Glanures parmi les gerbes ·La joie de la vie chrétienne

Chapitre 10 · 22 min de lecture

La joie de la vie chrétienne

Une vie riche

Lorsque l’un de nos rois revint de captivité, comme le racontent les vieux chroniqueurs, il y avait à Cheapside des fontaines qui coulaient de vin. Le roi était si prodigue, et le peuple si joyeux, qu’au lieu d’eau on fit couler le vin gratuitement pour tous. Il existe un moyen de rendre notre vie si riche, si pleine, si bénie pour nos semblables, que la métaphore puisse s’appliquer à nous, et que les hommes puissent dire que notre vie coule de vin quand celle des autres coule d’eau. Vous avez connu quelques hommes de cette sorte. La vie de John Howard ne ressemblait pas à nos pauvres vies ordinaires : il était si bienveillant, sa sympathie envers la race humaine si pleine d’abnégation, que les courants de sa vie étaient comme un vin généreux. Vous avez connu personnellement, peut-être, quelque saint éminent, un homme qui vivait tout près de Jésus : quand il parlait, il y avait dans ses paroles une onction et une saveur, une solidité et une force dans ses propos, que vous pouviez apprécier sans pouvoir y atteindre. Vous vous êtes parfois dit : « Je voudrais que mes paroles fussent aussi pleines, aussi douces, aussi moelleuses et aussi onctueuses que les paroles d’un tel. Ô, je voudrais que mes actions fussent tout aussi riches, eussent une couleur aussi profonde et un goût aussi pur que les actes de tel autre que l’on me montre. Tout ce que je puis faire semble bien peu de chose et bien vide comparé à ses hautes réalisations. Ô, que ne puis-je faire davantage ! Ô, que ne puis-je envoyer des flots d’or pur dans chaque maison, au lieu de mes pauvres scories ! » Eh bien, chrétien, cela devrait t’inciter à garder ton cœur plein de choses riches. Jamais, jamais ne néglige la Parole de Dieu ; elle rendra ton cœur riche de préceptes, ta tête riche d’intelligence, et tes entrailles riches de compassion ; alors ta conversation, lorsqu’elle jaillira de ta bouche, viendra de ton âme, et, comme tout ce qui est en toi, sera riche, onctueuse et savoureuse. Que ton cœur seulement soit plein d’un amour doux et généreux, et le flot qui coulera de tes lèvres sera doux et généreux. Par-dessus tout, fais que Jésus vive dans ton cœur, et alors de toi couleront des fleuves d’eau vive, plus exaltants, plus purs et plus rassasiants que l’eau du puits de Sychar, dont but Jacob. Va, chrétien, à la grande mine des richesses insondables, et crie au Saint-Esprit de rendre ton cœur riche pour le salut. Ainsi ta vie et ta conversation seront un bienfait pour tes semblables ; et lorsqu’ils te verront, ton visage resplendira, et ta face sera comme celle de l’ange de Dieu.

Un cœur plein

Vous avez vu les grands réservoirs que fournissent nos compagnies des eaux, où l’on garde l’eau destinée à approvisionner des milliers de maisons. Or, le cœur est le réservoir de l’homme, d’où s’écoulent les courants de sa vie.

