Corrie ten Boom (Pour ados)
Une enfant à l’heure du coucher

Chapitre 3 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute

Une enfant à l’heure du coucher

« car, si tu te tais maintenant, le secours et la délivrance surgiront d’autre part pour les Juifs, et toi et la maison de ton père vous périrez. Et qui sait si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la royauté ? » — Esther 4:14

Aux premières heures du 10 mai 1940, les forces allemandes franchirent la frontière hollandaise. L’armée des Pays-Bas était petite, et elle se battit courageusement pendant cinq jours. Le 14 mai, des bombardiers allemands détruisirent le centre de Rotterdam, tuant des centaines de civils, et menacèrent de faire de même avec d’autres villes. Le 15 mai, les Pays-Bas capitulèrent. La reine Wilhelmine et son gouvernement s’étaient déjà réfugiés à Londres.

Au début, la vie ordinaire continua à Haarlem. Les boutiques ouvraient, les trains roulaient, et les ten Boom prenaient des montres à réparer. Pour les Juifs des Pays-Bas, environ 140 000 personnes, ce fut une tout autre histoire. Pas à pas, on les isola. Les fonctionnaires juifs furent renvoyés. En 1941, tous les Juifs durent se faire recenser, et plus tard leurs cartes d’identité furent marquées d’un grand J. On leur interdit les parcs, les cinémas, les cafés, les bibliothèques et les transports publics. En mai 1942, ils reçurent l’ordre de porter une étoile jaune avec le mot « Jood » (« Juif »). En juillet 1942 commencèrent les déportations, en train, depuis un camp de transit appelé Westerbork, le plus souvent vers Auschwitz ou Sobibor. À la fin de la guerre, plus de 100 000 Juifs hollandais avaient été assassinés, à peu près trois sur quatre.

Que pouvait faire un vieil horloger ? Casper avait plus de quatre-vingts ans. Betsie en avait plus de cinquante et n’était pas solide. Corrie approchait de la cinquantaine. Ils n’avaient ni armes, ni influence, ni argent digne de ce nom. Quand l’étoile jaune fut imposée, Casper voulut aller en chercher une pour lui-même et la porter aux côtés de ses voisins juifs. Sa famille l’en dissuada, puisque cela n’aurait servi qu’à le faire arrêter. Mais son instinct était juste. Cela n’arrivait pas à d’autres. Cela arrivait à l’ancien peuple de Dieu, le peuple pour lequel la famille priait chaque semaine.

Le tournant de Corrie elle-même, tel qu’elle le mit par écrit en 1945, fut minuscule. Un soir, elle rendait visite à un médecin juif quand sa petite fille l’appela du haut de l’escalier : il n’était pas monté la border. Le médecin monta aussitôt, et Corrie l’entendit jouer avec ses enfants avant qu’ils s’endorment. Assise là, elle comprit que la police secrète pouvait venir chercher cette famille n’importe quelle nuit. À cet instant, écrivit-elle, elle résolut d’aider les Juifs partout où elle le pourrait.

Pas de vision, pas de voix. Une enfant qui voulait qu’on vienne la border, et une femme qui décida qu’elle ne pouvait pas rester les bras croisés.

Le verset placé en tête vient du livre d’Esther. Quand un haut fonctionnaire eut obtenu du roi de Perse l’ordre de tuer tous les Juifs, Mardochée, le cousin d’Esther, lui dit deux choses à la fois. Dieu ne dépend pas de toi : le secours surgira « d’autre part ». Et tu es responsable de la place où Dieu t’a mise. Les ten Boom n’étaient pas des reines. Leur place, c’était une boutique d’horloger, une maison étroite et beaucoup d’amis. Même logique.

Sois honnête sur ce point. La plupart des chrétiens hollandais ne firent pas ce que firent les ten Boom. Les peines étaient lourdes et les risques pour sa propre famille étaient réels. La plupart d’entre nous auraient sans doute fait profil bas, eux aussi. C’est exactement pour cela que cette famille compte. Ce n’étaient pas des gens hors du commun. Ce qui les distinguait, c’était la conviction bien ancrée que la vie de leurs voisins les regardait, devant Dieu.

Le mal te demande rarement de faire quelque chose de monstrueux d’un seul coup. Il te demande d’accepter une petite injustice, puis une autre, et de te taire. Là où tu es en ce moment, à l’école, en ligne, dans ta famille, c’est peut-être ton « temps comme celui-ci ».

Une chose à faire cette semaine : guette un moment où quelqu’un est mis à l’écart, moqué ou traité injustement, et où tout le monde laisse faire. Fais une petite chose qui refuse de laisser faire : va t’asseoir avec cette personne, dis quelque chose, ou préviens un adulte qui peut agir.

Questions pour réfléchir

Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.

Quel fut le tournant de Corrie, tel qu’elle le décrivit en 1945 ?

Chez un médecin juif, elle entendit son enfant demander qu’on vienne la border, et comprit que la police secrète pouvait emmener cette famille n’importe quelle nuit. Elle résolut alors d’aider les Juifs partout où elle le pourrait.

Quelles deux choses le message de Mardochée à Esther tient-il ensemble ?

Que le secours de Dieu peut venir « d’autre part », si bien qu’il ne dépend d’aucune personne en particulier, et que chacun reste pourtant responsable de ce qu’il fait là où Dieu l’a placé.

Pourquoi le chapitre dit-il que les ten Boom comptent justement parce qu’ils étaient ordinaires ?

Ils n’avaient ni pouvoir, ni argent, ni armes. Ce qui les distinguait, c’était la conviction que la vie de leurs voisins juifs était leur responsabilité devant Dieu, et la volonté d’agir en conséquence.

Chapitre 3 terminé

Une enfant à l’heure du coucher

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