Chapitre 2 · 11 min de lecture
La foi et l’assurance
La foi nécessaire
« Tout ce qui est aimable, tout ce qui est pur, tout ce qui mérite l’approbation », efforce-toi de l’acquérir ; mais souviens-toi que toutes ces choses réunies, sans la foi, ne plaisent pas à Dieu. Les vertus, sans la foi, ne sont que des péchés blanchis à la chaux. L’incrédulité anéantit tout. Elle est la mouche dans le parfum ; elle est le poison dans le pot. Sans la foi—avec toutes les vertus de la pureté, toute la bienveillance de la philanthropie, toute la bonté d’une sympathie désintéressée, tous les talents du génie, toute la bravoure du patriotisme, et toute la fermeté du principe—tu n’as aucun titre à l’agrément divin, car « sans la foi il est impossible de lui être agréable ».
La foi nourrit toute vertu ; l’incrédulité fait se flétrir toute vertu dans son bourgeon. Des milliers de prières ont été arrêtées par l’incrédulité ; bien des cantiques de louange, qui auraient grossi le chœur des cieux, ont été étouffés par des murmures incrédules ; bien des nobles entreprises conçues dans le cœur ont été frappées de mort avant de pouvoir naître, par l’incrédulité. La foi est la chevelure de Samson du chrétien : coupez-la, et il ne peut plus rien faire. Pierre, tant qu’il eut la foi, marcha sur les flots de la mer. Mais voici que survint une vague derrière lui, et il dit : « Celle-ci va m’emporter » ; puis une autre devant, et il s’écria : « Celle-ci va m’engloutir » ; et il pensa : « Comment ai-je pu être assez présomptueux pour marcher sur la crête de ces vagues ? » Et dès qu’il douta, il commença à enfoncer. La foi était la bouée de sauvetage de Pierre—elle le tenait à flot ; mais l’incrédulité le fit couler. On peut dire que la vie du chrétien est toujours une « marche sur les eaux », et que chaque vague voudrait l’engloutir ; mais la foi le rend capable de tenir debout. À l’instant où tu cesses de croire, à cet instant même surviennent la détresse et la défaite. Ô, pourquoi donc doutes-tu ?
Le remède aux doutes
Le meilleur moyen d’affermir votre foi, c’est d’avoir communion avec Christ. Si vous êtes en communion avec Christ, vous ne pouvez être incrédule. Quand sa main gauche est sous ma tête et que sa droite m’embrasse, je ne puis douter. Quand mon Bien-aimé est assis à sa table, qu’il m’a fait entrer dans la maison du vin, et que la bannière qu’il déploie sur moi, c’est l’amour, alors, oui, je crois. Quand je fais festin avec lui, mon incrédulité est confondue et cache la tête. Parlez, vous qui avez été conduits dans de verts pâturages, et qui avez été fait reposer près des eaux paisibles ; vous qui avez vu sa houlette et son bâton, et qui espérez les voir encore lorsque vous marcherez dans la vallée de l’ombre de la mort ; parlez, vous qui vous êtes assis à ses pieds avec Marie, ou qui avez reposé votre tête sur son sein avec Jean le bien-aimé ; n’avez-vous pas éprouvé que, lorsque vous étiez près de Christ, votre foi devenait forte, et que, lorsque vous étiez loin de lui, votre foi devenait faible ? Il est impossible de regarder Christ en face et de douter ensuite de lui. Quand vous ne pouvez le voir, alors vous doutez de lui ; mais vous devez croire quand votre Bien-aimé vous parle et vous dit : « Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens ! » Il n’y a plus alors d’hésitation ; il vous faut monter des basses terres de votre doute jusqu’aux collines de l’assurance.
