Tout par grâce ·De la délivrance du péché

Chapitre 6 · 11 min de lecture

De la délivrance du péché

Je voudrais ici dire un mot simple ou deux à ceux qui comprennent la méthode de la justification par la foi qui est en Jésus-Christ, mais dont le tourment est de ne pouvoir cesser de pécher. Nous ne saurions jamais être heureux, en repos, ni spirituellement sains tant que nous ne sommes pas devenus saints. Il nous faut être débarrassés du péché ; mais comment cette délivrance s’accomplira-t-elle ? Telle est la question de vie ou de mort de bien des âmes. La vieille nature est très forte, et ils ont tenté de la brider et de l’apprivoiser ; mais elle ne se laisse pas dompter, et ils se découvrent, tout désireux qu’ils soient de s’améliorer, plutôt en train d’empirer qu’auparavant. Le cœur est si dur, la volonté si obstinée, les passions si furieuses, les pensées si volages, l’imagination si indomptable, les désirs si sauvages, que l’homme sent qu’il porte en lui un repaire de bêtes féroces, lesquelles le dévoreront plutôt que de se laisser gouverner par lui. Nous pouvons dire de notre nature déchue ce que le Seigneur dit à Job au sujet du léviathan : « Joueras-tu avec lui comme avec un oiseau ? L’attacheras-tu pour tes jeunes filles ? » Un homme pourrait tout aussi bien espérer tenir le vent du nord dans le creux de sa main que de prétendre maîtriser par ses propres forces ces puissances tumultueuses qui habitent sa nature déchue. C’est là un exploit plus grand qu’aucun des travaux fabuleux d’Hercule : Dieu est nécessaire ici.

« Je pourrais croire que Jésus pardonnerait le péché, dit l’un, mais voici mon tourment : je pèche de nouveau, et je sens en moi de si affreux penchants au mal. Aussi sûrement qu’une pierre, lancée en l’air, retombe bientôt à terre, ainsi, quoique je sois élevé jusqu’au ciel par une prédication fervente, je retourne à mon état d’insensibilité. Hélas ! je suis aisément fasciné par les yeux de basilic du péché, et me voilà tenu comme sous un charme, en sorte que je ne puis échapper à ma propre folie. »

Cher ami, le salut serait une affaire bien incomplète s’il ne traitait pas cette part de notre condition ruinée. Nous voulons être purifiés autant que pardonnés. La justification sans la sanctification ne serait nullement le salut. Elle déclarerait le lépreux pur et le laisserait mourir de son mal ; elle pardonnerait la révolte et permettrait au rebelle de demeurer l’ennemi de son roi. Elle ôterait les conséquences mais négligerait la cause, et cela nous laisserait devant une tâche sans fin et sans espoir. Elle arrêterait le courant pour un temps, mais laisserait ouverte une source de souillure qui, tôt ou tard, jaillirait avec une puissance accrue. Souvenez-vous que le Seigneur Jésus est venu ôter le péché de trois manières : il est venu ôter la peine du péché, la puissance du péché, et, enfin, la présence du péché. Vous pouvez d’emblée atteindre la deuxième part — la puissance du péché peut être aussitôt brisée ; et ainsi vous serez en chemin vers la troisième, à savoir l’ôtement de la présence du péché. « Or, vous le savez, Jésus a paru pour ôter les péchés. »

L’ange dit de notre Seigneur : « tu lui donneras le nom de Jésus; c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Notre Seigneur Jésus est venu détruire en nous les œuvres du diable. Ce qui fut dit à la naissance de notre Seigneur fut aussi déclaré dans sa mort ; car lorsque le soldat perça son côté, aussitôt il en sortit du sang et de l’eau, pour figurer la double guérison par laquelle nous sommes délivrés de la culpabilité et de la souillure du péché.

Si, toutefois, vous êtes troublé au sujet de la puissance du péché et des penchants de votre nature, comme vous pouvez fort bien l’être, voici une promesse pour vous. Ayez foi en elle, car elle se tient dans cette alliance de grâce qui est bien ordonnée en toutes choses et assurée. Dieu, qui ne peut mentir, a dit en Ézéchiel 36:26 :

Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair.

Vous le voyez, tout n’y est que « je le ferai », et « je le ferai ». « Je donnerai », et « j’ôterai ». Tel est le style royal du Roi des rois, qui est capable d’accomplir toute sa volonté. Aucune de ses paroles ne tombera jamais à terre.