Cette vie peut s’écouler par différents conduits — la bouche, la main, l’œil ; mais tout ce qui sort de la main, de l’œil, de la lèvre tire pourtant sa source de la grande fontaine et du réservoir central, le cœur ; et il n’est donc pas difficile de montrer la grande nécessité qu’il y a de tenir ce réservoir en bon état, puisque autrement ce qui coule par les conduits sera nécessairement souillé et corrompu. Non seulement le cœur doit être gardé pur, mais il doit aussi être gardé plein. Si pure que soit l’eau dans le réservoir central, il ne nous sera pas possible d’avoir un approvisionnement abondant à moins que le réservoir lui-même ne soit plein. Une fontaine vide engendrera très assurément des conduits vides ; que la machinerie soit aussi exacte que l’on voudra, que tout le reste soit bien réglé, si pourtant ce réservoir est à sec, nous pourrons attendre l’eau en vain. Vois donc la nécessité de garder le cœur plein ; et que cette nécessité te fasse poser cette question : « Mais comment puis-je garder mon cœur plein ? Comment mes émotions peuvent-elles être fortes ? Comment puis-je garder mes désirs ardents et mon zèle enflammé ? » Chrétien ! il est un texte qui explique tout cela : « Toutes mes sources sont en toi », disait David. Si tu as toutes tes sources en Dieu, ton cœur sera assez plein. Si tu vas au pied du Calvaire, là ton cœur sera baigné d’amour et de reconnaissance. Si tu es souvent dans la vallée de la retraite, à t’entretenir avec ton Dieu, ton cœur sera plein d’une paisible résolution. Si tu vas avec ton Maître à la colline des Oliviers, pour pleurer avec lui sur Jérusalem, alors ton cœur sera plein d’amour pour les âmes qui ne meurent jamais. Si tu puises continuellement ton impulsion, ta vie, tout ton être auprès du Saint-Esprit, sans lequel tu ne peux rien faire, et si tu vis en communion étroite avec Christ, il n’y aura pas à craindre que ton cœur soit desséché. Celui qui vit sans prière — celui qui vit avec peu de prière — celui qui lit rarement la Parole — celui qui lève rarement les yeux vers le ciel pour recevoir d’en haut une fraîche influence — celui-là sera l’homme dont le cœur deviendra sec et stérile ; mais celui qui invoque son Dieu dans le secret — qui passe beaucoup de temps dans une sainte retraite — qui met ses délices à méditer les paroles du Très-Haut — dont l’âme est livrée à Christ — qui se réjouit de sa plénitude, se réjouit de sa toute-suffisance, prie pour son second avènement et met ses délices dans la pensée de sa glorieuse venue — un tel homme doit avoir un cœur débordant ; et tel est son cœur, telle sera sa vie. Ce sera une vie pleine ; ce sera une vie qui parlera du fond du sépulcre et éveillera les échos de l’avenir. « Garde ton cœur plus que toute autre chose », et supplie le Saint-Esprit de le tenir plein ; car autrement, ce qui sortira de ta vie sera faible, mince et superficiel, et tu aurais aussi bien fait de ne pas vivre du tout.

Oh, un cœur ainsi plein, profond et large ! Trouvez l’homme qui possède un tel cœur, et c’est de lui que couleront des eaux vives, pour réjouir le monde de leurs courants rafraîchissants.

Le bonheur de la religion

Qu’un homme connaisse véritablement la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, et il sera un homme heureux ; et plus il s’abreuve profondément de l’Esprit de Christ, plus il devient heureux. Cette religion qui enseigne que la misère est un devoir est fausse à sa face même, car Dieu, lorsqu’il fit le monde, chercha le bonheur de ses créatures. On ne peut s’empêcher de penser, en voyant tout ce qui nous entoure, que Dieu a, avec une assiduité et une attention des plus scrupuleuses, cherché des moyens de plaire à l’homme. Il ne nous a pas seulement donné le strict nécessaire, il nous a donné davantage ; non pas simplement l’utile, mais même l’ornement. Les fleurs de la haie, les étoiles du ciel, les beautés de la nature, la colline et la vallée — toutes ces choses ont été voulues non pas seulement parce que nous en avions besoin, mais parce que Dieu voulait montrer combien il nous aimait et combien il désirait que nous soyons heureux. Or, il n’est pas vraisemblable que le Dieu qui a fait un monde heureux envoie un salut misérable. Celui qui est un Créateur heureux sera un Rédempteur heureux ; et ceux qui ont goûté que le Seigneur est bon peuvent témoigner que les voies de la religion « sont des voies agréables, et tous ses sentiers sont paisibles ». Et quand bien même cette vie serait tout, quand bien même la mort serait l’ensevelissement de toute notre vie, et le linceul le suaire de l’éternité, ce serait encore une chose lumineuse et heureuse que d’être chrétien, car cela éclaire cette vallée de larmes et remplit jusqu’au bord les puits de la vallée de Baca de courants d’amour et de joie.

