Tout par grâce ·Juste et justifiant

Chapitre 5 · 10 min de lecture

Juste et justifiant

NOUS AVONS VU l’impie justifié, et nous avons considéré cette grande vérité : que Dieu seul peut justifier un homme ; nous avançons maintenant d’un pas de plus et posons la question — comment un Dieu juste peut-il justifier des hommes coupables ? Ici, une pleine réponse nous est donnée dans les paroles de Paul, en Romains 3:21-26. Nous lirons six versets du chapitre afin d’en saisir l’enchaînement :

« Mais maintenant, sans la loi est manifestée la justice de Dieu, à laquelle rendent témoignage la loi et les prophètes, justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ pour tous ceux qui croient. Il n’y a point de distinction. Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ; et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ. C’est lui que Dieu a destiné, par son sang, à être, pour ceux qui croiraient, victime propitiatoire, afin de montrer sa justice, parce qu’il avait laissé impunis les péchés commis auparavant, au temps de sa patience, afin, dis-je, de montrer sa justice dans le temps présent, de manière à être juste tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus. »

Permets-moi ici de te livrer un peu d’expérience personnelle. Lorsque j’étais sous la main du Saint-Esprit, sous la conviction du péché, j’avais un sentiment clair et aigu de la justice de Dieu. Le péché, quoi qu’il pût être pour d’autres, devint pour moi un fardeau intolérable. Ce n’était pas tant que je craignais l’enfer, mais que je craignais le péché. Je me savais si horriblement coupable que, je m’en souviens, j’avais le sentiment que si Dieu ne me punissait pas pour mon péché, il devrait le faire. Je sentais que le Juge de toute la terre devait condamner un péché tel que le mien. Je m’assis sur le siège du jugement, et je me condamnai moi-même à périr ; car je confessais que, si j’avais été Dieu, je n’aurais pu faire autrement que d’envoyer une créature aussi coupable que moi dans le plus profond enfer. Pendant tout ce temps, j’avais dans l’esprit un profond souci de l’honneur du nom de Dieu et de l’intégrité de son gouvernement moral. Je sentais que cela ne satisferait pas ma conscience si je pouvais être pardonné injustement. Le péché que j’avais commis devait être puni. Mais alors se posait la question de savoir comment Dieu pouvait être juste, et pourtant me justifier, moi qui avais été si coupable. Je demandais à mon cœur : « Comment peut-il être juste et pourtant justifiant ? » Cette question me tourmentait et me lassait ; et je ne pouvais y voir aucune réponse. Assurément, je n’aurais jamais pu inventer une réponse qui eût satisfait ma conscience.

La doctrine de l’expiation est, à mon sens, l’une des preuves les plus sûres de l’inspiration divine de la Sainte Écriture. Qui aurait songé, ou aurait pu songer, à voir le Souverain juste mourir pour le rebelle injuste ? Ce n’est pas là un enseignement de la mythologie humaine, ni un rêve de l’imagination poétique. Ce mode d’expiation n’est connu parmi les hommes que parce qu’il est un fait ; la fiction n’aurait pu l’inventer. Dieu lui-même l’a ordonné ; ce n’est pas une chose qui aurait pu être imaginée.

