Tout par grâce ·C’est Dieu qui justifie

Chapitre 4 · 11 min de lecture

C’est Dieu qui justifie

Romains 8:33

C’EST UNE CHOSE MERVEILLEUSE que d’être justifié, ou rendu juste. Si nous n’avions jamais transgressé les lois de Dieu, nous n’en aurions pas eu besoin, car nous aurions été justes en nous-mêmes. Celui qui, toute sa vie, a fait ce qu’il devait faire, et n’a jamais fait ce qu’il ne devait pas faire, est justifié par la loi. Mais toi, cher lecteur, tu n’es pas de cette sorte, j’en suis bien certain. Tu as trop d’honnêteté pour prétendre être sans péché, et c’est pourquoi tu as besoin d’être justifié.

Or, si tu te justifies toi-même, tu ne feras que te tromper toi-même. N’essaie donc pas. Cela n’en vaut jamais la peine.

Si tu demandes à tes semblables mortels de te justifier, que peuvent-ils faire ? Tu peux amener quelques-uns d’entre eux à dire du bien de toi pour de menus services, et d’autres te dénigreront pour moins encore. Leur jugement ne vaut pas grand-chose.

Notre texte dit : « C’est Dieu qui justifie », et cela est bien plus à propos. C’est un fait étonnant, et que nous devrions considérer avec soin. Viens et vois.

En premier lieu, personne d’autre que Dieu n’aurait jamais songé à justifier ceux qui sont coupables. Ils ont vécu dans une rébellion ouverte ; ils ont fait le mal à deux mains ; ils sont allés de mal en pis ; ils sont retournés au péché même après en avoir souffert, et avoir donc, pour un temps, été forcés de le quitter. Ils ont enfreint la loi et foulé aux pieds l’Évangile. Ils ont refusé les proclamations de la miséricorde et ont persévéré dans l’impiété. Comment peuvent-ils être pardonnés et justifiés ? Leurs semblables, désespérant d’eux, disent : « Ce sont des cas désespérés. » Les chrétiens eux-mêmes les regardent avec tristesse plutôt qu’avec espérance. Mais il n’en est pas ainsi de leur Dieu. Lui, dans la splendeur de sa grâce d’élection, en ayant choisi quelques-uns avant la fondation du monde, ne se reposera pas qu’il ne les ait justifiés et rendus agréables dans le Bien-aimé. N’est-il pas écrit : « Ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés » ? Ainsi tu le vois, il en est que le Seigneur est résolu à justifier : pourquoi toi et moi n’en serions-nous pas ?

Nul autre que Dieu n’aurait jamais songé à me justifier. Je suis une merveille à mes propres yeux. Je ne doute pas que la grâce se voie tout autant chez d’autres. Regarde Saul de Tarse, qui écumait de rage contre les serviteurs de Dieu. Tel un loup affamé, il déchirait à droite et à gauche les agneaux et les brebis ; et pourtant Dieu le terrassa sur le chemin de Damas, changea son cœur, et le justifia si pleinement que, bientôt, cet homme devint le plus grand prédicateur de la justification par la foi qui ait jamais vécu. Il a dû souvent s’émerveiller d’être justifié par la foi en Jésus-Christ ; car il fut jadis un défenseur acharné du salut par les œuvres de la loi. Nul autre que Dieu n’aurait jamais songé à justifier un homme tel que Saul le persécuteur ; mais le Seigneur Dieu est glorieux en grâce.

Mais, quand bien même quelqu’un aurait songé à justifier l’impie, nul autre que Dieu n’aurait pu le faire. Il est tout à fait impossible à qui que ce soit de pardonner des offenses qui n’ont pas été commises contre lui-même. Une personne t’a gravement lésé ; tu peux lui pardonner, et j’espère que tu le feras ; mais aucun tiers ne peut lui pardonner à ta place. Si le tort t’est fait à toi, le pardon doit venir de toi. Si nous avons péché contre Dieu, il est au pouvoir de Dieu de pardonner ; car le péché est contre lui-même. Voilà pourquoi David dit, dans le cinquante et unième Psaume : « J’ai péché contre toi seul, et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux » ; car alors Dieu, contre qui l’offense est commise, peut ôter l’offense. Ce que nous devons à Dieu, notre grand Créateur peut le remettre, s’il lui plaît ainsi ; et s’il le remet, c’est remis. Nul autre que le grand Dieu, contre qui nous avons commis le péché, ne peut effacer ce péché ; veillons donc à aller à lui et à chercher miséricorde de sa main. Ne nous laissons pas détourner par ceux qui voudraient nous faire confesser à eux ; ils n’ont dans la Parole de Dieu aucune garantie pour leurs prétentions. Mais quand bien même ils seraient établis pour prononcer l’absolution au nom de Dieu, il vaudrait encore mieux aller nous-mêmes au grand Seigneur par Jésus-Christ, le Médiateur, et chercher et trouver le pardon de sa main ; car nous sommes sûrs que c’est là le bon chemin. La religion par procuration comporte un trop grand risque : tu ferais mieux de t’occuper toi-même des affaires de ton âme, et de ne les laisser entre les mains de personne.

