Chapitre 12 · 12 min de lecture
La sainteté et la vie nouvelle
La religion, une affaire personnelle
Certains disent qu’ils éprouveront la sainteté de la religion de Christ à la sainteté du peuple de Christ. Vous n’avez pas le droit, réponds-je, de la soumettre à pareille épreuve. La juste épreuve dont vous devriez user, c’est de l’essayer vous-mêmes — de « sentir et voir combien l’Éternel est bon ». En sentant et en voyant, vous éprouverez sa bonté, et par le même moyen vous devez éprouver la sainteté de son Évangile. Votre affaire est de chercher pour vous-mêmes Christ crucifié, et non de vous en remettre à la représentation qu’un autre homme se fait du pouvoir de la grâce de dompter la corruption et de sanctifier le cœur. Puisque Dieu vous a donné une Bible, il a voulu que vous la lisiez, et que vous ne vous contentiez pas de lire des hommes. Vous ne devez pas vous contenter de sentiments qui naissent de la conversation d’autrui ; votre seul pouvoir de connaître la vraie religion, c’est d’avoir son Saint-Esprit agissant sur votre propre cœur, afin que vous éprouviez vous-mêmes ce qu’est la puissance de la religion. Vous n’avez pas le droit de juger la religion d’après quoi que ce soit d’extérieur ou d’étranger à elle-même. Et si vous la méprisez avant de l’avoir essayée vous-mêmes, vous vous tiendrez avérés, en ce monde, comme des insensés, et dans l’autre monde, comme des coupables. Et pourtant il en est ainsi de la plupart des hommes. Si vous entendez un homme injurier la Bible, vous pouvez d’ordinaire conclure qu’il ne la lit jamais. Et vous pouvez être tout à fait certains, si vous entendez un homme parler contre la religion, qu’il n’a jamais su ce qu’était la religion. La vraie religion, quand une fois elle prend possession du cœur, ne permet jamais à un homme de se quereller avec elle. Celui-là appellera Christ son meilleur ami, qui connaît Christ le moins du monde. Nous en avons trouvé beaucoup qui ont méprisé les jouissances de ce monde, mais nous n’en avons jamais trouvé un seul qui se soit détourné de la religion avec dégoût ou satiété, après en avoir une fois joui. Non ! non ! vous avez choisi vos propres illusions, et vous les avez choisies à vos propres risques ; vous les nourrissez à vos propres périls. Car si vous prenez votre religion des autres, et que l’exemple de ceux qui font profession vous porte à rejeter la religion, vous n’en êtes pas moins coupables de votre propre sang. Dieu ne vous a pas laissés à la carte incertaine du caractère des hommes : il vous a donné sa propre Parole, la parole du témoignage la plus sûre, à laquelle vous faites bien de prendre garde.
La sainteté
La sainteté est le plan d’architecture sur lequel Dieu édifie son temple vivant.
Le cœur nouveau
Dieu ne promet pas qu’il améliorera notre nature, ni qu’il raccommodera nos cœurs brisés. Non ; la promesse est qu’il nous donnera des cœurs nouveaux et des esprits droits. La nature humaine est trop délabrée pour jamais être raccommodée. Ce n’est pas une maison un peu détériorée, avec çà et là une ardoise arrachée du toit, et çà et là un morceau de plâtre tombé du plafond. Non ; elle est pourrie de part en part ; les fondations mêmes en ont été minées ; il n’y a pas une seule pièce de charpente qui soit saine ; ce n’est que pourriture, depuis le faîte du toit jusqu’à la plus basse fondation, et elle est prête à s’écrouler. Dieu n’essaie pas de la raccommoder ; il n’étaie pas les murs et ne repeint pas la porte ; il ne l’orne ni ne l’embellit, mais il décide que la vieille maison sera entièrement balayée et qu’il en bâtira une neuve. Elle est trop délabrée pour être raccommodée. Si elle n’était qu’un peu détériorée, on pourrait la restaurer. Si une roue ou deux seulement de cette grande machine qu’on appelle « l’Homme » étaient détraquées, alors Celui qui a fait l’homme pourrait tout remettre en état ; il pourrait mettre une dent neuve là où elle s’était rompue, et une autre roue là où elle était ruinée, et la machine pourrait fonctionner de nouveau. Mais non ; le tout est détraqué ; il n’est pas un levier qui ne soit brisé, pas un essieu qui ne soit faussé. « La tête entière est malade, et tout le cœur est souffrant. De la plante du pied jusqu’à la tête, rien n’est en bon état : ce ne sont que blessures, contusions et plaies vives. » Le Seigneur, dès lors, n’entreprend pas de raccommoder cette chose, mais il dit : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau. »
Christ en vous