La religion — une jouissance présente

La religion a ses jouissances présentes. Parlez, vous qui les connaissez, car vous pouvez en témoigner ; pourtant vous ne sauriez toutes les raconter. Ô, abandonneriez-vous votre religion pour toutes les joies que la terre appelle bonnes ou grandes ? Dites : si votre vie immortelle pouvait être éteinte, la donneriez-vous, même pour tous les royaumes de ce monde ? Ô vous, fils de la pauvreté, n’a-t-elle pas été pour vous une chandelle dans les ténèbres ? Ne vous a-t-elle pas éclairés à travers les ombres épaisses de votre tribulation ? Ô vous, fils du labeur, n’a-t-elle pas été votre repos, votre doux repos ? Les témoignages de Dieu n’ont-ils pas été votre cantique dans la maison de votre pèlerinage ? Ô vous, enfants de la douleur, torturés par la souffrance, la religion n’a-t-elle pas été pour vous un doux apaisement dans vos souffrances ? La religion ne vaut-elle pas la peine d’être possédée dans la chambre du malade ? Et vous, hommes d’affaires, parlez pour vous-mêmes. Vous avez de rudes combats à traverser dans la vie. Parfois vous avez été poussés à la dernière extrémité, et votre réussite ou votre échec semblait tenir à un fil. Votre religion n’a-t-elle pas été une joie pour vous dans vos difficultés ? N’a-t-elle pas apaisé votre esprit ? Lorsque vous étiez tracassés et troublés par les choses du monde, n’avez-vous pas trouvé doux d’entrer dans votre cabinet, d’en fermer la porte et de dire à votre Père, dans le secret, tous vos soucis ? Et, ô vous qui êtes riches, ne pouvez-vous rendre le même témoignage, si vous avez aimé le Maître ? Que vous auraient été toutes vos richesses sans un Sauveur ? Ne pouvez-vous dire que votre religion a doré votre or et fait briller votre argent d’un plus vif éclat ? Car toutes les choses que vous possédez sont adoucies par cette pensée : que vous avez tout cela, et Christ par-dessus le marché. Y eut-il jamais un enfant de Dieu qui pût le nier ? Nous avons entendu parler de bien des incrédules qui se lamentaient de leur incrédulité à l’heure de mourir : avez-vous jamais entendu parler de quelqu’un qui, sur son lit de mort, ait considéré avec tristesse une vie de sainteté ? Jamais, jamais nous n’avons connu de chrétien qui se soit repenti de sa foi chrétienne. Nous avons vu des chrétiens souffrir au point que nous nous étonnions qu’ils vécussent ; si pauvres que nous nous étonnions de leur misère ; nous les avons vus si remplis de doutes que nous plaignions leur incrédulité ; mais nous ne les avons jamais entendus dire, même alors : « Je regrette de m’être donné à Christ. » Non ; dans l’étreinte de l’agonie, quand le cœur et la chair défaillaient, nous les avons vus serrer ce trésor contre leur poitrine et le presser sur leur cœur, sentant encore que c’était là leur vie, leur joie, leur tout. Ô ! si vous voulez être heureux, si vous voulez être sauvés, si vous voulez joncher votre chemin de soleil, arracher les orties et émousser les épines : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. » Ne cherchez pas d’abord le bonheur ; cherchez d’abord Christ, et le bonheur viendra ensuite. Cherchez premièrement le Seigneur, et alors il pourvoira à vos besoins dans cette vie, et il la couronnera de tout ce qui est glorieux dans la vie à venir.

La joie sur celui qui se repent

Les anges savent ce que sont les joies du ciel, et c’est pourquoi ils se réjouissent d’un seul pécheur qui se repent. Nous parlons de portes de perles, de rues d’or, de robes blanches, de harpes d’or et de couronnes d’amarante ; mais si un ange pouvait nous parler du ciel, il sourirait et dirait : « Toutes ces belles choses ne sont que langage d’enfant, et vous êtes de petits enfants, et vous ne pouvez comprendre la grandeur de la félicité éternelle ; c’est pourquoi Dieu vous a donné un abécédaire d’enfant, un alphabet où vous pouvez apprendre les premières lettres grossières de ce qu’est le ciel, mais ce qu’il est, tu ne le sais pas. Ô mortel, ton œil n’a jamais encore contemplé ses splendeurs ; ton oreille n’a jamais encore été ravie de ses mélodies ; ton cœur n’a jamais été transporté de ses joies incomparables. » Oui, nous pouvons parler, penser, deviner et rêver, mais nous ne pourrons jamais mesurer le ciel infini que Dieu a préparé pour ses enfants. Mais les anges en connaissent la gloire ; voilà une raison pour laquelle ils se réjouissent du pécheur repentant qui est ainsi devenu héritier d’un tel héritage.

