Chapitre 13 · 9 min de lecture
L’humilité et l’examen de soi
L’humilité
Qu’est-ce que l’humilité de l’esprit ? L’humilité, c’est de faire de soi-même une juste estimation. Ce n’est pas de l’humilité que de penser de soi moins qu’on ne le doit, quoiqu’il puisse être assez difficile d’y parvenir. Certaines personnes, lorsqu’elles savent qu’elles peuvent faire une chose, vous disent qu’elles ne le peuvent pas : mais assurément vous n’appelleriez pas cela de l’humilité ? On demande à un homme de prendre part à quelque bonne œuvre : « Non, dit-il, je n’en ai pas la capacité » ; et pourtant, si vous disiez cela de lui, il s’en offenserait. Ce n’est pas de l’humilité que de se lever pour se déprécier et de dire qu’on ne peut faire ceci, cela ou autre chose, quand on sait que c’est faux. Si Dieu donne un talent à un homme, pensez-vous que cet homme ne le sache pas ? Si un homme a dix talents, il n’a pas le droit d’être malhonnête envers son Créateur et de dire : « Seigneur, tu ne m’en as donné que cinq. » Ce n’est pas de l’humilité que de sous-estimer vos dons : l’humilité, c’est de penser de vous-même, si vous le pouvez, comme Dieu pense de vous. C’est de sentir que, si nous avons des talents, c’est Dieu qui nous les a donnés, et de laisser voir que, tels une cargaison dans un vaisseau, ils tendent à nous enfoncer bas. Plus nous en avons, plus bas nous devrions nous tenir. L’humilité n’est pas de dire : « Je n’ai pas ce don » ; mais elle est de dire : « J’ai ce don, et je dois m’en servir pour la gloire de mon Maître. Je ne dois jamais chercher aucun honneur pour moi-même ; car qu’ai-je que je n’aie reçu ? » L’humilité, c’est de sentir que nous n’avons aucune puissance par nous-mêmes, mais que tout vient de Dieu. L’humilité, c’est de s’appuyer sur notre Bien-aimé, en disant : « Je puis tout par celui qui me fortifie. » C’est, en fait, d’anéantir le moi, et d’exalter le Seigneur Jésus-Christ comme le Tout en tous.
L’examen de soi
« Si vous avez goûté que le Seigneur est bon. » « Si »—il y a donc une possibilité que certains n’aient pas goûté que le Seigneur est bon, et il est nécessaire de rechercher si nous sommes du nombre de ceux qui connaissent la grâce de Dieu par l’expérience du cœur. Il n’est pas de révélation spirituelle qui ne puisse être matière à examen du cœur. Au sommet même de la sainte joie, nous rencontrons le défi de la sentinelle « Si »—« Si donc vous êtes ressuscités avec Christ » ; et tout au bas de la colline, à la porte même de la Repentance, il nous arrête avec un mandat, jusqu’à ce qu’il voie si notre tristesse est la tristesse selon Dieu, dont on n’a pas à se repentir. « Si tu es Fils de Dieu » n’est pas toujours une tentation du diable, mais souvent une enquête fort salutaire, très à propos suggérée par une sainte inquiétude aux hommes qui voudraient bâtir en sûreté sur le Rocher des siècles. À la Table du Seigneur elle-même, il nous convient de prier : « Est-ce moi, Seigneur ? », lorsqu’il y a un Judas dans l’assemblée ; et après la plus intime communion, Christ s’écria : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? » Que nulle jouissance des ordonnances, que nulle communion élevée et ravie que nous ayons pu connaître ne nous dispense du grand devoir de nous éprouver nous-mêmes, pour savoir si nous sommes dans la foi. Examinez-vous donc sur ce point, et ne vous tenez pas pour satisfaits jusqu’à ce que vous puissiez dire : « Il n’y a point de “si” là-dedans ; j’ai goûté que le Seigneur est bon. »
La première leçon
Le seuil du temple de la sagesse, c’est la connaissance de notre propre ignorance. Il ne peut apprendre comme il faut, celui à qui l’on n’a pas d’abord enseigné qu’il ne sait rien. Il est bon pour un homme de sentir qu’il ne fait que commencer à apprendre, et d’être disposé à soumettre son cœur aux enseignements de l’Esprit de Dieu, afin d’être en tout guidé par lui. La prière de l’âme vivifiée est : « Enseigne-moi. » Nous devenons comme de petits enfants quand Dieu commence à nous conduire.
Le danger de la prospérité
Les lieux élevés et la louange de Dieu s’accordent rarement : une coupe pleine ne se porte pas aisément sans qu’on la répande : celui qui se tient sur un pinacle a besoin d’une tête claire et de beaucoup de grâce.
La juste estimation
Plus un homme est élevé dans la grâce, plus il sera bas dans sa propre estime.
Le moi
La foi ne sera jamais faible si le moi est faible ; mais quand le moi est fort, la foi ne peut être forte ; car le « moi » ressemble beaucoup à ce que le jardinier appelle le « gourmand », au pied de l’arbre, qui ne porte jamais de fruit, mais ne fait que détourner à lui la sève de l’arbre lui-même. Or, le moi est ce gourmand qui détourne la sève de la foi, et il vous faut le retrancher, sinon votre foi sera toujours une « petite foi », et vous aurez peine à conserver la moindre consolation dans votre âme.
