Autour de la porte étroite ·La foi, chose très simple.

Chapitre 4 · 13 min de lecture

La foi, chose très simple.

Pour beaucoup, la foi paraît une chose difficile. La vérité, c’est qu’elle n’est difficile que parce qu’elle est facile. Naaman trouvait dur d’avoir à se laver dans le Jourdain; mais s’il se fût agi de quelque grande chose, il l’eût faite de bon cœur. Les gens s’imaginent que le salut doit être le fruit de quelque acte ou de quelque sentiment très mystérieux et très difficile; mais les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, et ses voies ne sont pas nos voies. Afin que les plus faibles et les plus ignorants puissent être sauvés, il a rendu le chemin du salut aussi simple que l’A, B, C. Il n’y a rien là qui doive embarrasser personne; seulement, comme chacun s’attend à y être embarrassé, beaucoup sont tout déconcertés lorsqu’ils le trouvent si extraordinairement simple.

Le fait est que nous ne croyons pas que Dieu pense vraiment ce qu’il dit; nous agissons comme si cela ne pouvait être vrai.

J’ai entendu parler d’un moniteur d’école du dimanche qui fit une expérience que je ne crois pas devoir jamais tenter avec des enfants, car elle pourrait bien se révéler fort coûteuse. En vérité, je suis persuadé que, dans mon cas, le résultat serait tout autre que celui que je vais décrire. Ce moniteur s’efforçait de faire comprendre ce qu’est la foi et, comme il ne parvenait pas à le faire entrer dans l’esprit de ses garçons, il prit sa montre et dit: « Voici, je vais te donner cette montre, John. La veux-tu? » John se mit à songer à ce que le maître pouvait bien vouloir dire, et il ne saisit pas le trésor, mais ne répondit rien. Le moniteur dit au garçon suivant: « Henri, voici la montre. La veux-tu? » L’enfant, avec une modestie fort convenable, répondit: « Non, merci, monsieur. » Le moniteur essaya de même avec plusieurs des garçons, avec le même résultat; jusqu’à ce qu’enfin un petit, moins avisé et moins réfléchi que les autres, mais plus disposé à croire, dît de la manière la plus naturelle: « Merci, monsieur », et mît la montre dans sa poche. Alors les autres garçons s’éveillèrent à un fait saisissant: leur camarade avait reçu une montre qu’ils avaient refusée. L’un des garçons demanda vivement au moniteur: « Doit-il la garder? » « Assurément, dit le moniteur, je la lui ai offerte, et il l’a acceptée. Je ne voudrais pas donner une chose et la reprendre: ce serait bien insensé. J’ai mis la montre devant vous, et j’ai dit que je vous la donnais, mais aucun de vous n’en a voulu. » « Oh! dit le garçon, si j’avais su que vous parliez sérieusement, je l’aurais prise. » Certes, il l’aurait prise. Il croyait que c’était une comédie, et rien de plus. Tous les autres garçons étaient dans un affreux état d’esprit à la pensée qu’ils avaient perdu la montre. Chacun s’écriait: « Monsieur, je ne savais pas que vous parliez sérieusement, mais je pensais— » Aucun ne prit le don; mais chacun pensait. Chacun avait sa théorie, sauf le garçon au cœur simple qui crut ce qu’on lui disait, et reçut la montre. Or je voudrais pouvoir être toujours un enfant assez simple pour croire à la lettre ce que le Seigneur dit, et prendre ce qu’il place devant moi, me reposant tout content dans l’assurance qu’il ne se joue pas de moi, et que je ne saurais avoir tort en acceptant ce qu’il met devant moi dans l’Évangile. Heureux serions-nous si nous voulions nous confier, sans soulever aucune question d’aucune sorte. Mais, hélas! nous nous mettons à raisonner et à douter. Lorsque le Seigneur élève son Fils bien-aimé devant un pécheur, ce pécheur devrait le recevoir sans hésitation. Si vous le recevez, vous le possédez; et nul ne peut vous l’ôter. Tendez la main, ô homme, et recevez-le à l’instant!