Dieu seul peut justifier l’impie ; mais il peut le faire à la perfection. Il jette nos péchés derrière son dos, il les efface ; il dit que, quand on les chercherait, on ne les trouverait pas. Sans autre raison que sa propre bonté infinie, il a préparé une voie glorieuse par laquelle il peut rendre des péchés écarlates aussi blancs que la neige, et éloigner de nous nos transgressions autant que l’orient est éloigné de l’occident. Il dit : « Je ne me souviendrai plus de tes péchés. » Il va jusqu’à faire disparaître le péché. Un homme d’autrefois s’écria dans l’étonnement : « Quel Dieu est semblable à toi, qui pardonnes l’iniquité, qui oublies les péchés du reste de ton héritage ? Il ne garde pas sa colère à toujours, car il prend plaisir à la miséricorde » (Michée 7:18).

Nous ne parlons pas maintenant de justice, ni de la manière dont Dieu traite les hommes selon leurs mérites. Si tu prétends traiter avec le Seigneur juste selon les termes de la loi, une colère éternelle te menace, car c’est là ce que tu mérites. Béni soit son nom, il ne nous a pas traités selon nos péchés ; mais il traite maintenant avec nous selon les termes de la grâce gratuite et de l’infinie compassion, et il dit : « Je vous recevrai favorablement, et je vous aimerai librement. » Crois-le, car il est bien certain que le grand Dieu est capable de traiter le coupable avec une abondante miséricorde ; oui, il est capable de traiter l’impie comme s’il avait toujours été pieux. Lis attentivement la parabole du fils prodigue, et vois comment le père miséricordieux reçut l’errant de retour avec autant d’amour que s’il ne s’en était jamais allé, et ne s’était jamais souillé avec des prostituées. Il poussa la chose si loin que le frère aîné se mit à en murmurer ; mais le père ne retira jamais son amour. Ô mon frère, si coupable que tu sois, si seulement tu veux revenir à ton Dieu et Père, il te traitera comme si tu n’avais jamais mal agi ! Il te regardera comme juste, et agira envers toi en conséquence. Qu’en dis-tu ?

Ne vois-tu pas — car je veux mettre en pleine lumière quelle chose magnifique c’est là — que, de même que nul autre que Dieu ne songerait à justifier l’impie, et que nul autre que Dieu ne saurait le faire, pourtant le Seigneur, lui, le peut ? Vois comment l’apôtre lance le défi : « Qui accusera les élus de Dieu ? C’est Dieu qui justifie ! » Si Dieu a justifié un homme, c’est bien fait, c’est fait à bon droit, c’est justement fait, c’est fait pour l’éternité. J’ai lu dans un journal, tout plein de venin contre l’Évangile et contre ceux qui le prêchent, que nous tiendrions je ne sais quelle théorie par laquelle nous imaginons que le péché peut être ôté aux hommes. Nous ne tenons aucune théorie, nous publions un fait. Le plus grand fait qui soit sous le ciel est celui-ci : que Christ, par son sang précieux, ôte réellement le péché, et que Dieu, à cause de Christ, traitant avec les hommes selon les termes de la miséricorde divine, pardonne aux coupables et les justifie, non selon quoi que ce soit qu’il voie en eux, ou qu’il prévoie devoir s’y trouver, mais selon les richesses de sa miséricorde qui reposent dans son propre cœur. Voilà ce que nous avons prêché, ce que nous prêchons, et ce que nous prêcherons tant que nous vivrons. « C’est Dieu qui justifie » — qui justifie l’impie ; il n’a pas honte de le faire, ni nous de le prêcher.