Qu’est-ce que d’avoir « Christ en vous » ? Le catholique romain suspend la croix sur sa poitrine ; le vrai chrétien porte la croix dans son cœur ; et une croix au-dedans du cœur est l’un des plus doux remèdes à une croix sur les épaules. Si tu as une croix dans le cœur — Christ crucifié en toi, l’espérance de la gloire — la croix des tribulations de ce monde te semblera bien légère, et tu pourras aisément la porter. Christ dans le cœur, cela signifie Christ que l’on croit, Christ que l’on aime, Christ en qui l’on se confie, Christ à qui l’on s’unit, Christ avec qui l’on communie, Christ notre nourriture quotidienne, et nous-mêmes le temple et le palais où Jésus-Christ marche chaque jour. Ah ! il en est beaucoup à qui le sens de cette parole est tout à fait étranger. Ils ne savent pas ce que c’est que d’avoir Jésus-Christ en eux. Bien qu’ils connaissent un peu Christ sur le Calvaire, ils ne connaissent rien de Christ dans le cœur. Or, souvenez-vous que Christ sur le Calvaire ne sauvera aucun homme, à moins que Christ ne soit dans le cœur. Le Fils de Marie, né dans la crèche, ne vous sauvera pas, à moins qu’il ne soit aussi né dans votre cœur et n’y demeure — votre joie, votre force et votre consolation.
Le grand but de la vie
En tant que chrétiens, nous devrions toujours nous distinguer du monde par le grand but de notre vie. Quant aux hommes du monde, les uns recherchent la richesse, les autres la renommée ; les uns cherchent le bien-être, les autres le plaisir. Accessoirement, tu peux rechercher n’importe laquelle de ces choses, mais ton motif principal et dominant, en tant que chrétien, devrait toujours être de vivre pour Christ. Vivre pour la gloire ? Oui, mais pour sa gloire. Vivre pour le bien-être ? Oui, mais que toute ta consolation soit en lui. Vivre pour le plaisir ? Oui, mais quand tu es dans la joie, chante des psaumes et fais monter la mélodie de ton cœur au Seigneur. Vivre pour la richesse ? Oui, mais pour être riche en foi. Tu peux amasser un trésor, mais amasse-le dans le ciel, « où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent ». Tu peux rendre vraiment sacrée la vocation la plus commune en consacrant ta vie quotidienne tout entière au service de Jésus, prenant pour devise : « Christ est ma vie. » Il existe bel et bien une manière de vivre ainsi une vie consacrée ; et si quelqu’un en nie la possibilité, qu’il se tienne pour convaincu par lui-même, parce qu’il n’obéit pas à ce précepte : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. »
La religion, une affaire présente
La religion doit être une chose du présent, parce que le présent a des liens si intimes avec l’avenir. L’Écriture nous dit que cette vie est un temps de semailles, et que l’avenir en est la moisson : « celui qui sème pour sa chair moissonnera de la chair la corruption ; celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la vie éternelle. » De même que la semence engendre la plante, ainsi cette vie présente engendre l’éternel avenir. Le ciel et l’enfer ne sont, après tout, que le développement de notre caractère présent ; car n’est-il pas écrit : « que celui qui est injuste soit encore injuste, et que celui qui est saint se sanctifie encore » ? Ne savons-nous pas qu’au cœur de tout péché sommeille la condamnation ? N’est-ce pas une vérité redoutable que le germe du tourment éternel dort dans chaque souhait mauvais, chaque pensée impie, chaque acte impur, de sorte que l’enfer n’est qu’un vaste débordement d’une lave assoupie, si tranquille jusque-là que, tandis que la montagne était couverte d’une belle verdure jusqu’à son sommet, la mort survient et ordonne à cette lave de monter ; et le long des pentes de l’existence éternelle de l’homme, la lave ardente de la misère éternelle se déverse ? Elle était pourtant là déjà, car le péché est l’enfer, et la révolte contre Dieu est le prélude de la misère. Ainsi en est-il du ciel ; je sais que le ciel est une récompense, non de dette mais de grâce ; mais le chrétien porte néanmoins en lui ce qui lui présage un ciel. Que disait Christ ? « Je donne à mes brebis la vie éternelle. » Il n’a pas dit : « Je donnerai », mais : « Je donne. » Dès qu’elles croient en moi, je leur donne la vie éternelle. « Celui qui croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient point en jugement. » Le chrétien porte en lui les germes d’un paradis ; en temps voulu, la lumière qui est semée pour le juste, et la joie qui est semée pour ceux dont le cœur est droit, lèveront, et il en moissonnera la récolte. N’est-il pas clair, dès lors, que la religion est une chose que nous devons avoir ici-bas ? N’est-il pas éminemment révélé que la religion importe pour le présent ? Car si cette vie est le temps des semailles de l’avenir, comment puis-je espérer moissonner dans un autre monde d’autres récoltes que celles que j’ai semées ici ? Comment puis-je croire que je serai sauvé alors, si je ne suis pas sauvé maintenant ? Comment puis-je espérer que le ciel sera mon héritage éternel, si les arrhes n’en sont pas déjà commencées dans mon âme sur la terre ?