J’avais entendu parler, dès mon jeune âge, du plan du salut par le sacrifice de Jésus ; mais je n’en savais pas plus dans le fond de mon âme que si j’étais né et avais grandi Hottentot. La lumière était là, mais j’étais aveugle ; il fallait de toute nécessité que le Seigneur lui-même me rendît la chose claire. Elle me vint comme une révélation nouvelle, aussi fraîche que si je n’avais jamais lu dans l’Écriture que Jésus fut déclaré être la propitiation pour les péchés, afin que Dieu fût juste. Je crois qu’elle devra venir comme une révélation à chaque enfant de Dieu nouvellement né, dès qu’il la voit ; je veux dire cette glorieuse doctrine de la substitution du Seigneur Jésus. J’en vins à comprendre que le salut était possible par un sacrifice substitutif, et qu’une disposition avait été prise dès la première constitution et l’ordonnance des choses en vue d’une telle substitution. On me fit voir que celui qui est le Fils de Dieu, coégal et coéternel au Père, avait été jadis établi Chef d’alliance d’un peuple élu, afin qu’en cette qualité il souffrît pour eux et les sauvât. Étant donné que notre chute ne fut pas d’abord personnelle, car nous sommes tombés dans notre représentant fédéral, le premier Adam, il devint possible que nous fussions relevés par un second représentant, par celui-là même qui s’est engagé à être le chef d’alliance de son peuple, de manière à être leur second Adam. Je vis qu’avant même d’avoir péché en personne, j’étais tombé par le péché de mon premier père ; et je me réjouis de ce qu’il devenait ainsi possible, au regard de la loi, que je me relevasse par un second chef et représentant. La chute par Adam laissait une issue de secours ; un autre Adam peut défaire la ruine causée par le premier. Alors que j’étais dans l’angoisse touchant la possibilité qu’un Dieu juste me pardonnât, je compris et vis par la foi que celui qui est le Fils de Dieu se fit homme, et, dans sa propre personne bénie, porta mon péché en son propre corps sur le bois. Je vis que le châtiment qui me donne la paix avait été mis sur lui, et que c’est par ses meurtrissures que j’étais guéri. Cher ami, as-tu jamais vu cela ? As-tu jamais compris comment Dieu peut être pleinement juste, sans remettre la peine ni émousser le tranchant de l’épée, et pourtant être infiniment miséricordieux, et justifier l’impie qui se tourne vers lui ? C’est parce que le Fils de Dieu, souverainement glorieux en sa personne sans pareille, entreprit de faire droit à la loi en portant la sentence qui m’était due, que Dieu peut donc passer par-dessus mon péché. La loi de Dieu fut plus pleinement vengée par la mort de Christ qu’elle ne l’aurait été si tous les transgresseurs avaient été envoyés en enfer. Que le Fils de Dieu souffrît pour le péché fut un établissement plus glorieux du gouvernement de Dieu que si toute la race avait souffert.

Jésus a porté la peine de mort en notre faveur. Contemple la merveille ! Le voilà suspendu à la croix ! C’est le plus grand spectacle que tu verras jamais. Fils de Dieu et Fils de l’homme, le voilà suspendu, portant des douleurs inexprimables, le juste pour les injustes, afin de nous amener à Dieu. Oh ! la gloire de ce spectacle ! L’innocent puni ! Le Saint condamné ! L’Éternellement béni fait malédiction ! L’infiniment glorieux mis à une mort infâme ! Plus je contemple les souffrances du Fils de Dieu, plus je suis certain qu’elles doivent répondre à mon cas. Pourquoi a-t-il souffert, sinon pour détourner de nous la peine ? Si donc il l’a détournée par sa mort, elle est détournée, et ceux qui croient en lui n’ont pas à la craindre. Il doit en être ainsi : puisque l’expiation est faite, Dieu peut pardonner sans ébranler le fondement de son trône, ni entacher le moins du monde le livre de la loi. La conscience reçoit une pleine réponse à sa formidable question. La colère de Dieu contre l’iniquité, quelle qu’elle soit, doit être terrible au-delà de toute conception. Moïse a bien dit : « Qui prend garde à la force de ta colère ? » Pourtant, lorsque nous entendons le Seigneur de gloire crier : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » et que nous le voyons rendre l’esprit, nous sentons que la justice de Dieu a reçu une abondante réparation par une obéissance si parfaite et une mort si terrible, offertes par une personne si divine. Si Dieu lui-même s’incline devant sa propre loi, que peut-on faire de plus ? Il y a plus de mérite dans l’expiation qu’il n’y a de démérite dans tout le péché humain.

