Chapitre 8 · 7 min de lecture
Un véritable obstacle.
Bien qu’il ne soit nullement difficile en soi de croire celui qui ne peut mentir, et de se confier en Celui que nous savons capable de sauver, il peut néanmoins survenir quelque chose qui rende même cela pénible à mon lecteur. Cet obstacle peut être secret, et pourtant n’en être pas moins réel. Une porte peut être fermée, non par une grande pierre que tous peuvent voir, mais par un verrou invisible qui s’enfonce dans une gâche tout à fait hors de vue. Un homme peut avoir de bons yeux, et pourtant ne pas parvenir à voir un objet, parce qu’une autre matière s’interpose. Vous ne pourriez même pas voir le soleil si un mouchoir, ou un simple morceau de chiffon, était noué sur votre visage. Oh, les bandeaux que les hommes s’obstinent à se lier sur les yeux !
Un péché doux, entretenu dans le cœur, empêchera une âme de saisir Christ par la foi. Le Seigneur Jésus est venu nous sauver du péché ; et si nous sommes résolus à continuer de pécher, Christ et nos âmes ne s’accorderont jamais. Si un homme prend du poison, et qu’un médecin est appelé pour lui sauver la vie, celui-ci peut avoir sous la main un antidote assuré ; mais si le malade s’obstine à garder le flacon de poison sur ses lèvres, et continue d’avaler les gouttes mortelles, comment le médecin peut-il le sauver ? Le salut consiste en grande partie à séparer le pécheur de son péché, et il faudrait changer la nature même du salut avant de pouvoir dire qu’un homme est sauvé alors qu’il aime le péché et y vit volontairement. Un homme ne peut être rendu blanc et rester pourtant noir ; il ne peut être guéri et demeurer pourtant malade ; nul non plus ne peut être sauvé et rester encore amoureux du mal.
Un ivrogne sera sauvé en croyant en Christ — c’est-à-dire qu’il sera sauvé de son ivrognerie ; mais s’il est déterminé à s’enivrer encore, il n’en est pas sauvé, et il n’a pas vraiment cru en Jésus. Un menteur peut, par la foi, être sauvé du mensonge, mais alors il cesse de mentir et prend soin de dire la vérité. Chacun peut voir sans peine qu’il ne peut être sauvé du mensonge tout en poursuivant sa vieille habitude de tromperie et de fausseté. Celui qui est en inimitié avec un autre sera sauvé de ce sentiment d’inimitié en croyant au Seigneur Jésus ; mais s’il fait vœu de nourrir encore le sentiment de haine, il est clair qu’il n’en est pas sauvé, et tout aussi clair qu’il n’a pas cru au Seigneur Jésus pour le salut. Le point essentiel est d’être délivré de l’amour du péché : c’est là l’effet assuré de la confiance au Sauveur ; mais si cet effet est si loin d’être désiré qu’il est même refusé, tous les discours sur la confiance au Sauveur pour le salut ne sont qu’un vain récit. Un homme se rend au bureau de la compagnie maritime et demande s’il peut être conduit en Amérique. On l’assure qu’un navire est justement prêt, et qu’il n’a qu’à monter à bord pour atteindre bientôt New York. « Mais, dit-il, je veux rester chez moi en Angleterre et surveiller ma boutique pendant toute la traversée de l’Atlantique. » L’agent pense qu’il parle à un fou, et lui dit de vaquer à ses affaires et de ne pas perdre son temps à faire le sot. Prétendre se confier en Christ pour être sauvé du péché tout en étant résolu à y persévérer, c’est se moquer de Christ. Je prie mon lecteur de ne pas se rendre coupable d’un tel sacrilège. Qu’il ne s’imagine pas que le saint Jésus sera le protecteur de l’iniquité.
Voyez-vous l’arbre de mon image ? Le lierre l’a entièrement recouvert, il l’étrangle, lui suce la vie et le tue. Cet arbre peut-il être sauvé ? Le jardinier pense que oui. Il est disposé à faire de son mieux. Mais avant qu’il ne se serve de sa hache et de sa serpe, on lui dit qu’il ne doit pas retrancher le lierre. « Ah ! alors, dit-il, c’est impossible. C’est le lierre qui tue l’arbre, et si vous voulez que l’arbre soit sauvé, vous ne pouvez pas sauver le lierre. Si vous me confiez le soin de préserver l’arbre, vous devez me laisser en écarter la plante grimpante meurtrière. » N’est-ce pas là le bon sens ? Assurément. Vous ne confiez pas l’arbre au jardinier à moins de lui faire confiance pour retrancher ce qui lui est mortel. Si le pécheur veut garder son péché, il doit y mourir ; s’il est disposé à être arraché à son péché, le Seigneur Jésus est capable de le faire, et le fera s’il lui remet sa cause en garde.