Lorsque ceux qui cherchent acceptent la Bible comme littéralement vraie, et voient que Jésus est réellement donné à tous ceux qui se confient en lui, toute la difficulté qu’il y a à comprendre le chemin du salut s’évanouit comme la gelée du matin au lever du soleil.

Deux âmes en quête de la vérité vinrent me trouver dans ma sacristie. Elles n’avaient entendu l’Évangile de ma bouche que peu de temps, mais elles en avaient été profondément touchées. Elles me dirent leur regret de devoir bientôt partir au loin, mais y ajoutèrent leur reconnaissance de m’avoir entendu, si peu que ce fût. Leurs aimables remerciements me réjouirent, mais je désirais qu’une œuvre plus efficace s’accomplît en elles, et je leur demandai donc: « Avez-vous vraiment cru au Seigneur Jésus-Christ? Êtes-vous sauvées? » L’une d’elles répondit: « Je me suis efforcée de croire de toutes mes forces. » Cette parole, je l’ai souvent entendue, mais jamais je ne la laisse passer sans la relever. « Non, dis-je, cela ne suffit pas. Avez-vous jamais dit à votre père que vous vous efforciez de le croire? » Après m’être arrêté un moment sur ce point, elles reconnurent qu’un tel langage eût été une insulte pour leur père. Je leur exposai alors l’Évangile très clairement, dans le langage le plus simple que je pusse trouver, et je les suppliai de croire Jésus, qui est plus digne de foi que le meilleur des pères. L’une d’elles répondit: « Je ne puis m’en rendre compte: je ne puis me rendre compte que je suis sauvée. » Je poursuivis alors: « Dieu rend témoignage à son Fils, savoir que quiconque se confie en son Fils est sauvé. Le ferez-vous maintenant menteur, ou croirez-vous sa parole? » Comme je parlais ainsi, l’une d’elles tressaillit comme frappée d’étonnement, et elle nous surprit tous en s’écriant: « Ô monsieur, je vois tout; je suis sauvée! Oh, bénissez Jésus pour moi; il m’a montré le chemin, et il m’a sauvée! Je vois tout. » La sœur estimée qui m’avait amené ces jeunes amies s’agenouilla avec elles, tandis que, de tout notre cœur, nous bénissions et magnifiions le Seigneur pour une âme amenée à la lumière. L’une des deux sœurs, cependant, ne put voir l’Évangile comme l’autre l’avait vu, quoique j’aie la ferme assurance qu’elle le verra avant peu. N’était-il pas étrange que, toutes deux entendant les mêmes paroles, l’une sortît dans la claire lumière, et que l’autre demeurât dans les ténèbres? Le changement qui s’opère dans le cœur lorsque l’intelligence saisit l’Évangile se reflète souvent sur le visage, et y resplendit comme la lumière du ciel. De telles âmes, nouvellement éclairées, s’écrient souvent: « Comment, monsieur, c’est si clair; comment se fait-il que je ne l’aie pas vu plus tôt? Je comprends maintenant tout ce que j’ai lu dans la Bible, alors que je n’y parvenais pas auparavant. Tout m’est venu en une minute, et voici que je vois ce que je n’avais jamais pu comprendre. » Le fait est que la vérité fut toujours claire, mais ils cherchaient des signes et des prodiges, et par là ne voyaient pas ce qui était près d’eux. Les vieillards cherchent souvent leurs lunettes quand elles sont sur leur front; et l’on remarque communément que nous ne voyons pas ce qui est droit devant nous. Le Christ Jésus est devant nos faces, et nous n’avons qu’à le regarder pour vivre; mais nous en faisons toute sorte d’embarras, et fabriquons ainsi un labyrinthe de ce qui est clair comme le jour.