Le Seigneur sait fort bien que vous ne pouvez changer votre propre cœur, ni purifier votre propre nature ; mais il sait aussi qu’il peut faire l’un et l’autre. Il peut faire que l’Éthiopien change de peau et le léopard ses taches. Écoutez ceci, et soyez dans l’étonnement : il peut vous créer une seconde fois ; il peut vous faire naître de nouveau. C’est là un miracle de grâce, mais le Saint-Esprit l’accomplira. Ce serait une chose bien merveilleuse si l’on pouvait se tenir au pied des chutes du Niagara et prononcer une parole qui ferait remonter le fleuve Niagara vers sa source, et bondir en haut de ce grand précipice par-dessus lequel il roule aujourd’hui avec une force prodigieuse. Rien que la puissance de Dieu ne pourrait accomplir cette merveille ; mais ce serait là plus qu’un juste parallèle à ce qui se produirait si le cours de votre nature était entièrement renversé. Tout est possible à Dieu. Il peut inverser la direction de vos désirs et le courant de votre vie, et au lieu de descendre loin de Dieu, il peut faire que tout votre être tende vers le haut, vers Dieu. C’est là, en fait, ce que le Seigneur a promis de faire pour tous ceux qui sont dans l’alliance ; et nous savons par l’Écriture que tous les croyants sont dans l’alliance. Laissez-moi relire les paroles :

Et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de leur corps le cœur de pierre, et je leur donnerai un cœur de chair. (Ézéchiel 11:19).

Quelle promesse merveilleuse ! Et elle est oui et amen en Jésus-Christ, à la gloire de Dieu par nous. Saisissons-la ; acceptons-la comme vraie, et appliquons-la à nous-mêmes. Alors elle s’accomplira en nous, et nous aurons, dans les jours et les années à venir, à chanter ce changement prodigieux que la grâce souveraine de Dieu a opéré en nous.

Il vaut bien la peine de considérer que, lorsque le Seigneur ôte le cœur de pierre, cet acte est accompli ; et une fois qu’il l’est, aucune puissance connue ne peut jamais ôter ce cœur nouveau qu’il donne, ni cet esprit droit qu’il met en nous. « Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel » ; c’est-à-dire sans repentir de sa part ; il ne reprend pas ce qu’il a une fois donné. Qu’il vous renouvelle, et vous serez renouvelé. Les réformes et les redressements de l’homme prennent bientôt fin, car le chien retourne à ce qu’il a vomi ; mais quand Dieu met en nous un cœur nouveau, ce cœur nouveau y demeure pour toujours, et jamais il ne se durcira de nouveau en pierre. Celui qui l’a fait de chair le gardera tel. En cela nous pouvons nous réjouir et nous égayer à jamais dans ce que Dieu crée au royaume de sa grâce.

Pour dire la chose très simplement — avez-vous jamais entendu l’illustration de M. Rowland Hill sur le chat et la truie ? Je la donnerai à ma façon, pour illustrer les paroles expressives de notre Sauveur : « Il faut que vous naissiez de nouveau. » Voyez-vous ce chat ? Quelle créature soigneuse ! Avec quelle habileté il se lave de sa langue et de ses pattes ! C’est un joli spectacle ! Avez-vous jamais vu une truie faire de même ? Non, jamais. C’est contraire à sa nature. Elle préfère se vautrer dans la fange. Allez apprendre à une truie à se laver, et voyez le peu de succès que vous obtiendrez. Ce serait un grand progrès sanitaire si les pourceaux voulaient bien être propres. Apprenez-leur à se laver et à se nettoyer comme le chat vient de le faire ! Tâche inutile. Vous pouvez de force laver cette truie, mais elle se hâte vers la fange, et la voilà bientôt aussi immonde qu’avant. Le seul moyen d’amener une truie à se laver, c’est de la transformer en chat ; alors elle se lavera et sera propre, mais pas avant ! Supposez cette transformation accomplie, et alors ce qui était difficile ou impossible devient assez facile ; désormais le pourceau sera digne de votre salon et de votre tapis de foyer. Il en va de même de l’homme impie ; vous ne pouvez le forcer à faire ce que l’homme renouvelé fait de tout son cœur ; vous pouvez l’instruire et lui donner le bon exemple, mais il ne peut apprendre l’art de la sainteté, car il n’y a point de goût ; sa nature l’entraîne ailleurs. Quand le Seigneur en fait un homme nouveau, alors toutes choses revêtent un autre aspect. Ce changement est si grand que j’entendis un jour un converti dire : « Ou bien le monde entier est changé, ou bien c’est moi. » La nature nouvelle poursuit le bien aussi naturellement que la vieille nature s’égare après le mal. Quelle bénédiction de recevoir une telle nature ! Seul le Saint-Esprit peut la donner.

