Autour de la porte étroite ·Un tableau secourable.

Chapitre 7 · 9 min de lecture

Un tableau secourable.

Pour aider celui qui cherche à parvenir à une vraie foi en Jésus, je voudrais lui rappeler l’œuvre du Seigneur Jésus, accomplie à la place, au lieu et pour le compte des pécheurs. « Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies » (Rom. v. 6). « Lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois » (1 Pi. ii. 24). « L’Éternel a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous » (És. liii. 6). « Christ aussi a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu » (1 Pi. iii. 18).

Que le lecteur arrête son regard sur une seule déclaration de l’Écriture. « C’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (És. liii. 5). Dieu traite ici le péché comme une maladie, et il met devant nous le remède coûteux qu’il nous a préparé.

Je vous demande très solennellement de m’accompagner dans vos méditations, pour quelques minutes, tandis que je place devant vous les meurtrissures du Seigneur Jésus. Le Seigneur résolut de nous rétablir, et c’est pourquoi il envoya son Fils unique, « vrai Dieu de vrai Dieu », afin qu’il descendît en ce monde pour revêtir notre nature, en vue de notre rédemption. Il vécut comme un homme parmi les hommes ; et, au temps marqué, après trente ans et plus d’obéissance, vint l’heure où il devait nous rendre le plus grand de tous les services, à savoir se tenir à notre place et porter « le châtiment qui nous donne la paix ». Il alla à Gethsémané, et là, au premier goût de notre coupe amère, il sua de grandes gouttes de sang. Il alla au prétoire de Pilate et au tribunal d’Hérode, et là il but à longs traits la douleur et le mépris, à notre place et en notre lieu. En dernier lieu, ils le menèrent à la croix, et l’y clouèrent pour mourir — pour mourir à notre place. Le mot « meurtrissures » est employé pour exposer ses souffrances, celles du corps comme celles de l’âme. Christ tout entier fut fait sacrifice pour nous : son humanité tout entière souffrit. Quant à son corps, il partagea avec son esprit une douleur qui jamais ne pourra être décrite. Au commencement de sa passion, lorsqu’il souffrait par excellence à notre place, il était en agonie, et de son corps une sueur de sang se distilla si abondamment qu’elle tombait à terre. Il est très rare qu’un homme sue du sang. Il y en a eu un ou deux exemples, et ils furent suivis d’une mort presque immédiate ; mais notre Sauveur vécut — il vécut après une agonie qui, pour tout autre, se fût révélée fatale. Avant même qu’il pût nettoyer son visage de cet affreux pourpre, ils le traînèrent en hâte au palais du souverain sacrificateur. Au cœur de la nuit ils le lièrent, et l’emmenèrent. Bientôt ils le conduisirent à Pilate et à Hérode. Ceux-ci le firent battre de verges, et leurs soldats lui crachèrent au visage, le souffletèrent, et lui mirent sur la tête une couronne d’épines. La flagellation est l’un des plus atroces supplices que la méchanceté puisse infliger. Ce fut jadis la honte de l’armée britannique que le « chat » fût employé sur le soldat : une brutale application de la torture. Mais pour le Romain, la cruauté était si naturelle qu’il rendait ses châtiments ordinaires pires que brutaux. Le fouet romain, dit-on, était fait de nerfs de bœufs tordus en nœuds, et dans ces nœuds étaient insérés des éclats d’os et des osselets de brebis ; de sorte qu’à chaque fois que le fouet s’abattait sur le dos nu, « les laboureurs y traçaient de profonds sillons ». Notre Sauveur fut appelé à endurer la douleur cruelle du fouet romain, et cela non comme le finis de son châtiment, mais comme une préface à la crucifixion. À cela ses persécuteurs ajoutèrent les soufflets et l’arrachement de la barbe : ils ne lui épargnèrent aucune forme de douleur. Dans toute sa défaillance, épuisé par le sang perdu et par le jeûne, ils lui firent porter sa croix, jusqu’à ce qu’un autre fût contraint, par la prévoyance de leur cruauté, de la porter, de peur que leur victime ne mourût en chemin. Ils le dépouillèrent, le jetèrent à terre, et le clouèrent au bois. Ils percèrent ses mains et ses pieds. Ils dressèrent le bois, avec lui dessus, puis le laissèrent retomber brutalement dans son trou en terre, de sorte que tous ses membres furent disloqués, selon la plainte du vingt-deuxième psaume : « Je suis comme de l’eau qui s’écoule, Et tous mes os se séparent ». Il resta suspendu sous le soleil brûlant jusqu’à ce que la fièvre dissolût sa force, et il dit : « Mon cœur est comme de la cire, Il se fond dans mes entrailles. Ma force se dessèche comme l’argile, Et ma langue s’attache à mon palais ; Tu me réduis à la poussière de la mort ». Là il resta suspendu, spectacle pour Dieu et pour les hommes. Le poids de son corps fut d’abord soutenu par ses pieds, jusqu’à ce que les clous déchirassent les nerfs délicats : et alors la charge douloureuse se mit à tirer sur ses mains, et à déchirer ces parties sensibles de son corps. Qu’une petite blessure à la main a suffi à provoquer le tétanos ! Combien affreux dut être le tourment causé par ce fer qui, tiraillant, déchirait les parties délicates des mains et des pieds ! Désormais toutes sortes de douleurs corporelles étaient rassemblées dans son corps supplicié. Pendant tout ce temps, ses ennemis se tenaient autour de lui, le montrant du doigt avec mépris, tirant la langue par dérision, raillant ses prières, et se repaissant de ses souffrances. Il cria : « J’ai soif », et alors ils lui donnèrent du vinaigre mêlé de fiel. Après un temps, il dit : « Tout est accompli ». Il avait enduré le comble de la douleur qui lui était assignée, et avait pleinement satisfait la justice divine : alors, et pas avant, il rendit l’esprit. Les saints hommes d’autrefois se sont étendus avec le plus grand amour sur les souffrances corporelles de notre Seigneur, et je n’hésite pas à faire de même, dans l’espérance que des pécheurs tremblants verront le salut dans ces douloureuses « meurtrissures » du Rédempteur.

