la douleur une douceur et une mélodie que jamais ne nous donne le chant de la joie. Ne faut-il pas l’expliquer par le fait que, dans nos épreuves, nous vivons plus près de Dieu ? Notre joie est comme la vague qui se brise sur le rivage : elle nous jette sur la terre. Mais nos douleurs sont comme cette vague qui se retire et nous ramène en aspirant dans la grande profondeur de la Divinité. Nous serions restés échoués, à sec sur le rivage, sans cette vague qui se retire, ce reflux de notre prospérité, qui nous ramena vers notre Père et vers notre Dieu. Bénie affliction ! elle nous a conduits au propitiatoire ; elle a donné vie à la prière ; allumé l’amour ; affermi la foi ; amené Christ dans la fournaise avec nous, puis nous a tirés de la fournaise pour vivre avec Christ plus joyeusement qu’auparavant.