Un ravissement inlassable

Qui a jamais qualifié la mer de monotone ? Même pour le marin qui la parcourt comme il le fait, parfois des années entières, il y a toujours une fraîcheur dans l’ondulation des vagues, la blancheur de l’écume du brisant, la courbe de la lame couronnée, et la poursuite folâtre de chaque vague par le long cortège de ses sœurs. Qui d’entre nous s’est jamais plaint que le soleil ne lui offrît que peu de variété ? Qu’importe qu’au matin il attelle les mêmes coursiers, fasse jaillir de son char la même gloire dorée, gravisse avec une morne uniformité le sommet des cieux, puis pousse son chariot vers le bas et commande à ses coursiers enflammés de tremper leurs paturons brûlants dans l’abîme de l’occident ? Ou qui d’entre nous se plaindrait avec dégoût du pain que nous mangeons, comme s’il lassait le sens du goût ? Nous le mangeons aujourd’hui, demain, le jour suivant ; nous l’avons mangé pendant les années passées ; toujours la même nourriture invariable est servie sur la table, et le pain demeure le soutien de la vie. Transposez ces expériences terrestres en mystères célestes. Si Christ est votre nourriture et votre pain spirituel ; si Christ est votre soleil, votre lumière céleste ; si Christ est la mer d’amour où nagent vos passions et où se trouvent toutes vos joies, il n’est pas possible que vous, hommes chrétiens, vous plaigniez de monotonie en lui. « Il est le même hier, aujourd’hui, et éternellement » ; et pourtant il a la « rosée de sa jeunesse ». Il est comme la manne dans le vase d’or, qui était toujours la même ; mais il est aussi comme la manne qui descendait du ciel, nouvelle chaque matin. Il est comme la verge de Moïse, qui était sèche et ne changeait pas de forme ; mais il est aussi pour nous comme la verge d’Aaron, qui bourgeonne, fleurit et produit des amandes.

La joie du pardon

Ô quelle joie que d’avoir un rayon de la lumière céleste dans l’âme, et d’entendre la voix même de Dieu, tandis qu’il se promène dans le jardin de nos âmes au frais du jour, nous disant : « Mon enfant, tes nombreux péchés te sont tous pardonnés. » Le murmure de cette voix céleste peut élever notre cœur à une félicité presque divine. Il confère une joie que ne sauraient égaler tous les plaisirs, toutes les richesses et toutes les jouissances que ce monde peut offrir. Avoir le divin baiser de l’accueil, être revêtu de la plus belle robe, porter l’anneau à la main et les souliers aux pieds, entendre la musique et les danses célestes par lesquelles les fils prodigues de retour sont accueillis dans la maison de leur Père — voilà, en vérité, une félicité et un bonheur qui valent des mondes.

La vraie bénédiction

Christ, lorsqu’il bénit, ne bénit pas en parole seulement, mais en acte. Les lèvres de la vérité ne sauraient promettre plus que les mains de l’amour ne donneront à coup sûr.

Une pauvreté inutile

Bien des croyants habitent la chaumière du doute quand ils pourraient habiter le manoir de la foi.

L’esprit de louange

« Mon âme, bénis l’Éternel ! Que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom ! » Réveille-toi, ma mémoire, et trouve matière au cantique. Raconte ce que Dieu a fait pour moi aux jours passés. Envolez-vous, mes pensées, vers mon enfance, chantez les grâces du berceau. Repassez ma jeunesse et ses premières faveurs. Chantez la grâce patiente qui suivit mes égarements et supporta mes rébellions. Repasse devant mes yeux cette heure joyeuse où je connus le Seigneur pour la première fois, et redis encore l’histoire incomparable de sa miséricorde. Réveille-toi, mon jugement, et donne la mesure à la musique. Avance, mon intelligence, et pèse sa bonté dans la balance. Vois si tu peux compter la fine poussière de ses miséricordes. Vois si tu peux estimer les richesses insondables que Dieu t’a données dans son don ineffable de Jésus-Christ. Redis son amour éternel envers toi. Fais le compte des trésors de cette alliance éternelle qu’il a conclue en ta faveur, et qui était « en tous points bien réglée et offrant pleine sécurité ». Chante à haute voix cette sagesse divine qui conçut, cet amour qui projeta, et cette grâce qui exécuta le plan de ta rédemption. « Mon âme, bénis l’Éternel ! » Car toute la nature autour de moi ne le loue-t-elle pas ? Si moi je me taisais, je ferais exception dans l’univers. Le tonnerre ne le loue-t-il pas lorsqu’il roule comme des tambours dans la marche du Dieu des armées ? Les montagnes ne le louent-elles pas lorsque les forêts sur leurs sommets ondoient en adoration ? L’éclair n’écrit-il pas son nom en lettres de feu sur les ténèbres de minuit ? La terre entière n’a-t-elle pas une voix, et moi, me tairai-je, le puis-je ? « Mon âme, bénis l’Éternel. »

