Chapitre 14 · 11 min de lecture
La providence et les soins de Dieu
Demain
Si l’on ne peut se glorifier des lendemains, sont-ils pour autant bons à rien ? Non, béni soit Dieu. Il y a bien des choses que nous pouvons faire de nos lendemains. Je vais vous dire ce que nous pouvons en faire, si nous sommes les enfants de Dieu. Nous pouvons toujours les envisager avec patience et confiance, sûrs qu’ils concourront à notre bien. Nous pouvons dire des lendemains : « Je ne m’en glorifie pas, mais je n’en ai pas peur ; je ne veux pas m’en enorgueillir, mais je ne veux pas non plus trembler à leur sujet. » Oui, nous pouvons être bien tranquilles et bien à l’aise au sujet de demain ; nous pouvons nous souvenir que tous nos temps sont dans ses mains, que tous les événements relèvent de son commandement ; et quoique nous ne connaissions pas tous les détours du sentier de la providence, lui les connaît tous ; tous sont arrêtés dans son livre, et tous nos temps sont réglés par sa sagesse. Et c’est pourquoi nous pouvons regarder les lendemains tels que nous les voyons dans le métal brut du temps, sur le point d’être frappés en monnaie pour la dépense de chaque jour, et nous pouvons dire de tous : « Ils seront tous d’or ; ils porteront tous l’empreinte du Roi, et par conséquent, qu’ils viennent ; ils ne me rendront pas pires—ils concourront à mon bien. »
Bien plus, un chrétien peut à bon droit envisager ses lendemains, non seulement avec résignation, mais aussi avec joie. Demain, pour un chrétien, est une chose heureuse ; c’est une étape de plus vers la gloire. C’est un pas de plus vers le ciel pour le croyant ; c’est un nœud de plus franchi sur la mer périlleuse de la vie, et il en est d’autant plus proche de son port éternel.
Demain ! le chrétien peut s’en réjouir ; il peut dire d’aujourd’hui : « Ô jour, tu peux être sombre, mais je vais te dire adieu, car voici, je vois venir le lendemain, et je monterai sur ses ailes, et je m’envolerai, et je te laisserai, toi et tes chagrins, loin derrière moi. »
Toutes choses concourent au bien
Christ est l’arbitre de tous les événements ; en toutes choses son autorité est souveraine ; et il exerce sa puissance pour le bien de son Église. Il file le fil des événements, et travaille à la quenouille de la destinée, et ne souffre pas que ces fils soient tissés autrement que selon le modèle de sa sagesse aimante. Il ne permettra pas que la roue mystérieuse tourne d’une manière qui n’apporte pas le bien à ses élus. Il fait de leurs pires choses des bénédictions pour eux, et il sanctifie leurs meilleures. Aux temps d’abondance, il bénit leur accroissement ; aux temps de famine, il pourvoit à tous leurs besoins. Comme toutes choses concourent à sa gloire, ainsi toutes choses concourent à leur bien.
L’Immuable
Il est un lieu où le changement ne peut poser le doigt ; il est un nom sur lequel la mutabilité ne pourra jamais s’inscrire ; il est un cœur qui ne peut jamais varier—ce lieu est le Lieu très saint—ce cœur est celui de Dieu—ce nom est l’Amour.
La providence
Les réserves sans bornes de la Providence sont engagées pour le soutien du croyant. Christ est notre Joseph, qui a des greniers pleins de blé ; mais il ne nous traite pas comme Joseph traita les Égyptiens, car il ouvre la porte de son magasin et nous invite à tenir pour nôtres tous ses biens. Il a grevé son domaine de la Providence d’une charge perpétuelle : une portion quotidienne pour nous ; et il a promis qu’un jour nous discernerons clairement que le domaine lui-même a été bien cultivé en notre faveur, et qu’il a toujours été nôtre. L’essieu des roues du char de la Providence, c’est l’Amour infini, et la Sagesse pleine de grâce en est le perpétuel cocher.