La gravité chrétienne
Lorsque nous faisons profession de notre foi en Christ, nous ne devons pas draper notre visage de tristesse, mais plutôt éclairer nos cœurs d’une joie plus pure que celle que nous avons jamais connue auparavant ; et pourtant nous devons écarter toute légèreté inconvenante. « J’ai dit du rire : Insensé ! » Je l’ai dit, moi aussi, au jour de l’allégresse de mon cœur. Les folies de l’insensé, la gaieté bruyante de l’ivrogne—cela ne se compare pas au plaisir serein de nos attentes princières. Marchez comme ceux qui attendent la venue du Fils de l’homme, entendant cette voix à vos oreilles : « Quelles ne doivent pas être la sainteté de votre conduite et votre piété ? »
La vue courte
Quelles créatures à la vue courte nous sommes souvent ! Nous croyons voir la fin, alors que nous ne contemplons que le commencement. Nous sortons parfois notre télescope pour regarder l’avenir, et nous embuons le verre du souffle brûlant de notre anxiété, et alors nous croyons voir devant nous des nuages et des ténèbres. Si nous sommes dans l’épreuve, nous voyons
« Chaque jour de nouvelles détresses nous assaillent, et nous nous demandons où finira la scène. »Non ; nous concluons que cela doit finir par notre destruction. Nous imaginons : « Dieu a-t-il oublié d’avoir compassion ? » Nous pensons : « A-t-il, dans sa colère, retiré sa miséricorde ? » Oh, cette vue si courte ! Alors que toi et moi devrions croire en Dieu ; alors que nous devrions regarder le ciel qui nous attend, et la gloire pour laquelle ces légères afflictions nous préparent ; alors que nous devrions regarder, à travers la nuée, le soleil éternel qui ne connaît jamais d’éclipse ; alors que nous devrions nous reposer sur le bras invisible du Dieu immortel et triompher dans son amour, nous voici en deuil et pleins de défiance. Que Dieu nous le pardonne, et qu’il nous rende capables, nous, de regarder désormais non point vers nos épreuves, mais au-dessus d’elles, jusqu’à Celui qui, avec une sagesse et un amour infinis, nous conduit et a promis de nous mener sains et saufs jusqu’au bout.
Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains
Tandis que nous recherchons avec le plus grand sérieux la pleine assurance de la foi, sachant qu’elle est notre force et notre joie, souvenons-nous en même temps qu’une tentation y est attachée. Quand tu auras gagné cette pleine assurance, croyant, tiens-toi alors sur ta tour de garde, car la tentation suivante sera : « Mon âme, prends du repos ; l’œuvre est achevée ; tu as atteint le but ; croise maintenant les bras ; demeure tranquille ; tout finira bien ; pourquoi te tourmenter à l’excès ? » Prends garde dans ces saisons où tu n’as aucun doute. « Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation. » « Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber ! » « Je disais dans ma sécurité : Je ne chancellerai jamais ! Éternel ! par ta grâce tu avais affermi ma montagne. » Et ensuite ? « Tu cachas ta face, et je fus troublé. » Bénis Dieu pour la pleine assurance ; mais souviens-toi que rien, sinon une marche vigilante, ne peut la conserver. La pleine assurance est une perle sans prix ; mais lorsqu’un homme possède un joyau précieux et qu’il marche dans les rues, il doit fort redouter les voleurs à la tire. Ainsi, quand le chrétien a la pleine assurance, qu’il tienne pour certain que Satan cherchera à l’en dépouiller. Qu’il soit plus circonspect dans sa marche et plus diligent dans sa garde qu’il ne l’était auparavant.
Une leçon d’humilité
Lorsque Jésus envoya ses soixante-dix disciples, doués de pouvoirs miraculeux, ils accomplirent de grandes merveilles et, assez naturellement, en furent quelque peu exaltés. Dans leurs paroles : « Les démons mêmes nous sont soumis », Jésus discerna leur penchant à l’orgueil et à l’auto-félicitation. Et quelle fut la sainte leçon qu’il enseigna pour les empêcher de s’enorgueillir outre mesure ? « Cependant, dit-il, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. » L’assurance de notre part en Christ tendra à nous garder humbles au jour de notre prospérité ; ce nous sera un lest secret que de savoir que nous avons quelque chose de meilleur que ces bénédictions terrestres ; c’est pourquoi nous ne devons pas attacher nos affections aux choses de la terre, mais que nos cœurs soient là où est notre plus grand trésor. Mieux que toute lancette pour tirer le sang superflu de notre vantardise—mieux que toute médecine amère pour chasser la fièvre brûlante de notre orgueil, est ce vin très précieux et sacré de l’alliance : le souvenir de notre sûreté en Christ. Cela, ouvert pour nous par l’Esprit, suffira à nous garder dans cette heureuse humilité qui est notre vraie place. Mais lorsqu’à quelque moment nous sommes abattus sous des épreuves multipliées, ce fait même qui nous gardait humbles dans la prospérité nous préservera du désespoir dans l’adversité. Car l’apôtre Paul était environné d’un grand combat d’afflictions ; et pourtant il pouvait dire : « Néanmoins, je n’en ai point honte. » Mais qu’est-ce qui l’empêche de sombrer ? C’est la même vérité qui gardait les anciens disciples d’un orgueil démesuré. C’est la douce persuasion de sa part en Christ. « Car je sais en qui j’ai cru, et je suis persuadé qu’il a la puissance de garder mon dépôt jusqu’à ce jour-là. » Cherchons donc ardemment à obtenir cette pleine assurance de la foi, car elle nous aidera dans tous les états de l’expérience. Ne nous tenons pas pour satisfaits jusqu’à ce que nous puissions dire avec Paul : « Je sais en qui j’ai cru. »