L’accroissement de la foi
La manière dont la plupart des hommes voient croître leur foi, c’est par de grandes épreuves. Ce n’est pas dans les jours ensoleillés que nous devenons forts dans la foi. C’est par le gros temps que la foi se fortifie. La foi n’est pas un bien qui tombe comme la douce rosée du ciel ; elle vient généralement dans le tourbillon et la tempête. Regardez les vieux chênes ; comment se fait-il qu’ils aient pris racine si profondément dans la terre ? Demandez-le aux vents de mars, et ils vous le diront. Ce n’est pas l’ondée d’avril qui l’a fait, ni le doux soleil de mai, mais le vent rude qui secouait l’arbre çà et là, faisant plonger ses racines plus profond et prendre une prise plus ferme. Et il doit en être ainsi de nous. On ne peut faire de grands soldats dans les casernes du pays ; il faut les former sous la mitraille qui vole et le canon qui tonne. Nous ne pouvons espérer faire de bons marins sur la Serpentine ; il faut les entraîner au loin, sur la haute mer, là où les vents sauvages hurlent et où les tonnerres roulent comme des tambours dans la marche du Dieu des armées. Les orages et les tempêtes, voilà ce qui fait des hommes des marins endurcis et robustes. Ils voient les œuvres de l’Éternel et ses merveilles dans les profondeurs. Il en est ainsi des chrétiens. Une grande foi doit avoir de grandes épreuves. M. Grand-cœur n’aurait jamais été M. Grand-cœur s’il n’avait pas été d’abord M. Grande-détresse. Vaillant-pour-la-vérité n’aurait jamais mis en fuite ces ennemis, et n’aurait pas été si vaillant, si les ennemis ne l’avaient d’abord attaqué. Nous devons nous attendre à de grandes épreuves avant d’atteindre à une grande foi.
Le chef et le consommateur de la foi
Ô Seigneur ! de quel peu de poids sont les meilleurs des hommes loin de toi ! Combien ils s’élèvent haut quand tu les relèves ! Combien ils tombent bas si tu retires ta main ! C’est notre joie, au milieu de la détresse, quand tu nous rends capables de dire : « Quand même il me tuerait, je m’attendrais à lui » ; mais si tu retires ton Esprit, nous ne pouvons même pas nous confier en toi au jour le plus lumineux. Quand les orages s’amassent autour de nous, nous pouvons leur sourire, si tu es avec nous ; mais dans la plus belle matinée qui ait jamais brillé sur un cœur humain, nous doutons et nous échouons si tu n’es pas encore avec nous, pour conserver et fortifier la foi que toi-même tu as accordée.
La foi et le sentiment
Nous sommes sauvés par la foi, et non par le sentiment ; et pourtant il y a entre la foi sainte et le sentiment consacré un rapport pareil à celui de la racine et de la fleur. La foi est permanente comme la racine qui demeure toujours enfoncée dans le sol ; le sentiment est occasionnel et a ses saisons—le bulbe ne lance pas toujours sa tige verte, et bien moins encore est-il toujours couronné de ses nombreuses fleurs. La foi est l’arbre, l’arbre essentiel : nos sentiments sont comme l’aspect de cet arbre durant les diverses saisons de l’année. Parfois notre âme est pleine de floraison et de bourgeons, et les abeilles bourdonnent agréablement et amassent du miel dans nos cœurs. C’est alors que nos sentiments rendent témoignage à la vie de notre foi, tout comme les bourgeons du printemps rendent témoignage à la vie de l’arbre. Bientôt nos sentiments prennent encore plus de vigueur, et après que nous sommes parvenus à l’été de nos délices, peut-être recommençons-nous à nous flétrir dans la feuille sèche et jaune de l’automne ; bien plus, parfois l’hiver de notre découragement et de notre désespoir dépouillera l’arbre de toutes ses feuilles, et notre pauvre foi se dresse comme un tronc foudroyé, sans un signe de verdure. Et pourtant, aussi longtemps que l’arbre de la foi est là, nous sommes sauvés. Que la foi fleurisse ou non, qu’elle porte ou non dans notre expérience un fruit joyeux, aussi longtemps qu’elle est là dans toute sa permanence, nous sommes sauvés. Nous aurions cependant les plus graves raisons de nous défier de la vie de notre foi, si elle ne fleurissait pas parfois de joie et ne portait pas souvent du fruit pour la sainteté.