Quel est donc votre péché chéri ? Est-ce quelque grave méfait ? Alors la seule honte devrait vous en faire cesser. Est-ce l’amour du monde, ou la crainte des hommes, ou la convoitise de gains iniques ? Assurément, aucune de ces choses ne devrait vous réconcilier avec une vie passée en inimitié contre Dieu et sous ses regards courroucés. Est-ce un amour humain qui ronge le cœur comme une gangrène ? Une créature peut-elle rivaliser avec le Seigneur Jésus ? N’est-ce pas de l’idolâtrie que de permettre à quoi que ce soit de terrestre de se comparer un seul instant au Seigneur Dieu ? « Eh bien, dit l’un, renoncer au péché particulier qui me tient captif nuirait gravement à mes affaires, ruinerait mes perspectives et diminuerait mon utilité de bien des manières. » S’il en est ainsi, votre cas trouve sa réponse dans les paroles du Seigneur Jésus, qui vous ordonne d’arracher votre œil, de couper votre main ou votre pied et de les jeter loin de vous, plutôt que d’être jeté dans l’enfer. Mieux vaut entrer dans la vie n’ayant qu’un œil, avec les plus pauvres perspectives, que de garder toutes vos espérances et de demeurer hors de Christ. Mieux vaut être un croyant boiteux qu’un pécheur qui bondit. Mieux vaut être toute sa vie au dernier rang dans l’armée de Christ que de marcher en tête et d’être un officier supérieur sous le commandement de Satan. Si vous gagnez Christ, il importera peu de ce que vous perdrez. Sans doute beaucoup ont-ils dû souffrir ce qui les a mutilés et estropiés pour cette vie ; mais si par là ils sont entrés dans la vie éternelle, ils y ont grandement gagné.
Cela revient à ceci, mon ami, comme il en fut pour John Bunyan : une voix vous parle à présent, et dit —
VEUX-TU GARDER TON PÉCHÉ ET ALLER EN ENFER ?
OU
QUITTER TON PÉCHÉ ET ALLER AU CIEL ?
La question devrait être tranchée avant que vous ne quittiez cette place. Au nom de Dieu, je vous le demande : que sera-ce — Christ et le salut, ou le péché favori et la damnation ? Il n’y a pas de voie intermédiaire. Attendre ou refuser de se décider équivaudra en pratique à une décision certaine en faveur du malin. Celui qui reste à se demander s’il sera honnête ou non est déjà hors de la ligne droite : celui qui ne sait pas s’il désire être purifié du péché témoigne d’un cœur souillé.
Si vous aspirez ardemment à renoncer à toute voie mauvaise, notre Seigneur Jésus vous mettra en état de le faire aussitôt. Sa grâce a déjà changé la direction de vos désirs : en réalité, votre cœur est renouvelé. C’est pourquoi, reposez-vous sur lui pour qu’il vous fortifie afin de combattre les tentations à mesure qu’elles surgissent, et d’accomplir jour après jour les commandements du Seigneur. Le Seigneur Jésus est puissant pour faire sauter le boiteux comme un cerf, et pour rendre ceux qui sont atteints de paralysie capables de prendre leur lit et de marcher. Il vous rendra capable de vaincre la mauvaise habitude. Il chassera même le démon hors de vous. Oui, si vous aviez sept démons, il pourrait les chasser à l’instant ; il n’y a point de limite à son pouvoir de purifier et de sanctifier. Maintenant que vous consentez à être rendu sain, la grande difficulté est écartée. Celui qui a redressé la volonté peut ordonner toutes vos autres facultés et les faire mouvoir à sa louange. Vous n’auriez pas désiré ardemment quitter tout péché s’il ne vous avait secrètement incliné dans cette direction. Si vous vous confiez maintenant en lui, il sera manifeste qu’il a commencé en vous une bonne œuvre, et nous avons l’assurance qu’il la mènera à son terme.