Le petit incident des deux sœurs m’en rappelle un autre. Une amie fort estimée vint à moi, un matin de sabbat, après le culte, pour me serrer la main: « car, dit-elle, j’ai eu cinquante ans le même jour que vous. Je vous ressemble en cela, monsieur; mais je suis tout votre contraire pour les choses meilleures. » Je fis cette remarque: « Alors vous devez être une bien bonne femme; car, en bien des choses, je voudrais pouvoir, moi aussi, être le contraire de ce que je suis. » « Non, non, dit-elle, je n’entendais rien de pareil: je ne suis pas du tout dans le vrai. » « Comment! m’écriai-je, ne croyez-vous pas au Seigneur Jésus? » « Eh bien, dit-elle avec beaucoup d’émotion, je, je vais essayer d’y croire. » Je saisis sa main et dis: « Ma chère âme, vous n’allez pas me dire que vous essaierez de croire mon Seigneur Jésus! Je ne puis souffrir un tel langage de votre part. Cela signifie une pure incrédulité. Qu’a-t-IL fait, pour que vous parliez de lui de la sorte? Me diriez-vous, à moi, que vous essaieriez de me croire? Je sais que vous ne me traiteriez pas si grossièrement. Vous me tenez pour un homme véritable, et ainsi vous me croyez sur-le-champ; et vous ne sauriez assurément faire moins avec mon Seigneur Jésus. » Alors, avec des larmes, elle s’écria: « Oh, monsieur, priez donc pour moi! » À quoi je répondis: « Je ne sens pas que je puisse faire rien de tel. Que puis-je demander au Seigneur Jésus de faire pour quelqu’un qui ne veut pas se confier en lui? Je ne vois pas de quoi prier. Si vous voulez le croire, vous serez sauvée; et si vous ne voulez pas le croire, je ne puis lui demander d’inventer une voie nouvelle pour complaire à votre incrédulité. » Alors elle dit de nouveau: « J’essaierai de croire »; mais je lui déclarai solennellement que je ne voulais rien de ses essais; car le message du Seigneur ne parlait pas d’« essayer », mais disait: « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé. » Je pressai sur elle cette grande vérité, que « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle »; et son terrible revers— « celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. » Je la pressai de se confier pleinement au Seigneur autrefois crucifié mais maintenant monté au ciel, et le Saint-Esprit lui donna sur l’heure de se confier. Elle dit avec une grande tendresse: « Oh, monsieur, j’ai regardé à mes sentiments, et c’est là qu’a été mon erreur! Maintenant je remets mon âme à Jésus, et je suis sauvée. » Elle trouva une paix immédiate en croyant. Il n’y a pas d’autre voie.

Il a plu à Dieu de faire des nécessités de la vie des choses très simples. Il nous faut manger; et même un aveugle sait trouver le chemin de sa bouche. Il nous faut boire; et même le plus petit nourrisson sait le faire sans qu’on le lui enseigne. Nous avons une fontaine dans le jardin de l’Orphelinat de Stockwell, et lorsqu’elle coule par les fortes chaleurs, les garçons y vont tout naturellement. Nous n’avons point de leçon pour apprendre à boire à la fontaine. Bien des pauvres garçons sont venus à l’Orphelinat, mais jamais un seul qui fût si ignorant qu’il ne sût comment boire. Or la foi est, dans les choses spirituelles, ce que le manger et le boire sont dans les choses temporelles. Par la bouche de la foi, nous recevons les bénédictions de la grâce dans notre nature spirituelle, et elles sont nôtres. Ô vous qui voudriez croire, mais qui pensez ne le pouvoir, ne voyez-vous pas que, de même que l’on peut boire sans force, et que l’on peut manger sans force, et que l’on gagne des forces en mangeant, de même nous pouvons recevoir Jésus sans effort, et qu’en l’acceptant nous recevons la puissance pour tout autre effort que nous serons appelés à fournir?

La foi est chose si simple que, chaque fois que j’essaie de l’expliquer, je crains fort d’en obscurcir la simplicité. Lorsque Thomas Scott eut fait imprimer ses notes sur « Le Voyage du pèlerin », il demanda à l’une de ses paroissiennes si elle comprenait le livre. « Oh oui, monsieur, dit-elle, je comprends assez bien M. Bunyan, et j’espère qu’un jour, par la grâce divine, je pourrai comprendre vos explications. » Ne serais-je pas mortifié si mon lecteur savait ce qu’est la foi, et se trouvait ensuite embrouillé par mon explication? Je vais cependant en faire un essai, et prier le Seigneur de la rendre claire.