La tendre sollicitude de Dieu
Combien Dieu prend soin de son peuple ! combien il est en souci à son sujet, non seulement pour sa vie, mais pour sa consolation. Dit-il : « Fortifiez, fortifiez mon peuple » ? Dit-il à l’ange : « Protège mon peuple » ? Ne dit-il pas aux cieux : « Faites tomber la manne pour nourrir mon peuple » ? Tout cela, et davantage encore. Sa tendre attention le leur assure. Mais, pour nous montrer qu’il ne veille pas seulement sur nos intérêts, mais aussi sur notre superflu, il dit : « Consolez, consolez mon peuple. » Il veut que nous soyons non seulement son peuple vivant et son peuple préservé, mais aussi son peuple heureux. Il aime que son peuple soit nourri ; mais bien plus, il aime à lui donner « des vins vieux, clarifiés », pour réjouir son cœur. Il ne leur donnera pas seulement du « pain », mais il leur donnera aussi du « miel » ; il ne leur donnera pas simplement du « lait », mais il leur donnera « du vin et du lait ». « Consolez, consolez mon peuple » : c’est le cœur soupirant du Père, soucieux même des petites choses de son peuple. « Consolez » celui-ci dont l’œil est en larmes ; « Consolez » cet enfant qui est le mien, au cœur endolori ; « Consolez » ce pauvre être gémissant ; « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. »
Les saisons de la terre
Les choses qui se voient sont les figures des choses qui ne se voient pas. Les œuvres de la création sont, pour les enfants de Dieu, les images des mystères secrets de la grâce. Les vérités de Dieu sont les pommes d’or, et les créatures visibles sont les corbeilles d’argent. Les saisons mêmes de l’année trouvent leur parallèle dans le petit monde intérieur de l’homme. Nous avons notre hiver—hiver morne et hurlant—lorsque le vent du nord de la loi se déchaîne contre nous ; lorsque toute espérance est gelée ; lorsque toutes les semences de la joie gisent ensevelies sous les mottes sombres du désespoir ; lorsque notre âme est enchaînée comme un fleuve pris par les glaces, sans flots de joie ni épanchements d’actions de grâces. Grâces soient rendues à Dieu, le doux vent du midi souffle sur notre âme, et aussitôt les eaux du désir sont libérées, le printemps de l’amour arrive, les fleurs de l’espérance paraissent dans nos cœurs, les arbres de la foi poussent leurs jeunes rameaux, le temps des oiseaux qui chantent vient dans nos cœurs, et nous avons la joie et la paix en croyant, par le Seigneur Jésus-Christ. À cet heureux printemps succède, chez le croyant, un riche été, où ses grâces, telles des fleurs parfumées, sont en pleine floraison, embaumant l’air ; et les fruits de l’Esprit, comme les cédrats et les grenades, atteignent toute leur ampleur à la douce chaleur du Soleil de justice. Puis vient l’automne du croyant, où ses fruits mûrissent, et où ses champs sont prêts pour la moisson ; le temps est venu où son Seigneur rassemblera ses « fruits délicieux » et les mettra en réserve dans le ciel ; la fête des récoltes est proche—le temps où l’année recommencera, une année immuable, comme les années de la droite du Très-Haut.
Le gouvernement de Dieu
On trouve encore des gens assez insensés pour croire que les événements arrivent au hasard, sans prédestination divine, et que diverses calamités surviennent sans la main souveraine, ni l’action directe de Dieu. Hélas pour nous, si le hasard avait la moindre part aux événements de notre vie ! Nous serions comme de pauvres marins, jetés à la mer dans un vaisseau peu sûr, sans carte et sans gouvernail ; nous ne saurions rien du port où nous pourrions enfin aborder ; nous ne sentirions que ceci : que nous sommes désormais le jouet des vents, les captifs de la tempête, et que nous pourrions bientôt être les victimes de l’abîme qui dévore tout. Hélas ! nous serions tous de pauvres orphelins, si nous ne devions notre nourriture et notre vêtement, notre consolation présente et nos perspectives à venir, qu’au seul hasard. Nul soin d’un père pour veiller sur nous, mais nous serions livrés à l’inconstance et à la faillibilité des choses mortelles ! Que serait tout ce que nous voyons autour de nous, sinon une grande tempête de sable au milieu d’un désert, nous aveuglant les yeux, nous ôtant toute espérance de voir la fin à travers les ténèbres du commencement ? Nous serions des pèlerins dans une solitude sans chemin, où nulle route ne nous dirigerait—des voyageurs qui pourraient à tout instant être renversés et submergés, et nos ossements blanchis abandonnés en proie à la tempête, inconnus ou oubliés de tous. Grâce à Dieu, il n’en est pas ainsi de nous. Nous croyons que tout ce qui nous arrive est réglé par la volonté sage et tendre de Celui qui est notre Père et notre Ami ; nous voyons de l’ordre au milieu de la confusion ; nous voyons des desseins accomplis là où d’autres ne discernent que le vide et le néant. Nous croyons que « l’Éternel marche dans la tempête, dans le tourbillon ; les nuées sont la poussière de ses pieds ».