Vous êtes-vous jamais avisé de la chose merveilleuse que c’est, pour le Seigneur, de donner un cœur nouveau et un esprit droit à un homme ? Vous avez peut-être vu un homard qui, s’étant battu avec un autre homard, a perdu l’une de ses pinces, et une nouvelle pince a repoussé. C’est là une chose remarquable ; mais il est bien plus stupéfiant qu’un homme reçoive un cœur nouveau. Voilà, en vérité, un miracle qui passe les pouvoirs de la nature. Voici un arbre. Si vous en coupez une branche, une autre pourra pousser à sa place ; mais pouvez-vous changer l’arbre ; pouvez-vous adoucir une sève aigre ; pouvez-vous faire que l’épine porte des figues ? Vous pouvez y greffer quelque chose de meilleur, et telle est l’analogie que la nature nous offre de l’œuvre de la grâce ; mais changer absolument la sève vitale de l’arbre, ce serait vraiment un miracle. C’est un tel prodige, un tel mystère de puissance, que Dieu opère en tous ceux qui croient en Jésus.

Si vous vous abandonnez à son opération divine, le Seigneur changera votre nature ; il domptera la vieille nature et soufflera en vous une vie nouvelle. Mettez votre confiance dans le Seigneur Jésus-Christ, et il ôtera de votre chair le cœur de pierre, et il vous donnera un cœur de chair. Là où tout était dur, tout sera tendre ; là où tout était vicieux, tout sera vertueux ; là où tout tendait vers le bas, tout s’élèvera vers le haut avec une force impétueuse. Le lion de la colère cédera la place à l’agneau de la douceur ; le corbeau de l’impureté fuira devant la colombe de la pureté ; le vil serpent de la tromperie sera foulé sous le talon de la vérité.

J’ai vu de mes propres yeux des changements de caractère moral et spirituel si merveilleux que je ne désespère de personne. Je pourrais, s’il convenait, désigner celles qui furent jadis des femmes impudiques et qui sont aujourd’hui pures comme la neige fraîchement tombée, et des hommes blasphémateurs qui font désormais les délices de tout leur entourage par leur intense dévotion. Des voleurs sont rendus honnêtes, des ivrognes sobres, des menteurs véridiques, et des moqueurs pleins de zèle. Partout où la grâce de Dieu a paru à un homme, elle lui a enseigné à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le présent siècle mauvais avec sobriété, justice et piété : et, cher lecteur, elle fera de même pour vous.

« Je ne puis opérer ce changement », dit l’un. Qui a dit que vous le pouviez ? L’Écriture que nous avons citée ne parle pas de ce que l’homme fera, mais de ce que Dieu fera. C’est la promesse de Dieu, et c’est à lui d’accomplir ses propres engagements. Ayez confiance qu’il accomplira sa Parole envers vous, et cela se fera.

« Mais comment cela se fera-t-il ? » En quoi cela vous regarde-t-il ? Faut-il que le Seigneur vous explique ses méthodes avant que vous vouliez le croire ? L’œuvre du Seigneur en cette matière est un grand mystère : le Saint-Esprit l’accomplit. Celui qui a fait la promesse a la responsabilité de la tenir, et il est à la hauteur de la circonstance. Dieu, qui promet ce changement merveilleux, l’accomplira assurément en tous ceux qui reçoivent Jésus, car à tous ceux-là il donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Oh ! que ne le croyez-vous ! Oh ! que ne rendez-vous au Seigneur plein de grâce la justice de croire qu’il peut et veut faire cela pour vous, tout grand miracle que ce sera ! Oh ! que ne croyez-vous que Dieu ne peut mentir ! Oh ! que ne vous confiez-vous en lui pour un cœur nouveau et un esprit droit, car il peut vous les donner ! Que le Seigneur vous donne foi en sa promesse, foi en son Fils, foi dans le Saint-Esprit, et foi en lui, et à lui soient louange, honneur et gloire aux siècles des siècles ! Amen.

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Tout par grâce Charles H. Spurgeon

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