On me raconte que, sur une certaine route des Highlands, il y avait un droit de passage contesté. Le propriétaire voulait maintenir son droit, et en même temps il ne voulait pas gêner le public: de là un arrangement qui donna lieu à l’incident suivant. Voyant une gentille fille de la campagne debout à la barrière, un touriste s’approcha d’elle et lui offrit un shilling pour qu’elle le laissât passer. « Non, non, dit l’enfant, je ne dois rien recevoir de vous; mais vous n’avez qu’à dire: “Veuillez me permettre de passer”, et alors vous pourrez passer, et soyez le bienvenu. » La permission devait être demandée; mais on pouvait l’obtenir pour peu qu’on la demandât. Il en est justement ainsi: la vie éternelle est gratuite; et on peut l’avoir, oui, on l’aura sur-le-champ, en se confiant dans la parole de celui qui ne peut mentir. Confiez-vous en Christ, et par cette confiance vous saisissez le salut et la vie éternelle. Ne philosophez pas. Ne vous asseyez pas pour vous tourmenter la pauvre cervelle. Croyez seulement Jésus comme vous croiriez votre père. Confiez-vous en lui comme vous confiez votre argent à un banquier, ou votre santé à un médecin.

La foi ne vous paraîtra pas longtemps une difficulté; et il ne devrait pas en être ainsi, car elle est simple.

La foi, c’est se confier, se confier tout entier à la personne, à l’œuvre, au mérite et à la puissance du Fils de Dieu. Quelques-uns pensent que se confier ainsi est une affaire romanesque, mais en vérité c’est la chose la plus simple qui puisse être. Pour quelques-uns d’entre nous, des vérités qu’il était jadis difficile de croire sont aujourd’hui des faits dont il nous serait difficile de douter. Si l’un de nos arrière-grands-pères ressuscitait d’entre les morts et entrait dans l’état présent des choses, que de confiance il lui faudrait exercer! Il dirait, demain matin: « Où sont le silex et le briquet? Je veux de la lumière; » et nous lui donnerions une petite boîte contenant de menus morceaux de bois, et nous lui dirions d’en frotter un sur la boîte. Il lui faudrait bien de la confiance avant de croire que le feu se produirait ainsi. Nous lui dirions ensuite: « Maintenant que vous avez de la lumière, tournez ce robinet, et allumez le gaz. » Il ne voit rien. Comment la lumière peut-elle venir au travers d’une vapeur invisible? Et pourtant cela se fait. « Venez avec nous, grand-père. Asseyez-vous sur cette chaise. Regardez cette boîte devant vous. Vous aurez votre portrait à l’instant. » « Non, mon enfant, dirait-il, c’est ridicule. Le soleil prendre mon portrait? Je ne puis le croire. » « Oui, et vous ferez cinquante milles en une heure sans chevaux. » Il ne le croira pas avant que nous l’ayons fait monter dans le train. « Mon cher monsieur, vous parlerez à votre fils à New York, et il vous répondra en quelques minutes. » N’étonnerions-nous pas le vieux gentilhomme? Ne lui faudrait-il pas toute sa foi? Pourtant ces choses, nous les croyons sans effort, parce que l’expérience nous les a rendues familières. La foi vous est bien nécessaire, à vous qui êtes étrangers aux choses spirituelles; vous semblez perdus tandis que nous en parlons. Mais oh, combien elle est simple pour nous qui avons la vie nouvelle, et qui sommes en communion avec les réalités spirituelles! Nous avons un Père à qui nous parlons, et il nous entend, et un Sauveur béni qui entend les soupirs de notre cœur, et nous secourt dans nos luttes contre le péché. Tout est clair pour celui qui a l’intelligence. Qu’il en soit maintenant de même pour vous!


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Autour de la porte étroite Charles H. Spurgeon

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