La justification qui vient de Dieu lui-même doit être au-dessus de toute contestation. Si le Juge m’acquitte, qui peut me condamner ? Si le plus haut tribunal de l’univers m’a déclaré juste, qui portera quelque accusation contre moi ? La justification qui vient de Dieu est une réponse suffisante à une conscience réveillée. Le Saint-Esprit, par ce moyen, répand la paix sur toute notre nature, et nous n’avons plus peur. Avec cette justification, nous pouvons répondre à tous les rugissements et à toutes les injures de Satan et des hommes impies. Avec elle, nous serons capables de mourir ; avec elle, nous ressusciterons avec assurance et affronterons le dernier grand jugement.

Debout, sans crainte, en ce grand jour je me tiendrai,
Car qui pourra m’accuser en rien ?
Puisque par mon Seigneur je suis absous
De la malédiction terrible et du blâme du péché.

Ami, le Seigneur peut effacer tous tes péchés. Je ne tire pas dans le noir en disant cela. « Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes. » Quand tu serais plongé jusqu’à la gorge dans le crime, il peut d’une parole ôter la souillure, et dire : « Je le veux, sois pur. » Le Seigneur est un grand pardonneur.

« Je crois à la rémission des péchés. » Le crois-tu ?

Il peut, à cette heure même, prononcer la sentence : « Tes péchés te sont pardonnés ; va en paix » ; et s’il le fait, aucune puissance dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ne peut te mettre en suspicion, encore moins sous la colère. Ne doute pas de la puissance de l’amour tout-puissant. Tu ne pourrais pardonner à ton semblable s’il t’avait offensé comme tu as offensé Dieu ; mais tu ne dois pas mesurer le blé de Dieu à ton boisseau ; ses pensées et ses voies sont autant au-dessus des tiennes que les cieux sont élevés au-dessus de la terre.

« Eh bien, dis-tu, ce serait un grand miracle si le Seigneur me pardonnait. » C’est bien cela. Ce serait un miracle suprême, et c’est pourquoi il est bien capable de le faire ; car il fait « des choses grandes et insondables » que nous n’attendions pas.

Je fus moi-même terrassé par un horrible sentiment de culpabilité, qui faisait de ma vie une misère ; mais lorsque j’entendis ce commandement : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés, vous tous qui êtes aux extrémités de la terre ! Car je suis Dieu, et il n’y en a point d’autre » — je regardai, et en un instant le Seigneur me justifia. Jésus-Christ, fait péché pour moi, voilà ce que je vis, et cette vue me donna le repos. Lorsque ceux qui avaient été mordus par les serpents brûlants dans le désert regardèrent le serpent d’airain, ils furent guéris aussitôt ; et il en fut de même pour moi lorsque je regardai le Sauveur crucifié. Le Saint-Esprit, qui me rendit capable de croire, me donna la paix par la foi. Je me sentis aussi certain d’être pardonné que je m’étais auparavant senti certain d’être condamné. J’avais été certain de ma condamnation parce que la Parole de Dieu la déclarait, et que ma conscience lui rendait témoignage ; mais lorsque le Seigneur me justifia, je fus rendu tout aussi certain par les mêmes témoins. La parole du Seigneur dans l’Écriture dit : « Celui qui croit en lui n’est point jugé », et ma conscience rend témoignage que j’ai cru, et qu’en me pardonnant Dieu est juste. Ainsi j’ai le témoignage du Saint-Esprit et de ma propre conscience, et ces deux-là s’accordent en un. Oh ! combien je voudrais que mon lecteur reçoive le témoignage de Dieu sur ce point, et alors, bien vite, il aurait, lui aussi, le témoignage en lui-même !

J’ose dire qu’un pécheur justifié par Dieu se tient sur un fondement plus sûr encore qu’un homme juste justifié par ses œuvres, s’il en existe. Nous ne pourrions jamais être plus certains d’avoir accompli assez d’œuvres ; la conscience serait toujours inquiète, de peur qu’après tout nous ne restions en deçà, et nous n’aurions à nous appuyer que sur le verdict tremblant d’un jugement faillible ; mais lorsque Dieu lui-même justifie, et que le Saint-Esprit lui rend témoignage en nous donnant la paix avec Dieu, alors nous sentons que l’affaire est sûre et réglée, et nous entrons dans le repos. Aucune langue ne peut dire la profondeur de ce calme qui envahit l’âme ayant reçu la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence.

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Tout par grâce Charles H. Spurgeon

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