Le grand abîme du sacrifice d’amour de Jésus peut engloutir les montagnes de nos péchés, tous tant qu’ils sont. À cause du bien infini de ce seul homme représentatif, le Seigneur peut bien regarder avec faveur d’autres hommes, si indignes qu’ils soient en eux-mêmes et par eux-mêmes. Ce fut un miracle des miracles que le Seigneur Jésus-Christ se tînt à notre place et

Portât, pour que jamais nous ne portions,
La juste colère de son Père.

Mais il l’a fait. « Tout est accompli. » Dieu épargnera le pécheur parce qu’il n’a pas épargné son Fils. Dieu peut passer par-dessus tes transgressions parce qu’il a chargé ces transgressions sur son Fils unique il y a près de deux mille ans. Si tu crois en Jésus (c’est là le point), alors tes péchés ont été emportés par celui qui fut le bouc émissaire de son peuple.

Qu’est-ce que croire en lui ? Ce n’est pas seulement dire : « Il est Dieu et le Sauveur », mais se confier en lui pleinement et entièrement, et le prendre pour tout ton salut, dès maintenant et à jamais — ton Seigneur, ton Maître, ton tout. Si tu veux avoir Jésus, il t’a déjà. Si tu crois en lui, je te le dis, tu ne peux aller en enfer ; car ce serait rendre vain le sacrifice de Christ. Il ne se peut pas qu’un sacrifice soit accepté, et que pourtant l’âme périsse pour laquelle ce sacrifice a été reçu. Si l’âme croyante pouvait être condamnée, alors pourquoi un sacrifice ? Si Jésus est mort à ma place, pourquoi devrais-je mourir aussi ? Tout croyant peut revendiquer que le sacrifice a réellement été fait pour lui : par la foi il y a posé les mains et se l’est approprié, et c’est pourquoi il peut avoir l’assurance qu’il ne périra jamais. Le Seigneur ne recevrait pas cette offrande en notre faveur pour ensuite nous condamner à mourir. Le Seigneur ne peut lire notre pardon écrit dans le sang de son propre Fils, et ensuite nous frapper. Cela serait impossible. Oh ! puisses-tu recevoir aussitôt la grâce de détourner les yeux vers Jésus et de commencer par le commencement, par Jésus lui-même, qui est la source de la miséricorde pour l’homme coupable !

« Il justifie l’impie. » « C’est Dieu qui justifie » ; c’est donc, et pour cette seule raison, que cela peut se faire, et il le fait par le sacrifice expiatoire de son divin Fils. Voilà pourquoi cela peut se faire justement — si justement que nul ne le mettra jamais en question — si parfaitement que, au dernier jour redoutable, quand le ciel et la terre passeront, il ne se trouvera personne pour nier la validité de la justification. « Qui les condamnera ? Christ est mort. Qui accusera les élus de Dieu ? C’est Dieu qui justifie ! »

Maintenant, pauvre âme ! veux-tu monter dans ce canot de sauvetage, tel que tu es ? Voici le salut loin du naufrage ! Accepte la sûre délivrance. « Je n’ai rien avec moi », dis-tu. On ne te demande pas d’apporter quoi que ce soit avec toi. Les hommes qui fuient pour sauver leur vie laissent derrière eux jusqu’à leurs vêtements. Saute, tel que tu es.

Je te dirai ceci de moi-même pour t’encourager. Mon unique espérance du ciel repose dans la pleine expiation accomplie sur la croix du Calvaire en faveur de l’impie. C’est sur elle que je m’appuie fermement. Je n’ai pas l’ombre d’une espérance ailleurs. Tu es dans la même condition que moi ; car ni l’un ni l’autre nous n’avons rien qui nous soit propre et qui vaille comme fondement de confiance. Joignons nos mains et tenons-nous ensemble au pied de la croix, et confions nos âmes une fois pour toutes à celui qui a versé son sang pour les coupables. Nous serons sauvés par un seul et même Sauveur. Si tu péris en te confiant en lui, il faut que je périsse aussi. Que puis-je faire de plus pour prouver ma propre confiance en l’Évangile que je te présente ?

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Tout par grâce Charles H. Spurgeon

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