Vous ne vous appartenez pas
Si tu es enfant de Dieu, tu appartiens tout entier et absolument à Christ. N’en est-il pourtant pas beaucoup qui semblent s’imaginer que, s’ils réservent un petit coin de leur âme à leur religion, tout ira bien ? Que Satan arpente les vastes domaines de leur jugement et de leur entendement, qu’il règne sur leurs pensées et sur leurs imaginations ; pourvu que dans quelque recoin paisible soit conservée l’apparence de la religion, tout sera pour le mieux. Oh ! ne vous y trompez pas ; jamais encore Christ n’a partagé un homme par moitié. Il vous aura tout entier, ou il ne vous aura pas du tout. Il sera Seigneur souverain, Maître suprême, Monarque absolu, ou bien il n’aura rien à faire avec vous. Vous pouvez servir Satan, si vous voulez ; mais quand vous le servez, vous ne servez pas Christ en même temps. Si vous n’êtes pas entièrement livrés à Dieu — si, dans l’intention et le dessein de votre âme, chaque pensée, chaque désir, chaque force, chaque talent et chaque possession ne sont voués et consacrés à Christ, vous n’avez aucune raison de croire que vous avez été rachetés par son sang précieux. Dans son peuple, qu’il a acquis pour lui-même, il régnera sans rival. Christ ne sera copropriétaire d’aucun homme.
La nature et la grâce
Jamais vous n’apercevrez Dieu dans la nature avant d’avoir appris à voir Dieu dans la grâce. On nous a beaucoup parlé de s’élever de la nature au Dieu de la nature. Impossible ! Autant essayer de monter du sommet des Alpes jusqu’au ciel. Il subsiste, pour l’esprit naturel, un grand abîme entre la nature et Dieu. Il vous faut d’abord apercevoir Dieu incarné en la personne de Christ, avant d’apercevoir Dieu tout-puissant dans la création qu’il a faite. Vous avez beaucoup entendu parler d’hommes qui prennent plaisir à adorer sous les futaies de la forêt, et qui dédaignent de fréquenter le sanctuaire des saints. Oui-da ; mais il y avait là bien peu de vérité. Il y a souvent grand bruit là où il y a beaucoup de vide ; et vous découvrirez fréquemment que ces hommes qui parlent le plus de ce culte naturel sont ceux qui n’adorent Dieu aucunement. Les œuvres de Dieu sont un milieu trop grossier pour laisser passer la lumière. Rude est le sentier et sombre l’atmosphère, si nous voulons, par le chemin des créatures, découvrir parfaitement le Créateur. Mais lorsque je vois Christ, je vois le chemin nouveau et vivant que Dieu a ouvert entre mon âme et mon Dieu, très clair et très aimable. Je viens aussitôt à mon Dieu, et le trouvant en Christ, je le trouve partout ailleurs aussi.
La preuve de la vie nouvelle
« Si vous avez goûté que le Seigneur est bon », c’est une preuve certaine d’un changement divin ; car les hommes, par nature, ne trouvent aucune joie en Jésus. Je ne demande pas quelle a pu être ou n’a pas été votre expérience ; si Christ vous est précieux, c’est qu’une œuvre de grâce s’est accomplie dans votre cœur ; si vous l’aimez, si sa présence fait votre joie, si son sang est votre espérance, si sa gloire est votre but et votre visée, et si sa personne est l’amour constant de votre âme, vous n’auriez pu avoir ce goût par nature, car vous étiez morts ; vous n’auriez pu acquérir ce goût par l’étude, car c’est là un miracle que nul autre que le Dieu souverain de la nature n’aurait pu opérer en vous. Que tout chrétien éprouvé et affligé qui, néanmoins, goûte que le Seigneur est bon, en tire sa consolation. « C’est avec raison que l’on t’aime. »