Les grâces de la maison
Lorsque nous comprenons que toutes nos grâces quotidiennes nous viennent comme des dons de notre Père qui est dans les cieux, elles nous en deviennent doublement précieuses. Rien n’a pour l’écolier une saveur aussi douce que ce qui vient de la maison. Il en est de même pour le chrétien. Toutes ses grâces sont plus douces parce que ce sont des grâces de la maison—elles viennent « d’en haut » ; le pays où il habite n’est pas comme le pays d’Égypte, arrosé par un fleuve ; mais il « boit les eaux de la pluie du ciel ». Heureux le sort de l’homme qui reçoit ainsi tout comme venant de Dieu, et qui en rend grâces à son Père ! Cela rend douce toute chose, lorsqu’il sait qu’elle vient du ciel. Cette pensée, de plus, tend à nous préserver d’un amour démesuré du monde. Les espions allèrent à Eschcol, et en rapportèrent une immense grappe des raisins qui y poussaient ; mais vous ne trouvez pas que le peuple ait dit : « Les fruits que nous avons reçus de la terre promise nous font consentir à demeurer dans le désert. » Non ; ils virent que les raisins venaient de Canaan, et là-dessus ils dirent : « Montons, emparons-nous du pays. » De même, lorsque nous recevons de riches grâces, si nous pensons qu’elles viennent du seul sol naturel de cette terre, nous pourrions bien éprouver le désir d’y rester. Mais si nous savons qu’elles viennent d’un climat étranger, nous sommes naturellement impatients d’aller
« Là où notre cher Seigneur garde sa vigne, et où toutes les grappes croissent. »Chrétien, réjouis-toi donc à la pensée que tout ce que tu possèdes vient d’en haut ; ton pain quotidien vient moins de ton labeur que du soin de ton Père céleste ; tu vois, imprimée sur chaque grâce, l’inscription même du ciel, et chaque bénédiction descend jusqu’à toi, parfumée de l’onguent, du nard et de la myrrhe des palais d’ivoire, d’où Dieu dispense ses largesses.
L’inconstance
Que l’expérience du croyant est variée dans sa vie spirituelle ! Que de changements dans le temps qu’il fait sur son âme ! Que de journées de plein soleil ! Que de nuits sombres et nuageuses ! Que de calmes, comme si sa vie était une mer de verre ! Que d’épreuves terribles, comme si sa vie était un océan en tempête ! Tantôt nous le trouvons qui s’écrie : « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ? », et bientôt il chante : « Mon âme, bénis l’Éternel ! Que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom ! » À telle heure nous l’entendons soupirer : « J’enfonce dans la boue, sans pouvoir me tenir », et l’instant d’après nous le trouvons exultant : « L’Éternel est ma lumière et mon salut : de qui aurais-je crainte ? L’Éternel est le soutien de ma vie : de qui aurais-je peur ? » Avec quelle merveille il s’élève jusqu’au ciel, et avec quelle épouvante il plonge dans les abîmes ! Assurément, nous qui avons connu quelque chose de la vie spirituelle et intérieure, nous ne nous en étonnons pas, car nous avons éprouvé ces changements. Hélas ! quel contraste entre le péché qui nous enveloppe si aisément et la grâce qui nous donne de régner dans les lieux célestes ! Qu’elles sont différentes, la tristesse d’une abjecte défiance qui nous brise en morceaux comme un fort vent d’orient, et la joie d’une sainte confiance qui nous porte vers le ciel comme une brise propice ! Que de changements entre marcher avec Dieu aujourd’hui et tomber dans la fange demain, triompher hier du péché, de la mort et de l’enfer, et être aujourd’hui emmené captif par les convoitises de la chair et de la pensée ! En vérité, nous ne pouvons nous comprendre nous-mêmes, et une description qui nous conviendrait à un moment serait mal adaptée à un autre. Variable, oui, est notre expérience ; mais oh ! quelle grâce que Christ, lui, ne change pas ! Si variée que soit notre expérience, sa grâce se diversifie pour y répondre, car il a de la grâce pour nous secourir en tout temps de besoin, et, avec une bonne volonté infinie et inlassable, il nous pourvoit d’une force proportionnée à notre jour.