Le péché de l’incrédulité
Douter de la bonté de Dieu est regardé par quelques-uns comme un bien petit péché ; en fait, certains ont même exalté les doutes et les craintes du peuple de Dieu, en faisant des fruits, des grâces et des preuves d’un grand avancement dans l’expérience. Mais douter de la bonté, de la fidélité et de l’amour de Dieu est une offense fort odieuse. Ce ne peut être un péché léger, celui qui fait de Dieu un menteur ; et pourtant l’incrédulité jette bel et bien un soupçon infâme et calomnieux sur la véracité du Saint d’Israël. Ce ne peut être une petite offense, celle qui accuse de parjure le Créateur du ciel et de la terre ; et pourtant, si je me défie de son serment et refuse de croire à sa promesse, scellée du sang de son propre Fils, je tiens le serment de Dieu pour indigne de ma confiance ; et ainsi, en vérité, j’accuse le Roi des cieux d’être infidèle à son alliance et à son serment. De plus, l’incrédulité à l’égard de Dieu est la source d’innombrables péchés. Comme le nuage noir est la source de mainte goutte de pluie, ainsi la sombre incrédulité est la mère de bien des crimes. C’est un péché que tout croyant devrait condamner, contre lequel il devrait lutter, qu’il devrait, si possible, dompter, et qui, certainement, devrait être l’objet de notre profonde repentance et de notre horreur.
Petite-foi
Un inconvénient de la « petite-foi », c’est que, tout en étant toujours assurée du ciel, elle le croit fort rarement. Petite-foi est tout aussi assurée du ciel que Grande-foi. Quand Jésus-Christ comptera ses joyaux au dernier jour, il prendra pour lui les petites perles aussi bien que les grandes. Si petit que soit un diamant, il est précieux, parce qu’il est un diamant. Ainsi la foi, si petite soit-elle, si c’est une vraie foi, est « du même prix » que celle qu’obtinrent les apôtres. Christ ne perdra jamais le moindre joyau de sa couronne. Petite-foi est toujours assurée du ciel, parce que le nom de Petite-foi est dans le livre de la vie éternelle. Petite-foi fut choisie de Dieu avant la fondation du monde. Petite-foi fut rachetée par le sang de Christ ; oui, et elle coûta autant que Grande-foi. « Pour chaque homme un sicle » : tel était le prix de la rédemption. Chacun, grand ou petit, prince ou paysan, devait se racheter avec un sicle. Christ les a tous achetés, petits et grands, du même sang très précieux. Petite-foi est toujours assurée du ciel, car Dieu a commencé en elle son œuvre, et il la mènera à bien. Dieu l’aime, et il l’aimera jusqu’à la fin. Dieu lui a préparé une couronne, et il ne la laissera pas pendre là, inutile ; il lui a bâti une demeure dans le ciel, et il ne laissera pas cette demeure inhabitée à jamais. Petite-foi est toujours en sûreté, mais elle le sait fort rarement. Si vous la rencontrez, tantôt elle a peur de l’enfer ; bien souvent elle craint que la colère de Dieu ne demeure sur elle. Elle vous dira que le pays de l’autre côté du fleuve ne pourra jamais appartenir à un être aussi vil qu’elle. Tantôt c’est parce qu’elle se sent si indigne ; une autre fois, c’est parce que les choses de Dieu sont trop bonnes pour être vraies, dit-elle, ou qu’elle ne peut croire qu’elles soient vraies pour quelqu’un comme elle. Tantôt elle craint de n’être pas élue ; une autre fois elle redoute de n’avoir pas été appelée comme il faut, ou de n’être pas venue à Christ comme il faut ; bientôt ses craintes sont qu’elle ne tiendra pas jusqu’à la fin, qu’elle ne pourra persévérer ; et si vous tuez mille de ses craintes, elle est sûre d’en avoir toute une armée nouvelle dès le lendemain ; car l’incrédulité est de ces choses que l’on ne peut détruire ; vous pouvez la tuer maintes et maintes fois, elle vit encore. Elle est de ces mauvaises herbes qui dorment dans le sol même après qu’il a été brûlé, et il suffit d’un peu d’encouragement, ou d’un peu de négligence, pour qu’elle repousse. Grande-foi, elle, est sûre du ciel, et elle le sait. Elle gravit le sommet du Pisga et contemple le paysage à l’entour ; elle goûte la douceur du paradis avant même d’entrer par les portes de perles ; elle voit les rues pavées d’or ; elle contemple les murs de la cité, dont les fondements sont de pierres précieuses ; elle entend la musique mystique des glorifiés, et commence à sentir sur la terre les parfums du ciel. Mais la pauvre Petite-foi peut à peine regarder le soleil ; elle voit fort rarement la lumière ; elle tâtonne dans la vallée, et alors que tout est sûr, elle se croit toujours en péril.