La force par la joie

C’est lorsque l’esprit est heureux qu’il peut être laborieux. « La joie de l’Éternel sera votre force. »

Réjouissez-vous toujours

Chaque fois qu’un chrétien cède à un esprit triste et abattu au milieu de ses épreuves ; qu’il ne cherche pas auprès de Dieu la grâce de lutter vaillamment et joyeusement contre le malheur ; qu’il ne demande pas à son Père céleste de lui donner la force et la consolation qui le rendraient capable de se réjouir dans le Seigneur en tout temps, il fait déshonneur aux principes élevés, puissants et nobles du christianisme, qui sont propres à soutenir un homme et à le rendre heureux même aux temps de la plus profonde affliction. C’est la fierté de l’Évangile qu’il élève le cœur au-dessus du malheur ; c’est l’une des gloires de notre religion qu’elle nous fait dire : « Le figuier ne fleurira pas, la vigne ne produira rien, le fruit de l’olivier manquera, les champs ne donneront pas de nourriture, toutefois je veux me réjouir en l’Éternel, je veux me réjouir dans le Dieu de mon salut. »

La joie chrétienne

Autant David était éminent par sa piété, autant il l’était par l’allégresse et la joie de son cœur. Les gens du monde pensent souvent que la contemplation des choses divines a tendance à abattre les esprits. Or, il n’est pas de plus grande erreur. Nul homme n’est si heureux qu’il ne le fût davantage encore s’il avait la religion. L’homme qui possède une plénitude de plaisirs terrestres ne perdrait rien de son bonheur s’il avait la grâce de Dieu dans le cœur ; cette joie ajouterait plutôt de la douceur à toute sa prospérité ; elle filtrerait bien des lies amères de sa coupe et lui montrerait comment tirer plus de miel du rayon. La piété peut rendre joyeux le plus mélancolique, tandis qu’elle peut rendre les joyeux plus joyeux encore, illuminant le visage d’une allégresse céleste, faisant étinceler les yeux d’un éclat dix fois plus vif ; et si heureux que soit l’homme du monde, il trouvera un nectar plus doux qu’il n’en a jamais bu auparavant, s’il vient à la source de la miséricorde expiatoire, s’il sait que son nom est inscrit dans le livre de la vie éternelle. Les grâces temporelles auront alors le charme de la rédemption pour les rehausser. Elles ne seront plus pour lui comme des fantômes fugaces qui dansent un instant passager dans le rayon de soleil. Il les estimera plus précieuses parce qu’elles lui sont données, en quelque sorte, dans certains codicilles du testament divin, qui a la promesse de la vie présente aussi bien que de celle qui est à venir. Tandis que le bonheur et la grâce l’accompagneront tous les jours de sa vie, il pourra étendre ses reconnaissantes espérances vers l’avenir où il habitera dans la maison du Seigneur à jamais, et dire avec le Psalmiste : « Tu me rends à jamais un objet de bénédictions, tu me combles de joie devant ta face. »