Décrire les souffrances extérieures de notre Seigneur n’est pas chose facile : je reconnais que j’y ai échoué. Mais ses souffrances de l’âme, qui étaient l’âme de ses souffrances, qui peut même concevoir, et moins encore exprimer, ce qu’elles furent ? Tout au début, je vous ai dit qu’il sua de grandes gouttes de sang. C’était son cœur qui chassait vers la surface les flots de sa vie, sous le terrible accablement de l’esprit qui pesait sur lui. Il dit : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ». La trahison de Judas, et l’abandon des douze, affligèrent notre Seigneur ; mais le poids de notre péché était la véritable pression sur son cœur. Notre culpabilité fut le pressoir à huile qui exprima de lui la sève de sa vie. Aucune langue ne saurait jamais dire son angoisse à la perspective de sa passion ; combien peu, dès lors, pouvons-nous concevoir la passion elle-même ? Cloué à la croix, il endura ce qu’aucun martyr ne souffrit jamais ; car les martyrs, à l’heure de leur mort, ont été si soutenus par Dieu qu’ils se sont réjouis au milieu de leur douleur ; mais notre Rédempteur fut abandonné de son Père, jusqu’à ce qu’il criât : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Ce fut le cri le plus amer de tous, l’extrême profondeur de sa douleur insondable. Il fallait pourtant qu’il fût délaissé, car Dieu doit tourner le dos au péché, et par conséquent à celui qui a été fait péché pour nous. L’âme du grand Substitut souffrit une horreur de misère à la place de cette horreur de l’enfer dans laquelle les pécheurs auraient été plongés s’il n’avait pris sur lui leur péché, et n’avait été fait malédiction pour eux. Il est écrit : « Maudit est quiconque est pendu au bois » ; mais qui sait ce que signifie cette malédiction ?

Le remède à vos péchés et aux miens se trouve dans les souffrances substitutives du Seigneur Jésus, et en elles seules. Ces « meurtrissures » du Seigneur Jésus-Christ furent en notre faveur. Demandez-vous : « Y a-t-il quelque chose que nous ayons à faire pour ôter la culpabilité du péché ? » Je réponds : il n’y a absolument rien que vous ayez à faire. Par les meurtrissures de Jésus, nous sommes guéris. Toutes ces meurtrissures, il les a endurées, et n’en a laissé aucune à porter pour nous.

« Mais ne devons-nous pas croire en lui ? » Oui, certainement. Si je dis d’un certain onguent qu’il guérit, je ne nie pas que vous ayez besoin d’une bande pour l’appliquer sur la plaie. La foi est le linge qui attache l’emplâtre de la réconciliation de Christ à la blessure de notre péché. Le linge ne guérit pas ; c’est l’œuvre de l’onguent. De même la foi ne guérit pas ; c’est l’œuvre de l’expiation de Christ.

« Mais nous devons nous repentir », s’écrie un autre. Assurément nous le devons, et nous le ferons, car la repentance est le premier signe de la guérison ; mais ce sont les meurtrissures de Jésus qui nous guérissent, et non notre repentance. Ces meurtrissures, appliquées au cœur, produisent en nous la repentance : nous haïssons le péché parce qu’il a fait souffrir Jésus.

Lorsque vous vous confiez avec intelligence en Jésus comme ayant souffert pour vous, alors vous découvrez ce fait : que Dieu ne vous punira jamais pour la même faute pour laquelle Jésus est mort. Sa justice ne lui permettra pas de voir la dette payée, d’abord par la Caution, puis de nouveau par le débiteur. La justice ne peut exiger deux fois un dédommagement : si ma Caution ensanglantée a porté ma culpabilité, alors je ne puis la porter. En acceptant Christ Jésus comme ayant souffert pour moi, j’ai accepté une décharge complète de toute responsabilité judiciaire. J’ai été condamné en Christ, et il n’y a donc désormais plus aucune condamnation pour moi. Voilà le fondement de la sécurité du pécheur qui croit en Jésus : il vit parce que Jésus est mort à sa place, en son lieu et pour son compte ; et il est agréé devant Dieu parce que Jésus est agréé. Celui pour qui Jésus est un Substitut agréé doit être laissé libre ; nul ne peut le toucher ; il est acquitté. Ô mon auditeur, voulez-vous que Jésus-Christ soit votre Substitut ? S’il en est ainsi, vous êtes libre. « Celui qui croit en lui n’est point jugé ». Ainsi, « c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris ».


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Autour de la porte étroite Charles H. Spurgeon

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