C’est là ce qui fait votre joie

« C’est là ce qui fait votre joie, quoique maintenant, puisqu’il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps. » Et un chrétien peut-il « se réjouir grandement » alors qu’il est « dans la tristesse » ? Oui, très assurément il le peut. Les marins nous disent qu’il est des endroits de la mer où un fort courant se déplace en surface dans un sens, tandis que, dans les profondeurs, un fort courant coule en sens contraire. De même, deux mers ne se rencontrent ni ne se contrarient l’une l’autre, mais un flot d’eau en surface court dans une direction, et un autre, au-dessous, dans la direction opposée. Or, il en va ainsi du chrétien. À la surface roule un flot de tristesse en vagues sombres, mais dans les profondeurs coule toujours un puissant courant sous-jacent d’une grande joie. Demandez-vous quelle est la cause de cette grande joie ? L’apôtre nous le dit : « C’est ce qui fait votre joie. » Que veut-il dire ? Reportez-vous à son épître, et vous le verrez. Il écrit « aux étrangers dispersés dans le Pont, etc. ». Et la première chose qu’il leur dit, c’est qu’ils sont « élus selon la prescience de Dieu ». Voilà une assurance qui « fait votre joie ». Ah ! même lorsque le chrétien est le plus « attristé par diverses épreuves », quelle grâce c’est qu’il puisse savoir qu’il est encore élu de Dieu ! Tout homme qui a l’assurance que Dieu « l’a élu avant la fondation du monde » peut bien dire : « C’est là ce qui fait ma joie. » Réfléchissons à cela. Avant que Dieu eût fait les cieux et la terre, ou posé les colonnes du firmament dans leurs socles d’or, il avait mis son amour sur moi ; sur la poitrine du grand Souverain Sacrificateur il écrivit mon nom ; et dans son livre éternel il demeure, pour n’être jamais effacé : « élu selon la prescience de Dieu ». Certes, cela peut faire bondir l’âme d’un homme au-dedans de lui, et toute la tristesse que les infirmités de la chair peuvent faire peser sur lui ne sera que néant ; car ce formidable courant de sa joie débordante emportera la digue de son chagrin. Faisant irruption et franchissant tout obstacle, il submergera toutes ses douleurs jusqu’à ce qu’elles soient noyées et recouvertes, et qu’il n’en soit plus jamais fait mention. « C’est là ce qui fait votre joie. » Viens, chrétien ! te voilà déprimé et abattu. Songe un instant : tu es choisi de Dieu et précieux. Que la cloche de l’élection sonne à ton oreille — cette antique cloche du sabbat de l’alliance ; et que ton nom se fasse entendre dans ses notes, et dis, je t’en supplie, dis : cela ne te fait-il pas « te réjouir grandement, quoique maintenant, puisqu’il le faut, tu sois attristé pour un peu de temps par diverses épreuves » ?

De nouveau, vous verrez une autre raison. L’apôtre dit que nous sommes « élus… par la sanctification de l’Esprit, afin que nous devenions obéissants et que nous participions à l’aspersion du sang de Jésus-Christ » — « c’est là ce qui fait notre joie ». L’obéissance du Seigneur Jésus-Christ est-elle ceinte autour de mes reins, pour être ma parure et mon vêtement glorieux ? et le sang de Jésus est-il répandu sur moi, pour ôter toute ma culpabilité et tout mon péché ? et ne m’en réjouirais-je pas grandement ? Que pourrait-il y avoir, dans tous les abattements d’esprit qui peuvent m’assaillir, qui me fasse briser ma harpe, quand même je la suspendrais un moment aux saules ? N’ai-je pas l’espérance que mes cantiques monteront encore une fois vers le ciel ; et même maintenant, à travers l’épaisse obscurité, les étincelles de ma joie ne paraissent-elles pas, lorsque je me souviens que j’ai encore sur moi le sang de Jésus, et encore autour de moi la glorieuse justice du Messie ?

Mais la grande et réconfortante consolation de l’apôtre, c’est que nous sommes élus pour « un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir, et qui nous est réservé dans les cieux », de même que nous lui sommes réservés. Cela peut bien, en vérité, le faire se réjouir grandement. Il approche des portes de la mort, et son esprit est dans la tristesse, car il lui faut laisser derrière lui tout ce que la vie a de cher. De plus, la maladie amène naturellement sur lui un abattement de l’esprit. Mais vous êtes assis près de lui dans sa chambre, et vous commencez à lui parler des

« Doux champs au-delà du flot gonflé, Parés d’une verdure vivante. »

Vous lui parlez de Canaan, de l’autre côté du Jourdain — du pays où coulent le lait et le miel — de l’Agneau au milieu du trône, et de toutes les gloires que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment ; et vous voyez son œil éteint s’illuminer d’un éclat séraphique, « sa tristesse » a entièrement disparu, et le langage de son cœur est celui-ci —

« Sur les rives orageuses du Jourdain je me tiens, Et je jette un regard plein de désir Vers le beau et heureux pays de Canaan, Où reposent mes possessions. »

L’attente de la gloire et du bonheur à venir le remplit d’« une joie ineffable ».

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Glanures parmi les gerbes Charles H. Spurgeon

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